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Mise à jour du 17 mai 2013  -- Qui est Catherine Kintzler ?

 

Ce blog-revue est divisé en deux parties.
1- La partie blog : "Le bloc-notes", billets d'actualité et d'humeur, et annonces des nouvelles publications de la revue. 
2 - La partie revue : "Les articles"
, textes de recherche, écrits avec moins de hâte, longs, argumentés, référencés, casse-pieds : c'est exprès!

Mezetulle est rébarbatif, intello, raisonneur, politiquement incorrect et ne souhaite pas de lecteurs "cool" - du reste "cool" et "lecteur" sont des termes contradictoires. Son principe est simple mais ambitieux : que chaque texte soulève un enjeu pour la pensée. Son parti-pris est tout aussi simple : la pensée se rencontre partout, pourvu qu'on y soit attentif.

 

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Bloc-notes actualité
L'école et l'entreprise

par Jean-Michel Muglioni
En ligne le 17 mai  2013


Est-il opportun, dans une école incapable de leur apprendre l’élémentaire, d’imposer aux élèves deux cours supplémentaires de morale et d’entreprenariat ? Jean-Michel Muglioni ne voit pas comment ces mesures, qui chargent l’emploi du temps des classes et qui sont coûteuses, peuvent préparer l’insertion de quiconque dans le monde du travail. Mais il n’ose pas envisager ici que ce soit de la part des gouvernements de gauche comme de droite une manière de catéchisme préparant les élèves non plus à la vie future à laquelle ils croient de moins en moins, mais à la dégradation programmée des conditions de travail.


Le pays manque de créateurs d’entreprises, et, quand il y en a, il ne les honore pas ; il ignore l’importance de leur rôle. Tout le monde s’accorde sur ce diagnostic et même sur le remède : puisque les Français, au sortir de leurs études, ne se précipitent pas avec enthousiasme vers l’entreprise, dorénavant tous les élèves suivront de 11 ans à 18 ans un cours d’entreprenariat, discipline nouvelle créée pour l’occasion, qui s’ajoutera aux multiples autres et au cours de morale dernièrement remis au programme, le temps scolaire étant infiniment extensible. L’échec de cette mesure sera imputé non sans raison au manque de conviction de maîtres. Que pourront-ils dire en effet à leurs élèves ?

« Pour l’épreuve d’entreprenariat au baccalauréat, ne vous faites pas de souci. Dites seulement que vous aimez l’entreprise, et même si vous refusez, il y aura 80 pour 100 de reçus dans votre classe d’âge, preuve que votre pays est un grand pays développé. Nous n’avons pas le droit de vous imposer la discipline nécessaire au fonctionnement normal d’une classe. Nous n’avons pas le droit de vous imposer de travailler. Vouloir vous faire respecter l’orthographe et la grammaire est fasciste. Exiger de vous une attention trop longue est dangereux pour votre santé, selon les psychologues qui, heureusement pour la bonne marche de l’entreprise, veulent bien que vous consommiez des clips et des publicités au lieu de vous entraîner à suivre de longs discours. Il est vrai que devenus capables d’être attentifs plus d’un instant, vous pourriez vous instruire, et dès lors cesser de prendre au sérieux les propos des politiques et des journalistes. Imaginez en outre que, convaincus par l’école qu’il faut travailler régulièrement, vous exigiez chez vous de vos parents le calme dont vous avez besoin pour apprendre : toute la vie de la maison s’en trouverait perturbée.
« Mais une fois vos études achevées, les vacances seront finies : ce sera le temps de l’entreprise, il faudra travailler, produire, contribuer à la croissance. Et si vous ne voulez pas, aucune association de parents d’élèves ni aucun tribunal ne prendra votre défense. Pour être embauchés, vous devrez même écrire une lettre de motivation, que vous soyez motivés ou non, et de préférence sans fautes d'orthographe. Fini le temps où l’école devait prendre en compte vos motivations et où le maître n’était pas tenu de vous instruire si vous n’en manifestiez pas le désir. Ceux d’entre vous que la perspective de passer quarante-cinq ans dans l’entreprise ne réjouit pas ne doivent pas désespérer : tout le monde s’accorde aussi pour dire que vous ne trouverez d’emploi que si la croissance revient, et personne ne sait si elle reviendra un jour. »

Les élèves sont intelligents. Il sera inutile de les prévenir ainsi : ils comprendront qu’on se moque d’eux. A moins que l’annonce de ces mesures, dans une école dont un très grand nombre d’élèves sortent sans savoir ni lire ni écrire, ne soit un canular.

