29 novembre 1970 7 29 /11 /novembre /1970 13:31

Mariage civil, mariage religieux : une contrariété révélée par le « mariage homo »
(A l'occasion d'un texte de Gilles Bernheim, grand rabbin de France)
par Catherine Kintzler

En ligne le 6 novembre 2012


Au sein de la levée cléricale de boucliers contre le projet d'extension du mariage aux personnes de même sexe (1), les arguments sont en général assez pauvres et souvent présentés de manière dogmatique et purement rhétorique, sans véritable liaison, sans réflexion théorique suivie. Tel n'est pas le cas d'un texte publié par le grand rabbin de France Gilles Bernheim téléchargeable sur son site internet et dont il a donné une version abrégée au Figaro, datée du 18 octobre (2). Par son style et le soin de son argumentation ce texte mérite l'attention. J'en propose ici une critique qui, pour être radicale, n'en est pas moins reconnaissante à l'auteur de m'avoir permis de poser une question qui me semble fondamentale : et si l'extension du mariage aux personnes de même sexe était un révélateur du concept même de mariage civil ?
 


Sommaire de l'article

1 - Des objections qui prouvent trop : quelques exemples

Amour et égalité
Un homme et une femme avec la succession des générations ?
Structuration, différenciation et « brouillage des générations » ?
Il n'y a pas de « droit à l'enfant»

2 - Mariage civil et mariage religieux : une contrariété fondamentale

3 - Epilogue : un commentaire de la Genèse

Notes

 

A dessein d'en examiner les attendus, j'ai d'abord lu le texte de G. Bernheim point par point. J'ai alors constaté que, pour la plupart, ses arguments ne sont pas spécifiques. Trop larges, ils peuvent tout aussi bien viser le mariage civil «hétéro» tel qu'il est en vigueur actuellement. D'où l'hypothèse : le mariage civil, pour peu qu'on en développe le concept, se révèle non seulement profondément différent, mais encore contraire à la conception religieuse du mariage soutenue par les trois grandes religions monothéistes. Mais cette contrariété n'apparaît pleinement et ne saute aux yeux qu'avec le projet d'extension de cette institution civile aux personnes de même sexe. Tel sera le fil conducteur de mon propos. Je terminerai en m'attardant sur quelques points du commentaire de La Genèse que G. Bernheim, à la fin de son texte, avance à l'appui de son hostilité au « mariage homo».


1 - Des objections qui prouvent trop : quelques exemples

1.1 L'amour et l'égalité

Le grand rabbin commence par s'en prendre à la thèse qui met en avant l'amour que se portent deux personnes pour fonder sur cet amour leur prétention légitime au mariage. Il est vrai que cette thèse en faveur du mariage homo est à la fois très répandue et extrêmement faible. G. Bernheim n'a  guère de mal à la pourfendre : ce n'est pas parce que des gens s'aiment qu'ils ont systématiquement le droit de se marier, qu'ils soient hétérosexuels ou homosexuels. fait-il remarquer à juste titre - et de donner des exemples classiques : on ne peut pas épouser quelqu'un qu'on aime et qui est déjà marié, on ne peut pas épouser plusieurs personnes même si on les aime, etc. Et de conclure : au nom de la tolérance, de l'égalité, de la lutte contre les discriminations, on ne peut pas donner droit au mariage à tous ceux qui s'aiment. Bien sûr !

Mais ce qui est interdit aux hétéros ne sera pas davantage permis pour les homos. Par exemple on ne voit pas que le projet de loi installe la polygamie, l'article 147 du code civil pouvant s'appliquer, sans modification de rédaction, à une union entre deux personnes de même sexe. Il n'apparaît pas davantage qu'on projette d'abolir les prohibitions actuellement en vigueur, et on peut même conjecturer qu'une législation de mariage indifférent au sexe des conjoints étendrait et renforcerait ces prohibitions - j'y reviendrai. L'amour n'intervient dans tout cela que comme motif purement privé mais ne saurait justifier la transgression de la loi ni autoriser son assouplissement total. Et récuser ce motif d'amour ne revient nullement, comme semble le penser G. Bernheim, à écarter l'argument de l'égalité : car la revendication d'égalité n'a rien à voir avec l'amour, elle n'est pas renforcée au motif qu'on s'aime, pas plus qu'elle ne serait affaiblie au motif qu'on ne s'aime pas.

On peut vouloir se marier, que l'on soit hétéro ou homo, pour toutes sortes de raisons et la loi n'a pas à demander si on s'aime ou autres choses intimes, elle vérifie seulement que les conjoints remplissent les conditions légales pour se marier. Récuser l'argument de l'amour comme motif de mariage ne prouve en aucune manière qu'on doive maintenir comme l'une de ces conditions la différence de sexe des conjoints : c'est cela qu'il faudrait prouver et on revient donc à la case départ ! Et lever cette condition n'implique nullement qu'on doive lever les autres.
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1.2  - Un homme et une femme avec la succession des générations ?

Pour sortir de ce cercle, G. Bernheim avance sa propre définition du mariage qui va dès lors fonctionner comme une pétition de principe : elle admet en l'affirmant ce qu'il faut prouver. En effet, il définit le mariage comme institution de l'alliance de l'homme et de la femme avec la succession des générations. Je suis bien d'accord sur le statut institutionnel du mariage qui n'est pas un simple contrat d'union civile (3) mais je ne vois pas d'obstacle à institutionnaliser cette alliance entre deux personnes de même sexe, avec les mêmes interdits et les mêmes obligations....

Quant à l'expression succession des générations on peut l'entendre en deux sens. Soit on entend par là que le mariage a pour objet de s'inscrire dans cette succession et d'y contribuer ; il s'agit alors d'une vision religieuse finalisée du mariage en vue de la succession des générations (par ex. la succession évoquée dans les généalogies de la Bible), vision qu'on ne peut imposer à personne, ni hétéro, ni homo, dans un État laïque. La naissance d'enfants au sein d'un mariage est considérée par la loi comme un élément factuel, sans doute normal, mais nullement nécessaire, élément qu'elle réglemente en partie, et non comme finalité ni comme objet du mariage. Soit on considère que la législation sur le mariage institue et réglemente l'alliance entre deux personnes en tenant compte de certains éléments relatifs à la succession des générations (ex : obligation de subvenir aux besoins des éventuels enfants, prohibition du mariage entre ascendants et descendants), ce que la législation en vigueur fait, et ce qu'elle pourra continuer à faire dans le cas de mariage entre personnes de même sexe.

1.3 - Structuration, différenciation et «brouillage des générations» ?

Puis viennent les arguments sur la structuration de l'enfant, la connaissance de sa généalogie, de la différence des sexes. Comme si un enfant vivait en vase clos et comme si les hétéros n'avaient pas de problèmes avec l'identification de leur propre différence sexuelle, ni avec la différence des sexes en général. Comme si avoir été élevé par un homme et une femme vous garantissait cette structuration et vous évitait le trouble profond qu'est la découverte de la différence sexuelle : cela se saurait ! Comme si grandir au sein d'un couple homo vous interdisait de rencontrer le trauma de la différence sexuelle, de connaître et de nommer vos ascendants, vos grands-parents, etc.

C'est alors que, dans le même moment où il brandit la différenciation, G. Bernheim propose à chacun de s'identifier à un modèle, paternel ou maternel selon son sexe, modèle qu'il s'agit de reproduire à l'identique:
L'enfant ne se construit qu'en se différenciant, ce qui suppose d'abord qu'il sache à qui il ressemble. Il a besoin, de ce fait, de savoir qu'il est issu de l'amour et de l'union entre un homme, son père, et une femme, sa mère, grâce à la différence sexuelle de ses parents.
N'a-t-on rien d'autre à proposer à un enfant, pour se différencier, que de ressembler à son père si c'est un garçon ou à sa mère si c'est une fille ? Il ne reste plus qu'à acheter un train électrique à l'un et une maison de poupée à l'autre ! on nage en plein immobilisme, en pleine reproduction sociale.

