24 novembre 1970 2 24 /11 /novembre /1970 10:16

L'enseignement de la musique
et la subversion de l'école
par Dania Tchalik (1)

En ligne le 30 septembre 2012
Il n'appartient qu'aux sourds de juger de la musique (2)


A travers le prisme révélateur de l'enseignement de la musique, particulièrement en conservatoire, Dania Tchalik établit un diagnostic qui concerne l'ensemble de l'édifice scolaire et culturel. Sont examinés quelques fleurons de la subversion scolaire qui dure depuis une quarantaine d'années  et que déploie la novlangue dont les rapports sont farcis : « autonomie des établissements », « projets tranversaux », « compétences », « territorialisation », « pratiques culturelles », « nouveaux publics », « personnes-ressources » aidant des « usagers» à établir leurs « parcours personnalisés »...., j'en passe. Le tout enveloppé dans la férocité des bons sentiments  : ne s'agit-il pas de « lutter contre les inégalités » et de favoriser la « créativité » de sorte qu'élever la moindre critique c'est être sinon « élitiste » du moins en décalage avec la « modernité » et « s'arc-bouter sur ses certitudes » ?
A terme et bien au-delà de l'école, c'est une très ample analyse politique que Dania Tchalik propose avec une implacable lucidité et une remarquable hauteur de vue servies par une plume acérée : il faut bien, pour que les « réformes indispensables » aboutissent, faire son deuil de la culture comme universalité et s'en remettre à l'expertise des décideurs qui savent comme personne interpréter au moins-disant la « demande des publics ».
On peut en conclure, conséquemment, quelques propositions(3). Mais qui, parmi les décideurs et autres chefs de « concertations » où seule se fait entendre l'harmonie préétablie, peut encore croire qu'il faudrait, par exemple et entre autres, enseigner vraiment le solfège pour faire de la musique ?


Sommaire de l'article :

  1. Le tropisme réformiste : un détournement des finalités
  2. L'enseignement artistique, laboratoire d'une politique culturelle gestionnaire
  3. L'évacuation de toute transmission par « la culture pour chacun »
  4. L'anéantissement de l'enseignement... et des professeurs

Annexe

Notes

 
1 - Le tropisme réformiste : un détournement des finalités

Si la refondation de l’École de la République dénote de la part de l’actuel gouvernement une louable mise entre parenthèses des coupes budgétaires initiées il y a une dizaine d’années, on ne saurait ignorer son étroite parenté avec l’habituel tropisme réformiste du PS – de Savary à Lang et de Jospin à Allègre – ni, plus largement, occulter l’absence de toute inflexion de la politique de réforme en vigueur depuis près de quarante ans à la rue de Grenelle, celle-là même ayant abouti à la crise actuelle. De l’autre côté de l’échiquier politique, même constat  : après avoir tourné le dos à quelques promesses initiales(4), le quinquennat de N. Sarkozy s’est révélé tout aussi propice aux appétits des gestionnaires de Bercy qu’à ceux des réformateurs les plus intrépides (ce qui est loin d’être contradictoire), et le processus continu de dilution du système éducatif français au sein du modèle dominant anglo-saxon a rarement connu période plus faste. Conformément aux souhaits d’une majorité écrasante de la classe politique, les véritables gouvernants de l’ombre que sont les gestionnaires ministériels, couramment recyclés par les ministres successifs(5), ne cessent de poursuivre leur œuvre de détournement des finalités – essentiellement intellectuelles – de l’école vers des objectifs d’ordre économique et social. A l’heure du sacro-saint (et non moins citoyen) effort contre l’hydre de la dette, tous convergent donc logiquement vers un mode d’organisation et de gestion de l’école calqué sur le modèle de l’entreprise. Les médias et experts réunis sont formels : notre système éducatif est aussi peu performant qu’archaïque, élitiste et… dispendieux par rapport à nos voisins de l’OCDE. Par conséquent, que l’on souhaite réduire la dépense publique ou seulement la stabiliser, l’argument d’une nécessaire rationalisation semble imparable. Tous appellent donc plus ou moins ouvertement à l’autonomie administrative et/ou pédagogique des établissements scolaires, ce qui, à terme, signifie la concentration des pouvoirs entre les mains d’un manager choisissant ses équipes à sa guise et adaptant sa politique au terrain. Ce processus de décentralisation prélude à la territorialisation(6) de l’Éducation nationale, toujours suivant l’exemple de nos voisins européens. [ Haut de la page ]



2 - L'enseignement artistique, laboratoire d'une politique culturelle gestionnaire

Si le consensus pose question, l’idée de déroger au principe républicain d’égalité de traitement sur tout le territoire n’a rien de neuf  : elle oriente d’ores et déjà l’essentiel des politiques publiques. A cet égard, et pour des raisons à la fois historiques et structurelles, l’enseignement artistique spécialisé peut être considéré comme un véritable laboratoire de ce qu’on ne peut accomplir que progressivement et avec la plus grande circonspection à l’Éducation nationale, ce Mammouth inerte et rétif au changement. Car c’est bien depuis 1983 et la première décentralisation que les conservatoires de musique, gérés par les collectivités territoriales, sont administrés de manière autonome. Or, leurs missions se sont depuis multipliées sous la houlette conjointe du Ministère de la Culture(7) et d’associations réformistes(8) affiliés à une deuxième gauche pressée de concilier épanouissement de l’individu et liberté du marché.
La simple transmission d’un art ne suffisant plus, la plupart d’entre eux ont été conviés à s’adapter à de nouvelles demandes des publics, à former en masse des amateurs et à remplacer la diffusion de l’art par celle de pratiques culturelles, de savoirs-être et de valeurs émotionnelles(9). De même que la démocratisation culturelle s’est altérée en massification affectant la qualité des programmes, puis le niveau des élèves, l’art est devenu un outil, piloté par des gestionnaires de politiques culturelles au service d’une réduction des inégalités mythifiée et attendue telle la guerre dans Le Désert des Tartares(10). Les contenus enseignés sont dorénavant définis dans le bureau du directeur ou la salle de réunion des équipes enseignantes (voire dans le cabinet d’un élu), et non plus par les spécialistes ou associations disciplinaires à travers des programmes nationaux, ni même par le professeur dans sa salle de classe : l’exigence artistique et intellectuelle s’efface au profit du zéro échec et de la réussite de tous. Première leçon de l’autonomie  par un maire : les programmes de qualité, c’est bien, multiplier les inscriptions tout en flattant le parent-électeur de base, c’est mieux  !

Choisi essentiellement d’après ses capacités administratives et ses relations politiques – ses qualités d’artiste passant alors au second plan – le directeur de conservatoire, gestionnaire de ces politiques culturelles, est le seul à évaluer sa ressource enseignante et s’appuie volontiers sur des hommes liges recrutés par ses soins pour les besoins du service, parfois dépourvus du moindre diplôme. Il ne souffre d’aucun contre-pouvoir : les syndicats et l’inspection sont nettement moins influents qu’à l’Éducation nationale, et faire grève est une notion abstraite. Enfin, il choisit ses personnels selon leur capacité à intégrer la philosophie de la FPT(11) et la culture d’entreprise maison : bref, leur conformité idéologique. Quant aux rares brebis galeuses aussi peu éthiques que responsables négligeant le devoir de réserve et refusant de perdre le plus clair de leur temps dans des projets transversaux, il est vrai dépourvus du moindre intérêt artistique et effectués dans le cadre d’un bénévolat forcé, elles sont immédiatement taxées d’élitisme, mises à l’index par le dogme progressiste des sciences de l’éducation et des CEFEDEM(12), et poussées dehors sans ménagement. Un ostracisme lourd de conséquences même en cas d’emploi pérenne, faute d’un mouvement national des mutations...