 

© Jean-Michel Muglioni et Mezetulle, 2013

Lire les autres articles de Jean-Michel Muglioni sur Mezetulle.

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Par Jean-Michel Muglioni
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Les recettes de la cuisine pédago officielle
et la destruction de l'école : Jean Robelin récidive !

En ligne le 29 avril  2013


Dans un long entretien avec Esteban Piard pour le magazine Ragemag, Jean Robelin prolonge la tribune qu'il a publiée le 10 mars dans l'Humanité au sujet de l'école et dont Mezetulle a fait récemment état (1). Et une fois de plus, c'est un régal de le lire.

Quelques extraits de ce discours bien senti, juste pour vous mettre l'eau à la bouche.


Sur la politique scolaire de la gauche
La gauche est coupable d’avoir retiré toute autorité aux enseignants, en les coinçant entre une administration dont on exige qu’elle ne punisse pas, et des associations consuméristes de parents d’élèves qui s’arrogent le pouvoir de juger les enseignants, de leur apprendre leur métier. Moins on entend parler d’un établissement, mieux son chef est considéré, c’est l’inverse de la prime au rendement : la prime au silence. Donc pas de vagues. La gauche est coupable d’avoir dessaisi les enseignants de leur métier en leur imposant les recettes de la cuisine pédago officielle.[...] Le problème du PS n’est pas de concevoir une école du peuple, c’est de satisfaire les exigences de formation immédiate de la main-d’œuvre pour les entreprises, définies dans les documents de la Communauté européenne et dans ceux de l’OCDE. De ce point de vue, son programme n’est pas différent de celui de la droite. Apprendre à apprendre, c’est tout simplement remplacer la culture — c’est-à-dire la façon dont les individus se font eux-mêmes — par des procédures extérieures, des méthodes sans contenu qui correspondent à la transformation du travail intellectuel ou semi-intellectuel dans les entreprises, en application de procédures mécanisables, en particulier par l’informatisation des processus de travail… Ces procédures sont ce qui rend les individus substituables, avec comme conséquence qu’on peut plus facilement les virer parce qu’on peut les remplacer.

Sur la dévalorisation et de désespoir des professeurs
L’école vit dans les résistances à l’idéologie officielle, dans les efforts que font de nombreux enseignants, mus par une sorte de stoïcisme du désespoir, pour continuer à diffuser la culture. Mais c’est à ceux-là que l’on reproche de ne pas appliquer des âneries auxquelles on renonce deux ans après leur mise en place, parce qu’elles ont montré leur sottise. J’en connais, de ces enseignants excellents, sacqués dans les inspections, parce qu’ils refusaient les travaux personnels encadrés, les livrets d’incompétence et autres sornettes. [...]Lisez les discussions d’enseignants sur le Net, vous y verrez le poids du désespoir qui atteint la profession. Croyez-vous que des gens qui ont la possibilité d’échapper à l’enseignement, en particulier dans les matières scientifiques, feront cinq ans d’études ou plus, pour aller se faire cracher dessus dans une ZEP, le tout pour un salaire de début équivalent à 1,3 SMIC ?

Sur le « baratin pédagogiste »
[...] dans mon expérience professionnelle, les profs pédagogistes rencontrés étaient des gens qui généralement mendiaient l’amour de leurs élèves, ce qui n’est ni une bonne façon d’éduquer, ni un signe d’équilibre personnel. Et ce que j’ai constaté, c’est que les pédagogistes sont de mauvais pédagogues. Ce qu’il y a derrière tout cela, c’est qu’on veut des similis mamans, des doubles de la famille, et tant pis pour le savoir. C’est l’école garderie qui est en marche.[...] Ce qu’on appelle le conservatisme des enseignants, c’est leur refus de se transformer en baby-sitters. Il est clair aussi que l’école n’a pas à suivre le mouvement de la société. Un parent d’élève disait un jour à ma femme : « les enfants sont désormais des enfants de la pub, il faut leur enseigner comme à des enfants de la pub. » Si on veut fabriquer des chiens de Pavlov théoriques, faisons cela. L’école a des fonctions propres : enseigner pour éduquer.

Sur l'université
La coupure entre enseignement et recherche devient un gouffre, favorisant les comportements de mépris pour l’enseignement de la part des profs. Les notes sont bradées, parce que la concurrence entre les disciplines oblige à tout faire pour garder les étudiants et éviter leur fuite vers les disciplines « conciliantes ». C’est le sens de l’ « offre de savoir ». Le savoir n’est pas une offre répondant une demande, il crée son désir quand on est plongé dedans.