Puis arrivent la grosse artillerie et les grands mots : avec le mariage homo, le risque de brouiller la chaîne des générations est immense et irréversible. L'argument-choc se veut anthropologique: toute la maison humaine va s'écrouler. Ah bon ? G. Bernheim ignore-t-il que la législation actuelle du mariage n'impose aucune limite supérieure d'âge pour se marier, et n'impose pas non plus une différence maximale d'âge entre conjoints ? Pourquoi alors ne s'en prend-il pas à la législation en vigueur, qui permet (puisque ce n'est pas interdit) le mariage entre personnes de générations différentes, y compris entre générations non consécutives? Et si par chaîne des générations, il entend plus spécifiquement les relations entre ascendants et descendants, où a-t-il vu que le projet d'extension du mariage à des personnes de même sexe abolirait l'interdiction de se marier avec un ascendant ou un descendant ? La prohibition du mariage entre ascendants et descendants et entre certains collatéraux serait même étendue ipso facto puisqu'elle frapperait aussi ascendants et descendants du même sexe, et certains collatéraux du même sexe (par ex. mère-fille ; père-fils, frère-frère, soeur-soeur). (4)

Où est l'immense chamboulement des rapports entre générations susceptible de faire s'écrouler la civilisation en cas de mariage homo ? Ce prétendu chamboulement est déjà dans la loi qui réglemente le mariage civil actuel et qui permet bien des choses dont le grand rabbin devrait s'inquiéter ! 
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1.4 - Il n'y a pas de « droit à l'enfant »

Le grand rabbin brandit un autre danger : les couples homosexuels, ne pouvant se féconder mutuellement, vont développer leur désir d'enfant sous la forme d'une revendication, celle d'un prétendu « droit à l'enfant ». Ils recourront aux techniques de procréation assistée, au mères porteuses, etc. Le problème est qu'ils ne sont pas les seuls...
Je suis entièrement d'accord avec G. Bernheim lorsqu'il dit qu'il n'y a pas de «droit à l'enfant » et qu'il souligne la monstruosité de cette expression dans la mesure où elle revient à faire un objet d'un être humain. Mais c'est vrai pour tout le monde, comme il le dit aussi... donc cet argument ne vise pas spécifiquement le mariage entre personnes de même sexe, mais également (et sans doute encore davantage) le consumérisme de certains couples hétéros qui considèrent l'enfant comme un objet auquel ils auraient droit... Là encore l'argument est trop large et prouve trop.
Et c'est de plus l'occasion d'une contradiction : on ne peut pas à la fois soutenir d'une part qu'il n'y a pas de « droit à l'enfant », et soutenir d'autre part que le mariage s'inscrit dans l'horizon de la perpétuation, en considérant, avec des larmes de compassion, la stérilité comme un malheur et presque comme une infirmité. Beaucoup de couples qui recourent à la procréation assistée ou à une mère porteuse raisonnent de la sorte et considèrent en conséquence l'enfant comme un droit : forcément, puisqu'on ne cesse de leur répéter que l'enfantement est un devoir et un accomplissement à la fois de leur mariage et de leur personne (surtout pour les femmes !) - ce que la loi ne leur enjoint nullement.

De cette revue, il ressort que la plupart des objections avancées contre l'extension du mariage aux personnes de même sexe par G. Bernheim sont trop larges parce qu'elles peuvent être aussi bien objectées au mariage civil tel qu'il existe actuellement.


2 - Mariage civil et mariage religieux : une contrariété fondamentale. Le mariage civil n'est pas la sécularisation du mariage religieux

Ainsi le raisonnement de G. Bernheim n'est pas spécifique, et on peut s'étonner qu'il ne s'en prenne pas aussi au mariage civil tel qu'il est.
D'où la question : pourquoi le mariage tel qu'il est dans la législation française en vigueur ne le gêne-t-il pas alors qu'il avance des arguments qui devraient logiquement faire de lui un opposant à ce mariage ? Ou il raisonne de travers, ou il sait parfaitement ce qu'il dit. Je prends la deuxième hypothèse, bien sûr. Cela signifie que, tant que le mariage tel qu'il est permet d'accueillir sans trop de frictions le mariage tel qu'il le souhaite - c'est à dire une vision religieuse du mariage -, tant que le mariage civil ne montre pas vraiment son concept parce que les gens en restent à une pratique qui ne le révèle pas, ça peut aller, on ferme les yeux. Mais qu'apparaisse un élément qui en développe logiquement le concept au-delà des limites où on le croyait borné, et c'est la levée de boucliers. En réalité, le déploiement du mariage civil, à chacune de ses étapes, a suscité de violentes résistances de la part des tenants du mariage religieux.

G. Bernheim n'est pas le seul à soutenir cette position : tous les dignitaires religieux sont  à peu de chose près sur la même ligne, même s'ils ne la développent pas avec le soin qu'il y apporte. Ils consentent au mariage civil (que au fond ils détestent, à juste titre) tant que ça ne fait pas trop de vagues. Car ce qu'ils savent très bien, c'est que la législation française, en disjoignant mariage civil et mariage religieux depuis 1792, a en réalité fait du mariage civil non seulement un concurrent victorieux du mariage religieux (et cela les prêtres ne l'ont pas encore digéré) mais en a fait aussi, au fur et à mesure de son développement juridique, un contraire du mariage religieux. Mais tant que cela ne se voit pas trop et que les gens restent dans des limites « décentes », tant qu'on peut leur faire croire que le mariage civil est une sorte de sécularisation du mariage religieux, cela est acceptable.
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Je dis que le mariage civil est sur le fond opposé au mariage religieux dans la mesure où rien, dans la législation actuelle sur le mariage, n'assigne de place spécifique aux époux selon leur sexe, et où rien ne destine même implicitement le mariage à la perpétuation d'une lignée : c'est prévu bien sûr, on règle par la loi les obligations des époux à l'égard de leurs éventuels enfants, on règle par la loi certains aspects de la filiation, mais on le fait a minima et c'est considéré comme un fait et non comme une finalité ni même comme une fonction du mariage. La loi ne dit pas aux époux qu'ils ont à fonder une famille, on n'interdit nullement les mariages entre générations même très éloignées, et la question de l'enfantement n'en est pas constitutive (alors que à ma connaissance et par ex. chez les chrétiens la fécondité, requalifiée en novlangue « ouverture à la vie », est un caractère du mariage), c'est juste une conséquence possible. Ajoutons aussi, petit détail, que le mariage civil n'est pas indissoluble : tout engagement à vie est contraire aux droits de l'homme. Et que cette dissolution, le divorce, est elle aussi un acte civil qui s'est vu progressivement dépouiller de sa connotation culpabilisante (sanction d'une « faute ») .
Pour aller jusqu'au bout de ma thèse, je dirai que la question de l'extension du mariage aux personnes de même sexe opère aujourd'hui comme un révélateur du concept de mariage civil, lequel se montre alors dans son irreligiosité.

La question du mariage homo agit comme révélateur parce qu'elle est un élément discriminant : c'est par elle que la contrariété entre mariage civil et mariage religieux apparaît aujourd'hui au grand jour. Elle est apparue jadis et naguère avec d'autres propriétés qui ont fini par se fondre dans le paysage et par ne plus trop préoccuper les clercs, qui ont fini par se plier. Mais il faut se souvenir des déplacements qu'ont été, par exemple, l'abolition de la clause d'obéissance pour la femme mariée et de son incapacité civile,  l'abolition du motif de «faute» pour le divorce, le droit égal pour chacun des conjoints d'administrer ses biens (droit de percevoir son salaire, d'ouvrir un compte en banque par ex.), le passage de l'autorité paternelle à l'autorité parentale, le droit pour la femme de recourir seule à la contraception et à l'ivg (5). Il faut se souvenir des résistances que ces avancées ont à chaque fois suscitées. C'est aujourd'hui la question de l'union entre personnes de même sexe qui, en poursuivant le déploiement du concept de mariage civil, devient la pierre de touche permettant de mesurer la profonde opposition entre mariage civil et mariage religieux : c'est elle qui soulève en conséquence la résistance des prêtres.

Ce n'est tout simplement pas la même vision du mariage. On le savait confusément. On se plaît parfois à penser que le mariage religieux vient se lover dans la législation civile du mariage en lui ajoutant quelques exigences d'ordre privé, ou symétriquement que le mariage civil serait le reflet sécularisé du mariage religieux, mais cette pensée me semble insuffisante. Les points de friction, jadis, naguère et aujourd'hui, montrent qu'il s'agit bien de deux conceptions non pas seulement disjointes ou dont l'une serait plus large que l'autre, mais fondamentalement opposées. Et depuis 1792, c'est la conception civile du mariage qui a progressivement triomphé, socialement et juridiquement, qui a fait plier les conceptions religieuses : on peut comprendre que les prêtres en prennent parfois ombrage et reviennent à la charge.
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J'ai parlé de prêtres. Cela peut choquer certains s'agissant d'un rabbin, mais comment faut-il appeler le ministre d'un culte qui parle en l'occurrence ès qualités ? G. Bernheim le dit très clairement ; je ne le lui reproche nullement , mais je ne souscris pas au contenu d'un discours qui déclare : Ma vision du monde est guidée par la Bible et par les commentaires rabbiniques – ce qui ne surprendra personne. Concernant les sujets-clés de la sexualité et de la fliation, elle est fondée sur la complémentarité de l’homme et de la femme. La Bible n'est pas en l'occurrence simplement un texte d'étude et de méditation, ce n'est pas à ses yeux un texte mythologique à ruminer comme l'Iliade, l'Odyssée ou Les Métamorphoses, mais c'est bien un guide moral et peut-être même juridique. Et pour la complémentarité de l'homme et de la femme, non merci ! Ce n'est pas entre l'homme et la femme qu'il y a complémentarité, mais entre les gamètes et la manière de porter l'embryon à terme.

