5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 09:55

Bloc-notes actualité
Jean Robelin « La gauche et l'éducation » : à lire !

En ligne le 5 avril 2013


Jean Robelin, professeur émérite à l'université de Nice, explose dans une sainte et roborative indignation au sujet de la politique scolaire qui déferle depuis plus de trente ans et à laquelle la gauche a mis plus que la main. Tous ceux qui, comme Mezetulle, dénoncent inlassablement cette politique depuis très longtemps, ont le sentiment de parler dans le désert (1). Et ça continue...

Dans un style simple, concret, animé d'un souffle puissant, l'auteur ne se contente pas de dresser un constat sévère, où droite et gauche en prennent pour leur grade, il propose aussi des mesures de bon sens qui ne coûteraient rien, le tout appuyé sur une réflexion politique de fond où l'école républicaine est rudement et heureusement rappelée à sa fonction.

Je me délecte à la lecture de cette prose roborative d'un collègue que j'ai parfois rencontré dans des réunions professionnelles, et avec lequel je partage bien des vues. Et dire que je découvre cette tribune, réquisitoire implacable contre un pédagogisme calamiteux et magnifique plaidoirie pour l'école républicaine, trois semaines après sa publication sur le site L'Humanité.fr !

Quelques extraits :


Comment a-t-on pu en arriver à former des enseignants fiers d'ignorer ? Ce n'est pas à eux que j'en veux : comment savoir l'importance de ce qu'on ne connaît pas ? C'est à une gauche qui a livré l'école à des gens mus par la haine du savoir, incarnée par les IUFM. [...]J'entends encore les imprécations des pédagogues officiels. Ramenons la question à des faits. A quoi servent les expériences pédagogiques officielles ? A justifier les assertions du ministre qui les a ordonnées. Autrement dit, le propre des prétendues sciences de l'éducation, c'est de ne pas être falsifiables. Une théorie qui ne sert qu'à justifier les demandes du pouvoir n'est qu'un conformisme intellectuel[...]Se mettre à la remorque des élèves, c'est les priver de tout accès à un savoir auquel ils ne viendront pas tout seuls, sauf si bien sûr, leur milieu social d'origine les y insère. C'est donc renforcer les inégalités, c'est priver les élèves des milieux défavorisés de ce à quoi ils ont droit. Les bonnes intentions démocratiques pavent le chemin de l'enfer inégalitaire.[...]Voulez-vous améliorer le fonctionnement de l'école, de la maternelle à l'université ? Commencez par « foutre la paix » aux enseignants. C'est à cette condition que vous pourrez en exiger beaucoup. Redonnez leur l'initiative et la responsabilité de leur métier. C'est à cette condition que vous pourrez aussi sanctionner utilement les carences et les manquements. Redéfinissons simplement les missions des enseignants : connaître pour éduquer, vous redonnerez légitimité et respectabilité à l'école. Bien sûr, c'est là un long chemin, car on ne forme pas des hommes en deux ou trois ans. C'est plus difficile que de prendre quelques mesures spectaculaires et électoralistes. Mais la France a désormais le dos au mur : perdre son seul atout économique véritable, c'est-à-dire la qualification et la compétence de ses travailleurs, ou bien en revenir au sérieux d'un vieux mot aujourd'hui lui aussi si décrié : l'instruction.
Lire la tribune de Jean Robelin La gauche et l'éducation sur L'Humanité.fr .

1 - Voir sur Mezetulle les très nombreux articles consacrés à l'école . On trouvera quelques repères bibliographiques (très incomplets)  à la fin du texte L'école de la République : refondation ou réforme ?

 

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commentaires

lek 19/04/2013 14:12


Pour le calcul, ca n'a pas l'air d'être plus fameux :


Dans le monde économique, l’illettrisme reste une priorité, pas l’innumérisme. Un responsable d’une formation politique nationale se vante même de ne pas connaître ses tables de
multiplication. Les deux précédents ministres de l’Éducation nationale ont été mis en échec devant des exercices de proportionnalité de CM2 et ont très bien vécu la situation : on a le droit de
ne pas être bon en maths.


http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-francais-ne-savent-plus-compter-et-pourquoi-c-est-grave-michel-vigier-685828.html#jxcZLVSoGVPkdjoD.99

Vincent R 06/04/2013 11:24


Un grand régal... Très grand régal. Et surtout merci à Monsieur Robelin de nous prêter sa voie.


Merci.


 


 

Caspard Annette 05/04/2013 18:46


J'espère que ce post ne va pas s'évanouir dans la nature juste alors que je termine (j'ai essayé deux fois de commenter tout ce qui s'est dit et écrit sur l'"affaire" Baby-Loup, et...le texte a
disparu brusquement ... J'ai renoncé, mais signé illico la pétition. Elle en arrive péniblement à presque 20 000 signatures, c'est grave ... Je précise simplement que j'adhère totalement à
Marianne, à vous Catherine, à H. Peña-Ruiz et bien d'autres ..).


