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Mise à jour du 20 décembre 2014  -- Qui est Catherine Kintzler ?

 

Ce blog-revue est divisé en deux parties.
1- La partie blog : "Le bloc-notes", billets d'actualité et d'humeur, et annonces des nouvelles publications de la revue. 
2 - La partie revue : "Les articles"
, textes de recherche, écrits avec moins de hâte, longs, argumentés, référencés, casse-pieds : c'est exprès!

Mezetulle est rébarbatif, intello, raisonneur, politiquement incorrect et ne souhaite pas de lecteurs "cool" - du reste "cool" et "lecteur" sont des termes contradictoires. Son principe est simple mais ambitieux : que chaque texte soulève un enjeu pour la pensée. Son parti-pris est tout aussi simple : la pensée se rencontre partout, pourvu qu'on y soit attentif.

 

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Une France intolérante et obsédée par les religions : deux mythes

En ligne le 19 décembre 2014

 

Un sondage et un rapport récents permettent de prendre quelque distance avec deux mythes complaisamment répandus : celui d’une France où le fait religieux serait une norme sociale jouissant d’une appréciable notoriété, celui d’une France intolérante ou, plus particulièrement, « islamophobe ».


A lire et à entendre bien des médias, ainsi que bien des « décideurs », les questions religieuses obsèdent les esprits des Français. Rares sont les jours sans piqûre de rappel dans les médias et les discours d’« experts » au sujet de l’importance des religions.

 

On entend, sans trop y prendre garde, des expressions comme « religion majoritaire », « première, deuxième religion de France ». Ces expressions, banalisées et isolées de toute explication, prennent une valeur absolue qui surdimensionne la place et le rôle de l’attitude religieuse qu’il ne faudrait surtout pas minimiser ou trop critiquer. Leur effet (voulu ?) sur l’opinion est à rapprocher de l’imposture légale par laquelle sont présentés les résultats des élections où ne sont pris en compte, dans le calcul des pourcentages, que les suffrages exprimés.

Dans un état d’esprit voisin, il n’est pas rare d’entendre que la France, particulièrement investie dans les questions religieuses au point qu’il s’agirait d’une obsession, serait allergique à l’expression des religions et supporterait mal l’appartenance religieuse : en bref, il n’y aurait pas plus intolérants que la France et ses habitants !

 

Autant d’idées fausses et complaisamment répandues au profit d’un mythe antirépublicain dont les adeptes sont, eux, particulièrement allergiques à toute expression de non-appartenance qu’ils ont vite fait de convertir en obsession et en hostilité envers « la » religion.

 

 

Un sondage mené en novembre 2014 par Sociovision remet les pendules à l’heure s’agissant de l’importance des religions, notamment en ce qui concerne l’engagement personnel des Français. Pour aller vite et vulgairement : une très grande partie des sondés s’en fiche royalement. De sorte que, pour pasticher les expressions admises, on pourrait dire que la « première religion » en France est plutôt l’indifférence aux religions, quand ce n’est pas l’athéisme déclaré.

Selon ce sondage,

  • 46% des Français se déclarent « rattachés à une religion ou pratiquants » (10% de « pratiquants » et 36% de « croyants qui ne pratiquent pas ») ;
  • 14% se déclarent « rattachés à une religion sans être croyants » ;
  • 39% déclarent n’être « rien de tout cela »... ça fait beaucoup !

Quant à l’analyse plus fine de l’appartenance religieuse, on découvre que l’islam est quantitativement faible (6%), la pyramide des âges et la proportion de pratique réelle y étant plus dynamiques que pour le catholicisme qui apparaît comme une religion vieillissante .

 

Quelle disproportion avec l’inflation de discours relatifs à l’islam et à son importance, que selon les uns on « stigmatise » dès qu'on émet la moindre critique, et qui selon les autres serait proche de « l’invasion » ! Où l’on voit bien que les uns comme les autres adoptent le même fonds de commerce. Position d’autant plus fantasmatique qu’elle s’acharne à faire comme si ces 6% de musulmans déclarés étaient tous unifiés autour des courants les plus rétrogrades de cette religion, comme s’il n’y avait pas plus différent d’un musulman qu’un autre musulman, comme si toutes les musulmanes portaient le voile, etc.

[On peut consulter l’intégralité du document en suivant ce lien et le télécharger aussi ici ].

 

Quant à la prétendue « islamophobie », elle est bien plus à mettre sur le compte de l’indifférence d'un grand nombre de Français à toute religion que sur une hostilité particulière qui peut certes exister. L’indifférent s’agace d’autant plus qu’il ne cesse d’entendre un discours inflationniste qui « gonfle » l’importance des religions en général, de l’islam en particulier et, à l’intérieur de celui-ci, de sa fraction la plus rétrograde, au mépris de la réalité.

Mais les musulmans et les personnes de culture musulmane aussi peuvent s’agacer pour les mêmes raisons et tout aussi légitimement. N’auraient-ils pas droit à l’indifférence ? Qu’on leur lâche les basques ! Qu’on cesse de convoquer, pour les représenter et capter leur parole, tout ce que l’islam a de plus réactionnaire, relayé à grand bruit par la bienpensance multiculturaliste qui sur ce plan ne diffère de l'extrême-droite que par l'inversion du signe accolé à cet intouchable que serait l'islam ! 