Eh bien, il faut une fois de plus que les prêtres en prennent leur parti : une République laïque ne va pas chercher le fondement de sa législation dans la Bible ; elle ne s'autorise que d'elle-même. C'est sûrement un péché puisque c'est une déclaration d'autosuffisance. Cela ne signifie pas qu'on puisse faire n'importe quoi, et c'est pourquoi j'ai souligné que bien des interdits seraient explicités et renforcés dans l'hypothèse d'un mariage étendu aux personnes de même sexe.

Maintenant, mon argumentation ne prétend pas balayer d'un revers de main les questions qui se posent et qui ne manqueront pas de se poser au sujet de la parenté et de la filiation. Mais elles se posent déjà, de manière très aiguë, avec ce qu'on appelle les familles recomposées, les familles monoparentales, le recours à la procréation assistée, les mères porteuses, le trafic d'enfants, la conservation des gamètes au-delà de la mort des donneurs, les bébés éprouvette, et le développement inéluctable de l'ingénierie génétique va nous poser des questions très difficiles. Je ne pense pas que l'extension du mariage aux personnes de même sexe aggrave les difficultés qui de toute façon se présentent et se présenteront : elle s'y inscrit et la révèle.[Haut de la page] 


 3 - Epilogue : un commentaire de La Genèse

A la fin de son article, G. Bernheim propose une explication de texte de la Genèse sur laquelle j'ai envie de dire quelques mots. Elle est très belle, en effet : la sexuation est une leçon d'altérité, ancrée dans notre chair. Je suis entièrement d'accord, et d'accord pour dire qu'il serait fou, vain et préjudiciable de vouloir effacer cette altérité-là, mais il oublie qu'il y a des gens qui changent de sexe, réellement dans leur chair, et précisément en fonction de cette altérité : on peut s'en étonner, mais c'est une façon radicale, avouons-le, de reconnaître la différence - sur ce point la mythologie gréco-latine est d'ailleurs plus riche que la Bible ! Vouloir s'emparer de cette altérité, la réfléchir, supposer qu'elle puisse être socialement distribuée autrement qu'elle ne l'a été pendant quelques siècles et sur une portion du globe, ce n'est pas nécessairement vouloir l'effacer.

G. Bernheim accuse un peu plus haut dans son texte les homosexuels de projeter cet effacement, de vouloir la disparition de la différence sexuelle. C'est ignorer qu'il n'y a pas plus différent d'un(e) homosexuel(le) qu'un(e) autre homosexuel(le). C'est ignorer ensuite que si des êtres humains se posent explicitement la question de la différence des sexes ce sont bien les homosexuels, beaucoup plus que d'autres pour qui cette différence est de l'ordre de l'évidence, et c'est vrai aussi pour le désir d'enfant. Il faut aussi lire Freud et voir combien cette altérité-là n'est une donnée fixe que dans la mesure où elle fournit un terrain, un zonage sur lequel vont s'étayer toutes les perversions, selon une histoire personnelle et singulière que le sujet ne contrôle pas mais qui est contingente, et non selon une nature et pas davantage selon une téléologie fixée uniformément pour chaque sexe par un dogme religieux. Est-ce de l'artificialisme ? Non car je ne pense pas qu'on puisse manipuler ces contingences de manière purement technique, elles s'installent à l'insu du sujet et viennent le tourmenter. Et il n'existe aucune sexualité humaine qui ne soit perverse.

Ce que dit ensuite G. Bernheim pourrait très bien s'accorder avec la théorie freudienne, puisqu'il souligne que dans le récit de la Genèse, la sexuation n'est mentionnée que pour l'homme et pas pour les animaux : je trouve que c'est une idée très profonde. Mais il verrouille aussitôt ce que cette remarque a d'énigmatique et de troublant, ce qu'elle comporte de vacillement s'agissant de la sexuation, pour l'interpréter en termes de dualité fixe et distributive (la sexuation humaine se réduirait à deux sexes clairement distingués, et on invite chacun des sexes à camper sur sa spécificité, on évacue tout trouble quant à cette distinction, on assigne à chacun une destination). Je cite : c’est précisément dans la relation d’amour, qui inclut l’acte sexuel par lequel l’homme et la femme « deviennent une seule chair », que tous deux réalisent leur finalité propre : être à l’image de Dieu(6). Cette altérité, reconvertie en dualisme téléologique sans bavure et sans équivoque, devient alors une destination, la complémentarité de l'homme et de la femme étant inscrite dans l'ordre créé par Dieu et la rencontre de l'homme et de la femme étant une manière pour l'humanité de réaliser l'Un. Je cite : C’est dans leur union à la fois charnelle et spirituelle, rendue possible par leur différence et leur orientation sexuelle complémentaire, que l’homme et la femme reproduisent, dans l’ordre créé, l’image du Dieu Un. Ouf ! laissez-moi respirer ! on peut relire aussi Le Banquet et avoir le droit d'envisager cette affirmation comme une hypothèse parmi d'autres? Et puis qu'on nous lâche un peu avec l'Un et l'amour fusionnel. Qu'on nous lâche un peu avec ce terrible dieu du monothéisme ! On a le droit d'être épicurien et de penser qu'il faut se tenir à bonne distance de toute divinité.
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On peut donc objecter bien des choses au mariage homo, et il n'est pas étonnant que la résistance soit exprimée principalement par des dignitaires religieux : c'est leur travail ! Encore faut-il qu'ils le fassent avec soin et exigence intellectuelle, comme c'est le cas du grand rabbin Bernheim et qu'ils ne s'en tiennent pas à de simples anathèmes ou (pire ?) à des déclarations purement médiatiques. Mais ces objections, lorsqu'on les examine, frappent pour la plupart aussi bien le mariage civil jusqu'alors réservé aux hétéros. J'en conclus que le centre de la cible, à travers des objectifs intermédiaires qui ont évolué (divorce, contraception, égalité des conjoints dans le mariage, etc., et aujourd'hui le mariage homo) n'a pas varié : c'est le concept même de mariage civil qui est visé, mariage civil qu'on aurait tort de réduire à une sécularisation du mariage religieux.

Le seul point fort des résistances religieuses n'est autre... que leurs propres doctrines et leurs propres dogmes, et la manière dont elles verrouillent l'interprétation de grands textes mythologiques dont elles revendiquent l'exclusivité. Or ces grands textes sont un bien commun à tous, croyants et incroyants. Leur lecture critique peut s'enrichir, bien sûr, des commentaires d'un rabbin, d'un curé, d'un pasteur, d'un imam, pour peu qu'ils les aient médités. Mais de là ne suit pas qu'on doive s'interdire l'étude critique d'un corpus au prétexte que certains le déclarent « sacré » et qu'ils en revendiquent l'interprétation exclusive. Les grands textes sont un bien commun et sont placés dans l'espace critique universel tout simplement parce qu'ils font penser. S'agissant plus particulièrement de mythologies, ces textes, en véhiculant une charge symbolique millénaire, ont une puissante vertu d'équivocité. Souligner leurs énigmes, ce n'est pas les abaisser, mais accroître leur richesse sans s'agenouiller devant eux. On peut donc les récuser comme guides sans pour autant les écarter comme objets et aliments de pensée.
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© Catherine Kintzler, 2012

 

[Edit du 5 janvier 2013 : voir l'article de Jean-Michel Muglioni « Mariage homo », nature et institution : quelques réflexions ]

Notes   [cliquer sur le numéro de la note pour revenir à l'appel de note]


