11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 11:35

Bloc-notes actualité sur Mezetulle
Valls-Dieudonné : enfin l'État républicain montre ses muscles !

En ligne le 11 janvier 2014

 

« Le temps de l'impunité est fini » déclarait le ministre de l'Intérieur hier matin, à l'issue de ce que la presse a appelé une folle journée. Ouf. 

 

Enfin on sort des atermoiements, des airs dégoûtés devant toute décision qui ne se contente pas d'être juste, mais qui, déterminée  à se faire respecter, en a les moyens. Les discours sur la « nécessaire pédagogie » et les leçons de morale sont en effet dérisoires et inefficaces (pour ne pas dire contreproductifs) lorsqu'on a affaire, comme ici, à un multirécidivisme provocateur qui fait de l'impunité un objet de fierté. Il ne faut pas suivre un provocateur qui vous invite à l'escalade : il vous narguera, montant toujours plus haut, acclamé par les badauds qui, au fond (et comme tout le monde), respectent la force. Il faut scier l'échelle qui le porte et qu'il a lui-même mise en place. Il faut tout simplement être plus fort.

Certains pensent que la démocratie est une chiffe molle et qu'on peut s'y conduire en dépit des lois. Ils sont encouragés par ceux qui, en face, prétendent différer les décisions et retarder indéfiniment toute sanction : on les a entendus récemment avec l'affaire Leonarda, et naguère avec les signes religieux à l'école. Pour les belles âmes, le moment de trancher ne vient jamais : on doit s'épuiser en explications et en prêchi-prêcha...avant finalement de s'incliner. 

Vient un moment où devant l'insolence ouvertement affichée depuis des années, devant la réaffirmation de déclarations déjà maintes fois condamnées sans effet, on doit rappeler et exercer l'autorité légitime. Car en l'occurrence l'autorité protège et est seule capable de ramener la sérénité : tous les professeurs, et même tous les parents le savent, en dépit des conseils d'une certaine pédagogie moderne. La loi c'est aussi cela. Et la loi républicaine, bonne fille, se laisse marcher sur les pieds bien des fois avant de montrer ses muscles. Mais enfin, elle le fait. Et comme tous les professeurs le savent aussi (bien qu'on les empêche, eux, d'en user), un tel acte d'autorité est bien souvent nécessaire à la pédagogie : c'est fou comme parfois on devient intelligent après avoir été justement sanctionné !

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commentaires

Larvatus 16/01/2014 01:12


J'oubliais - mais je le lui dirai directement - que J.-M. Muglioni règle aussi défintiivement la question : "Contrairement à ce qui se dit de tout côté, et même chez les plus sérieux et les plus
sincères défenseurs du droit, il est faux que l’interdiction d’un meeting raciste soit une limitation de la liberté d’expression. C’en est au contraire la garantie. Là où le racisme est présent,
il ne peut y avoir de liberté d’expression et d’opinion puisqu’une partie de l’humanité est ôtée de l’humanité et donc de la liberté." Là encore, c'est tellement simple, ce sont des évidences
morales et politiques si élémentaires, qu'on s'étonne de ne pas les lire partout !

Larvatus 16/01/2014 01:07


Chère Madame Kintzler,


Ce que vous dites est si évident qu'on ne comprend pas par quelle perversion de l'intelligence on peut en arriver à soutenir le contraire ! Toutes les arguties et les subtilités ne feront rien
devant le bon sens - tant vous rappelez ici des vérités élémentaires. Après tout, la situation était extrêmement simple ; et ainsi est-elle apparue au ministre et au Conseil d'Etat. On ne va pas
s'en plaindre ! Merci donc, beaucoup.

Martine Hello 15/01/2014 18:14


L'inadmissible  non application de sanctions cumulées  rend d'autant plus troublante  et suspecte la rapidité de  l'interdiction  du spectacle . Les nobles motifs avancés
sont-ils vraiment premiers ?  Les conséquences ont-elles été bien pesées ? La " Com " n'aurait-elle pas  dangereusement rogné  la réflexion ?
Martine Hello
Rennes 

Mezetulle 16/01/2014 21:52



Je me permets de vous paraphraser :


L'inadmissible  non application de sanctions cumulées rendait d'autant plus compréhensible et urgente la rapidité de  l'interdiction  du spectacle



jit 14/01/2014 10:02


Le point de vue de Lang qui me parait bien argumenté :


Deux choses majeures. D'abord, la confusion entre deux ordres juridictionnels, l'ordre administratif et l'ordre judiciaire. Par exemple, le principe constitutionnel de dignité ne regarde en rien
la police administrative. Sa protection relève du juge judiciaire, du législateur et éventuellement du Conseil constitutionnel.


http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/01/13/jack-lang-la-decision-du-conseil-d-etat-est-une-profonde-regression_4346841_823448.html

jit 13/01/2014 20:23


Si les comdamnations, amendes, antérieures avaient été suivies d'effets, Dieudonné aurait été dissuadé de persévérer, car il aime beaucoup l'argent...


L'image d'une décision administrative d'interdiction laisse pour la majorité l'impression d'une intrusion de l'exécutif dans le juridique, c'est jamais très bon.

