Petit fripon deviendra grand....
Une gifle peut en cacher d'autres... à venir
par Edith Bottineau-Fuchs
Un professeur gifle un élève qui l'avait traité de "connard". Bonne occase pour réchauffer la rivalité entre les familles et l'école en passant néanmoins à la vitesse supérieure : pour "punir"
l'enseignant, on s'adresse à la justice pénale. Excusez du peu, mais c'est quand même très grave, une gifle.... Or ce plat réchauffé est d'autant plus dégoûtant qu'il pourrait bien signer le
refus de toute autorité, y compris celle des juges... et des parents les plus prompts à protéger leur progéniture contre les méchants petits profs.
Edith Bottineau-Fuchs propose ici un texte dans le sillage de son analyse du "prétendu droit au respect".
Dans un grand quotidien récent, un billet spirituel s’amuse à distinguer entre gifle et gifle : ainsi la claque n’est-elle pas au juste ni la baffe ni la beigne, etc. Ce bref aperçu
lexical introduit au rappel d’un récent épisode : un professeur vient, après garde à vue, d’être mis en examen pour avoir administré gifle, claque ou beigne à un sien élève de onze ans qui
le traitait, lui, le professeur, de « connard » . Le journaliste évoquait ensuite une autre gifle, claque ou beigne, infligée cette fois par un dirigeant politique à un gamin qui
cherchait à lui faire les poches. Morale : dans un cas- plainte déposée par les parents contre le professeur et mise en examen en toute célérité. Dans l’autre, plusieurs points de gagnés
dans les sondages, disait-on.
Cette aimable comparaison entre deux gifles suggère quelque commentaire sur l’état de l’ « opinion », c’est à dire sur la rigolarde humeur avec laquelle il conviendrait
d’accueillir l’histoire du professeur : nous connaissons depuis longtemps notre La Fontaine ! l’âne cède inconsidérément à ses émois. N’est pas lion qui veut- et nous en avons vu
d’autres.
En revanche loués soient les kilomètres d’encre et de discours médiatiques divers , aptes à nous faire ressentir à tous combien les pertes de la Société Générale devraient nous faire
trembler. Relativement à la question du sort de cette « grande banque française » - ainsi qu’elle est nommée - qu’y a-t-il de sérieux dans l’épisode de la gifle-du-professeur ?
Les différents niveaux de l’autorité administrative de l’Education Nationale sont-ils à même d’évaluer si la réponse d’un maître à la grossière insolence d’un enfant constitue, ou non, un
« châtiment corporel par personne ayant autorité » ? Certes non ! Les parents, forts des dires de leur progéniture, font bien de s’en remettre à la Justice Pénale. Pas moins.
Puisqu’ils en ont le droit. Le petit prof’- comme on dit - le petit Proviseur - le petit Rectorat.. vont donc voir un peu de quel bois se chauffent les familles.
Or, ce recours immodéré à l’institution judiciaire conduit, selon nous, à une première certitude : du refus par les parents de l’autorité et des professeurs et de l’institution scolaire au
refus de l’autorité des juges - la conséquence est bonne.
Quand des professeurs sont insultés et menacés en classe par des élèves, on peut prévoir que les juges le seront en leur Cour.
D’où il suit, dans l’épisode considéré, que la gifle vaut, fort probablement, pour prétexte à réchauffer la vieille rivalité entre les familles et l’Ecole.
Il y a mieux encore : c’est qu’il deviendra grand, le petit fripon, protégé par son papa, qui insulte son professeur, parce qu’il lui est demandé de travailler et se tenir mieux. « Je
prévois que tes coups iront jusqu’à.. .» ton père, lequel, pour l’heure, se sert de toi pour se venger de l’école.
En d’autres termes : l’institution scolaire et son administration ; l’institution judiciaire ; les enfants et leurs parents ; les parents et l’école ; les élèves et
l’école : tout cela, qui est engagé dans la mise en examen du professeur, pour violences aggravées, mériterait-il un instant de considérations sérieuses ? Nullement. Un
professeur, interviewé récemment sur une chaîne de télévision de grande écoute fut très net : dieu merci ! les châtiments corporels sont interdits à l’école. Un point c’est tout. Ne
bougeons pas de là : fermons les yeux sur l’ amont autant que sur l’ aval.
Pour notre part, nous conclurons que les « diantres d’animaux » ont ma foi, bien raison de dire que les adultes sont des « connards », massivement partagés qu’ils sont
désormais entre le jeunisme -copain, copain- et l’absolu « respect » de la parole de l’enfant, tant indifférente soit-elle à départager phantasme et réalité.
Et s’il se trouve des adultes à ne pas manger de ce pain-là, qu’on les mette en examen !
© Edith Bottineau-Fuchs et Mezetulle, 2008
Du même auteur sur ce blog : La
délicieuse défense du droit d'être comme ne sont pas les autres ; Violences dans les établissements scolaires
; D'un prétendu "droit au respect"
Le 25 février à Beauvais (20h30, Théâtre du Beauvaisis) sera créée la dramatique musicale de Catherine Kintzler
Du corps sonore au signe passionné : entretien imaginaire entre d'Alembert et J.-J. Rousseau.
Avec l'Orchestre de l'Oise "Le Concert" sous la direction de Thierry Pélicant, Catherine Manandaza soprano, Daniel Galvez-Vallejo ténor, l'association "Imagine" - les extraits musicaux sont pris
dans Rousseau, Rameau, Pergolèse, Vivaldi, Philidor, Gluck.
Eric Perré : Jean-Jacques Rousseau, Eric Péron : Jean d'Alembert.
Chorégraphie : Isabelle Dufau
Mise en scène et dramaturgie d'Eric Perré.
Cette pièce est issue d'une commande passée à Catherine Kintzler par l'association "Le Comptoir des artistes" qui en assure la production, avec notamment le soutien du Conseil général de l'Oise.
Cinq représentations auront lieu : Beauvais 25 février, Méru 12 mai, Pont Saint- Maxence 24 juin, Ermenonville 15 septembre, Montmorency 13 octobre.
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