1 - Par commodité, j'utiliserai  souvent l'expression couramment reçue de «mariage homosexuel» ou pour aller plus vite de «mariage homo», bien que je considère cette expression comme inappropriée (voir les raisons dans cet article). Je remercie Edith Fuchs qui a attiré mon attention sur le texte de G. Bernheim, et qui m'a proposé des remarques stimulantes. Je remercie également Jean-Claude Milner pour ses avis éclairés, et pour m'avoir encouragée à présenter l'idée d'une contrariété entre mariage civil et mariage religieux.
2 - Version intégrale en téléchargement : cliquer ici. Version abrégée sur le site du Figaro . Pour un autre point de vue critique sur le texte de G. Bernheim, voir l'article de Franck Jaoui, Alexander Urwicz et Martine Gross (Le Monde du 26 octobre). [Edit du 12 décembre] Voir aussi l'article de Yeshaya Dalsace sur le site Massorti : La loi sur le mariage homosexuel et le judaïsme. [Edit du 28 janvier 2013] Voir un très intéressant article sur le blog Solutions politiques http://0z.fr/ndrIN .
3 - Voir les publications de Mezetulle sur l'affaire de la virginité en 2008 : http://www.mezetulle.net/article-20265232.html et http://www.mezetulle.net/article-20259636.html
4 - C'est ce que fait actuellement le pacs, et ce que prévoit le projet de loi.
5 - Sur ces avancées, il existe de nombreuses études, voir notamment Gilbert Legay, Droits des femmes, une histoire inachevée. Chronologie et perspectives, éd. Civilia, 2012. [Edit du 7 nov.] Jean Baubérot rappelle les résistances provoquées par les avancées du mariage civil dans son récent article du 5 nov. en ligne sur Mediapart : «"Mariage pour tous" : enfin un vrai sujet de laïcité».
6 - On remarquera que ce passage peut très bien s'appliquer au viol, il suffit au violeur de dire «j'ai fait ça par amour» - ce qui du reste est souvent profondément vrai, car l'amour peut aussi être une violence, il peut être meurtrier, et comme le dirait Spinoza chacun aime selon sa propre complexion.

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par Catherine Kintzler - dans Politique - société
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commentaires

Leo 31/01/2013 10:35


Très intéressant article pour le point central: mariage civil contre mariage religieux.


Cependant l'auteure ne peut faire l'économie de l'histoire: le mariage civil vient historiquement du mariage religieux. C'est même explicitement enseigné dans les
pays anglo-saxons ! Il faut souligner la différence avec l'histoire française et en particulier avec la révolution française. La révolution française a voulu faire table rase de la religion (en
en reprenant pourtant malgré elle certains atours) et votre article garde les accents de cette tentative...


 

Jean-Michel Muglioni 18/01/2013 19:18


Le mariage homo remettrait en cause la filiation nécessaire à la structuration psychologique des enfants. Cet argument suppose que le mariage a pour fonction de fonder une famille chargée de
l’éducation des enfants, ce qui correspond à ma propre idée de la famille et du mariage. Il suppose aussi que l’institution telle qu’elle est aujourd’hui définie dans le droit français détermine
la filiation.




Or il y a là deux erreurs sur l’institution matrimoniale. La première consiste à croire que l’idée d’une famille où les parents se préoccupent d’élever leurs enfants est partout et toujours liée
à l’institution du mariage et en constitue le fondement : il s’agit de mœurs assez récentes, qui sont les miennes. Mais si l’on relit Duby, on voit bien que le sacrement du mariage n’a en aucune
façon été institué par le Pape pour que les époux assurent l’éducation de leurs enfants ou leur équilibre psychologique. Il s’agissait de filiation afin de perpétuer une lignée, pour les rois et
les aristocrates mais aussi pour les bourgeois et pour les paysans propriétaires qui voulaient assurer la transmission de leurs biens. Le mariage arrangé est alors la règle et l’intérêt des
enfants n’entre en rien en ligne de compte. L’amour et la psychologie des enfants n’étaient encore que peu de chose à côté de la réalité économique et juridique de l’institution qui, à ce titre,
était en effet un fondement de la société. Mais précisément l’économie moderne et le bouleversement des institutions ont fait que le mariage a changé de sens. Mes grands parents n’avaient à peu
près rien à transmettre quand ils se sont mariés et en effet s’aimaient et étaient préoccupés par le sort de leurs enfants.



Quant à la situation juridique et institutionnelle actuelle, j’ai beau ne pas être compétent en matière de droit, je crois savoir que le code civil napoléonien a depuis déjà longtemps été
complètement bouleversé. Il décrétait que tout enfant né dans le mariage était l’enfant du père et interdisait (sauf exceptions peut-être) la recherche en paternité. Un enfant né hors mariage
était un bâtard, et une femme mère hors mariage était réprouvée et rejetée de la société. J’ai connu un sous-préfet qui, dans les années soixante, dut intervenir pour que des sanctions ne soient
pas prises contre une institutrice « fille-mère » qu’on voulait déplacer. Aujourd’hui, la filiation est indépendante du mariage et le droit ne distingue plus enfant légitime et enfant
naturel.

Tout ce que les opposants au mariage homosexuel soutiennent concernant la fonction fondatrice du mariage et la psychologie de l’enfant est donc de pure rhétorique et ne correspond à aucune
réalité historique, anthropologique ou juridique.



Ces remarques ne permettent pas de conclure que le mariage homo est une bonne chose, mais seulement que l’argumentation de Gilles Bernheim, qui a fourbi ainsi les armes de l’Eglise romaine, n’a
pas de sens. Sa crainte sincère est fondée sans doute sur la peur de voir l’homme se prendre pour Dieu ou comme disent certains oublier sa finitude. S’il s’agit seulement de prendre au sérieux
les problèmes dits de bioéthique, cette crainte n’est sans doute pas sans fondement. Mais pourquoi l’exprimer si bruyamment à propos seulement de la régularisation des familles dont les parents
sont homosexuels ? Pourquoi est-ce chaque fois que la sexualité est en cause que les Eglises partent en guerre ?

renatus 11/01/2013 18:43


On peut prendre en compte certains arguments intéressants dans votre papier,
mais dire que « Le mariage civil est une sécularisation du mariage religieux » n’est pas sérieux !.  Certes, pour les Révolutionnaire de 1789 et les rédacteurs du code civil ,
cela  par contre ne fait aucun doute, il y a bien une « concurrence » voulue et  même une volonté de « substitution » qui a été mis en place. Mais cette période est
bien révolue ! L’Eglise d’ailleurs s’en ai accommodé très rapidement après  la signature du Concordat en 1801 et l’a bien « digéré » depuis longtemps contrairement à ce que
vous dites !


Le mariage pour
l’Eglise comme pour  beaucoup de monde dans la société civile  est  d’abord une institution naturelle.  Ce n’est  pas un simple contrat. Mais ce n’est pas non plus un
simple « sacrement ». Cette approche « institution qui transcende les simples lois » n’est pas propre à l’Eglise. Cela est si vrai que l’institution était déjà bien présente en dehors du cadre judéo-chrétien dans l’Antiquité. On la retrouve a Babylone en 1750 avant JC sur les tables
d’Hammurabi (dont la stèle est visible au Louvre à Paris ..) , en Egypte, en Grèce et surtout dans le Droit Romain !


Il faut rappeler que le
Christ  aux Noces de Cana n’a pas institué le mariage mais l’a « simplement »   sacralisé   et l’Eglise l’a élevé au rang de «  sacrement ». Les
tribunaux ecclésiastiques de l’Eglise en France dans l’Ancien Régime avaient à juger des procédures en nullité de Mariage mais se gardait bien de juger des effets civils du mariage (héritage,
filiation, etc..) qui relevaient des tribunaux civils et de la Jurisprudence des Parlements !


Il n’est donc pas nécessaire
d’attribuer explicitement au Mariage une définition ou encore une finalité. L’union de l’homme et de la femme (je ne parle pas  ici du mariage mais d’union…) est une finalité qui relève de
la nature au point qu’elle est nécessaire  à la survie de l’Espèce homo (sans jeu de mots…) au même titre que la respiration ou la  nourriture. Les lois ne sont pas des cours de
philosophie et il n’est donc pas nécessaire  d’en  rappeler les « finalités »  quand celles-ci  relèvent  du sens commun.


Il faut bien relever le paradoxe étonnant où
l’on voit l’Eglise actuellement défendre une institution fortement lézardée par les lois successives de la République (divorces, etc..)  alors qu’il n’y a ce jour, aucune atteinte portée au
mariage-sacrement en tant que tel ni atteinte à la liberté de culte.  Autre paradoxe : notre Président  de la République qui veut reformer le mariage fait preuve de son coté non
seulement à titre privé et personnel d’un certain mépris pour le mariage, mais encore s’affiche de  façon publique et ostentatoire en concubinage dans les réceptions officielles à l’étranger
en bravant les « usages » habituels.