Jean-Michel MUGLIONI 13/01/2014 10:49


N’ayant aucune compétence juridique, je ne peux me prononcer sur la décision du conseil d’Etat concernant l’interdiction du spectacle de Dieudonné intitulé Le mur. Je peux toutefois
m’interroger et rappeler un principe élémentaire.


Si la raison de cette interdiction est l’antisémitisme et le négationnisme des propos tenus régulièrement dans ce spectacle, cette interdiction est-elle contraire au droit ? Le principe de
la liberté d’expression interdit-il d’interdire une réunion publique où l’on sait que seront tenus des propos de cette nature ? Car Le mur a été représenté plusieurs fois et chaque
fois les mêmes propos y ont été tenus. Que cette réunion ait lieu dans un théâtre et se présente comme un spectacle suffirait-il pour interdire son interdiction ? Un parti nazi interdit
pourrait-il se réunir impunément dans une salle de spectacle ?


Je ne comprends pas pourquoi il a fallu attendre une intervention du ministère de l’intérieur, quand depuis longtemps la Justice aurait dû sanctionner l’auteur de tels propos. Je ne comprends pas
pourquoi les condamnations déjà prononcées n’ont pas été suivies d’effet.


Je ne comprends pas davantage pourquoi les défenseurs sincères de la liberté d’expression n’ont pas fait autant de bruit devant cette faute de la Justice que devant l’interdiction du prétendu
spectacle.


Je comprends au contraire qu’il n’y a pas de contradiction à défendre la liberté d’expression et à interdire les discours racistes : car ils ne sont pas l’expression d’opinions, mais,
déclarant des hommes indignes d’être considérés comme des hommes, ils les vouent à la vindicte publique. Interdire ces propos, c’est s’opposer à des délits et non à de simples paroles : ce
n’est pas interdire des pensées ou des spectacles. Contrairement à ce qui se dit de tout côté, et même chez les plus sérieux et les plus sincères défenseurs du droit, il est faux que
l’interdiction d’un meeting raciste soit une limitation de la liberté d’expression. C’en est au contraire la garantie. Là où le racisme est présent, il ne peut y avoir de liberté d’expression et
d’opinion puisqu’une partie de l’humanité est ôtée de l’humanité et donc de la liberté.


Il y a longtemps que les propos racistes de toute sorte ne sont pas sanctionnés. Arabes et noirs en savent quelque chose autant que les juifs ou même les blancs ! Peut-être l’affaire
présente permettra-t-elle enfin que la Justice fasse le travail, que jusqu’ici les politiques n’ont pas voulu qu’elle fasse. Car la raison de ce brouhaha est bien qu’ils ont laissé le racisme
s’exprimer, quand leurs propres discours n’ont pas été xénophobes ou même racistes.

André Salaün 11/01/2014 22:50


Finalement, j'ai publiée mon opinion développée sur mon site bein que je ne comptais pas commenter cette affaire :


http://asaln.com/spip/spip.php?article7


Peut-être pouvez-vous la publier ici car c'est un peu long pour une réponse et il me semble bien que nos opinions sont diamétralement opposées.

Patrice lemitre 11/01/2014 19:24


En effet, le droit d'expression est encadré par la loi. Dieudonné a été condamné plusieurs fois pour propos antisémites à de lourdes amandes qu'il ne paye pas. L'état a pourtant des voies
d'exécution mais ils ne les emprunte pas. C'est par là qu'il aurait du commencer à montrer ses muscles ! Cela aurait été moins médiatique, sûrement, pour l'exécutif.


Empêcher Dieudonné de donner un spectacle sous prétexte qu'il pourrait y tenir des propos antisémites, même si l'éventualité est très probable, ça revient à le condamner pour un délit qu'il n'a
pas commis. Ca ne devrait pas être possible dans un état de droit.


Le prétexte de trouble à l'ordre public est fin comme du papier à cigarette. Il y avait beaucoup plus de danger de trouble à l'ordre public en obligeant près de 6000 personnes à repartir chez
elles. S'il y avait eu beaucoup d'agitateurs extrémistes parmi eux, ça aurait pu tourner à l'émeute.  

Mezetulle 12/01/2014 17:06



On est bien d'accord sur la temporalité pour le moins mollassonne : il y a belle lurette que les décisions de justice auraient dû être appliquées.


Quant aux représentations interdites, elles portaient le même nom et par conséquent proposaient le même programme que celles durant lesquelles les propos incriminés ont été tenus, de sorte que le
délit était suffisamment constitué. On verra ce qui va se passer si, comme il le semble aux dernières nouvelles, Dieudonné change de titre et de programme. 


La notion d'ordre public est très souple, vous avez raison, et cela ne date pas d'hier. Et on a pu mesurer la "détermination" des spectateurs : apparemment peu sont prêts à en découdre pour un
bouffon. Il y avait un risque et pas seulement politique, Valls le savait, il l'avait même dit. Apparemment, les services renseignements ont été efficaces et il ne travaillait pas à l'aveugle -
après tout c'est son job de "premier flic de France" ! 