 

 

Ce qui nous amène à la seconde question, au second mythe : cette sécularisation massive, qui se conjugue avec une législation laïque, est-elle un indice d’intolérance ?

Une étude très récente issue de l’International Humanist and Ethical Union, intitulée The Freedom of Thought Report 2014, se penche sur l’ampleur et la « légalité » des discriminations religieuses dans l’ensemble du monde, pays par pays. Elle a ceci d’intéressant qu’elle ne prend pas simplement en compte la discrimination envers les religions au sens strict (question de la liberté religieuse) mais aussi celle qui vise, dans de très nombreux pays, les non-croyants et les athées (question de la liberté de conscience).

On peut la télécharger intégralement en suivant l’un de ces liens:

http://ahp.li/3b9888a3b3a3a2d5083a.pdf

https://drive.google.com/file/d/0B3gXFZt5sXX1aDJLblBMbjBxd0E/view?pli=1 .

 

L’étude se penche à la fois sur la législation et sur les pratiques sociales. Elle met en place des critères critiques variés, par exemple « Existe-t-il une religion officielle ? » ; « L’incroyance est-elle dépréciée ? » ; « Y a-t-il une législation sur le blasphème ? ». L’ensemble, réuni en des tableaux commentés pays par pays, aboutit à une sorte de notation exprimée par des couleurs et une appréciation en 5 degrés (je les laisse ici à toute leur saveur en anglais, car cela reste parfaitement intelligible pour les francophones) :

  • Noir : « Grave violations »
  • Rouge : « Severe discrimination »
  • Orange : « Systemic discrimination »
  • Jaune : « Mostly satisfactory »
  • Vert : « Free and equal »

Les critères sont expliqués p. 18 et suivantes de l’étude.

 

On sera peut-être étonné d’apprendre que l’Allemagne et l’Italie se classent dans le rouge, au même niveau que l’Algérie, la Pologne, la Russie, la Chine, la Nouvelle-Zélande, entre autres. Pas très brillant, et plutôt moins bien que l’Espagne, le Canada, le Brésil et le Royaume-Uni qui, très médiocrement malgré tout, atteignent un modeste orange .

Quant aux vénérés « pays du Nord », hum, à part la Norvège en jaune (qui rappelons-le a aboli en 2012 une législation rendant la pratique religieuse obligatoire pour les luthériens), ce n’est guère mieux : rouge pour le Danemark, orange pour la Suède et la Finlande.

 

La France, de son côté, atteint un honorable jaune – au même niveau que les USA ou le Japon.

Mais qu’est-ce qui l’empêche d’obtenir le très rare « vert » de la Belgique et les Pays-Bas ?

Il faut lire de près la petite case jaune du tableau p. 496 - et le commentaire qui suit, p. 496-97.

Ce qui fait obstacle à la liberté de conscience en France, c’est la législation discriminatoire de l’Alsace-Moselle et de certains territoires d’Outre-mer. Un motif analogue vaut aussi un « jaune » aux USA, car certains États y interdisent les fonctions officielles aux athées.

On notera cependant que le nombre de critères « jaunes » est plus important pour les USA qui en comptent trois (p. 206) que pour la France qui n'en a qu'un (il n'en faudrait aucun pour passer au vert).

Le commentaire de la situation française se poursuit p. 497 : que penser de l’interdiction du voile intégral ? Ce n’est en rien une discrimination car toutes les tenues couvrant intégralement le visage sont concernées, et cela pour des motifs d'ordre public.

 

Regardons à présent le glorieux « vert » obtenu par les Pays-Bas. Il est tout récent, ce pays ayant aboli sa législation sur le blasphème en décembre 2013. C'est très intéressant.

 

 

Ce qui menace la liberté de conscience en France, donc, ce n’est pas une laïcité prétendue « liberticide » contre toute évidence – aucune mesure ne produit autant de liberté à cet égard que la laïcité : elle est faite pour cela. Ce qui menace la liberté de conscience, c’est au contraire que la laïcité n’est pas suffisamment respectée et étendue sur l’ensemble du territoire. C'est l'inflation du discours encensant le fait religieux comme universel et qui encourage par là chacun à s'y inscrire. C'est le peu de considération dont jouit, dans ces discours, la non-appartenance, quand elle n'est pas accusée d'être une source de discrimination : car les apôtres du communautarisme n'hésitent pas à mettre le monde à l'envers ! C’est l’existence surannée d’un droit local, et le discours complaisant qui le présente comme un modèle de modernité.

 

 

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Le Père Noël et « le droit d’être païen » (C. Lévi-Strauss)

En ligne le 8 décembre 2014

 

En ce moment circule sur le web un superbe article signé Claude Lévi-Strauss intitulé « Le Père Noël supplicié » paru en mars 1952 dans les Temps modernes [1]. Ce texte s'appuie sur un fait pas du tout « divers ». Le Père Noël fut pendu et brûlé le 24 décembre (on suppose que c'est en 1951) sur le parvis de la cathédrale de Dijon, « avec l’accord du clergé qui avait condamné le Père Noël comme usurpateur et hérétique » [2]. Lévi-Strauss s’empare de cet événement et, avec la précision, la profondeur et la souveraineté de la méthode structuraliste, en révèle les dimensions souterraines et universelles.