C’est bien d’abord à un combat hautement
symbolique que se livrent  les protagonistes de cette affaire.  


Nous sommes en
pleine schizophrénie sociétale !

Catherine Kintzler 12/01/2013 19:17



Merci pour toutes ces précisions.


Je vais dans votre sens lorsque vous soulignez que le mariage civil ne porte pas atteinte à la liberté de culte. Il faut ajouter cependant qu'aucun mariage religieux ne peut être célébré avant un
mariage civil - les ministres du culte qui le font s'exposent à d'assez lourdes peines. Cela est intéressant (et plutôt amusant) pour répondre à ceux qui objectent que l'extension du mariage aux
personnes de même sexe ouvrirait la voie à toutes sortes d'excès, notamment à la polygamie : c'est en réalité le mariage civil qui est un obstacle à la polygamie car il existe des religions qui
l'admettent !


 


J'ai l'impression qu'il y a un malentendu sur la thèse "le mariage civil est une sécularisation du mariage religieux" que vous semblez m'attribuer : j'ai dit le contraire dans l'article !


 


Oui le mariage civil est une institution et non un simple contrat. Je ne vois pas grand sens à parler d'institution naturelle. Là où il y a nature, l'institution est superflue. Sur l'idée de
"nature" prétendument liée au mariage, je me permets renvoyer les lecteurs à l'article de Jean-Michel Muglioni, qui développe beaucoup mieux que moi ce point : Le "mariage homo", nature et institution: quelques
réflexions. En outre, il faut à mon avis être très prudent lorsqu'on parle d'union (ou de complémentarité) entre l'homme et la femme dans la procréation : il s'agit de la fusion des gamètes.
Car l'humanité des personnes "homme" et "femme" ne coïncide pas nécessairement avec les gamètes dont les uns et les autres sont porteurs et en tout cas elle l'excède largement  - là encore
l'article de J.-M. Muglioni est éclairant, mais on pourrait aussi rappeler Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir. Par ailleurs l'union des gamètes dans la reproduction sexuée ne passe
pas nécessairement, comme on l'a cru longtemps, par l'union d'un homme et d'une femme, on sait produire autrement cette fusion et cela reste "naturel" au sens biologique du terme.


Enfin je ne pense pas qu'on puisse parler de finalité au sujet de la nature, on peut aussi très classiquement  sur ce point relire Spinoza, Hume, les grands critiques du finalisme.


***********


 


Merci aux commentateurs de ne pas procéder par "copier-coller" à partir de Word : le résultat est souvent déroutant (caractères trop gros comme dans ci-dessus).



Dalsace Yeshaya 12/12/2012 09:28


Tous les rabbins ne pensent pas comme Gilles Bernheim. Voici une contre analyse qui va dans le même sens que la vôtre


http://www.massorti.com/La-loi-sur-le-mariage-homosexuel


 


 

Catherine Kintzler 13/12/2012 17:32



Merci beaucoup pour la référence à ce texte très argumenté,
et que je trouve pour ma part de grande qualité. J'ajoute la référence à la note 2 de mon texte.


 


Je ne peux pas résister au plaisir de citer un extrait de sa conclusion :


« Enfin, comme hétérosexuel juif religieux, sans nier les éventuelles difficultés de terrain que cette loi pourrait poser, je ne me sens en rien lésé, remis en cause et certainement pas mis
en danger par un tel projet de loi. Par contre, je refuse que ma voix soit automatiquement classée dans le camp des opposants et captée par une opinion rabbinique prétendant me représenter et
dans laquelle je ne me reconnais pas. »



DUCLAUD. Lucien. 11/12/2012 18:25


Bonjour. J'aimerais ajouter quelques réfléxions à votre article et me semble-t-il aux commentaires ci-joints.


Le mariage pour tous ne pose pas seulement le problème de la différence entre le mariage religieux et le mariage civil. C'est du mariage qu'il est question. Le Petit Robert le définit
comme"l'union LEGITIME de deux personnes dans les conditions prévues par la loi". Légitime est ce qui est reconnu conforme au droit NATUREL c'est à dire à l'EQUITE et non au légal. Certes il
s'agit d'un contrat .  Mais tout n'est pas "contractable"! L'amour n'est pas indispensable au mariage. Mais puisque vous citez Freud, celui-ci précise que l'amour tel qu'il est le plus
souvent envisagé nécessite la différence. L'amour du même c'est le narcissisme . On peut effectivement y voir un effacement de l'autre ? Enfin le mariage ,le conjungo ,cette alliance sous tend
étymologiquement un échange de matériel génétique.


Ceci m'amène à reprendre votre position sur l'homoparentalité. En effet comment croire que la demande forte du mariage par des couples de même sexe ne va pas etre suivie d'une demande
d'homoparentalité! C'est d'ailleurs déjà largement le cas réclamé comme un droit. Et pourtant je partage votre avis que l'enfantement n'est pas constitutif du mariage. La naissance d'un enfant
est factuelle . Mais la procréation est indispensable à la vie et à l'enrichissement génétique de l'humanité. Evidement les problèmes futurs posés par les possibilités scientifiques et les
changements sociaux s'inscrivent dans les difficultés que posent déjà les familles recomposées ,mère porteuses, PMA...etc. Ce n'est pas une raison ,à mon sens ,pour les compliquer encore plus.
D'autant que se pose outre la monstruosité du droit A l'enfant ( les particuliers , les médias et les politiques ont tellement abusé de ce droit A en place de droit DE pour des motifs au mieux
émotionnels ) devenu un objet les droits de tout enfant à se structurer de la façon la moins difficile! En effet cette structuration nécessite la résolution de la problèmatique oedipienne avec
ses différents stades. Il n'est pas question d'éviter le trouble profond ,le traumatisme de la différence sexuelle. C'est même cela qui est à l'origine de l'identification et de la capacité à
vivvre en société. L'enfant va exprimer son désir du parent de l'autre sexe en s'identifiant ( s'identifier n'est pas ressembler )  au parent de même sexe . Puis ,comme ce désir 
s'avère impossible il ne pourra qu'y renoncer. Ce premier renoncement fait de son propre chef parcequ'il y a plus d'avantage que d'inconvénient est fondateur de sa tolérance à la frustration
indispensable à la vie en société. C'est en partie parceque les adultes d'aujourd'hui n'ont pas traversé cette problèmatique et restent dans leur seul désir et non dans la tolérance à la
frustration que beaucoup de difficultés se posent à notre société. Cela a conduit nombre de jeunes adultes dans nos lamentables prisons et porte le sceau du manque de la triangulation parentale.
Comment fera l'enfant du couple de même sexe? Il aura encore plus de difficulté que les autres? Tout cela pour satisfaire un désir parental??La différence homme femme me parait indispensable pour
que tout cela se fasse le moins mal possible. Affirmer qu'il n'y a pas plus différent qu'un homosexuel d'un autre homosexuel ne repose sur aucun argument et pose même la différence des
homosexuels envers les hétérosexuels! Bien sur que les homosexuels se posent la question de la différence des sexes. Comme tous les autres humains. S'ils se la posent de façon plus cruciale ainsi
que vous le dites c'est peut etre parcequ'ils ont plus de mal à résoudre ou à accepter cette différence?Le développement de chacun se fait selon une histoire personnelle. Mais la solution viendra
de son renoncement facilité par la triangulation parentale.


Enfin l'enfantement n'a pas besoin de faire appel à la médecine. Celle-ci n'intervient en principe que dans les cas ou une pathologie empèche cet acte de procréation. L'insémination,les PMA,la
gestation par un tiers voire l'adoption ne sont là que pour palier une impossibilité dont sont victimes certains d'entre nous. Il ne me parait pas souhaitable que ces techniques soient
utilisables par des personnes qui ont librement faits un choix responsable en totale connaissance des conséquences. L'absence de liberté ou de responsabilité empèche le mariage et l'adoption par
exemple dans la tutelle, ce qui n'est pas le cas des couples de même sexe.


Merci de m'avoir lu. Merci de vos réponses.


Lucien. DUCLAUD

Catherine Kintzler 13/12/2012 17:30



Vous vous réclamez de la théorie freudienne pour soutenir votre position, comme s'il allait de soi que cette théorie consacre de manière simple, et réductible à l'observation directe, la
différence homme/femme : autrement dit la psychanalyse se verrait mise à l'ordre du slogan "un papa, une maman, on ne ment pas aux enfants" ! Je voudrais juste souligner que la question n'est pas
si simple que vous semblez le penser : il se trouve que de très nombreux psychanalystes ont pris publiquement position en faveur du mariage étendu aux personnes de même sexe, et cela en
s'appuyant sur leur spécialité. Voir notamment ce lien
http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2012N30808


 


Il n'y a pas plus consensus chez les psychanalystes que chez les religieux juifs comme le montre très bien le texte auquel renvoie le commentaire suivant (n°15) que je vous engage vivement à
lire.


