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Notochorde, pièce en trois tableaux inspirés des Métamorphoses d'Ovide. Chorégraphie Juliette Vitte

En ligne le 13 mai 2009

S'il est un texte poétique naturellement consubstantiel à la danse contemporaine, c'est bien celui des Métamorphoses d'Ovide. Traversés par les désirs et les destins qui les exaltent ou les torturent, qui les mettent hors d'eux, les corps s'y perdent et s'y retrouvent dans tous leurs états et leurs dérangements. C'est ce charme étrangement inquiétant que la chorégraphe et interprète Juliette Vitte propose dans les trois tableaux de Notochorde (1)
Les 12 et 15 mai à Paris, Centre d'animation des Halles, place Carrée, 20h.

1 – Daphné Underground (une fille à papa sauvage)
Sur fond de clapotis et de gazouillis sylvestres, fagotée dans un sac de grosse toile archaïque au possible, la célèbre fille à papa montre d'abord l'assurance niaise de la marche et d'une danse au vocabulaire classique : ça fait presque trop « danse » ! La suite de l'histoire de Daphné, on la connaît assez pour la projeter confortablement sur une chorégraphie qui s'anime et s'inquiète alors sans surprise, s'ébouriffant et s'essoufflant dans des torsions, reptations, éructations et maladresses, pour se conclure sur deux mots prononcés dans des souffles  - « libre, sauvage » - alors qu'elle se végétalise dans la métamorphose où Daphné trouve refuge. Mais qu'a-t-elle préservé au juste ? Sauvage certes, mais certainement pas libre, on la voit se figer dans la stupide immobilité d'un déniaisement évité, passant à côté de son inconfortable humanité.

2 – Les filles de Minyas (avoir de la tenue ?)
Elles sont six, enchaînées à des fardeaux textiles informes qui les retiennent par des liens extensibles et tenaces.  Mais ces liens, on s'en rend compte dès qu'ils sont dénoués, leur donnaient la gravité et les appuis sans lesquels un corps devient flottant et s'échappe à lui-même, par défaut de tenue. Sauf que cette tenue dont elles se défont leur était extérieure. Il leur faudra alors apprendre le poids de la liberté sans recevoir une colonne vertébrale d'un corps autre, il leur faudra apprivoiser leur corps propre, le construire par figures et mouvements. Il faudra aussi l'accorder et l'opposer aux autres corps. Mais y parviendront-elles toutes ?

3 – Lycaon (le corps humain, sublime étranger à lui-même)
Doté (mais ce n'est vraiment pas un cadeau) d'un corps de loup, le jeune homme ne s'en remet pas, n'en revient pas, ne s'y fait pas. Flexible, horizontal, adroit, rapide, agile, fuyant, puissant, élastique comme un animal à l'échine souple et aux gestes innocemment – bêtement – beaux et infaillibles, il est tout aussi rigide, buté, vertical, maladroit, résistant, saccadé, tourmenté, superbement inadéquat à lui-même : son humanité hurle son étrangeté, elle fait de son corps un corps perpétuellement étranger.
Quelle bonne idée d'avoir confié cet oxymore pathétique, ce rôle en principe « viril » et poilu à une danseuse qui l'incarne et s'en détache avec ce décalage, cet inconfort, cet étonnement et ce mécontentement de soi-même, avec ce désamour finalement accepté et apaisé, qui doivent, pour lui aller si bien, lui aller mal !

© Catherine Kintzler, 2009.

1.   Notochorde est le nom du cartilage qui, dans l’embryon, va fixer la future colonne vertébrale. C’est en quelque sorte l’esquisse de la tenue…
****
Notochorde, création 2008, co-production Compagnie L’Imprévue / Centre chorégraphie national de Créteil / Compagnie Montalvo-Hervieu.
Chorégraphie : Juliette Vitte,
Lumière et vidéo : Laurent Vérité
Musiciens : Laurent Bernard et Georges Agniel
Costumes : Camille Gore, Estelle Barucq
Interprètes 
Daphné Underground : Juliette Vitte
Les Filles de Minyas : Fanny Du Bled, Elise Couteau, Géraldine Paqueron,
Sophie Gourjon, Coline Hubert, Sabine Jalabert
Lycaon : Selin Dündar.
Paris,  Centre d’animation des Halles (Place Carrée) les 12 et 15 mai 2009, 20h.

Lire sur ce blog la critique de la pièce Portraits.

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Publié dans : Bloc-notes actualité - Par Catherine Kintzler
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