 

« Le Père Noël est donc, d’abord, l’expression d’un statut différentiel entre les petits enfants d’une part, les adolescents et les adultes de l’autre. À cet égard, il se rattache à un vaste ensemble de croyances et de pratiques que les ethnologues ont étudiées dans la plupart des sociétés, à savoir les rites de passage et d’initiation. [...]

Comment, par exemple, ne pas être frappé de l’analogie qui existe entre le Père Noël et les katchina des Indiens du Sud-Ouest des États-Unis? Ces personnages costumés et masqués incarnent des dieux et des ancêtres; ils reviennent périodiquement visiter leur village pour y danser, et pour punir ou récompenser les enfants, car on s’arrange pour que ceux-ci ne reconnaissent pas leurs parents ou familiers sous le déguisement traditionnel. Le Père Noël appartient certainement à la même famille, avec d’autres comparses maintenant rejetés à l’arrière-plan : Croquemitaine, Père Fouettard, etc. »

 

Il s'agit d'un déplacement mythique dont Claude Lévi-Strauss restitue le noyau profond, à savoir le statut à la fois déprécié et fascinant, attirant et inquiétant, de la non-initiation (en l’occurrence incarnée par les enfants), dans sa relation aux morts :

 

« La « non-initiation » n’est pas purement un état de privation, défini par l’ignorance, l’illusion, ou autres connotations négatives. Le rapport entre initiés et non-initiés a un contenu positif. C’est un rapport complémentaire entre deux groupes dont l’un représente les morts et l’autre les vivants. »

 

Comment s’effectue cette restitution ? L’article illustre de manière concentrée et éblouissante la puissance de la méthode structuraliste qui a donné naissance à l’admirable série des Mythologiques [3]. Lévi-Strauss embarque le lecteur dans un voyage anthropologique qui le fait passer, entre autres, des Indiens d’Amérique aux Saturnales célébrées à Rome.

 

Il en résulte une réflexion sur le paganisme contemporain non pas comme survivance, mais comme fonction symbolique et constante anthropologique : « Il faut ici distinguer soigneusement entre le point de vue historique et le point de vue structural. » précise l’auteur.

Oui l’Église avait bien raison, de son point de vue, de supplicier le Père Noël, divinité païenne particulièrement coriace et résurgente ! Et l’auteur d’ajouter, au détour d’un paragraphe : « Reste à savoir si l’homme moderne ne peut pas défendre lui aussi ses droits d’être païen. »

 

Il faut lire l’intégralité de ce texte, c’est un régal. On peut le télécharger en pdf ici, et dans bien d’autres formats aussi sur le site de l’Université du Québec à Chicoutimi (qui le propose également à la lecture directe en ligne).

 

1 - Claude Lévi-Strauss, "Le Père Noël supplicié", Les Temps modernes (Gallimard) n° 77, mars 1952, p. 1572-1590.

2 - L'auteur cite une dépêche de France-Soir.

3 - Claude Lévi-Strauss, Les Mythologiques, 4 vol. Paris : Plon, 1964-1971. Il faut citer, plus récemment, le très bel ouvrage de Françoise Héritier Les Deux Sœurs et leur mère. Anthropologie de l'inceste, Paris : O. Jacob, 1994 (rééd. 2012).

 

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Quand l'Institut géographique national perd le nord et la mémoire

 En ligne le 6 décembre 2014


La série des cartes IGN (Institut géographique national) « De loisirs de plein air » propose des chefs d’œuvre de marketing, inutilisables pour qui veut s’orienter, où au moins deux siècles de savoir et de savoir-faire sont délibérément massacrés par une frénésie d’effacement qui confond simplification et appauvrissement.


L’IGN publie depuis fort longtemps d’excellentes cartes topographiques au 1/25000e très appréciées des randonneurs, marcheurs, cyclistes et cavaliers. La Série bleue – relayée par les TOP 25 – est justement réputée pour sa précision, sa fiabilité, sa clarté de lecture, son haut niveau d’information cartographique, la rationalité de ses choix. En plus, ces cartes sont belles !

 

La gamme s’est enrichie en 2007 avec un produit moins ambitieux : la série « Carte IGN de loisirs de plein air ». Dessein louable en soi : des cartes à grande échelle destinées aux promeneurs, moins encombrantes que celles de la Série bleue ou des TOP25, ciblées sur des zones fréquentées avec des suggestions d’itinéraires et des informations culturelles, c’est a priori une bonne idée.

Mais, à les regarder de près, on mesure le peu de considération dans laquelle sont tenus leurs acheteurs potentiels. Au moins deux siècles de savoir et de savoir-faire sont charitablement épargnés à leurs cerveaux supposés débiles : on se trouve devant des chefs d’œuvre non pas de simplification mais d’appauvrissement volontaire [...]

 

Lire la suite avec des exemples dans l'article Des cartes IGN désorientées et sans mémoire

 

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Suppression des notes à l'école : on y est !

En ligne le 26 novembre 2014

 

En août 2012, répondant à une très biaisée « concertation » destinée à valider une version de la sempiternelle réforme scolaire, je disais tout le mal que j’en pensais (1). Dans la conclusion, qui se voulait ironique, j’écrivais :

 

« Cette école réformée « de la réussite » a d'ailleurs presque atteint son objectif et si on veut le réaliser complètement, il reste peu à faire : supprimer les notes et les examens, abolir toute discipline, désavouer toute autorité de la part des maîtres, ouvrir encore davantage (si cela est possible) l'école aux pressions et aux autorités qui lui sont étrangères. Ainsi chacun sortira de l'école en pleine « réussite », mais démuni, sans avoir rencontré le moindre risque d'échec, la moindre difficulté. Mais c'est l'école tout entière qui sera alors un échec encore plus patent qu'aujourd'hui.»