 


Ce désaccord ne m'empêche nullement de vous remercier pour votre participation à cette discussion. Mezetulle publie volontiers les commentaires qui se soucient de présenter une
argumentation.



chatlibre 03/12/2012 21:07


Oy vay iz mir!  Quelle argumentation intelligente en réponse aux propos du Grand Rabbin Gilles Bernheim! Si j'avais été homosexuel, votre texte m'aurait réconforté. Si, en outre, j'avais
souhaité me marier, il m'aurait rendu l'espoir.  Si, en revanche, j'avais été contre le mariage homosexuel, il aurait ébranlé mes certitudes tranquilles!  Bravo donc!

Etienne 30/11/2012 13:18


Bonjour,


Merci pour votre texte.


Plutôt réservé (pour ne pas dire opposé) concernant ce projet de loi, j’avoue que vous êtes presque parvenu à me convaincre.
 L’angle sous lequel vous abordez le sujet (l’ouverture du mariage civil au couple de même sexe comme révélateur de ce qu’est vraiment le mariage
civil, par opposition au mariage religieux) apporte un éclairage nouveau au débat.


Et pour cela, je vous remercie.


Je regrette le petit croche-pied un peu facile fait aux clercs catholiques qui ne disent pourtant pas autre chose que ce que dit
Gilles Bernheim, dans des textes qui ne me paraissent pas non plus dénués de « réflexion théorique suivie ». Toujours est-il que vous semblez admettre que les religions sont dans leur
rôle en contestant ce projet, ce qui est déjà intéressant en soi.


Ce qui me gêne, comme un autre commentateur ci-dessus, c’est que vous mettez au centre de la définition du mariage civil sa
portée symbolique, comme reconnaissance d’un amour ou d’une union, reconnaissance qu’il n’y a pas de raisons, en effet, de refuser aux homosexuels.


Vous dites que la loi règle a minima la question des enfants mais si c’est le cas, pourquoi devient-il nécessaire de
modifier plusieurs dizaines d’articles du code civil ?


Et si la question des enfants est secondaire, pourquoi ne pas la supprimer carrément du mariage, pour une question d’égalité
entre ceux qui ont des enfants et ceux qui n’en ont pas ? Je veux dire par là qu’on ne peut pas parler d’un mariage égal pour tous sans accorder à tous le droit à l’enfant ou alors il y a
tromperie.


La seule issue à ce qui me semble être une impasse c’est, selon moi, la création d’un nouveau terme, (qu’on appellera contrat ou
autre terme plus marketé) et que l’on conserve le mot mariage pour le seul mariage religieux.


Vous rétorquez que ce serait une erreur car la portée symbolique du mariage est forte et que la revendication du mariage homo
n’est pas exempte de cette dimension. J’irai même plus loin en disant que là est l’essentiel de la revendication du mariage homo. Je pense qu’une fois acquise cette reconnaissance, dans quelques
années, quand l’union homosexuelle sera admise par tous, plus personne ne s’intéressera au mariage et le mariage civil disparaîtra de lui-même pour être remplacé par un Pacs
amélioré.


 En effet, la portée symbolique du mariage ne tiendra pas
longtemps, à notre époque où les gens, dans leur grande majorité, ne se marient plus, et où le mariage, qu’on le déplore ou non, n’est plus qu’un contrat qu’on peut faire et défaire à
l’envie. Personnellement, je ne vois plus en quoi le mariage est une institution, à fortiori si l’on considère qu’il n’est pas là pour structurer la cellule familiale
parents-enfants.


 


Finalement, le débat actuel a le mérite de nous interroger sur le sens du mariage civil. Mais s’il est si différent  1-du mariage religieux 2-de l’esprit dans lequel les rédacteurs du code civil l’ont prévu, pourquoi continuer à l’appeler mariage ?


Merci de m'avoir lu,


Bien cordialement,


Etienne 


Reste la question des enfants, qui, selon moi, n’est pas secondaire.

Mezetulle 01/12/2012 16:36



Merci pour ce commentaire très argumenté, c'est exactement ce que souhaite Mezetulle!



Sur la question de la portée symbolique du mariage comme reconnaissance : j'ai expressément relativisé, pour ne pas dire écarté, l'argument de l'amour et sur ce point soulevé la faiblesse de
l'argument qui voudrait qu'on se marie parce qu'on s'aime, en accord avec G. Bernheim.



Pourquoi faut-il modifier beaucoup d'articles ? Il faudrait voir le détail, je suppose que beaucoup d'articles font la distinction entre homme et femme. Et comme je l'ai fait remarquer dans mon
texte, l'extension du mariage aux personnes de même sexe s'accompagnerait automatiquement d'une extension des prohibitions, ce qui demande une modification de rédaction de la loi (par exemple les
articles 162 et 163 du code civil doivent être rédigés différemment).



Je n'ai pas dit que la question des enfants est secondaire. J'ai dit qu'elle est envisagée par le mariage civil comme un fait et comme une conséquence qui ne détermine pas essentiellement la
nature de ce mariage - ce n'en est pas une finalité. Et actuellement il y a parfaite égalité entre des conjoints qui ont des enfants et des conjoints qui n'en ont pas. Les différences sont
fiscales  et concernent aussi l'attribution d'aides sociales, d'allocations ; elles s'étendent aussi aux couples non-mariés (avec même certains avantage pour ces derniers !) et aux personnes
seules ayant des enfants à charge. Ce qui vaut pour les enfants vaut du reste aussi pour les ascendants directs. Le mariage n'a donc pas pour finalité de structurer une cellule familiale
comprenant des parents et des enfants : il se trouve qu'il peut assurer cette fonction, mais si c'était sa définition, que faire des couples mariés sans enfants qui persévèrent volontairement
dans leur stérilité ?



Sur vos prévisions, vous avez peut-être raison, nous nous dirigeons peut-être vers un affaiblissement au profit d'une contractualisation : wait and see... ! Comme vous l'avez très bien
compris, je ne suis pas favorable à la contractualisation croissante des relations entre personnes. Or le mariage est une relation non contractuelle en ce qui concerne les personnes (on peut
contracter sur les biens, évidemment) - on l'a très bien vu lors de la fameuse affaire de "l'exigence de virginité" en 2008 (voir notamment ces articles : http://www.mezetulle.net/article-19992164.html ;
http://www.mezetulle.net/article-20265232.html ;
http://www.mezetulle.net/article-20259636.html.
A lui seul le mot contrat pose le pb du traitement des personnes ou de leurs propriétés intrinsèques comme si c'étaient des choses. C'est la raison pour laquelle je pense que le mariage civil
doit être maintenu en tant qu'institution - sinon les religions ramasseront toute la mise symbolique. C'est une des idées de mon article : c'est parce que le mariage civil est un mariage que les
religions sont si revendicatives à son égard et essaient tant bien que mal (plutôt mal...) de le maintenir sur les rails du mariage religieux et de maintenir l'apparence d'une simple
sécularisation.



robert morel-chevillet 18/11/2012 18:45


Bonjour,


à propos du mariage pour tous :


- n'est-on pas dans le cas où une minorité s'essaie à faire la loi ?


à propos de la PMA quel joli nom


- c'est un acte médical, avec comme conséquences :


   - le pouvoir de la médecine, déjà exorbitant, s'en trouvera augmenté


   - cet acte aura un coût. Qui paiera ? les assurés sociaux ?


Remarquons au passage que jusqu'à lors la conception d'un enfant est gratuite. Peut-on soupçonner le vent du libéralisme de souffler là aussi ?


Bien cordialement,


Morel-Chevillet

Mezetulle 18/11/2012 22:28



Une minorité ferait la loi ? C'est jusqu'à nouvel ordre la représentation nationale qui fait la loi. Le débat existe, il se poursuit, le projet de loi sera discuté... et en attendant nous
contribuons au débat et ceux qui sont opposés au projet de loi ne sont pas empêchés de faire connaître leurs positions....



PMA : je ne crois pas avoir employé le sigle dans mon article. La question que vous soulevez se pose déjà pour le mariage tel qu'il est.



jf Van Campo 18/11/2012 09:24


Voilà qui remet les pendules à l'heure et qui permet à la raison de prendre place...