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3 - L'évacuation de toute transmission par « la culture pour chacun »

Voici comment, dans les nouvelles classes CHAM(13) dites « non traditionnelles » ou en premier cycle de Formation Musicale (solfège en novlangue) le projet d’établissement évacue l’étude du rythme croche pointée-double ou de la vie de Mozart au profit des musiques actuelles(14), du projet interdisciplinaire danse latino/percussion, de l’improvisation générative (à laquelle il manque probablement un préfixe) ou de la création collective d’une carte d’identité sonore et visuelle reflétant  le regard sur le monde de l’apprenant en tant que citoyen d’ici et d’ailleurs, du présent ou d’une autre dimension temporelle(15). Au travail en équipe chez les profs répond la pratique collective des élèves (16) : le kolkhoze managerial ne commence jamais assez tôt  ! A l’autre extrémité du parcours, les classes d’écriture et de culture musicale, peu à peu ravalées au rang d’option si possible ludique, voient arriver de nouveaux publics qui, faute de maîtriser les bases du solfège, ressemblent à tout sauf à ces musiciens complets et créatifs que vantent les partisans de la réforme : dotés d’une mémoire trop peu entraînée et d’une culture musicale embryonnaire, ils voient le simple fait de reconnaître et de reproduire de tête un air de Mozart comme une tâche surhumaine… mais qu’importe ! Le niveau monte et de nouveaux pôles supérieurs d’enseignement de la musique multiplient les UV d’informatique, d’orthographe et autres modules de compétences de musicien entrepreneur, capitalisables en vue d’une licence destinée à 50% d’une classe d’âge au niveau européen(17).

Ainsi se bâtit, à l’abri des bureaux d’une Rue de Valois où rôde encore et toujours le spectre de Jack Lang, la Grande Utopie dont le dernier avatar n’est autre que la fameuse CPC (Culture pour Chacun)(18). Rendre les conservatoires et la culture en général plus accessibles ne suffit plus : « le véritable obstacle à une politique de démocratisation culturelle, c’est la culture elle-même »(19) ! Mais cette débauche de gauchitude ne date-t-elle pas de l’instant même où la social-démocratie, assumant le dépérissement programmé de l’État-providence et de son action sociale, s’est mise à promouvoir le care et le soin palliatif  ? N’a-t-elle pas poussé l’État à se limiter à une très anglo-saxonne affirmative action en direction des seuls publics en difficulté susceptibles de perturber la paix sociale, au détriment de la formation de tous et de l’intérêt général – sans même parler des élèves doués, accusés en tant que bourgeois de monopoliser le capital culturel ? L’étonnante jonction entre l’individualisation de l’enseignement chère à Luc Chatel  – les parcours personnalisés fleurissent tout autant dans les conservatoires  qu’au sein du lycée réformé(20)  – et le mythe constructiviste de l’élève auteur et acteur de sa formation comme de ses savoirs, tant vanté depuis près de quarante ans par les thuriféraires, si ardemment de gauche, des pédagogies nouvelles s’explique-t-elle autrement ?

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4 - L'anéantissement de l'enseignement... et des professeurs

Personne-ressource, le prof n’est dorénavant utile que lorsque son enseignement, dénué de valeur en soi, répond à une demande explicite. C’est donc fort logiquement que ses missions, inscrites au cœur du territoire où il exerce, s’adaptent à la sociologie de celui-ci. Et ce n’est plus lui, mais l’édile qui identifie puis soutient les pratiques culturelles des usagers du service public. « L’action de l’enseignant-artiste est donc souvent liée à la structure dans laquelle il exerce. C’est elle qui détermine une grande part de son identité, de sa “culture”. Il est donc indispensable que cette structure évolue en permanence pour s’adapter aux mouvements du monde et, si possible, qu’elle les anticipe dans une démarche de projet. »(21).
Enseignant-artiste, vraiment ? Ou bien employé municipal, animateur et prestataire de services tout à la fois ? Car la culture promue par la séduction toute progressiste de l’autonomie n’est plus la sienne, has been par son insupportable prétention à l’universalité, mais bien celle du locus et de ses élèves-clients mis au centre. Celle du marché. Relative par essence, susceptible d’évoluer dans le temps, en devenir, elle réclame une perpétuelle adaptation de la part du corps enseignant. D’où, pêle-mêle, la prolifération de la réunionnite, l’inflation réglementaire, l’embrigadement du travail en équipe, le pouvoir du management, enfin un pédagogisme minant une relation maître-élève jusque-là hiérarchisée pour la contractualiser au sein du projet et la soumettre à des stratégies prétendument plus respectueuses de l'élève et de ses demandes, autrement dit de ses désirs les plus immédiats. L’autonomie des établissements ne reflèterait-elle pas alors celle d’un individu qui, victime du mirage de l’émergence de sa créativité(22) ou innovation en devenir, croit définir par lui-même ses propres normes et échapper aux contraintes de la socialisation alors que celle-ci, n’étant plus effectuée selon des règles prédéfinies par le corps social, vire au flicage et à la culture de l’évaluation ?


Ainsi, le métier a changé, à la fois en ce qui concerne ses conditions d’exercice que son statut social. Dans les conservatoires, la territorialisation s’est ainsi associée à :

1. Des traitements inférieurs à ceux de l’Éducation nationale(23) pour un service hebdomadaire plus lourd(24). Le niveau musical d’un diplômé d’un conservatoire supérieur voire régional dépasse pourtant, et parfois de loin, celui d’un certifié ou d’un agrégé de musique formé à l’université. Et en haut lieu, on réfléchit à l’opportunité d’aligner les agents des conservatoires sur le reste de la FPT en ramenant leurs congés à 5 semaines par an, voire en les payant sur la base de 35h.

2. L’extinction de fait des concours nationaux (DE, CA, cf. note 23), qu’il est régulièrement question de supprimer – le dernier remontant à 15 ans dans certaines matières !

3. L’allongement constant de la durée d’accès à l’emploi stable(25), voire à l’emploi tout court. Le concours est dissocié d’une embauche effectuée directement par l'employeur sur liste d'aptitude et fiche de poste  : rien de tel pour ouvrir la voie au localisme et au piston ! De surcroît, le recrutement et le concours disciplinaire ne sont que des préalables au concours administratif (FPT) dont l’obtention ne garantit même pas une éventuelle  titularisation. Cette épreuve repose sur un simple entretien oral devant une assemblée composée principalement d'élus et d'administratifs ignorant tout de la discipline enseignée et néanmoins loquace sur les questions pédagogiques – car cette fois, les conseilleurs sont bien les payeurs !

4. Enfin, il en résulte une montée de la précarité(26) accentuée par les suppressions de postes de titulaire et néanmoins justifiée par l’évolution des missions. Contrairement à l’Éducation nationale, il n’est donc pas rare d’intégrer la FPT vingt ans après le début de carrière, voire davantage.

 

 

Entamée sous forme d’expérimentations(27) à généraliser le moment venu, l’autonomie, loin de constituer une mesure administrative neutre, signifie à terme la fin de l’Éducation nationale et du statut de la fonction publique d’État pour ses professeurs. La modernisation des conservatoires a révélé la collusion entre un pédagogisme libertaire ouvertement niveleur par le bas (contrairement à l’Éducation nationale où l’on s’est longtemps caché derrière les méthodes) et un utilitarisme véhiculé par la déferlante du capitalisme sauvage et la société de consommation – à moins qu’il ne s’agisse d’une consanguinité originelle, tant la convergence se fit ici précoce. Non rentable à court terme et en cela inadapté à la loi du marché, le savoir désintéressé se voit menacé par une gestion indifférente à la qualité des contenus ; or, plus l’autonomie est poussée, plus elle réclame une conduite intelligente... Et à l’heure où l’on pousse le vice jusqu’à parler d’accompagnement personnalisé(28) à propos de la procédure de licenciement d’employés d’un hôtel de luxe(29), on ne peut ignorer que les enjeux de l’autonomie dépassent largement la question éducative pour s’étendre à l’action sociale et politique toute entière.
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© Dania Tchalik et Mezetulle, 2012

 

Le dossier du débat (6 mars 2013)

- L'enseignement de la musique et la subversion de l'école, par Dania Tchalik

- Musique et enseignement : ne nous trompons pas d'engagement !, par Sylvie Pébrier, 20 janvier 2013

- Enseignement de la musique : égalitarisme et élitisme par J.-M. Muglioni, 4 février 2013

- Enseignement de la musique : Dania Tchalik répond à Sylvie Pébrier, 6 mars 2013

- Égalitarisme et élitisme : deux faces d'une même médaille, réponse de D. Tchalik à J.M. Muglioni 6 mars 2013

 

 

Annexe 

La version développée de ce texte en format pdf est proposée par Mezetulle au téléchargement  cliquez ici symbole_pdf.gif
Il faut lire ce gigantesque coup de gueule, cette gifle globale, où le souffle de l'indignation s'appuie sur des arguments nombreux et précis, et soulève ironiquement la novlangue technico-pédagogiste pour la faire fonctionner jusqu'à son point d'absurdité - sa vérité.