 

Eh bien cette ironie est déjà dépassée par la réalité. Oui, la suppression des notes, on y est ! Comme le dit Florence Brunold, humoriste de l’excellente émission La Revue de Presse, le 24 novembre :

« il faut supprimer les notes, car si un élève a obtenu 9/10 pour avoir bien travaillé, vous vous rendez compte du traumatisme pour celui qui n’a rien foutu ? »

 

Désespérant… ! C’est ainsi que commence le nouvel article de Guy Desbiens qui analyse en détail les propositions de la nouvelle consultation ministérielle « Conférence nationale sur l’évaluation des élèves » - énième entreprise de justification pour des mesures idéologiques dont on peut parier qu’elles sont déjà décidées en haut lieu.

 

Lire l’article de Guy Desbiens Supprimer la notation : une nouvelle grande ambition pour l'école ?

 

1 – Je me demande bien pourquoi le Ministère s’est gardé de publier mon texte sur le site internet ad hoc, par ailleurs très accueillant envers d’autres points de vue. Les lecteurs de Mezetulle peuvent le lire ici.

 

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La Laïcité: plus de liberté pour tous ! Un livre de Bernard Teper

recension par Pierre Hayat
En ligne le 21 novembre 2014

 

Bernard Teper a récemment publié Laïcité : plus de liberté pour tous ! (éd. Eric Jamet, 2014): ramassée en 130 pages, une réflexion synthétique sur la relation essentielle entre le combat laïque et le combat social, éclairée par une longue pratique militante au sein de l'éducation populaire et nourrie par des lectures. 

 

La laïcité n'est pas un principe « surplombant » : sa promotion engage l'ensemble des préoccupations humaines, de sorte que « il n'y a pas d'avancée laïque sans lien dialectique avec le développement de l'humanité ».

 

Mezetulle reprend ci-dessous, en remerciant l'auteur et le journal en ligne Respublica, l'article d'analyse que Pierre Hayat a consacré à cet ouvrage.

 

On ne trouvera pas dans ce livre l’exposé dogmatique de ce qu’est la laïcité et de ce qu’elle n’est pas. Ni des propos lénifiants sur une laïcité diluée dans de bons sentiments. Moins encore des jérémiades sur la fin de la laïcité de naguère. Ni même une prétendue vision inédite de la laïcité… Alors ? Laïcité : plus de liberté pour tous ! est d’abord l’ouvrage d’un militant de gauche, membre du comité de rédaction du journal en ligne ReSpublica, et d’un militant efficace de la laïcité qui a œuvré dès 1989 pour ce qui deviendra la loi scolaire du 15 mars 2004.Mais ce livre de combats et de débats, se singularise d’abord par la façon dont les idées y sont exposées. Tout le livre semble porter la trace des discussions et des conférences que notre ami Bernard Teper mène inlassablement depuis longtemps. Les arguments font penser à des réponses qu’il a pu apporter à ses interlocuteurs et à des clarifications qu’il a proposées pour ne pas s’embrouiller ou se faire piéger. Dans la crise systémique que nous traversons, ce livre témoigne d’une volonté obstinée d’armer intellectuellement ceux qui se demandent comment agir pour que le mouvement émancipateur reprenne vigueur.

 

L’ouvrage se singularise aussi par une thèse soutenue avec force : la laïcité qui est un principe d’organisation politique, est également un principe d’organisation sociale. La laïcité est faible et incomplète si elle se réduit à émanciper l’autorité politique de la tutelle religieuse tout en garantissant la liberté de croire et de ne pas croire. Sa visée populaire d’union dans un monde commun, quelle que soit l’origine de chacun, a besoin d’institutions sociales qui la concrétisent : un service public solide, une école républicaine préservée, une protection sociale solidaire, des structures de santé sans but lucratif…


Cette thèse qui traverse tout l’ouvrage est d’une grande efficacité pour démasquer l’alliance qui se noue aujourd’hui entre le communautarisme religieux et une politique néo-libérale qui privatise les services publics, harmonise les systèmes de protection sociale par le bas, privatise les gains et fait peser les pertes sur la collectivité. Les religions politiques qui s’emparent du pouvoir d’État sont le résultat sinistre des religions sociales à qui le politique a sous-traité la solidarité, la protection et l’éducation. Par là s’expliquent aussi les difficultés des révolutions arabes et les impasses dans lesquelles s’enferme une gauche aveuglée par les charlatans du communautarisme qui ne porte aucun tort au capital. Du coup, l’histoire de la laïcité ne ressemble pas avec Teper à un long fleuve tranquille mais à des luttes opiniâtres et complexes. Car les combats laïques n’ont jamais été menés en dehors des autres combats politiques, sociaux et culturels. La laïcité perd du terrain dans les phases historiques régressives et gagne en puissance lors des percées démocratiques, comme, par exemple, au cœur du XXe siècle français, pendant le régime de Vichy puis avec le programme du Conseil national de la Résistance. Ce mode de lecture de l’histoire de la laïcité permet également de comprendre qu’un processus de sécularisation, généralement favorable à la laïcité, s’accompagne aujourd’hui d’une montée de l’intégrisme religieux qui défie frontalement la laïcité. Car le néo-libéralisme qui livre les peuples à la précarité extrême laisse le champ libre aux violences et à l’irrationalité des fondamentalismes religieux. On trouve des pages particulièrement éclairantes (pp. 35-38) sur les sources historiques de cette collusion contemporaine du néo-libéralisme mondialisé et des intégrismes religieux, où l’on observe la concomitance à la fin des années 1970 de régressions socio-politiques et d’avancées intégristes (Opus Dei, Frères musulmans, orthodoxes israéliens, etc.).