Pascal 08/11/2012 19:54


Ce qu’en dit Portalis l'un des rédacteurs du Code civil :


 


«le mariage n’est pas seulement institué pour les époux ; l’époux n’est là que le ministre de la nature pour perpétuer la société. La société, dans ce
contrat, vient s’enter sur la nature ; le mariage n’est pas un pacte, mais un fait ; c’est le résultat de la nature qui destine les hommes à vivre en société.»


 


Il est difficile quand on lit ça de ne pas voir dans le mariage civil une sécularisation du mariage religieux.

Catherine Kintzler 09/11/2012 10:20



Jean-Etienne Portalis 1745-1807. Code civil de 1804 (contemporain du Concordat 1801).


Quand on est un peu attentif à la chronologie, il est difficile de se méprendre sur ce que j'avance.



Union civile pour tous 08/11/2012 19:19


Je vous ai bien lu et compris sur le mariage civil qui n'est pas la sécularisation du mariage religieux...


Je suis même d'accord, à deux lettres près: je dirais plutôt que ce n'est plus la laïcisation du mariage religieux, même si ce l'était selon moi historiquement.


Enfin, je vous suis sur le souci de ne pas "laisser l'intégralité du champ symbolique aux religions" comme sur celui de ne pas "contractualiser l'intégralité de la vie juridique", mais en
l'espèce, concernant le mariage civil, je n'y mets pas de force symbolique et j'y vois bien un contrat organisant la vie commune entre deux personnes libres et douées de raison.

Catherine Kintzler 09/11/2012 10:19



N'est plus... : j'ai parlé du développement d'un concept.


Sur la charge symbolique, cela me semble important. Un phénomène "de société" intéressant : l'augmentation du nombre de mariages tardifs (couples qui finissent par se marier après de nombreuses
années de vie commune et après avoir eu des enfants).


Par ailleurs, je ne suis pas du tout hostile à la mise en place d'un contrat d'union civile tel que vous le décrivez, parallèlement à l'existence du mariage civil. On peut effectivement
vouloir contracter de telles unions sans vouloir "graver ses noms au bas d'un parchemin" comme le dit le poète Brassens. Mais ceux qui ne veulent pas graver leurs noms au bas d'un parchemin
peuvent le faire (pacs qu'on peut et qu'on doit améliorer) sans vouloir empêcher les autres de se marier et de vouloir une reconnaissance symbolique légale (non religieuse). Et du reste personne
n'est obligé ni de se pacser ni de se marier. Pourquoi vouloir l'abolition du mariage civil... pour les autres ?



Union civile pour tous 08/11/2012 18:05


Hé bien là nous divergeons: je n'ai jamais compris ce que l'on voulait dire par le mariage civil "institution". Pour moi, le mariage civil n'est qu'un contrat organisant la vie commune entre deux
personnes (ainsi que l'éventuelle arrivée d'un ou plusieurs enfants).


Je ne suis absolument pas pour "laisser l'intégralité du champ symbolique aux religions", et je suis attaché aux symboles laïcs, républicains et/ou patriotiques, mais sur le mariage je ne saisis
pas, une fois débarrassés de la volonté historique de laïciser un sacrement.

Catherine Kintzler 08/11/2012 18:50



Je n'ai pas dit qu'il s'agissait de laïciser un sacrement, ce qui serait contraire à la thèse de mon article, mais qu'il importe à mes yeux de conserver à la loi une charge symbolique et de ne
pas l'en dépouiller lorsqu'elle en a une - je pense que la revendication du "mariage homo" n'est pas exempte de cette dimension.


Je suis très méfiante au sujet de la contractualisation de la vie juridique !



Union civile pour tous 08/11/2012 13:08


Re-bonjour (j'ai retenu la leçon pour Word!),


Merci pour cet article de fond, qui s'éloigne de l'écume d'un débat trop souvent caricatural d'un côté comme de l'autre.


Sans l'avoir formulée ainsi, je me retrouve pleinement dans votre idée d'une contrariété entre le contrat républicain organisant la
vie commune entre deux citoyens ("mariage civil") et le sacrement religieux ("mariage religieux").


C'est pourquoi je suis depuis longtemps favorable à une séparation sémantique du mariage civile et du mariage religieux: laissons le mot "mariage" aux religions
(puisque ce mot se rattache historiquement à leur vision anthropologique et naturaliste: un homme et une femme en vue de la procréation) et institutions une "union civile" pour tous les couples,
homosexuels ou hétérosexuels.


Laurent, croyant et profondément attaché à la laïcité

Catherine Kintzler 08/11/2012 16:31



Merci d'avoir re-posté votre commentaire !




Le point que vous soulevez est effectivement à mettre dans le dossier du débat. Je n'ai pas trop fait mon opinion là-dessus, mais je penche plutôt pour un maintien du terme "mariage" s'agissant
du mariage civil, en m'appuyant sur les arguments que j'avance dans le texte.

En effet, de telles unions ont besoin, me semble-t-il, de recevoir une reconnaissance symbolique forte, et il ne faut pas que la loi abandonne cet aspect important qui serait alors entièrement
laissé aux mariages religieux, de sorte que le "moment fort" serait leur apanage exclusif ; plus en plus de gens recourraient au mariage religieux pour cette charge symbolique dont la loi civile
se dessaisirait. Ce n'est pas un hasard si l'église catholique a fait du mariage un sacrement ! Ne laissons pas l'intégralité du champ symbolique aux religions !


N'oublions pas non plus que le mariage civil n'est pas un simple contrat (à mon avis sa contractualisation totale aurait de graves conséquences) mais une institution, et qu'il n'est
nullement obligatoire : ceux qui refusent le principe du mariage sont parfaitement libres.



Vincent R 08/11/2012 09:17


Bonjour à toutes et à tous, homos, hétéros, etc...


J'ai lu avec intérêt l'essai du rabbin et j'eus à chaque paragraphe à peu près les même conclusions que Mezetulle qui les a bien mieux formulées que je ne l'ai fait donc merci pour votre analyse.
J'ai par ailleurs jubilé en vous lisant car vous avez clarifié magnifiquement et même esthétiquement (j'ai adoré l'emploi du "lover") les théories. Enfin, après j'arrête avec les compliments,
sachez que je compatis à cette sensation d'écrasement quand on aborde la dernière partie de l'essai à propos des préceptes de la "genèse"... OUF! Laissez nous respirer !!


Et bien sûr, cette vision biblique apporte juste un éclairage, un concept, à la différence d'une vision se détachant d'un dogme ou vision plus laïque qui permet de faire exister les autres,
et c'est là toute la différence.  


J'apporte un complément, du moins il me semble, dans cette intervention à propos de l'enfant objet: j'ai bondi plus d'une fois quand j'ai lu cet essai. Il confère à l'enfant adopté (ce que vous
décrivez comme "larmoyant") une place de quasi divinité. L'adoption est presque vue comme une action humanitaire. Enfin, comme la représentation caricaturale d'une action
humanitaire: tout doit être fait pour le bien de l'enfant qui a déjà beaucoup souffert...Mais j'ai le sentiment qu'il s'agit d'une vision très biblique de l'échange avec l'autre
conçue uniquement comme de l'altruisme.


Il va même, sous couvert de protection de l'enfant à écrire que le risque est d'en arriver à refuser que l'enfant partage le choix de vie des parents : "Incombe-t-il à l'enfant adopté de
s'adapter au choix de vie des parents?" Et je réponds tout de suite: OUI. Evidemment ! On a tous grandi avec le choix de vie affectif des parents! Plus heureux ou moins heureux... Hétéro ou
pas! L'enfant sait s'adapter en surmontant des petits traumatismes qui ne sont pas l'exclusivité des préférences sexuelles! Il se base comme si les choses étaient innées (la filiation, le père et
la mère, etc...) Mais innées peut-être et acquises sûrement ... Et si l'on considère de plus le hasard... A moins qu'il insinue que certains choix de vie sont plus "dérangeants" que
d'autres pour les enfants? Sans doute veut-il parler du fait d'avoir des parents croyants et pratiquants ??


Donc, au risque de généraliser mais les propos tenus par les autres monothéismes sont semblables, sous couvert d'une prétendue protection de l'enfant, c'est les religions qui se servent
de cette question pour faire passer leur cheval de Troie: une vision biblique du mariage et de la parentalité et de la famille. Assez de cette vision de chochotte !  

Benjamin 08/11/2012 01:39


Merci pour cette analyse très claire et de souligner que le texte de Gilles Bernheim est en effet bien plus construit que ce que l'on peut lire ailleurs sur ce sujet.