Et la péroraison :
Il est important en ce moment de libérer la parole des acteurs, des enseignants eux-mêmes, trop longtemps étouffés sous la chape du discours officiel relayé par les partis et les syndicats. Or les réactions, y compris les courriels qui me sont adressés, à la tribune que j’ai écrite, et que L’Humanité a publié au grand étonnement de ses lecteurs, celles à d’autres articles comme le mien, montrent combien ce discours officiel est en décalage avec le terrain, combien il est artificiel. Que Peillon soumette son baratin pédagogiste à un référendum chez les enseignants, je parie qu’il prendra une raclée, malgré le soutien de la machinerie étatique. Car sa concertation sur l’école était, comme toutes les initiatives de ce genre, une mascarade.

1 - Voir l'article du Bloc-notes Jean Robelin, la gauche et l'éducation, où l'on trouvera le lien vers le texte de la tribune publiée sur le site de l'Humanité.

 

Lire l'intégralité de l'entretien sur le site de Ragemag  : Jean Robelin « C'est l'école garderie qui est en marche »

 

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Bloc-notes nouveauté sur Mezetulle
L'affaire Baby-Loup, la liberté de religion
et le Front de Gauche PACA

En ligne le 27 avril 2013


Parmi les nombreux commentaires consacrés à l'affaire Baby-Loup, Charles Arambourou en relève un - non qu’il soit pire que les autres, mais parce qu’il attriste, venant du Front de Gauche de la région PACA, signé Fabienne Haloui, apparemment responsable du PCF (1) .
 

Il analyse ce texte en rappelant un principe républicain élémentaire : aucune liberté n’est ni générale, ni absolue, pas plus la liberté de religion qu’une autre. C'est l'occasion pour lui, en outre, d'exposer pourquoi cette affaire invite à légiférer.

 

Lire l'article de Charles Arambourou La liberté de religion n’est pas supérieure à toutes les autres ! Pourquoi l'affaire Baby-Loup invite à légiférer sur ce blog.

 

1 - Texte en ligne le 5 avril 2013 sur le site du Front de Gauche région PACA, on trouvera le lien dans l'article .

 

NB. Les commentaires de ce billet d'annonce sont désactivés, merci aux lecteurs de poster leurs commentaires sur l'article.


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À la mémoire de François Jacob

En ligne le 25 avril 2013


François Jacob, prix Nobel, compagnon de la Libération, est mort il y a quelques jours. Un hommage national lui a été consacré : c'est juste, c'est bien. Je tiens à saluer ce combattant de la liberté et de la pensée, grand esprit libre et libérateur, éclairé et éclairant. Je lui dois une des lectures théoriques les plus excitantes de ma vie intellectuelle et aussi de ma vie de professeur de philosophie, mine inépuisable de leçons aussi bien pour moi que pour mes élèves.

Je tiens en effet La Logique du vivant. Une histoire de l'hérédité (Paris : Gallimard, 1970) comme l'un des plus grands ouvrages philosophiques du XXe siècle. L'épistémologie de Bachelard et de Koyré, celle des obstacles, des ruptures, celle qui s'intéresse, au-delà de la fade histoire des idées où on n'est jamais qu'un spectateur, à cerner en quoi la pensée a affaire à elle-même, comment pour se trouver elle doit se fâcher contre elle-même, cette épistémologie, qui nous fut notamment transmise par l'enseignement de François Châtelet, s'y déploie, s'y renouvelle et y montre sa puissance. Et en plus, c'est bien écrit : le roman de la pensée s'y déroule, haletant et jamais anecdotique. Plus de quarante ans se sont écoulés depuis que j'ai ouvert pour la première fois ce livre qui a fait pâlir toutes les autres lectures de philosophie des sciences que j'ai effectuées depuis (1).


1 - Pour être tout à fait honnête, je dois ajouter : à l'exception de l'ouvrage magistral de Françoise Héritier Les Deux sœurs et leur mère (Paris : Odile Jacob, 1994).