Cette mise en situation matérialiste et historique du combat laïque ne conduit heureusement pas Bernard Teper à diminuer l’importance du combat laïque ni sa valeur rationaliste et internationaliste. « Le référentiel laïcité, conclut-il,est indispensable pour toute avancée émancipatrice », vers plus de liberté, plus d’égalité et plus de solidarité. Les enjeux de la laïcité sont ceux de notre siècle. Et, comme le souligne Teper, Taslima Nasreen a vu juste en traduisant en anglais le mot « laïcité » par laicity plutôt que par secularism. Tandis que la sécularisation définit un phénomène sociologique objectif, l’effacement du religieux dans la vie sociale, la laïcité exprime une idée émancipatrice, à transcrire dans le droit.

 

Lire l'article de Pierre Hayat sur son site d'origine.

 

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Arte et les islamistes en Tunisie

En ligne le 17 novembre 2014

 

Jean-Michel Muglioni a regardé la chaîne de télévision Arte le 4 novembre 2014: elle diffusait une émission sur Ennahdha, le parti de la renaissance islamique tunisien. Il nous fait part de son indignation et de son analyse.
Le téléspectateur qui connaît un peu la Tunisie ne peut en effet qu’être étonné de la naïveté avec laquelle l’histoire d’Ennahdha fut présentée : Ennahdha, victime des despotismes successifs de Bourguiba et de Ben Ali, serait un parti modéré, respectueux des principes démocratiques.


Une révolution inattendue renverse la dictature tunisienne et permet au chef des islamistes de retourner chez lui : Arte nous fait pleurer sur son histoire. Mais on met sur le compte d’une erreur de gestion l’échec d’une politique qui faisait le jeu d’un islamisme contraire aux traditions musulmanes tunisiennes. On se garde bien de dire que ce qu’il y a de conforme à l’état de droit dans la nouvelle constitution tunisienne ne vient nullement d’Ennahdha et de sa modération mais seulement de sa défaite face à la mobilisation populaire et féminine.


Lire l’article de Jean-Michel Muglioni La compassion d'Arte pour les islamistes en Tunisie

 

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Sorties scolaires : le témoignage d'un « papa »

(Annexe à l'article L'accompagnement scolaire est-il confié à des « mamans » ?

par Jean-Dominique, commentateur
En ligne le 14 novembre 2014

 

Avec mes vifs remerciements à son auteur, je publie ici en annexe  à l'article L'accompagnement scolaire est-il confié à des « mamans » ? le commentaire n° 8 de ce même article, posté par Jean-Dominique le 12 novembre. Un témoignage de terrain qui est aussi une réflexion sur le statut et le rôle de l'école.




« Je prends connaissance de votre article au moment où l'on vient de m'en conseiller la lecture.

« Je passe volontairement sur l'aspect philosophique dont l'examen n'est pas sans intérêt mais qui, pour le coup, me paraît un peu court pour résoudre cette question. Nous sommes ici sur le terrain de l'expérience et du tâtonnement empirique qu'aucune théorie ne saurait recouvrir sans faille.

 

« Je vais me limiter à mon expérience et aux réflexions qu'elle m'inspire.

 

« Je suis un homme, donc un papa dirait-on. J'ai accompagné, et continue de le faire, nombre de sorties scolaires des classes de mes trois enfants.

« Qui suis-je à cet instant ? Je suis un auxiliaire de l'école, en l'occurrence de l'enseignant. Je me conforme d'ailleurs à ses consignes, je n'émets aucune réserve, l'enseignant est le patron de la sortie scolaire. Je ne suis ni un papa, ni même un père d'élève, je suis un bénévole de l'école qui, il est vrai, se sent plus concerné qu'un autre mais qui admet que, pour l'instant de la sortie, il n'est plus dans la situation de parent. Je veille d'ailleurs à ce qu'on ne me confie pas systématiquement le groupe d'élèves dont mon enfant fait partie. Je ne me mêle en rien des remarques que l'enseignant peut faire à mon propre enfant et quand son regard cherche mon soutien, mon doigt lui désigne l'enseignant ! J'observe donc une neutralité que j'estime nécessaire pour la bonne marche de la sortie et j'avertis d'ailleurs mes enfants préalablement en conséquence.

 

« La sortie scolaire est un déplacement de l'école, ce n'est pas un déplacement hors de l'école. L'espace scolaire est maintenu dans le groupe qui se déplace et l'on y observe d'ailleurs les mêmes consignes que dans les locaux de l'école : on lève le doigt, on se met en rang. Il en va de même pour toutes les institutions de la République : un tribunal qui se réunit dans un gymnase pour un gros procès reste un tribunal, un convoi militaire qui circule hors des enceintes militaires reste soumis à toutes les règles militaires. L'école qui se déplace au musée reste l'école. Pour des raisons de sécurité, des bénévoles sont parfois nécessaires mais à la condition qu'ils restent dans le cadre scolaire et qu'ils ne se déportent pas dans le cadre intime de la famille.