En voici deux extraits  :

Instrumentalisé sans autre forme de procès, le fait artistique glisse inexorablement vers l’accessoire quand il n’est pas évacué au profit de l’animation culturelle dépourvue de toute ambition artistique, bref, d’une simple garderie améliorée où l’abondance de fausses notes ne cède qu’à celle des bons sentiments. Ce qui ne manque pas d’arranger quelques uns de nos édiles : en transformant le conservatoire en école de musique de quartier et celle-ci en MJC ou centre de loisirs, il devient bien plus simple de mutualiser les moyens et de faire des économies sur le dos des trois institutions à la fois…
Durant ces deux dernières décennies, le recrutement, la formation et le profil des enseignants ont ainsi été progressivement adaptés à l’évolution de la société contemporaine : dorénavant formé (formaté ?) dans des CEFEDEM ou, dans le meilleur des cas, dans des formations spécifiques au sein des CNSMD dirigées par des pédagogues professionnels, le professeur n’a plus besoin de connaître à fond son art ou d’élaborer une pensée critique face à son évolution. A l’inverse, il sera évalué par sa hiérarchie sur ses compétences dans l’art de maîtriser la pédagogie de projet et de travailler en équipe dans un esprit de transversalité. Il devient alors un agent soumis au devoir de réserve au sein d’un système managé par des DRH et des gestionnaires, et dont la mission consiste en l’application des nouvelles normes dictées par l’ingénierie niveleuse des sciences de l’éducation.   Télécharger le texte en pdf           [ Haut de la page ]

 

 

 

Notes   [cliquer sur le numéro de la note pour revenir à l'appel de note]

1.    Dania Tchalik, pianiste, enseigne l'écriture musicale en Conservatoire. Ce texte est la version abrégée d'un texte plus développé que Mezetulle propose au téléchargement ici. Les intertitres sont de la rédaction.
 2.    Voltaire, Contes, Petite digression, 1766
 3.    Propositions qui figurent dans la version développée de ce texte (voir la note 1).
 4.     Discours de Maisons-Alfort, 02/02/2007
 5.    Le Ministère de l'Éducation nationale et le Ministère de la Culture, deux hauts lieux du développement durable  ?
 6.    Comme le reconnaît explicitement une Mission d’information au Sénat menée conjointement par Jean-Claude Carle (UMP) et Serge Lagauche (PS) en 2010-2011.
 7.    Auteur de « plans pour l’éducation artistique » dont la prolifération - 1988, 2000, 2005, 2008, 2012-2013 (?) - et le ton grandiloquent à souhait révèlent la parfaite innocuité. Ou comment masquer le désengagement de l’État.
 8.    À l’instar de l’association de personnels de direction Conservatoires de France.
 9.    Éric Sprogis, Enseignement de la musique et action culturelle http://www.mus.ulaval.ca/reem/REM26_Sprogis.pdf, page 10 (consulté le 01/10/11)
 10.    Dans Culture, état d’urgence (Paris, Tchou, 2012), O. Poivre d'Arvor propose ainsi de « faire son deuil de la culture comme porteuse de valeurs universelles » et de « traiter des exigences personnalisées des citoyens et des territoires », afin que se mette en œuvre non plus une démocratisation culturelle fallacieuse, privilégiant une culture supposée légitime, mais une véritable démocratie culturelle, sans « craindre immédiatement l’abaissement, la vulgarisation démagogique ». Cité par E. Pieiller, « Des usages de la culture
», Le Monde diplomatique, août 2012.
 11.    Fonction Publique Territoriale.
 12.    Centre de Formation des Enseignants de la Musique. Équivalents des IUFM, et crées la même année (1990).
 13.    Classes à Horaires Aménagés de Musique.
 14.    Bel exemple de langue de bois ministérielle. Contrairement à ce que ce terme semble suggérer à première vue, les musiques actuelles désignent principalement les produits commerciaux de l’industrie de l’entertainment.
15.    Un exemple parmi d’autres de ces projets actuellement à la mode  : http://www.edouardherriotlivry.ac-creteil.fr/spip.php?article41225 (consulté le 01/10/11)

16 - Directement issue des écrits de Meirieu et transposée à l'enseignement instrumental, fief de l'archaïque cours individuel, la "pédagogie de groupe" a le vent en poupe. Sa prolifération s'explique aussi bien par la montée de l'offre la floraison des élucubrations pédagogiques et des projets censés les mettre en pratique et la création ex nihilo d'une demande pérenne (formations et épreuves devenues obligatoires aux concours de l'enseignement artistique) que par l'intérêt plus que bienveillant des gestionnaires à son encontre : le cours individuel ne permet guère de fluidifier les flux d'élèves...
 17.    Objectif fixé par la Stratégie de Lisbonne (2000) en vue de bâtir une société de la connaissance (sic).
 18.    Celle-ci ayant notamment inspiré le décapant rapport Lockwood (2011). Pour une analyse critique, cf. l’article de D. Tchalik intitulé Le rapport Lockwood  : bas les masques !
 19.    Rapport Lacloche : http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/document-49062 (consulté le 01/10/11).
 20.    De l’accompagnement personnalisé en classe entière : voilà une recette bien appréciée par les gens de Bercy  !
 21.    Sprogis, op.cit., p. 8.

 22.     La nature éminemment factice de cette « créativité » a été mise en évidence par Claude Lévi-Strauss dans ses « Propos retardataires sur l'enfant créateur », La Nouvelle revue des deux mondes, 1975, p. 10-19. Un extrait est consultable ici : http://membres.multimania.fr/reconstrlecole/Textes/levistr.html
 23.    http://mediatheque.cite-musique.fr/masc/?INSTANCE=CITEMUSIQUE&URL=/mediacomposite/cim/40_profession_musique/20_ens/10_fpt_professeur_enseignement_artistique_musique.htm. Autant de smicards en puissance (consulté le 01/10/11)
 24.    16h hebdomadaires pour un professeur d’enseignement artistique titulaire du Certificat d’Aptitude (CA, équivalent de l’agrégation), et 20h hebdomadaires pour un assistant spécialisé d’enseignement artistique titulaire du Diplôme d’État (DE, équivalent du CAPES).
 25.    L’accès au métier s’apparente désormais à un parcours du combattant. Cf. M. Worms, éditorial de La lettre du Musicien, n°420, http://www.lalettredumusicien.fr/s/articles/1677_138_et-les-profs-de-musiquehellip
 26.    Les chiffres (source : INSEE) fournis par le Rapport sur la filière culturelle (20/02/2008) émanant du Conseil supérieur de la FPT elle-même se passent de tout commentaire. Au 31/12/2003, donc bien avant que la LOLF et la RGPP n’atteignissent leur vitesse de croisière, on dénombrait 3516 titulaires et 7670 non-titulaires sur emplois permanents (!!!) chez les Assistants d’enseignement artistique, 5987 T et 3489 NTEP chez les Assistants spécialisés d’EA, enfin 5746 T et 2603 NTEP chez les Professeurs d’EA. Cf. http://www.csfpt.org/documents/022008/21020816402815Rapportfilireculturelle.pdf
 27.    Comme ECLAIR, Écoles, Collèges et Lycées pour  l'Ambition, l’Innovation et la Réussite. Depuis 2010, ce réseau d’établissements difficiles de banlieue pratique l’innovation pédagogique dernier cri, recrute ses équipes en toute autonomie et applique le socle de compétences aux dépens des programmes nationaux.
 28.    Issu du monde de l’entreprise, ce terme désigne notamment un dispositif de la réforme Chatel des lycées (2010) visant à supprimer des postes de professeurs par la réduction des heures disciplinaires.
 29.    Il s’agit de l’Hôtel Ritz. Cf. l’article du journal Métro en date du 19/10/2011.