Le mariage est une institution. Il ne s'agit pas d'un simple contrat. Il faut bien que le mariage serve une fin d'importance pour qu'on décide de l'instituer. Cette fin est double il me semble :
le secours mutuel de deux personnes (matériel et moral) d'une part, le soin et l'éducation apportée aux enfants, futurs adultes et êtres libres, d'autre part (l'école, autre institution, sert
elle aussi la deuxième fin). Je ne dis pas qu’il faille exclure du mariage ceux qui ne se prêtent pas réellement un secours mutuel où à ceux qui n’élèvent pas d’enfants ou bien à l’inverse qu’il
faille marier de force les couples en concubinage et avec enfants ; mais simplement que ces deux fins d’importance méritent une institution, nécessitent que le mariage civil existe.


L'argumentation développée dans votre article place la première fin au centre de la définition du mariage civil, la deuxième étant seulement subordonnée. Le mariage est un cadre fort confortable
pour élever des enfants, soit. Mais son concept n'a pas besoin de s'y référer.


Je suis un peu gêné par ce déséquilibre. Si l'on suit cette piste, ne va-t-on pas trop dissocier mariage et éducation des enfants et lui enlever une part importante de sa raison d'être ? Cela ne
conduira-t-il pas à considérer que, comme institution, il deviendrait un luxe ? Ce n’est pas la futurologie qui m’intéresse, mais le sens de ce qu’il me semble être un déséquilibre. Chercher à
unir ces deux fins dans une seule institution soulève des contradictions que vous discutez. Mais la solution est-elle pour autant de se débarrasser de l’une au profit de l’extension
« logico-juridique » de l’autre ?

Catherine Kintzler 08/11/2012 10:04



Merci pour votre analyse et votre question.


J'ai juste voulu souligner que la loi, par principe, doit être minimaliste. C'est le cas lorsqu'on regarde la législation actuelle du mariage civil : aucune finalité ne lui est expressément
assignée, elle prend simplement des dispositions réglant les rapports entre les conjoints (assistance mutuelle, fidélité, éventail de contrats pour les biens, etc.) et l'arrivée d'enfants (par
naissance ou par adoption). C'est l'article de G. Bernheim qui m'a fait insister sur le deuxième point, car les visions religieuses du mariage sont actuellement campées sur ce second
point.


A propos de minimalisme, je regrette d'ailleurs que le projet de loi, dans le premier article, se croie obligé de préciser "de sexe différent ou de même sexe" pour les conjoints : c'est une
précision redondante car il suffirait d'abolir la condition de différence de sexe et de ne rien dire de plus... mais faire bavarder la loi est devenu une mode !



réboussié 07/11/2012 14:07


Point 1: ce texte de loi sera voté , et dans dix ans , comme toute évolution des sociétes et des mentalités .....mais on trouvera , bien sur et heureusement un autre sujet de ....discussion


Point 2:pour la qualité du débat sur ce blog, la clarté , l'intelligence .....les arguments , un seul mot : merci . 


Point 3:les références bibliques , je n'en dirai pas plus , mais , je sais , on est dans un coin géographique , avec son histoire, difficile d'y échapper ....coté Far Est ? ça donnerait quoi ?


Pour moi , marier, c'est unir deux choses différentes et complémentaires , donc deux personnes .....c'est un sens linguistique historique , connoté , bien sur , mais ça change quoi ? Ce qui me
dérange un peu dans le "mariage homosexuel", c'est la captation du mot mariage , comme le mot "socialiste" par un parti politique , au pouvoir .( Ce n'est pas une critique , mais mon constat de
la perte de sens du mot socialiste , je pourrais en dire autant du mot laîcité pour les tenants du pluriel....ou du libéralisme ....)


Pourquoi pas le mariage à trois ? Je ne plaisante pas .....ni n'ironise , même si vous pouvez en douter . Dans 10 ou 20 ans , qu'en sera t il ? Car l'union , pour une part, c'est aussi pour
organiser des choses matérielles, et le mariage ( notre conception ) n'est pas une constante universelle en tout lieu et en tout temps , sujet du jour d'ailleurs  n'est ce pas ??


Remerques sur la forme , bien sur, quoi que , qui est le plus réac ? le mariage ? le Pacs ? ou l'union libre ? Avoir le choix ? bien sur , mais pour se comprendre , c'est mieux si on donne le
même sens aux mots ? Non? Pub, Com ,langue de "bois",  dérive ??


Point 4:  je ne partage pas toutes vos idées ( par principe bien sur ...) c'est bien pour cela d'ailleurs que je vous lis avec tant de plaisir ....J'en fais trop dans le compliment ?? J'ai
gardé une ame  (?) d'enfant qui savait écouter ses maîtres (d'école ) , qui eux savaient être à l'écoute de leurs "gosses", chacun à sa place ( le statut d'élève n'a qu'un temps, celui
d'apprenant est plus long... ), .....et les vaches étaient mieux gardées ....elles avaient un nom d'ailleurs ....et le verbe ètait ......


Point 5: après l'Espagne .....un singe voulut un jour imiter l'homme ... et se raser , il s'est tranché la gorge ......

Mezetulle 07/11/2012 18:12



Point 1, peut-être !


Point 2 :  


Point 3 : on aura compris que je suis plutôt une lectrice des Métamorphoses, m'enfin, Victor Hugo disait qu'il y a aussi de belles histoires dans la Bible...
Pour le mariage à 3, non merci, même les mormons en sont revenus.


Point 4 : voir point 2


 



Incognitototo 06/11/2012 23:31


Ha... moi qui suis contre tous les mariages inscrits dans la loi laïque, je comprends mieux vos justifications sur le mariage civil comme "contre-pouvoir" des anathèmes religieux... et si c'est
pour e... les curés de tout poil, alors allons-y pour le mariage homo...

Il faudrait régulièrement rappeler à tous ces "théologiens", qu'ils enfreignent régulièrement 3 lois du décalogue (et sont donc promis à la damnation) :
- Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face.
- Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la
terre.
- Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point ; car moi, l'Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la
troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent.

En effet, quand ils se mêlent de faire de la "loi de leur Dieu" celle des hommes, qu'est-ce qu'ils font d'autre que de matérialiser dans la réalité (la terre) leur Dieu et de se prosterner devant
sa représentation...

Si on essaye d'analyser ces commandements (très peu commentés par les théologiens et pour cause, sinon leurs pouvoirs temporels deviendraient injustifiables) à l'aulne de ce que l'on sait des
mécanismes psychiques, ça se traduit très simplement par : les pulsions et les fantasmes doivent restés à l'intérieur, jamais extériorisés ou matérialisés (sauf pour en faire de l'art, mais
certainement pas une religion), et jamais on ne doit prendre ses pulsions et ses fantasmes pour des vérités.

Bref, ce sont des commandements qui sont censés nous indiquer un chemin intérieur qui n'a aucune vocation à devenir la loi des hommes, ainsi qu'à nous protéger des "faiseurs de vérités" et de la
folie. Ceux qui l'oublient nous démontrent tous les jours qu'ils ont besoin de se faire soigner... comme nous le prescrit très sagement la Bible, le premier manuel de psychopathologie symbolique
que l'homme ait conçu....

sb 06/11/2012 15:54


Merci pour ce texte. On peut légitimement se poser la question des raisons pour lesquelles le pays de Voltaire achoppe sur l'idée d'un mariage pour tous. Après l'Espagne, le Portugal, la
Belgique, entre autres, faut-il s'attendre à ce que l'Italie et l'Autriche franchissent le cap avant la France ? Le pays de la froide raison et de la séparation entre l'Église et l'État rechigne
à remettre en cause le modèle familial dominant. Autre mystère : celui de l'Allemagne, qui n'en est peut-être pas un si l'on songe à ce qu'y représente la Nature ou plutôt l'idée et l'usage que
l'on en fait.


Il me semble que ce mariage pour tous est un coup de pouce donné à la laïcité, une réaffirmation de nos principes républicains. À ceux qui entonnent déjà que l'islam, aujourd'hui premère religion
de France, le condamne et que le tournant ne se fera pas sans créer de grandes difficultés, il est facile de répondre que le mariage pour tous a ceci d'avantageux qu'il pose clairement et
définitivement un principe essentiel, celui de la distinction  nette entre l'institution religieuse et l'institution républicaine, et offre aux religions l'occasion de réaffirmer leur
statut de refuge des valeurs, à l'écart du monde séculier. À moins bien entendu que l'Église catholique, pour ne citer qu'elle, ressente une telle évolution comme le signe annonciateur de
demandes de changement de la part de ses fidèles dont il faudra monnayer la présence à la messe dominicale par une promesse d'ouverture au monde.

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