Concernant ce plaidoyer sur l'échec de l'enseignement en France, j'avoue que pendant plusieurs paragraphes je me suis dit "Oui, oui, tout cela est bel et bon, mais ... que faut-il faire pour
remédier à ce désastre?", j'avais l'impression de ne lire -pardonnez-moi- que ce que j'ai pris l'habitude d'appeler "de grandes belles phrases pleines de vide" ...


 


Bon, sont arrivées tout de même les réflexions concernant les quartiers de relégation, le collège unique, qui est unique par l'énorme gâchis de ses résultats, etc ...


 


J'ai été enseignante moi-même, et je reconnais que dans l'état actuel, je ne vois pas comment changer les choses ... La lecture? le langage? Priorités absolues, je suis bien d'accord à 1000%.


 


Foutre la paix aux enseignants? Bravo encore.


 


J'aimerais des solutions concrètes et précises pour obtenir :


   -la fin du collège unique, la mise en place d'un enseignement qui valorise les plus forts et essaie au maximum de sortir les plus faibles du fond de leurs lacunes (provenant, très
souvent, de leur origine socio-économique). Car il y a les enfants qui, à 4 ans 2 mois, disent, en ouvrant leur cadeau à Noël : "Super! c'est exactement CE DONT j'avais toujours rêvé!", ou qui, à
pas encore 4 ans, s'exclame, passant dans la rue devant une voiture "Oh! regardez, papy, mamie, c'est la voiture DONT je vous ai parlé, quand on l'a vue passer, depuis la fenêtre tout à
l'heure!".


Ceux-là, je ne me fais aucun souci concenant leurs études!


Et je voudrais faire remarquer combien je suis admirative lorsque, aux infos (celles d'ARTE, les autres, cela fait belle lurette qu'elles sont aux oubliettes), j'entends souvent une personnalité
NOIRE (homme politique, soldat, dirigeant de quelque association, quidam sans doute bien choisi) qui s'exprime en un langage châtié avec des termes inattendus (car inusités dans ma vie
quotidienne ...) ...


Pas de commentaire, sauf que ce sont des enfants de l'ex-colonisation, des francophones, à qui l'on a vraiment appris quelque chose (loin de moi l'idée de prendre la défense de la colonisation!
il en reste au moins cela : parler correctement, pour certains).


 


Par comparaison, à l'heure actuelle, sans même citer CERTAINS jeunes dont la langue est le sabir, combien d'ADULTES sont loin d'être à la hauteur de ces Congolais, Maliens, Marocains, Rwandais,
etc ...


Non seulement du point de vue de la syntaxe, mais ... de l'ORTHOGRAPHE, oui hélas, l'orthographe! ... Et dans des textes de philosophes, historiens, professeurs, journalistes, bloggeurs, ... !
(Non, Catherine, je n'en ai jamais décelé dans vos articles - si peut-être, UNE fois, mais il y a longtemps! Relecture trop rapide, sûrement).


Tenez, ces jours-ci, j'ai lu je ne sais combien de fois (journaux, papier ou en ligne, textes ici-même sur la toile) l'expression : Eh! bien, (...).


Et alors, dites-vous? Où est l'erreur? C'est que je ne lisais pas "EH", mais ... "ET bien, ..."


 


En fait, j'ai réagi non pas par des idées théoriques, mais par des exemples. Ce qui ne nous fait pas avancer d'un pouce, je vous l'accorde! Donc, ça va mal, très mal, où est le GENIE qui va nous
sortir de là ???


Si l'on songe qu'il n'existe qu'un Mozart par siècle, armons-nous de patience ... Pour ma part, qu'il s'agisse d'enseignement ou de tout autre domaine, il me semble que l'on se dirige, lentement
mais sûrement, vers la planète telle que nous l'avons vue récemment dans "La planète des singes". Ce film date un peu, c'est certain, mais ne retenons que le fond et non la forme ...


 


 

Mezetulle 07/04/2013 22:51



Chère Annette, je ne pense pas qu'un génie soit nécessaire, juste une bonne dose de volonté politique... !



Albarèdes 05/04/2013 11:49


là, je m'esclaffe avec force tapes sur les cuisses...car je crois savoir que tous ceux qui vilipendent ainsi le sirt fait à l'Education et à l'Enseignement depuis 40 ans (je leur recommande
le protocole européen de Lisbonne signé en mars 2002 par Chirac et Jospin, en particulier) sont aussi ceux qui ont porté et le Jospin et le Hollande (pour nous en tenir au récent) au
pouvoir... Je n'aurais pas la cruauté de leur demander de faire "leur autocritique" (ça ne se fait plus...) ni d'expliquer ce qu'ils comptent faire en 2014 puis en 2017...

Mezetulle 07/04/2013 23:16



"je crois savoir que tous ceux qui...".


Croire savoir et savoir ce n'est pas tout à fait la même chose. Et personne n'est dans l'isoloir  derrière tous ceux dont vous parlez pour savoir ce qu'ils ont mis dans les urnes depuis 40
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