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commentaires

Christine SOUILLARD 03/03/2013 18:20



REPONSE A DANIA TCHALIK


 


 



Se complaire dans la nostalgie est un choix. On peut regretter le temps béni où les conservatoires, centrés sur leurs pratiques savantes, délivraient aux enfants de milieux plutôt favorisés une
formation rigoureuse qui permettait à certains de devenir des musiciens amateurs mais qui souvent constituait un vernis culturel qui se dissolvait dès la porte définitivement franchie au profit
d’études générales sérieuses. Quelques élèves exceptionnels sortaient du lot et après un parcours de conservatoires régionaux en conservatoires parisiens, accédaient enfin au CNSM, aux formations
héritées des musiques militaires, ou à nos multiples phalanges orchestrales. En cas d’échec ou en complément d’activités, ils devenaient professeurs.


Ne pas comprendre que ce temps est révolu est une erreur. La société a changé, le public également. Penser que les conservatoires eux-mêmes et tous ceux qui imaginent leur fonctionnement sont
responsables de ces modifications, une confusion d’analyse.


Partout il nous faut nous battre pour continuer d’exister. Proposer un projet pédagogique exigeant à une société de divertissement et de loisir, se confronter au papillonnage des enfants qui
refusent la contrainte du travail régulier ; motiver, re-motiver, re-dynamiser …


Et convaincre les élus du bien fondé de notre mission éducative, essentielle à l’épanouissement des adultes de demain ; démontrer que le service public a bien à voir aussi avec la construction
sensible de l’individu et que l’argent des collectivités est à la disposition du plus grand nombre.


Non, nous n’avons pas pour objectif de liquider l’ancien système. Il disparaît de lui-même. Nous cherchons juste à préserver l’art, la beauté, le rêve et l’émotion dans une société qui ne parle
que rendement, chiffres et résultats !


Pour cela, il nous faut être extrêmement imaginatifs, réactifs, vigilants. Dans les conservatoires, nous sommes nombreux, de plus en plus nombreux, à être engagés, enthousiastes, militants afin
que la musique garde sa place dans une époque au cœur sec.


Nous nous réunissons très souvent en équipe pédagogique, donc entre experts enseignants- artistes, pour proposer, ajuster, modifier des fonctionnements, des contenus, non pas à des fins
démagogiques mais simplement pour continuer à accueillir des élèves heureux et épanouis. Que reprocher à une démarche qui, même si elle assume ses doutes et ses tâtonnements, continue malgré tout
à intéresser des jeunes enfants happés par de nombreuses activités, prépare des amateurs plus autonomes ayant envie de continuer à jouer, et chiffres à l’appui, forme des élèves en pôle supérieur
de grande qualité ?


Je dirige un petit conservatoire dans une ville de 16 000 habitants où sont passés Frédéric Lodéon, Michel Plockyn, et de nombreux musiciens professionnels. Sans ce travail de réflexion,
d’ouverture, de rayonnement, il est évident que la municipalité écrasée par la charge financière de l’établissement aurait baissé les bras et fermé la porte aux petits Mozart qui continueront
d’éclore car ceux-là resteront exceptionnels quelque soit la méthode d’apprentissage employée.


Je ne relèverai pas les attaques sur les compétences et la compromission des directeurs mais sachez, Monsieur Tchalik que composer avec, quand il y a des postes et des individus à défendre, ce
n’est pas vendre son âme à des politiques libérales et financières mais bien une manière de résister. Développer les missions, s’inquiéter des populations qui restent à la porte, n’est pas une
posture salonnarde mais un combat de chaque jour.


Jamais les parcours des élèves n’ont été aussi riches, ouverts à d’autres problématiques que la seule technicité instrumentale. Jamais depuis que nous avons instauré le CEPI, nous n’avons eu
autant d’élèves en écriture par exemple. Car être formateur responsable, c’est permettre à des jeunes de vivre de leurs passions en les préparant au mieux à être musicien dans la vie artistique
d’aujourd’hui. Défendre le patrimoine, c’est aussi être conscient de la modernisation des enjeux.


Il est largement temps, musiciens, artistes, pédagogues de cesser les luttes intestines et d’être solidaires face à tous ceux qui nous jugent inutiles et dépensiers dans une économie en crise.


Nous agissons dans un même but, combattons comme vous pour une meilleure reconnaissance de nos métiers et statuts.


Alors ne fragilisons pas la profession en nous trompant d’adversaires !


 


 


Le 30 janvier 2013 Christine SOUILLARD



Directrice du CRD de Saint-Omer (62)

Dania Tchalik 14/03/2013 10:34



Mezetulle a reçu la réponse de Dania Tchalik :


************


Je passerai rapidement sur le procédé de psychologisation dont vous usez un peu rapidement : vous m'attribuez une supposée nostalgie d'un temps... que je n'ai jamais connu compte tenu de mon âge
! La formation pédagogique rénovée, devenue opérationnelle dès les années 90 et si chère aux experts-enseignants-artistes bien en cour rue de Valois, aurait-elle donc connu quelques
ratés ?




Pourquoi revendiquer ainsi le monopole du combat, de la résistance, de l'engagement et du cœur tout à la fois ? Voilà qui ne s'accorde guère avec les
piètres résultats produits par trente ans de réformes incessantes ! Ainsi, l'enseignement rigoureux de jadis n'était selon vous qu'un « vernis prêt à se dissoudre » une fois les études
terminées ; aujourd'hui, à constater l'âge moyen du public des concerts classiques ou bien la culture démocratisée d'une jeunesse pour laquelle Beethoven est un chien et Picasso une
voiture, il semble bien qu'il n'y ait plus de vernis du tout... Si la démarche que vous décrivez « assumait » pour le bon « ses doutes et ses tâtonnements », n'aurait-elle pas
admis cet échec et entamé un changement radical de politique - et si ce n'était pas seulement « l'ancien système qui disparaissait de lui-même » ? Il est commode de se défausser tantôt
sur la crise, tantôt sur la société et les  publics qui ont changé - pendant que les politiques et les administrateurs de la culture ne parlent que de
s'adapter encore et toujours au marché tout-puissant !



En prétendant « proposer un projet pédagogique exigeant » dans le but de « préserver l'art, la beauté, le rêve et l'émotion », vous vous appuyez sur des professeurs dont
vous dites pourtant qu'ils n'entrent dans le métier « qu'en cas d'échec [d'une carrière soliste] ou en complément d'activités ». Outre le caractère hasardeux du point de vue
sociologique d'une telle affirmation, on ne peut manquer de relever ici un inquiétant mépris pour l'enseignement et donc le corps professoral : ne peut-on choisir d'enseigner, et la
compétence musicale de haut niveau se manifesterait-elle exclusivement chez des artistes bénéficiant d'une carrière internationale ? Toutefois, ce mépris ne touche pas exclusivement les
professeurs : il s'étend également à des élèves pour lesquels vous n'avez pas d'autre ambition que de les rendre « heureux et épanouis ». Cette vision condescendante -
« accueillir » les élèves devient une fin en soi - apparaît alors comme une tentative déguisée de maintenir l'ordre (juste, comme il se doit...) et d'assurer à tout prix les
conditions du vivre-ensemble et d’une certaine « convivialité » apparente - en termes moins choisis, de la paix sociale.