 

« Admettre une immixtion de l'intime dans l'espace scolaire au motif qu'il est dans l'obligation de recourir à des bénévoles n'est donc pas admissible pour des tas de raisons. Nous focalisons sur le voile mais que dire d'un parent qui accompagnerait la classe cradingue et puant au motif qu'il est comme ça chez lui ? Que dire du parent qui arborerait un T-Shirt avec un message politique ? Un logo de la CGT ? Du FN ? Une caricature du président de la République ? Tout serait dès lors permis alors qu'à l'évidence, tout ne l'est pas.

 

« Or la tolérance dont serait l'objet un signe religieux provient d'une compréhension erronée de la laïcité : la religion ne serait pas une opinion comme une autre, les comportements qu'elle induirait serait plus impérieux que d'autres opinions. Qui en décide ? Certainement pas la République qui « ne reconnaît aucun culte ». Alors qui fixe le curseur ? Pourquoi accepter le signe religieux et pas le signe politique ? Il est donc plus prudent de n'autoriser aucun signe ostentatoire d'aucune opinion, quelle qu'elle soit. Admettre la supériorité du sentiment religieux face aux autres opinions au point que celui-ci pourrait se placer hors du champ de la loi commune à toutes les expressions d'opinion, c'est précisément ce que revendiquent les chefs religieux. N'en déplaise aux tenants d'une laïcité positive, la République n'embrasse pas toutes les religions, elle n'en a aucune.

 

 

« Concernant les « mamans », il convient tout de même de remonter plus loin. Certes on nous sert la compassion pour mieux faire avaler la pilule amère du voile mais ce discours n'est possible que parce qu'antérieurement, la maternalisation de l'école et son corollaire, l'infantilisation des élèves, est un phénomène ancien et bien ancré. Il y a de moins en moins d'hommes à l'école et ils sont priés de se conformer au maternalisme ambiant. Ce qui est encore admissible au primaire devient proprement insupportable au secondaire, davantage encore au lycée. Je me suis vu un jour, en présence de ma fille de 17 ans dans un bureau administratif de son lycée demander à la fonctionnaire jusqu'à quel âge elle s'estimait en droit de tutoyer une élève presque majeure alors que celle-ci ne disposait pas de ce droit. A en croire l'œil équarquillé de la dame, je venais d'une autre planète. On materne jusqu'au bac minimum. Or cette maternalisation est parfaitement contraire aux objectifs d'émancipation de l'esprit à l'école : elle infère qu'une autre structuration de l'espace scolaire se substitue à l'indifférenciation et au respect des fonctions, une structuration où la maman, transposée dans le fonctionnaire, institue un arbitraire du respect, délaissant sa logique purement hiérarchique qui prévalait avant et qui prescrit qu'il n'existe pas de hiérarchie entre les individus mais uniquement entre les statuts ou fonctions.

 

© Jean-Dominique et Mezetulle, 2014


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Par Jean-Dominique
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Sorties scolaires : l'argumentaire juridique de Charles Arambourou

En ligne le 13 novembre 2014

 

Sous le titre apparemment polémique « Autorisation de l’affichage religieux dans les sorties scolaires : le Service après-vente de la ministre », c’est un argumentaire très sérieux que fournit Charles Arambourou aux lecteurs du site de l’UFAL (Union des familles laïques). Mezetulle souhaite vivement en faire bénéficier ses lecteurs qui peuvent en télécharger en bas de ce billet la version développée, que l’auteur a bien voulu lui confier.

 

Le côté polémique du texte ne doit pas abuser. Oui, c’est une réponse à Caroline Fourest, à Jean-Louis Bianco, à la Ligue de l’enseignement, qui avec des talents inégaux ont assuré le « service après-vente » de la ministre de l’Éducation nationale en faveur de l’affichage religieux par les accompagnateurs de sorties scolaires. Mais cette réponse n’est pas ad homines. C’est une leçon de lecture juridique dont chacun peut profiter. Charles Arambourou y rappelle deux éléments fondamentaux, superbement (sciemment?) ignorés par ce « Service après-vente » :

  • La laïcité scolaire n’est pas régie par la loi de 1905 (à laquelle elle est juridiquement antérieure), elle relève notamment du Préambule la Constitution et des grandes lois Ferry-Goblet. L’ignorance de ces références fausse l’ensemble des « lectures » proposées par le « service après-vente ».

  • La question des accompagnateurs scolaires n’est pas celle de leur statut, mais celle de la nature de l’activité à laquelle ils participent.

 

L’auteur souligne en outre qu’il faut lire intégralement, et non avec des caches, l’étude du Conseil d’État brandie par la ministre et son « service après-vente ». Enfin, Mezetulle savoure particulièrement la fin du texte, où est dénoncée la confusion entre scolaire, périscolaire et parascolaire.

 

Lire la version en ligne sur le site de l’UFAL.

 

Télécharger la version développée du texte de Charles Arambourou



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Terrorisme : pourquoi notre société a-t-elle des enfants perdus ?