 

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La chasse au Fourest

par Catherine Deudon (1)
En ligne le 18 avril 2013


Il ne se passe pas de jour sans qu'on apprenne qu'un degré de plus a été franchi dans les propos, harcèlements et agressions ouvertement homophobes – en marge (est-ce bien le terme?) des manifestations hostiles à l'ouverture du mariage civil aux personnes de même sexe. Cette radicalisation révèle, au fond, que le seul argument qui reste à ces opposants n'est autre que l'appel à la biologie, au sang – certains n'hésitant pas à parler de « traçabilité » au sujet des enfants (2). Mais elle révèle aussi, de manière encore plus inquiétante, une levée des inhibitions fondamentales inséparables de la notion même de civilisation dont on se réclame pourtant si bruyamment. Caroline Fourest, régulièrement et violemment malmenée ces dernières années par les intégristes religieux, raconte sur son blog comment des « militants » d'extrême droite l'ont harcelée lors d'un déplacement à Nantes (3). Les propos qu'elle rapporte et dont elle donne la preuve sont sans équivoque et effarants : ils ouvrent toutes grandes les vannes de la violence physique, et l'appel au meurtre n'est pas loin. Je m'apprêtais à faire état de ces événements et propos lorsque j'ai reçu cet article de Catherine Deudon.
 

 

La chasse au Fourest est ouverte, permis de tuer à l’appui au prétexte que ce n’est pas la peine de se gêner puisqu’il y a des doutes sur sa qualité de femme - selon un extrémiste de droite sur les réseaux sociaux (4).


En effet comme nombre d’entre nous elle n’en est pas une selon les critères du rose et du bleu, couleurs sexistes de « La manif pour tous » et du « Printemps français » dont les bourgeons sont d’inspiration aussi intégriste que ceux qui couvaient dans les dits « Printemps arabes », leur modèle. C’est une « différence des sexes » rigide dite en couleurs hiérarchisantes où les femmes doivent se soumettre aux hommes du berceau au tombeau.


L’étouffoir pudiquement placé sur des propos homophobes (grâce à des consignes strictes et des banderoles formatées)  dans « La manif pour tous » ne les empêche pas d’affleurer. Le revers de la médaille vertueuse craque dans les propos amalgamant « mariage homosexuel » et polygamie, inceste, zoophilie, mariage avec des objets, et j’en passe – on en trouvera un florilège dans un article de Libération paru en novembre dernier (5). Mais rien à voir avec de l’homophobie selon ces rose et bleu qui ne jurent que par mariage hétéro, sexualité hétéro à finalité reproductive, éducation hétéro, comme « s’il suffisait d’être hétéro pour être de bons parents » (comme le proclamait une pancarte d’une manif  « Mariage pour tous »).

Avoir quelques homosexuels dans ses rangs n’est bien entendu pas plus convaincant qu’avoir quelques noirs alibis dans les manifs racistes, des femmes dans des manifestations sexistes, etc. En oubliant au passage que le mariage n’est pas plus obligatoire pour les hétérosexuels que pour les homosexuels. Et que des gens célibataires hétéros ou homos éduquent des enfants, que d’autres en adoptent, que des homosexuels des deux sexes font parfois ce qu’il faut pour engendrer des enfants. Du reste, la PMA et la GPA, ou même l’adoption, ne sont pas des questions spécifiques du mariage entre personnes de même sexe.  

Il serait temps d’ailleurs de prendre conscience que le mariage hétéro est en déclin, et que le mariage homo serait également très minoritaire (notre président pourtant « normal », n’est même pas marié, et c’est son droit). Il ne change rien, ce mariage étendu aux personnes de même sexe, au mariage de personnes de sexes opposés, contrairement à ce que disent imperturbablement les « manifs pour tous ». Mais la droite UMP et autres se saisissent de tous les prétextes pour ne pas accepter l’alternance - et aussi parce qu'ils n'ont pas de programme crédible -, quitte à faire le jeu de tous les extrémismes prêts à faire couler le sang.

Madame la « Générale Boulanger Barjot » (comme l'appelle Jean-François Kahn dans le tweet du Huffington Post du 16.04.2013, Editorialistes lâches ou aveugles ?) est une fausse (?) naïve, ou au mieux une vraie naïve fort confuse, qui martèle son discours sans en rien retirer quels que soient les arguments qu’on lui oppose - notamment l’excellent travail sous la direction d’Irène Théry (6). Dans l’un et l’autre cas elle est dangereuse quelles que soient ses « excuses » qui arrivent après des excès, comme la stratégie des « détails » d’un certain Front National, lequel attend son heure dans les environs politiques de cette mouvance.

Nous demandons la fermeture immédiate et sans concession de la chasse au Fourest ouverte par cet ignoble permis de tuer parce qu’elle « ne serait pas une femme », ce qui est une déclaration absolument et typiquement homophobe et criminelle.  