Passons à présent sur des points plus techniques qui suscitent la plus grande perplexité. Ainsi, il est pour le moins contestable d'affirmer que « les petits Mozart resteront exceptionnels
quelque [sic] soit la méthode d'apprentissage employée » : chacun sait que c'est au contraire grâce au formidable savoir-faire de pédagogue de « Papa Léopold » que le
génie du petit Mozart mais aussi de sa sœur (et je ne parle pas des innombrables élèves de nos établissements aux dons avérés sans pour autant être exceptionnels !) a pu se réaliser et dépasser
les promesses initiales. De même, il est absurde d'opposer la « technicité instrumentale » à d'autres « problématiques » qui s'apparentent le plus souvent à ces
« valeurs émotionnelles » chères à Éric Sprogis : que je sache, les conservatoires n’ont pas vocation à devenir des lieux de conditionnement psychologique. Et si l'acquisition de
la technique n'est pas une fin en soi (le concept d'art libéral ne date pas d'hier !), elle demeure indispensable si l'on veut obtenir une réalisation musicale aboutie, à la
fois intelligente et sensible - et ceci quel que soit le niveau auquel se trouve l'élève. Dans cette perspective, tout bon musicien sait parfaitement que l'élimination de l'exigence
technique que vous prônez pour la majorité des élèves - sur quel(s) critère(s) objectif(s), outre le statut de l'établissement et donc le lieu d'habitation, fait-on alors le tri entre ceux-ci ?
- n'a pas plus de pertinence que l’obsession techniciste ; et de fait, la première n'est que la conséquence logique - ou si l'on préfère, le revers de la médaille - de la seconde.



La coquille vide de la « modernisation des enjeux » apparaît alors comme l'alibi d'une baisse de niveau qui dessert tout à la fois les professeurs et les élèves, que ces
derniers soient amateurs ou futurs professionnels concernés par un CEPI dont l'unique justification n'est que politique - l'harmonisation (quel terme impropre !) des formations
au niveau européen - quand elle n'est pas idéologique ou bassement comptable, puisqu'il s'agit d'une (mauvaise) réforme de droite soutenue par des politiques et gestionnaires « de
gauche » se prosternant devant la décentralisation. A quoi bon faire de l'écriture à tout prix sans se fixer d'objectifs qualitatifs, si l'on en vide dans le même temps le contenu et si
l'on persiste à considérer les « pratiques savantes des conservatoires » comme élitistes et discriminantes socialement ?



Par conséquent, qu’on ne s’y trompe pas : on ne favorise pas une « meilleure reconnaissance des métiers et des statuts » en transformant les conservatoires en centres de
loisirs et en dégradant tout à la fois le niveau et la qualification des professionnels et les conditions d'exercice du métier. C'est au contraire ce même processus qui explique - sinon justifie
- la persistance voire l'aggravation des abus administratifs et statutaires que pratiquent aujourd'hui de nombreuses collectivités locales.


 



Bastien Pastorius 31/01/2013 16:59


Bonjour à toutes et tous,


En réponse à Dania Tchalik, et à ses quatres points :


- RAS. J'attends la réponse à S. Pébrier.


- je cherche, je relis, je trifouille... je ne me vois nulle part affirmer que la loi Sauvadet est à mettre au crédit du "quinquennat Hollande". Sauf à en faire une conséquence de mon lapsus
calamae - lequel relève de la simple erreur, et point du tout d'une volonté de modifier le contexte politique de la loi. Je cherche,je relis, je trifouille... je ne vois pas en quoi je la
présente sous un jour particulièrement flatteur. Je dis juste qu'elle existe, qu'elle est un élément de réponse (avec ses lacunes et ses imperfections probables) à une question qui semble, donc,
bel et bien prise en compte.


- je vois bien que vous voudirez que les profs de Conservatoire soient des fonctionnaires d'Etat, selon un mode de recrutement identique à celui des profs du secondaire. Pourquoi pas, après tout
? Je m'interroge seulement sur la faisabilité de la chose, en termes concrets. Car cela suppose une foule de bouleversements en cascade, dont D. Tchalik ne semble pas prendre la mesure -
suppression des hiérarchies des établissements, donc suppression d'étblissements (on ne garde que les actuels CRR ? on garde aussi les CRD ? que fait-on du petit conservatoire communal non classé
? si on le garde, son professeur de piano est-il recruté au terme du même concours que le prof de piano de CRR ? comment s'effectue la répartition des enseignants sur le territoire ? que fait-on
des temps incomplets ? le concours a-t-il lieu tous les ans ? qui a le droit de s'y présenter ? est-il l'aboutissement d'une formation ? si oui, comment entre-t-on dans cette formation ?etc.) Ce
sont toutes ces questions que posent votre désir de voir les profs de Conservatoire intégrer la FPE ; ce sont à elles qu'il convient de répondre, afin d'en évaluer la faisabilité, et de mesurer
toutes les conséquences de cette réforme que vous appelez de vos voeux.


- je ne "divise" pas plus que je ne veux "régner". Je me contente de faire état d'opnions réelles, qui pullullent sur les forums Internet. Le ressentiement existe chez les fonctionnaires
territoriaux, je ne l'invente pas : la "division" n'est pas de mon fait, et je ne partage pas ce ressentiment. Je ne vois trop, en outre, sur quoi je pourrais "régner". Ni même si j'ai envie de
"régner" sur quoi que ce soit. J'ai donc besoin d'éclaircissement sur ce point.


Réponse à C. Kintzler :


Après que D. Tchalik m'eut taxé de "despotisme", vous voyez planer sur sur mon propos l'ombre terrifiante des "régimes autoritaires". Diantre. N'est-ce pas un peu excessif, et à tout le moins,
tout aussi regrettable que le "procédé" que vous dénoncez ? Levons un malentendu : loin de moi l'idée d'expliquer la thèse de D. Tchalik par des causes "psychologiques". Je ne connais pas D.
Tchalik, et quand bien même ce serait le cas que je ne me risquerais pas à un "procédé" de cet ordre. Reste que je distingue dans la thèse de D. Tchalik deux grands plaidoyers : 1° les profs de
Conservatoire sont exploités, mal payés, et souffrent de conditions d'emploi déplorables ; 2° on demande aux profs de Conservatoire de mettre en oeuvre une pédagogie trop indifférente au beau
musical, à l'enchantement des oeuvres du grand répertoire savant, à l'exiegnce de l'effort, à la sélection des talents - position qui décline elle-même une position esthétique, qui rend D.
Tchalik sensible aux thèses de B. Duteurtre et hostile à des pratique musicales comme l'improvisation générative. Ma (petite) contribution aspirait simplement à rappeler qu'il s'agissait là de
positions, et qi'il y en avait d'autres. Et que l'adoption de ces deux positions pouvaient s'expliquer par la nature particulière du profil professionnel (pas psychologique !!!!) de D. Tchalik
(cette sensibilité au répertoire s'éclaire à l'évidence par le fait que D Tchalik soit professeur d'écriture). Mais s'il sagissait de tenter de comprendre(réflexe de l'historien que je suis face
à un discours), il ne s'agissait pas pour moi, ce faisant, de disréditer. Si j'ai pu blesser qui que ce soit, je veux m'en excuser, car tel n'était pas (du tout) l'objet. Je vous laisse
simplement évaluer lequel, de celui qui se demande pourquoi un auteur adopte telle ou telle position (notez mes points d'interrogation), ou de celui qui prête à l'autre des tendances
totalitaires, est le plus violent.

Dania Tchalik / Mezetulle 06/02/2013 10:52



Mezetulle a reçu la réponse de Dania Tchalik :


*********


Un texte de loi destiné à donner le change et traitant aussi légèrement les causes du problème considérable (la précarité massive) qu'il prétend résorber ne mérite pas d'être qualifié d'élément
de réponse. De même, une opinion calomnieuse basée sur un sentiment aussi peu recommandable que l'envie ne saurait être sérieusement employée comme argument lors d'un débat public.