En ligne le 10 novembre 2014

 

Dans son nouvel article La séduction de la terreur, Jean-Michel Muglioni propose un début de réflexion sur la cause générale de la séduction du terrorisme.

 

 

Une ère de terrorisme ne fait que commencer. Le vide intellectuel et moral de notre temps et la réduction de la politique à l’économie font le lit des fanatismes religieux, car les hommes ont d’autres exigences que l’argent. Pourquoi notre société a-t-elle des enfants perdus ? C’est qu’il n’y est pas question d’en faire des hommes mais seulement des producteurs et des consommateurs.

 

Lire l'article de Jean-Michel Muglioni La séduction de la terreur. 

 

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L'accompagnement des sorties scolaires
est-il confié à des « mamans » ?

En ligne le 6 novembre 2014

 

La question de l’affichage de signes religieux par des accompagnateurs de sorties scolaires est envenimée par une déclaration récente de la ministre de l’Éducation nationale. Contrairement à ses prédécesseurs Luc Chatel et Vincent Peillon, Najat Vallaud-Belkacem avance que, en matière d’accompagnement scolaire, la « règle » doit être l’acceptation de l'affichage de signes religieux par les bénévoles accompagnateurs, et l’exception le refus de cet affichage [1]. Il est significatif, ce faisant, qu’elle ait tenu à parler de « mamans », invitant à déplacer la question sur le terrain compassionnel.

 

 

La récurrence du terme « maman » [2] attire mon attention et fait refluer des souvenirs... de 1989. Lorsque éclata l’affaire dite « de Creil », un vocabulaire analogue « de proximité » et de banalisation fut alors manié par les tenants de l’affichage religieux à l’école publique. Plutôt que d’élèves, ils préféraient parler de « petites filles » ou de « jeunes filles » ; plutôt que voile islamique, ils utilisaient l’expression « petit fichu ».

Le film, on l’a déjà vu. Il s’est déplacé, tout simplement. Son enjeu demeure : la tendance la plus rétrograde de l’islam entend banaliser le port du voile et l’introduire particulièrement à l’école publique. Ainsi s’accentue, plus généralement, la pression sur les femmes musulmanes qui ne le portent pas.

 

L’accompagnement des sorties scolaires [3] est-il forcément confié à des « mamans » ? Non !

Un citoyen quelconque peut assurer cette tâche, à condition d’être agréé par le chef d’établissement [4]. Bien sûr, les parents d’élèves sont au premier chef concernés et sollicités, ce qui est une très bonne chose.

 

Une mère d’élève accompagnatrice reste-t-elle une « maman » ? Non !

L'usage insistant du mot « maman » pour dire « parent d’élève » ou en l’occurrence « mère d’élève » suggère une importation de l’intime au sein de l’école. L’école est-elle destinée à prolonger l’intimité du cocon maternel ? N’est-elle pas, par définition, destinée à en faire sortir l’enfant qui, de « gamin », devient alors un élève ? En devenant élèves et en fréquentant l’école les enfants accèdent au luxe d’une double vie. Et les mères d’élèves qui accomplissent cette démarche effectuent un pas remarquable vers l’extérieur du monde des « mamans » duquel on peut imaginer qu’elles souhaitent sortir.

 

Il faut en outre rappeler une évidence. L’accompagnateur scolaire accompagne, par définition, les enfants d’autrui que sont les élèves – et cela sans exception, y compris lorsque ses propres enfants sont au nombre des accompagnés. L’accompagnateur n’a donc pas à traiter les élèves comme s’ils étaient ses propres enfants. Réciproquement il doit traiter ses propres enfants, dans ce cadre scolaire, comme s’ils étaient ceux d’autrui.

 

Que se passera-t-il si des parents se plaignent qu’un affichage religieux indiscret a été imposé à leurs enfants par un responsable dans le cadre scolaire [5] ? Faudra-t-il que les parents rappellent à l’école son obligation de laïcité ?

On m’objectera qu’une sortie hors de l’école mettra les élèves en présence de tels affichages – églises, tenues religieuses, etc. Raison de plus pour rendre claire et pratiquer concrètement la distinction entre ce qui relève de l’école et ce qui n’en relève pas, entre les responsables qui encadrent et les rencontres extérieures, entre l’institution publique et la société civile : voilà qui serait une éducation à la tolérance autrement plus efficace et plus élevée que celle dont on nous rebat les oreilles.

 

Continuons la projection du remake d'un film vu durant les quinze ans qui ont précédé le vote de la loi de 2004 prohibant le port de signes religieux à l’école publique. Un second thème compassionnel est avancé ad nauseam : celui de l’humiliation, de la stigmatisation et de la maltraitance par les méchants laïcards... On aura reconnu le thème condescendant, plein d’onction et de violence, de l’intouchable. Car croire qu’une femme, parce qu’elle est voilée, serait incapable de comprendre qu’il existe des espaces et des situations distincts, relevant de réglementations différentes, c’est la mépriser. La demande qui lui est alors faite de s’abstenir d’affichage religieux, loin de l’humilier, la met à la même hauteur que le professeur dont elle partage momentanément la tâche ; loin d’être un impératif blessant et réducteur, elle est un honneur et une marque de considération.