 

© Catherine Deudon et Mezetulle, 2013

 

1 – Voir la présentation de l'auteur et ses autres articles sur Mezetulle.
2 – Affiche « Moi aussi je veux ma traçabilité » visible ici.
3 – Voir l'article. Repris dans Huffington Post.
4 – Voir la note précédente, ainsi que ces tweets sans ambiguïté.
5 – Voir l'article. Florilège qui s'est bien sûr enrichi depuis cette date, parfois de façon comique, voir par exemple les déclarations de la sénatrice Colette Giudicelli faisant état d'un mariage avec des objets.
6 –  Mariage de même sexe et filiation, aux éditions EHESS, travail  complètement occulté.

 

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Par Catherine Deudon
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Jean Robelin « La gauche et l'éducation » : à lire !

En ligne le 5 avril 2013


Jean Robelin, professeur émérite à l'université de Nice, explose dans une sainte et roborative indignation au sujet de la politique scolaire qui déferle depuis plus de trente ans et à laquelle la gauche a mis plus que la main. Tous ceux qui, comme Mezetulle, dénoncent inlassablement cette politique depuis très longtemps, ont le sentiment de parler dans le désert (1). Et ça continue...

Dans un style simple, concret, animé d'un souffle puissant, l'auteur ne se contente pas de dresser un constat sévère, où droite et gauche en prennent pour leur grade, il propose aussi des mesures de bon sens qui ne coûteraient rien, le tout appuyé sur une réflexion politique de fond où l'école républicaine est rudement et heureusement rappelée à sa fonction.

Je me délecte à la lecture de cette prose roborative d'un collègue que j'ai parfois rencontré dans des réunions professionnelles, et avec lequel je partage bien des vues. Et dire que je découvre cette tribune, réquisitoire implacable contre un pédagogisme calamiteux et magnifique plaidoirie pour l'école républicaine, trois semaines après sa publication sur le site L'Humanité.fr !

Quelques extraits :


Comment a-t-on pu en arriver à former des enseignants fiers d'ignorer ? Ce n'est pas à eux que j'en veux : comment savoir l'importance de ce qu'on ne connaît pas ? C'est à une gauche qui a livré l'école à des gens mus par la haine du savoir, incarnée par les IUFM. [...]J'entends encore les imprécations des pédagogues officiels. Ramenons la question à des faits. A quoi servent les expériences pédagogiques officielles ? A justifier les assertions du ministre qui les a ordonnées. Autrement dit, le propre des prétendues sciences de l'éducation, c'est de ne pas être falsifiables. Une théorie qui ne sert qu'à justifier les demandes du pouvoir n'est qu'un conformisme intellectuel[...]Se mettre à la remorque des élèves, c'est les priver de tout accès à un savoir auquel ils ne viendront pas tout seuls, sauf si bien sûr, leur milieu social d'origine les y insère. C'est donc renforcer les inégalités, c'est priver les élèves des milieux défavorisés de ce à quoi ils ont droit. Les bonnes intentions démocratiques pavent le chemin de l'enfer inégalitaire.[...]Voulez-vous améliorer le fonctionnement de l'école, de la maternelle à l'université ? Commencez par « foutre la paix » aux enseignants. C'est à cette condition que vous pourrez en exiger beaucoup. Redonnez leur l'initiative et la responsabilité de leur métier. C'est à cette condition que vous pourrez aussi sanctionner utilement les carences et les manquements. Redéfinissons simplement les missions des enseignants : connaître pour éduquer, vous redonnerez légitimité et respectabilité à l'école. Bien sûr, c'est là un long chemin, car on ne forme pas des hommes en deux ou trois ans. C'est plus difficile que de prendre quelques mesures spectaculaires et électoralistes. Mais la France a désormais le dos au mur : perdre son seul atout économique véritable, c'est-à-dire la qualification et la compétence de ses travailleurs, ou bien en revenir au sérieux d'un vieux mot aujourd'hui lui aussi si décrié : l'instruction.
Lire la tribune de Jean Robelin La gauche et l'éducation sur L'Humanité.fr .

1 - Voir sur Mezetulle les très nombreux articles consacrés à l'école . On trouvera quelques repères bibliographiques (très incomplets)  à la fin du texte L'école de la République : refondation ou réforme ?

 

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Quelques références en ligne sur l'affaire Baby-Loup
et l'arrêt de la Cour de cassation

En ligne le 29 mars 2013. Actualisé le 2 avril

 

Mezetulle ne prétend pas faire une revue de presse, mais propose à ses lecteurs un choix, très sélectif et incomplet, d'articles et de références accessibles en ligne sur le dernier développement de l'affaire de la crèche Baby-Loup (arrêt de la Cour de cassation).