Concernant la supposée « pluralité » des parcours professionnels des professeurs de conservatoires, faut-il en conclure qu'il n'existe pas de critère objectif  pour établir les qualités
professionnelles propres à un professeur de musique ? Il arrive qu'en prenant une posture prétendument historienne on tombe dans un relativisme grossier.



J'avoue que la supposée différence de vues entre Éric Sprogis et Olivier Poivre d'Arvor (ou si vous préférez, Christophe Girard) ne me saute pas aux yeux. Serait-elle aussi consistante que le
gouffre séparant une certaine culture branchée de la gauche caviar ou bien des soixante-huitards attardés reconvertis dans la démocratie participative ?




Enfin, sur la faisabilité (selon vous improbable) de l'intégration des Conservatoires à la FPE, il est fort à parier que cette mesure, si elle était prise au sérieux, soit finalement bien plus
économique pour les finances publiques que la dispersion et la gabegie observables actuellement. On pourrait très bien garder la hiérarchie des établissements sans pour autant perdre de vue que
l'inscription d'un élève dans l'établissement situé au bas de l'échelle (en clair, le petit conservatoire communal) ne devrait en aucun cas compromettre ses progrès futurs, pas plus que la
possibilité d'accéder au plus haut niveau. Par conséquent, la suppression d'établissements n'est pas une fatalité - à condition toutefois que les moyens et la volonté politique suivent. De même,
rien ne justifie l'éventualité d'un recrutement au rabais pour les professeurs des petits conservatoires : il en va du respect de l'égalité républicaine. Le concours (CA et DE) se tiendrait tous
les ans et son obtention garantirait l'accès à un poste, à l'opposé de l'absurde dissociation entre les concours du Ministère de la Culture et celui des collectivités territoriales en vigueur
actuellement. Il serait suivi d'une formation pédagogique qui ne saurait être que pratique, adossée à la discipline enseignée et effectuée par des professeurs expérimentés. Enfin, la répartition
des lauréats se ferait par rang de classement au concours.




*************


Et une brève précision de Mezetulle sur le dernier point.



Je souhaite dissiper ce que je considère comme un malentendu ; je ne vous accuse pas de totalitarisme. J'ai analysé un procédé assez répandu et fourni, à titre d'exemple, une occurrence
bien connue de son usage. Entre l'exemple que j'ai donné et votre propre usage du même procédé (au sujet des motifs supposés de D. Tchalik) dans votre précédent commentaire (com n°3), il y a bien
évidemment une très grande différence de situation, de degré et d'effet (ce que je dis aussi dans ma réponse à ce com n°3) !


Je ne conclus pas de l'usage d'un procédé aux habitudes et à la nature d'une personne, et cela d'autant moins pour la juger en tant que personne (j'ai du reste élargi ma remarque à
l'ensemble des éventuels commentateurs dans lesquels je suis éventuellement incluse !) : je ne suis pas substantialiste, je m'en prends uniquement au procédé.



Doussard Joël 30/01/2013 20:57


Il est difficile d’ajouter un commentaire au texte de Dania Chalik ainsi qu’à la réponse de Sylvie Pébrier. Mon but n’est pas de polémiquer et d’opposer aux
accusations portées par Dania Tchalik envers les conservatoires des dénégations qui ne trouveraient une validation possible que par une observation impartiale in situ et une appréciation
rigoureuse de ce qui s’y fait réellement.


Je souhaite cependant faire état du malaise que j’ai ressenti à la lecture de ce texte, malaise accru par l’introduction qui en est faîte par Catherine Kintzler selon qui Dania Chalik fait preuve
dans son article d’une « exceptionnelle hauteur de vues et d’une implacable lucidité ».


Nonobstant le ton, mon malaise provient de quelques affirmations et préconisations dont celles-ci que je reformule en espérant ne pas en trahir le sens :


-Les conservatoires n’auraient de cesse depuis un certain temps de multiplier les inscriptions d’élèves dans un but de rentabilité et de démocratisation niveleuse ;


-Les élus qui en assument la gestion et les directeurs serviles n’auraient d’autres intentions que de rendre toujours plus accessibles leurs conservatoires au mépris de toute notion d’excellence,
en renonçant à la moindre exigence ainsi qu'à toute échelle de valeurs.


Après avoir ironisé sur l’accueil de sourds et de manchots, il est semble-t-il préconisé « de sélectionner les élèves sur leurs aptitudes musicales » (Ce qui laisse entendre qu’il faudrait
décourager ceux dont les aptitudes ne sont pas immédiatement repérables ?)


Je ne peux m’empêcher de voir dans cette préconisation une des raisons principales des dénonciations précédentes et l’un des enjeux majeurs.


Par ailleurs, le regret exprimé par Dania Tchalik de voir assimilé à un employé municipal l’artiste enseignant m’incite à partir d’une remarque et à exposer quelques principes que l’on peut bien
entendu ne pas partager.


L’employé municipal est aujourd’hui un fonctionnaire territorial. C’est-à-dire qu’il exerce une fonction dans le cadre d’un service public. Je ne vois pas ce qu’il y aurait là de dévalorisant ou
de regrettable.


En effet le conservatoire fait partie de la société. En tant qu’organisation il est discutable et ne vit qu’en justifiant sa légitimité comme toute organisation. Cette légitimité repose selon moi
sur quelques idées qui orientent son action, dont certaines, essentielles, débordent le cadre de la société telle qu’elle est et « légifèrent » sur des valeurs.


Celles-ci peuvent s’exprimer en maximes dont je crois trouver quelques- unes, étant lecteur d’Alain, dans les nombreux propos du philosophe sur l’éducation et la culture.


Je cite de mémoire sans être à même de préciser de quel propos ces idées sont extraites, n’ayant pas l’ouvrage sous les yeux :


-« Les avantages de la culture, c’est le pouvoir qu’acquiert le citoyen de comprendre, de dominer ses passions, d’exercer son jugement ».


-« L’inégalité la plus injuste n’est pas celle de l’argent, du pouvoir, mais celle de la culture ».


-« La pédagogie, qui repose d’abord sur des contenus, des savoirs enseignés, n’est pas d’ordre psychologique mais moral : il faut se soucier de ses semblables quelques soient les difficultés
qu’ils éprouvent à apprendre et le désintérêt qu’ils peuvent d’abord ressentir devant ce qu’on leur propose, et il faut au professeur de la persévérance, car certains éveils sont tardifs ».


Alain, sans doute, ne pensait pas précisément à l’enseignement de la musique, de la danse ou du théâtre. Cependant ne peut-on postuler la validité de ces idées si l’on considère que la musique,
la danse, le théâtre font partie de la culture ?


Dans cette optique, je cite toujours Alain, « un enseignement réservé aux enfants doués et qui se désintéresse des autres est un scandale »


Reconnaissons d’abord que Dania Tchalik ne parle pas de sélectionner les enfants doués mais de sélectionner les enfants sur leurs aptitudes musicales. On pourrait m’objecter à juste titre que les
propositions ne sont pas équivalentes. Je me borne à constater que dans les faits la distinction n’est pas toujours assurée.


S’agissant des enfants qui montrent de la facilité et de la rapidité à apprendre, ainsi qu’une capacité à découvrir plus de choses qu’ on ne leur a appris, de ceux dont l’aptitude du corps à se
mettre au service de l’idée et dont le talent sont manifestes, nul doute que le conservatoire doit tout faire pour que leurs riches potentialités puissent se développer.


Mais que faire vis-à-vis de ceux qui éprouvent de la difficulté à apprendre, ceux qui ne sont pas spontanément portés à l’effort, ceux qui requièrent de la part du professeur patience et
persévérance? S’il ne s’agit d’aucune différence de nature mais seulement de degré, le conservatoire - par respect pour leur droit d’accès à la culture considérée comme besoin fondamental de
l’homme- n’a- t-il pas l’obligation de les aider à développer leurs facultés au plus haut niveau de réalisation qu’ils puissent atteindre ?