 

En écrivant ces lignes, j’ai bien conscience de leur étrangeté. Elles supposent une conception de l’école que les réformes qui se sont succédé depuis quelque trente ans ont ruinée. Dans une école « lieu de vie » que la sempiternelle réforme ne cesse d’imposer, on se soucie moins d’instruire que d’accoutumer à la réalité sociale telle qu’elle est et de la banaliser. Aussi préfère-t-on y convier des « mamans » pour s’occuper d’« enfants » plutôt que des citoyens, pères et mères, pour assister des élèves et contribuer à les conduire à la hauteur qui leur est due.

 

[Edit du 14 novembre. Voir les autres éléments du dossier :

Le témoignage d'un «papa» par Jean-Dominique

Argumentaire juridique par Charles Arambourou ]



[1]    Déclaration lors d’une audition à l’Observatoire de la laïcité le 21 octobre 2014. Mme Vallaud-Belkacem s’appuie sur une étude du Conseil d’État rappelant notamment qu’il n’existe pas de catégorie juridique désignant les collaborateurs temporaires d’un service public : les « mamans » voilées resteraient donc des « usagers » du service public durant l’accompagnement des élèves. Mais la même étude rappelle (p. 32 et suiv.) que ces « usagers » lorsqu’ils collaborent au service peuvent néanmoins être soumis à l’exigence de neutralité d’affichage religieux, et cite expressément le cas de l’Éducation nationale. Ce qui confirme la « circulaire Chatel » du 27 mars 2012 ainsi que l’a précisé le ministre V. Peillon en décembre 2013. Voir l'analyse des textes dans cet article de Charles Arambourou.

[2]    Réitéré notamment par la ministre lors de la réponse à la question d’un député à l’Assemblée nationale le 5 novembre, en une formule significative : « Hors ces comportements prosélytes, faut-il interdire par principe à une maman portant le foulard d’accompagner ses enfants en sortie scolaire ? » [c’est moi qui souligne]

[3]    En plus du professeur dont la présence est obligatoire.

[5]    Voir par exemple cet échange de courrier sur le site de l’Union des familles laïques (UFAL).

 

 

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Par Catherine Kintzler
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La langue française : reflet et agent du sexisme ?

En ligne le 29 octobre 2014

 

Le nouvel article d’André Perrin, « La langue est-elle le reflet et l'instrument d'une société sexiste ? », apporte de nombreux éléments nouveaux au dossier récemment ouvert sur Mezetulle à l’occasion d’un incident à l’Assemblée nationale au sujet de la féminisation des noms [1]. En s’appuyant sur la lecture d’un ouvrage de Marina Yaguello, l’auteur examine la thèse selon laquelle la langue serait à la fois le reflet d’une société sexiste et son agent.



Cet examen conduit, entre autres, à récuser les attendus tirés de l’histoire de la langue en faveur de féminisations forcées : car s’il est vrai que les noms féminins de métiers et de fonctions ont pu être jadis plus nombreux qu’ils ne le sont aujourd’hui, il serait erroné d’en conclure que les droits des femmes étaient alors davantage reconnus. Cela (entre autres arguments dont on prendra connaissance en lisant l’article) fait qu’on peut non seulement s’interroger sur la pertinence d’une corrélation entre langue et société sexiste, mais aussi, généralement, sur la légitimité et la valeur d’une action volontariste sur la langue.

 

Lire l'article d'André Perrin La langue est-elle le reflet et l'instrument d'une société sexiste ?

 

1 - Voir les articles suivants :

Novlangue : comment dit-on « la victime » au masculin ? 

Humanité, différence sexuelle et langue (par A. Champseix)

La langue est-elle sexiste (suite) (par J. Morales, avec un extrait d'une lettre de Voltaire)

 

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Par Mezetulle
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Prix 2014 du Comité laïcité république

En ligne le 28 octobre 2014


J'ai eu l'honneur, hier, de recevoir l'un des quatre prix décernés par le jury du Comité laïcité république, présidé cette année par Jean Glavany. 

Merci à tous ceux qui, nombreux, m'ont envoyé un message de félicitations !


La cérémonie de remise des prix a eu lieu devant une nombreuse assistance de près de 600 personnes, accueillie par Mme Anne Hidalgo, maire de Paris, dans les salons de l'Hôtel de Ville.


Voici le palmarès :

  • Le « Grand Prix international » a été attribué à Mme Shoukria Haïdar, présidente de l’association NEGAR de soutien aux femmes afghanes pour sa très courageuse action en faveur de l'égalité entre hommes et femmes et de l'éducation pour tous.
  • Le « Grand Prix national » a été décerné à M. Jean-Luc Petithuguenin, président de Paprec Group, entreprise de 4500 personnes qui a mis en place une charte de la laïcité dans l’entreprise adoptée à l'unanimité des salariés.

  • Le jury a par ailleurs attribué deux prix spéciaux à deux philosophes "pour la force de leur œuvre en faveur de la laïcité".

- Catherine Kintzler, professeur honoraire à l’université Charles de Gaulle Lille III, vice-présidente de la Société française de philosophie (dernier ouvrage paru : Penser la laïcité, Ed. Minerve 2014)
- Henri Pena-Ruiz, philosophe, écrivain, maître de conférences à Sciences-Po Paris (dernier ouvrage paru : Dictionnaire amoureux de la Laïcité, ed Plon 2014) 


On peut voir photos et vidéos sur le site du Comité laïcité république, qui publie également les diverses allocutions.

 


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Par Catherine Kintzler
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