 

* Mezetulle
article de Catherine Kintzler « L'arrêt de la Cour de cassation encourage la discrimination envers les non-croyants et restreint la liberté d'entreprendre » (1)


* Marianne
- le texte de l'Appel « Laïcité : aux élus de nous sortir de la confusion ! » et le lien vers la pétition qui a déjà recueilli plus de 14 000 signatures.

- l'article d'Eric Conan et Elodie Emery « Pourquoi Marianne soutient l'appel pour une nouvelle loi sur les signes religieux »


* Respublica
l'analyse de Gwénaële Calvès, professeur de droit


* Page Facebook d'Henri Pena-Ruiz, « La laïcité meurtrie » (Mezetulle a fermé sa page Facebook depuis plusieurs années et ne peut donc donner le lien, mais ceux qui ont accès à Facebook trouveront facilement !)


* Le Monde

article d'Abdennour Bidar « Gare à ne pas couper la France en deux »



* Causeur

Article de David Desgouilles « Affaire Baby-Loup : il faut changer la loi »


* Ufal info

« Licenciement annulé à Baby-Loup : il faut une loi pour garantir la liberté de conscience dans l'entreprise »

 

 

* Mediapart

article d'Henri Pena-Ruiz  « Solidarité avec la crèche Baby-Loup »

 

 

* Libération

interview de Catherine Kintzler « L'inégalité, c'est ne pas pouvoir créer d'entreprise laïque »

 

 

*  sur le site L'Abeille et l'architecte,

l'article On ne laisse pas Baby-Loup dans un coin où on peut voir notamment la photo du fronton de la crèche laïque du quartier Saint-Fargeau à Paris - crèche privée : faudra-t-il bientôt effacer le mot « laïque » de la façade ?



.. et mon petit doigt me dit que ce n'est pas fini ! à suivre...


1 - Mezetulle remercie les sites et blogueurs qui ont repris ou cité l'article, notamment : Respublica, David Desgouilles (article cité ci-dessus), Prochoix , Libres penseurs laïcité , Christian Delarue ... et peut-être d'autres que j'ignore !

 

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Élections : enfin un nouveau mode plus significatif
de présentation des résultats !

En ligne le 1er avril  2013


Chacun sait que les résultats des élections sont présentés et commentés, finalement, en pourcentages. Ce qui effectivement est très commode. Mais de quoi est-ce significatif ? Quand on dit, par exemple, que Jacques Chirac a obtenu 82,21% au second tour des présidentielles de 2002 face à Jean-Marie Le Pen, ce pourcentage représente les voix obtenues par rapport aux seuls suffrages exprimés. Pour avoir les rapports entre le nombre d'inscrits, celui des votants, et le nombre de voix, il faut faire les calculs soi-même. Dans cet exemple, Jacques Chirac avait réuni au second tour 77,78% des votants et près de 62% des électeurs inscrits. Pas mal quand même.

Pour soulager les citoyens d'un calcul complémentaire fastidieux qu'ils ne pensent pas toujours à faire (et qu'on ne les encourage guère à faire - on se demande bien pourquoi), le Ministère de l'Intérieur a décidé de compléter les tableaux présentés sur son site ainsi que toutes les annonces officielles avec la présentation en pourcentage des voix obtenues par rapport au nombre d'inscrits ainsi que par rapport au nombre des votants (1).

Mezetulle trouve que cette mesure de bon sens est une très bonne idée : elle permet d'apprécier immédiatement l'élection en relation à l'abstention et en relation aux suffrages blancs et nuls. Lorsque nous consultons le prix d'une denrée pour laquelle la quantité est pertinente, cela nous intéresse de savoir non seulement le prix du produit tel qu'il est présenté sur le rayon, mais aussi son prix rapporté à cette quantité fondamentale - en l'occurrence à la contenance ou au poids. Ce que les associations de consommateurs ont obtenu il y a belle lurette pour le riz, l'huile, la farine, le savon liquide, la confiture, etc., nous allons enfin l'avoir pour affiner notre appréciation des élections.

Voyons ce que cela donne sur les résultats du second tour des législatives partielles de la 2e circonscription de l'Oise qui a eu lieu le 24 mars :
Jean-François Mancel, UMP, élu : 51,4% des exprimés ; 46,22% des votants ; 16,31% des inscrits.
Florence Italiani, FN : 48,6% des exprimés ; 43,6% des votants ; 15,42% des inscrits.