Samuel Tomei 11/01/2014 18:10


Dans le contexte actuel, cet extrait
pas inintéressant des débats, à la Chambre des députés, le 8 mars 1918. Clemenceau qui s'exprime ici est, depuis quelque quatre mois, président du conseil :

"Je dis que les républicains ne
doivent pas avoir peur de la liberté de la presse. (Applaudissements. - Interruptions sur les bancs du parti socialiste.)
N'avoir pas peur de la liberté de la
presse, c'est savoir qu'elle comporte des excès, c'est pour cela qu'il y a des lois contre ladiffamation dans tous les pays
de liberté, des lois qui protègent les citoyens contre les excès de cette liberté.
Je ne vous empêche pas d'en user. Il y a mieux : il y a les lois de liberté (Interruptions sur les bancs du parti socialiste) dont vous pouvez user comme vos adversaires ; rien ne s'y
oppose ; les voies de la liberté vous sont ouvertes ; vous pouvez écrire, d'autres ont la liberté de cette tribune ; ils peuvent y monter comme vient de le faire l'honorable M. Painlevé. De quoi
vous plaignez-vous ? Il faut savoir défendre la République autrement que par des gesticulations, par des vociférations et par des cris inarticulés. (Applaudissements au centre et à droite. -
Exclamations et bruit sur les bancs du parti socialiste.)
Parlez, discutez, prouvez aux adversaires qu'ils ont tort et ainsi maintenez et gardez avec vous la majorité du pays qui vous est acquise depuis le 4-Septembre." (Chambre des députés, séance du 8
mars1918).

Patrice lemitre 11/01/2014 18:02


Pour une fois, je ne suis pas d'accord avec vous. Même si la cause est juste, la voie choisie ne l'est pas, comme je l'explique sur cette page :


http://www.montelimar-news.fr/article/affaire-dieudonne%C2%A0:-la-faute-du-politique-et-du-judiciaire-publie-le-10-Janvier-2014/1/289.html


Le Conseil d'Etat a pris une décision politique, ce qu'il ne devrait jamais faire, et juridiquement indéfendable, ce qu'il ne devrait jamais faire non plus. C'est la plus haute juridiction de
France. Comment peut-elle rester crédible si son action n'est pas fondée juridiquement ? Cette décision est une erreur extrêmement grave...

Mezetulle 11/01/2014 18:43



Je pense avoir répondu dans ma réponse au com. n° 1.



Davoust 11/01/2014 16:18


Deux interventions, si vous le voulez bien...


La première à propos de la question de la liberté d'expression telle que l'avait formulée M. Chomsky...


La seconde, à la condition de faire abstraction de l'intitulé du blogue :


http://odieuxconnard.files.wordpress.com/2014/01/extrc3aame-final-2.jpg


qui pourrait aussi nous renvoyer à nos contradictions.


Veuillez accepter mes meilleures salutations.

Incognitototo 11/01/2014 15:25


Le plus étonnant reste peut-être que tout en ayant plus de 70 % d'opinions défavorables sur le personnage, entre 48 à 70 % des sondés (en fonction des différentes origines des sondages) sont
contre l'interdiction !...
Un "bizarre" rapport à la loi des Français ? Un étonnant rapport à "liberté d'expression" qui donnerait de facto le droit de tout dire ? Personnellement, ça m'interroge encore plus que le
"phénomène Dieudonné" qui n'est que le symptôme d'une société qui ne va pas bien... ce qui n'empêche nullement de l'interdire, d'ailleurs...

André Salaün 11/01/2014 13:24


C'est du second degré je suppose ?

Mezetulle 11/01/2014 18:41



En réalité votre remarque me permet de soulever une question : peut-on être à la fois opposé aux « lois mémorielles » qui traitent le doute critique nécessaire à la recherche comme un délit
http://www.mezetulle.net/article-lois-memorielles-une-connerie-sans-nom-94518622.html, et favorable à la condamnation de Dieudonné ainsi que je le dis ici?


 


Oui bien sûr, et c'est bien en l'occurrence ma position, sans contradiction. 


 


Car Dieudonné n'est pas dans le registre de l'hypothèse ou de la thèse, il ne se situe pas dans celui du vrai et du faux : il désigne ouvertement des personnes en raison de ce qu'elles sont et
les voue publiquement à la haine. Cette attitude ne relève nullement de ce qu'on pourrait qualifier de délit d'opinion, c'est un appel à nuire, c'est un délit qui n'a pas besoin de « lois
mémorielles » pour être constitué et qui ne peut s'excuser au motif de la liberté d'expression, laquelle est, comme toutes les libertés, encadrée par la loi. 


Comme le rappelle opportunément Philippe Foussier dans la revue Communes de France (La Lettre des élus socialistes et républicains n° 148 datée du 12 janvier 2014) :


« Le propagandiste ... ne nie ni ne minimise ces données historiques [i.e. l'extermination des Juifs par les nazis]. Il regrette au contraire, en désignant un journaliste de radio, Patrick Cohen,
que la machine exterminatrice nazie ne soit plus opérationnelle. En quoi cela relève-t-il de l'humour ou de la liberté d'expression ? ». 



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