Je sais bien que certains estiment que telle n’est pas la mission des conservatoires et qu’ils préfèreraient peut-être réserver celle-ci, sous forme d’une pratique moins spécialisée, à
l’Education Nationale. Le chant choral, discipline collective s’il en est – souvenons-nous que les conservatoires sont soupçonnés par Dania Tchalik d’avoir une fâcheuse tendance à proposer trop
tôt des pratiques collectives dont la réalité s’apparenterait à un « Kolkhose managérial »- serait alors fortement conseillé.


Loin de moi cependant l’idée que Dania Tchalik préconise l’éviction des conservatoires de tous ceux qui ne présenteraient pas le profil du « bon élève ».


Néanmoins durant les quarante dernières années, peut-on affirmer qu'aucun conservatoire, et en leur sein aucun directeur ni enseignant, n’ont une quelconque responsabilité dans un rejet de la
culture par certains ayant fait l’expérience d’un refus d’enseigner et d’une forme de mépris ? Et si oui, ce rejet n’est-il pas une des causes de mesures parfois exagérément correctives sinon
regrettables que dénonce Dania Tchalik ?


Je termine ce commentaire par l’exposé d’une même affirmation mais proposée différemment, en laissant le lecteur éventuel développer les nuances qu’elles contiennent :


« Il faut faire du solfège pour faire de la musique »


« Parce qu’on fait de la musique, il faut faire du solfège »


Un directeur de conservatoire

Dania Tchalik 05/02/2013 22:20



Mezetulle a reçu la réponse de Dania Tchalik :


****************
Monsieur Doussard,



Je tiens à vous rassurer : ma critique des directeurs ne vise pas les hommes qui, le plus souvent, s'efforcent de faire leur métier de leur mieux et (vous le savez) dans des conditions de plus en
plus incertaines - la montée de la pression hiérarchique et politique, du projet, de la contractualisation et des contraintes administratives afférentes -, mais bien une
politique, et donc les décideurs de cette politique.




De même, je souscris pleinement aux propos d'Alain que vous citez à juste titre dans votre intervention. Et je ne suis pas un partisan de l'élitisme, puisque mon mot d'ordre est de pousser chacun
de mes élèves, quel que soit son niveau de départ, au plus haut de ses capacités. Loin de moi l'idée d'évincer les moins doués - reste à savoir si les moyens des collectivités prises isolément
sont à la mesure d'une démocratisation digne de ce nom. Par ailleurs, je ne conteste pas l'intérêt des pratiques collectives, mais bien leur très idéologique mise au centre (traduisant
la primauté nouvelle de la socialisation sur l'instruction), l'intérêt pédagogique discutable de certaines d'entre elles, ou bien leur situation souvent trop précoce dans les cursus - je vous
renvoie ici aux perles du Schéma d'Orientation de 2008 où il est conseillé d'élargir les pratiques (sic !) de la direction d'ensembles vocaux et instrumentaux ou de la
création musicale (re-sic) vers le 1er cycle !




Cependant, ce n'est pas être élitiste que d'appeler de ses vœux une sélection bien pensée et des horaires d'enseignement correctement aménagés (attention, je n'ai pas dit une différenciation de
l'enseignement !!!) pour les plus doués - que ces dons se révèlent du reste de manière précoce ou pas. En revanche, il est un élitisme sournois consistant à confondre sciemment démocratisation et
massification (1) et à organiser une sélection par le bas ne disant pas son nom à travers la mise en place d'un enseignement au rabais prétendument pensé « pour les amateurs ». Les
filières à destination pré-professionnelle et professionnelle sont d'ailleurs les premières à pâtir de cette situation : je pense notamment aux Pôles Supérieurs ou aux anciens DEM dévalués en
CEPI/DNOP. Il est vrai qu'entre-temps, le processus de Bologne est passé par là...




Plus généralement, l'instruction publique (j'y inclus à dessein l'enseignement artistique spécialisé) constituant le ciment d'un état républicain, il me paraît pour le moins contestable de la
supprimer ou de l'affaiblir en sous-main sous prétexte que quelques individus n'aient pas été en mesure de la recevoir dans de bonnes conditions, que ce soit par leur propre fait, par le biais de
contraintes extérieures, ou suite à des dysfonctionnements du système - statistiquement, il y a toujours eu et il y aura toujours une proportion irréductible des professeurs inaptes à transmettre
ou psychologiquement perturbés... Par contre, je persiste à voir dans ce que vous identifiez comme des « demandes » (du public ? des publics ? ) un symptôme avéré de la montée
de l'individualisme caractéristique de la société de consommation ; y répondre par la démagogie - et donc par la férocité des bons sentiments... - serait assurément la pire des solutions.


 


1 - Voir par exemple www.slecc.fr/GRIP_buisson/01buisson-intro.pdf et www.nathalie-bulle.com/Files/les_changements_de_l_ecole.pdf


 



Bastien Pastorius 21/01/2013 20:52


Bonjour,


Ce texte, dans sa version réduite comme dans sa formulation développée, pêche malheureusement à de nombreux égards - notamment en mettant en série des citations d'auteurs qui n'ont rien à voir
entre eux (Olivier Poivre d'Arvor et Eric Sprogis, par exemple). Je ne m'attacherai qu'à relever son gigantesque point aveugle : si les professeurs de Conservatoire sont appelés à passer les
concours de la FPT, c'est qu'ils sont des agents publics territoriaux. Ils ne sont pas, et n'ont jamais été, des fonctionnaires d'Etat. L'auteur maîtrise-t-il les différences entre les trois
fonctions publiques françaises ?  


Le parallèle ici conduit entre EN et enseignement artistique spécialisé n'a, à ce titre notamment, aucun lieu d'être. Tout ce que l'aureur déplore en conclusion de son article court tient à cet
état de fait : les grilles de salaire d'un professeurs de conservatoire sont ni plus ni moins celles de la fonction publique territoriale, la dissociation concours / emploi (le lauréat du
concours est inscrit sur une liste d'aptitude) est propre au fonctionnement de la FPT, cependant que l'assistant d'enseignement artistique ou le professeurs d'enseignement artistique (qui
constituent les deux cadres d'emploi des profs de Conservatoire) travaillent respectivement 20h et 16h par semaine, et bénéficient des vacances scolaires - ce que beaucoup de leurs collègues de
la FPT considèrent comme des privilèges indus. Ajoutons que la raréfaction des titularisations : 1° est une affirmation qu'il faudrait étayer par des statistiques rigoureuses, et que la loi du 12
mai 2012 est appelée à contredire (en permettant la CDIsation ou la titularisation sans concours des agents contractuels) ; 2° doit d'abord et avant tout, quand elle se vérifie, à la crise des
finances publiques. Rappelons qu'un Conservatoire coûte (très) cher : un CRD ou un CRR coûte environ 6 millions d'euros par an à la collectivité. Un Conservatoire représente ainsi près de la
moitié du budget Culture d'une collectivité - soit entre 6 et 12% de son budhet global. Car si l'auteur veut des partout des profs titulaires et mieux payés, il n'indique pas comment les
financer... 


Je m'arrête là. Il y aurait pourtant bien d'autres approximations et contre-vérités à relever. Je lis dans ce texte beaucoup d'aigreur et de colère, que le parcours personnel de l'auteur explique
peut-être - et que l'on peut comprendre, s'il n'a pas été en capacité de passer le CA d'écriture ou s'il y a échoué, s'il a échoué aux concours de la FPT et si un membre du jury lui a posé une
question qui lui a semblé déplacée (l'élu présent dans le jury pose souvent des questions qui paraissent incongrus au professeur de musique, du type : "Qu'est-ce qu'un citoyen ?" ou "Qu'est-ce
qu'une intercommunalité ?", mais qui ne sont finalement pas illégitimes quand on se souvient que l'on recrute des fonctionnaires territoriaux). Mais laisser sa seule expérience structurer sa
vision du monde, procède du même défaut qu'une manipulation des citations : un manque de rigueur et d'exigence intellectuelle. J'espère que l'auteur ne me reprochera pas mon élitisme. 