 

L'écart en valeur absolue de 768 voix en faveur de J.-F. Mancel représente 2,8% par rapport aux exprimés, et à peine 0,9% par rapport aux inscrits.

Si elle avait été élue, Florence Italiani n'aurait pas été plus représentative, son élection aurait seulement fait plus de vagues. On aurait peut-être même entendu les médias exhiber le pourcentage par rapport aux inscrits, histoire de montrer combien la reine est nue !

 

La vérité est que le roi est nu quelle que que soit sa couleur politique, mais chut, ça ne se fait pas de le dire pour les partis auxquels il est convenable de croire - en réalité c'est juste une question de foi. Le mal est plus profond. Les électeurs ne se déplacent pas. Le « peuple de gauche » ne se laisse pas leurrer par un prétendu « vote républicain », et de l'autre côté il ne suffit pas de brailler « tous pourris » pour ramasser une mise que les électeurs ne sont pas décidés à mettre sur le tapis. Pourquoi la mettraient-ils, puisqu'ils ont le sentiment que les décisions sont prises ailleurs et par d'autres qu'eux pour aboutir, finalement, toujours à la même politique qu'on leur refourgue à chaque « changement » de majorité ? Difficile pour le gouvernement de les persuader du contraire...

On ne va quand même pas me dire que les abstentionnistes et ceux qui se déplacent pour glisser un bulletin nul dans l'urne sont dépolitisés et ne s'intéressent à rien ? A moins de confondre dépolitisation et effet politique d'une perte de souveraineté.


1 - Voir sur le site du Ministère de l'Intérieur la présentation du projet de la nouvelle disposition, avec quelques exemples fictifs.


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Bloc-notes nouveauté sur Mezetulle
Baby Loup : une crèche privée n'a pas le droit de préserver les enfants d'un affichage religieux pratiqué par le personnel

En ligne le 20 mars 2013


L'arrêt de la Cour de cassation dans l'affaire de la crèche Baby Loup (1) fait grand bruit et les laïques l'accueillent comme un coup sur la tête. Il y a en effet de quoi s'indigner. Mezetulle n'hésite pas à parler d'encouragement à la discrimination envers les laïques et les non-croyants ainsi que d'une forme d'inégalité entre les entreprises. 

 

Au-delà de son aspect choquant et à cause de lui (car les magistrats ne font que dire le droit), cet arrêt pose des questions très intéressantes sur la constitution du concept de laïcité et pointe des lacunes dans le droit du travail, lacunes qu'il n'appartient pas au juge de corriger mais que le législateur serait fautif de laisser en l'état.

En France, sous certaines conditions, on a le droit de créer une entreprise à caractère confessionnel, mais on n'a pas le droit, sous les mêmes conditions, de créer une entreprise qui entend faire valoir le principe de neutralité religieuse en son sein. Un petit enfant a le droit, dans une crèche privée, d'être soumis à des manifestations religieuses de la part du personnel, mais ses parents n'ont pas le droit de réclamer la neutralité pour lui, mieux : ils n'ont même pas la possibilité de trouver une crèche privée qui par son règlement le mettrait à l'abri de ces manifestations.

Mais avant de monter sur nos grands chevaux tentons de voir pourquoi cet arrêt pose des questions  très intéressantes sur la constitution même du concept de laïcité. La lutte en faveur de la courageuse crèche de Chanteloup les Vignes et de son exemplaire directrice Natalia Baleato ne s'en trouvera que mieux alimentée.

 

Lire l'article intégral Affaire Baby Loup. Discrimination envers les laïques et les non-croyants sur ce blog.

 

1 - La Cour de cassation a cassé la décision de la Cour d’Appel de Versailles qui avait validé le licenciement en 2008 d’une salariée de la crèche privée Baby Loup (Chanteloup les Vignes) laquelle refusait d’ôter son voile musulman.

 

NB. Les commentaires de ce billet d'annonce sont fermés, merci aux lecteurs de poster leurs commentaires sur l'article.


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[22 mars] lire l'appel Laïcité : aux élus de nous sortir de la confusion !
sur le site de Marianne.fr et signer la pétition


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Oui, nous avons un pape !

par Jean-Michel Muglioni
En ligne le 17 mars  2013


Faut-il s’en prendre au Pape ? Calomnies ou analyses historiques véridiques posent le problème de l’attitude de l’Église argentine pendant les années de la dictature. Jean-Michel Muglioni n’attend rien d’une enquête mais se contente d’une tautologie : un pape est un pape, il est chargé de la pérennité de l’Église et l’Église comme les vieillards est obsédée par le souci de sa conservation.