Dania Tchalik / Mezetulle (CK) 27/01/2013 21:59



Mezetulle a reçu la réponse de Dania Tchalik :


*****************


On mesurera la précision, l'objectivité et la rigueur intellectuelle qui ont amené en quelques lignes seulement le commentateur :



- à noyer l'objet du débat sous un flot de considérations techniques qui, bien qu'importantes - et je ne manquerai pas d'y revenir ultérieurement à l'occasion d'une réponse à Sylvie Pébrier -
n'ont de sens qu'au sein d'un contexte global,



- à réaliser l'exploit de placer la loi Sauvadet (du 12 mars, et non pas de mai 2012 !) sous le quinquennat Hollande - encore qu'à bien y réfléchir, le tournant social-démocrate ouvre des
perspectives insoupçonnées en matière d'ouverture... - , à préjuger des effets de ladite loi avant même le début de sa mise en œuvre (au passage, le décret d'application a attendu huit longs mois
avant de paraître !) et à la présenter sous un jour flatteur bien suspect. En effet, ce texte n'a pas de valeur contraignante (!!!) et mentionne bien le recours à des  "sélections
professionnelles", loin de toute titularisation automatique,



- à fonder un (ersatz de) raisonnement sur une démonstration par l'absurde. Oserait-on discuter la pertinence (juridique, philosophique, pédagogique...) de l'appartenance d'une catégorie de
professeurs à la Fonction publique territoriale ? Inutile, nous dit-on, puisqu'ils en relèvent déjà ! Ou comment le fait produit sa propre légitimation : ce procédé usé jusqu'à la corde est un
lieu commun de tous les despotismes,



- à tenter de "diviser pour mieux régner" : les professeurs des conservatoires seraient-ils réellement ces nantis abusant de congés indus et se vautrant dans le corporatisme le plus abject ? Oser
réclamer des statuts et une rémunération décente, faire correspondre le contenu des missions avec le niveau de formation, faire respecter le verdict de concours républicains par ailleurs bien
dévoyés ? - quel toupet ! Il est vrai qu'entre l'éditorial anonyme du Monde en date du 22 janvier dernier  - le journal de déférence ! - ou les récentes velléités de "petit chef" de Bruno
Julliard (comme il en faut pour tous les goûts, Camille Bedin ferait tout autant l'affaire), l'actualité récente ne manque pas de sources d'inspiration...


 


Dania Tchalik


***********************************


Note de l'éditeur.


 


A la réponse de Dania Tchalik je me permets, en tant qu'éditrice, d'ajouter une remarque sur un procédé fréquent et extrêmement déplaisant de disqualification employé par le commentateur à la fin
de son post.

Ce procédé consiste à réduire les propos qu'on souhaite discréditer à une particularité psychologique ou d'humeur - ici l'aigreur qui serait due à la déception face à un «parcours» qu'on
regretterait de ne pas avoir accompli ou (pire, et c'est ce que le commentateur n'hésite pas à suggérer) qu'on aurait été incapable d'effectuer. Autrement dit : si l'auteur dit ce qu'il dit, ce
n'est pas en vertu d'une position réfléchie, c'est en vertu d'un ressentiment qu'il assouvit, il n'y a là ni thèses ni arguments mais uniquement des émotions particulières, une disposition
psycho-morale. Donc son propos est disqualifié et on lui ferme la bouche. Procédé très connu et employé ailleurs parfois de manière plus ample avec des conséquences importantes - qu'on songe par
exemple à la psychiatrisation des opposants dans nombre de régimes politiques autoritaires.

Ce procédé de réduction au ressentiment n'est pas une insulte à proprement parler, mais il emprunte un trait caractéristique à la technique de l'insulte. Cela consiste, pour désigner l'auteur des
propos que l'on entend réfuter ou critiquer, à passer du régime de troisième personne  (celui de l'argumentation, de l'objection :  « Untel dit que, il affirme que, et voici pourquoi
nous sommes en désaccord ») au régime accusatoire de deuxième personne qui se veut un discrédit sans réplique (« Tu es un aigri et tes propos se réduisent à cette aigreur »). On quitte alors le
régime critique, argumentatif et informatif (le seul qui devrait être admis ici pour des commentaires) pour un régime duel étranger à tout échange intellectuel.

De plus, s'agissant d'un tel procédé réductionniste, même si l'on suppose que les motifs avancés pour l'alimenter sont vrais et qu'ils ne sont pas inventés afin de créer un écran de fumée, cela
ne discrédite en rien les arguments avancés en tant qu'ils sont des arguments, ce qui seul importe. On ne répond pas à des arguments par un diagnostic psychologique et moral sur la personne qui
les avance.


 Mezetulle (Catherine Kintzler)



BUSSIERE-MEYER 24/10/2012 23:58


Lumineuse démonstration d'un état de fait et de ce que fait l'Etat (et les autres). Merci pour cette somme impressionante. Il est très utile de mettre en mots un ressenti, des analyses et des
réflexions plus partagées qu'on ne le croit, y compris par les élèves et leurs familles. Le plus difficile est sûrement d'apporter des solutions réalisables, parce que le ver est dans le fruit.
Trop d'enseignants sont contaminés. En me demandant ce que je peux faire (je suis professeur de violoncelle dans un conservatoire très atteint), je souscris toutefois aux conclusions de Dania
Tchalik...

Dania Tchalik 27/10/2012 09:35



Mezetulle a reçu la réponse de Dania Tchalik :


**************


Les solutions que j'avance en conclusion de mon texte sont parfaitement réalisables dans un délai raisonnable et avec des moyens financiers limités. Elles requièrent cependant de la volonté
politique, motivée par une vision éclairée du phénomène artistique et de ses finalités, tout à l'opposé d'un utilitarisme tant économique que sociétal dont le mépris pour l'humain devient chaque
jour plus décomplexé. Mais il est vrai qu'on ne changera pas en un tour de main la formation et le profil des décideurs, pas plus que la mentalité désormais bien ancrée de nos chers collègues
"contaminés".


Vous vous demandez ce que vous pouvez faire. Outre le fait de poursuivre la résistance à l'intérieur de votre salle de classe ou de votre établissement - ce qui n'est pas toujours chose aisée,
j'en conviens volontiers -, commencez par formuler vos idées et prendre la parole et/ou la plume. Opposons notre témoignage au factice et douceâtre "consensus" que s'emploient à nous vendre nos
décideurs. Dénonçons la tromperie consistant à travestir la subversion de l'art et du savoir sous les oripeaux d'une "adaptation nécessaire et inéluctable". En vérité, nos décideurs eux-mêmes n'y
croient pas un mot et savent pertinemment que le roi est nu, puisqu'ils se gardent le plus souvent de faire appliquer leurs mirifiques "innovations" à leur propre progéniture.


Quant au reste, il suivra tout naturellement...



Robert 04/10/2012 22:52


Puisqu'il s'agit de précision, précisons... que CA et DE ne sont pas des concours mais des diplômes du Ministère de la Culture accessibles par examen ou formation diplômante. Arrêté du
17 avril 2001.

Dania Tchalik 05/10/2012 22:50



Mezetulle a reçu la réponse de Dania Tchalik :


****************


Merci pour cette précision. Néanmoins, ces diplômes perdent l'essentiel de leur
raison d'être en étant dissociés de l'accès à l'emploi, et les recruteurs, si friands d'employés précaires exploitables à merci, ne s'y
trompent guère.



De plus, on devrait plutôt dire que les CA et DE n'étaient pas des diplômes, puisqu'en réalité, cela fait un moment que ces examens ne sont plus organisés hors formation diplômante
!



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