Notre complicité envers la dictature argentine
La dictature paraît reposer sur la force militaire ou policière : elle écrase des peuples trop faibles pour s’y opposer. Que pouvait un Argentin contre le régime de Videla, à moins d’un courage extrême ? Nul ne peut prétendre qu’il en aurait été capable. Mais d’où vient le pouvoir d'un tyran, sinon de la complicité non pas seulement de ses gardes, de ses policiers et de ses soldats, mais de tout son peuple, et aussi bien du reste du monde qui s’accommode assez de son régime ? La France a vendu des armes à Videla. Elle a soutenu d’autres tyrans. Le monde entier s’est déplacé aux Jeux Olympiques de Berlin ou à la Coupe du monde de football en Argentine : les innombrables complices des tyrans ne sont pas tous chrétiens. Il est donc trop facile de s’en prendre au Pape.

La charité n’est pas d’ordre politique
Certains catholiques surent s’opposer au nazisme, ou, en Argentine, à la dictature. Mais l’Église, en tant qu’institution, a-t-elle réellement et publiquement participé à ces luttes ? Un chrétien infiniment bon peut partager son manteau et s’accommoder d’une dictature de droite, d’autant que son attitude personnelle lui paraît la meilleure manière de lutter contre le mal dans un monde de pécheurs. Son souci des pauvres, que je ne nie pas, que je ne méprise pas, car l’action du Secours Catholique, par exemple, est aujourd’hui essentielle chez nous où l’Etat et l’Europe ont montré leur incapacité radicale, bref la charité bien comprise n’implique pas le refus de régimes abominables. Le nouveau pape est à coup sûr l’homme des pauvres et à coup sûr il a été charitable ; je parierai même qu’il n’a pas collaboré personnellement avec la dictature – d’autant qu’alors il n’était pas le chef de l’Église locale. Mais il est conforme à la tradition de son Église et à la nature des choses qu’elle n’ait pas pris parti en tant qu’institution contre cette dictature, et si après sa chute une déclaration de la conférence épiscopale a demandé pardon pour ne pas s'être pas battue pour les droits de l'homme, le repentir est aisé.

La sclérose inévitable de toute institution
En France il y eut des collaborateurs ou des résistants de tout bord, croyants ou non. N’exigeons pas des catholiques en tant que tels, et parmi eux des plus charitables, plus de courage politique que des autres hommes. Mais l’institution qu’est l’Église est d’abord une institution humaine dont la fin n’est pas le bien de l’humanité mais le sien propre. Elle n’est pas plus universelle qu’un État démocratique qui fait prévaloir son intérêt sur celui des autres. Le pape nouvellement élu a donc rappelé que sa mission et celle des cardinaux est d’évangéliser, autrement dit d’accroître le nombre de ses ouailles, comme font des syndicats, et peu importe que le message ou la revendication soient justes : l’obsession de conserver l’institution l’emporte sur la fidélité à son sens.

Il n’y a pas de dieu sans martyrs ou les dieux meurent avec leurs fidèles
En outre la croyance en Dieu n’existe que par les croyants. Quand même il n’y aurait aucune académie des sciences ni aucun être sur terre pour comprendre l’arithmétique ou l’astronomie, 2+2 font 4 et la terre se meut autour du soleil. Quand même il n’y aurait nulle part des lois justes, l’idée de la justice n’en serait pas moins vraie ni les lois injustes moins injustes. Au contraire la mort des croyants est la mort de leurs dieux, comme il est arrivé à plusieurs d’entre eux. Galilée pouvait donc abjurer et dire en lui-même : « et pourtant elle se meut », parce que le mouvement de la terre ne dépendait pas de son témoignage – et témoin en grec se dit martyr : la foi n’a pas d’autre preuve qu’elle-même, elle n’existe que par les fidèles. Non par leurs œuvres, mais par le fait qu’ils croient. L’Église est donc inévitablement portée à faire prévaloir sa survie sur tout autre intérêt.

Voilà pourquoi il est absurde de demander au Pape de ne pas faire le même métier que ses prédécesseurs. Et qu’il soit le pape des pauvres signifie qu’il l’a bien compris, sans quoi il ne serait pas pape et l’Église deviendrait une ONG comme les autres.

 

© Jean-Michel Muglioni et Mezetulle, 2013

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