5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 21:37

Bloc-notes actualité
Le fantasme des parents

par Jean-Michel Muglioni
En ligne le 5 février 2014


Il suffit que les parents d’élèves soient au centre du système scolaire et que l’école soit chargée d’enseigner des valeurs pour que s’allume une guerre de religion. Jean-Michel Muglioni rappelle ici qu’il ne peut pas en être autrement.


Voici l’école à nouveau le centre de polémiques (1). Aux absurdités de familles jalouses de leurs prérogatives le ministre répond qu’on y enseigne les valeurs de la République, parmi lesquelles l’égalité de l’homme et de la femme.

Il est manifeste que cette valeur n’en est pas une pour un grand nombre de familles. Elles ont été facilement mobilisées par une formidable supercherie : quelques extrémistes politiques et religieux n’ont eu aucune peine à leur faire croire que dès la crèche, la différence sexuelle serait niée, et qu’on enseignerait la masturbation et l’homosexualité. Un cardinal avait bien dit au printemps dernier que la législation sur le mariage homosexuel ouvrait la porte à la zoophilie (2). Ces questions remuent les pires passions. Il fallait donc s’attendre à cet assaut de bêtise. C’était même l’occasion de relire Freud.

Mais comment résister à la pression familiale, lorsqu’il est entendu par tous les acteurs officiels, ministériels, syndicaux, associatifs, que les parents ont un rôle à jouer non pas hors de l’école, mais dans l’école ? Quand la prétendue refondation de l’école non seulement rappelle ce rôle, mais veut le renforcer ? Cette contradiction rend impossible de répondre aux parents d’élèves qui tiennent à tous les clichés qui distinguent filles et garçons et qui, quoi qu’ils prétendent, ne veulent pas de l’égalité, comme la plupart des églises. L’école s’est donné elle-même les verges pour se faire battre.

Ce n’est pas tout. De même que dans ces colonnes j’ai déjà soutenu que l’école doit protéger les enfants de leurs parents, j’ai contesté l’idée qu’elle avait à enseigner des valeurs, quelles qu’elles soient : instruire suffit, moraliser n’a pas de sens et même contrevient à l’idée républicaine. Il est donc dans la nature des choses qu’éclatent des guerres de religion si l’on veut que l’école soit chargée de transmettre des valeurs. Là encore l’école s’est donné elle-même les verges pour se faire battre.

Mais dira-t-on, ne faut-il pas qu’elle lutte contre les représentations et les pratiques toujours en vigueur qui vont contre ce principe d’égalité ? Il suffit que l’instruction soit réelle et que les maîtres soient eux-mêmes préparés à lutter contre tous les stéréotypes dont il leur arrive encore d’être prisonniers. Nul besoin d’un enseignement spécial : si par exemple un cours d’histoire montre la variation des modes vestimentaires, chacun verra que les critères de la féminité et de la virilité changent selon les époques, comme le propose au demeurant L’ABCD de l’égalité. Car le pire dans cette affaire est qu’il contient d’excellentes choses !

 

1 - [Note de l'éditeur] Au sujet de la prétendue « théorie du genre ».

2 - [Note de l'éditeur] Voir le commentaire n°1 et la réponse.

 

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par Jean-Michel Muglioni - dans Bloc-notes actualité
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commentaires

Catherine Kintzler 13/02/2014 10:27


@ Alcide-Claude Ridrik (com n°15)




Vous faites varier le sens du terme "nature" comme bon vous semble... j'ai fait remarquer que l'appel à la nature, soit n'est autre qu'un fantasme, soit, si on le prend au sérieux, discrédite
toute tentative de normer la loi civile en tant qu'elle est positive. Il est plus opportun de discuter de la loi positive en tant qu'elle est positive.




Vous semblez considérer qu'il n'y a pas eu, contre le mariage étendu aux personnes de même sexe, une levée de boucliers commune à toutes les religions - comme cela a toujours été le cas lorsque
le mariage civil s'est imposé.




Vous semblez considérer que les religions sont porteuses de droits et de libertés par elles-mêmes - alors qu'elles ne contribuent à des libérations que pour se libérer elles-mêmes et
elles seules, lorsqu'elles sont opprimées et persécutées : ex Pologne, Iran. Il faut donc soutenir les religions lorsqu'elles sont persécutées, mais il est prudent de s'en méfier dès qu'elles
sont en état de conquérir tout ou partie du pouvoir civil. La laïcité que je défends leur laisse les mains libres, mais ne leur laisse jamais reconquérir ou conquérir la moindre parcelle de
pouvoir civil. L'enjeu du mariage en témoigne : les religieux se battent non pas pour  préserver le mariage religieux (car personne ne leur conteste), mais pour abolir ou du moins modeler à
leur gré le mariage civil, pour faire du mariage religieux une norme opposable et contraignante. autrement dit, ils se battent pour faire la loi ! Eh bien ils trouvent quelque opposition.




Et s'il est peu probable qu'un prêtre catholique célèbre un mariage à trois ou plus (ce que ne fait pas non plus la loi civile, et vos prophéties n'y changent rien), il est en revanche hautement
probable qu'il célèbre un mariage assujetti à une finalité, où l'un des conjoints est astreint aux maternités, soumis à l'obéissance, sans liberté de son propre corps, où la possibilité de
contraception est réprouvée - ne parlons même pas de la possibilité de recours à la contraception par l'un des époux sans rendre compte à l'autre ! Dans toute l'histoire du mariage, on constate
que seul le mariage civil est véritablement libérateur, producteur de droits et de devoirs équilibrés, et donne à chacun des époux la liberté de disposer de son propre corps. Voilà ce qui
apparaît très clairement avec le dernier épisode. Et on assiste comme toujours à la même levée de boucliers lorsqu'une propriété libératrice du mariage civil est proposée, levée de boucliers
destinée non pas à préserver le mariage religieux (qui je l'ai dit plus haut n'a jamais été menacé), mais pour faire du mariage religieux une norme opposable à d'autres qui ne le reconnaissent
pas. C'est ainsi que je m'explique la fureur très visible du cardinal Barbarin lors de cet entretien télévisé : les dignitaires religieux qui ne l'avaient pas encore compris (ou qui ne l'ont pas
encore accepté) se sont aperçus que ce qui est premier et fondamental en matière de droit civil... c'est précisément la loi civile en tant qu'elle est fondamentalement disjointe de toute
référence préalable, qu'elle soit religieuse, ethnique, coutumière ! Or cette loi civile ne persécute aucune religion : personne n'a songé à interdire les mariages religieux. C'est l'inverse qui
est vrai et qui est clairement apparu alors dans le débat.


 



Aux articles que j'ai cités dans ma dernière réponse (voi com n°14), j'ajoute le très récent ouvrage d'entretien entre Pascal Bacqué et Jean-Claude Milner Loi juive, loi civile, loi
naturelle. Lettres sur le mariage pour tous et ses effets à venir, Paris : Grasset, 2014. Vous y trouverez des réponses à nombre de vos objections. Mezetulle se propose d'en faire
prochainement une recension.

Alcide-Claude Ridrik 11/02/2014 16:23


@ Catherine Kintzler


 


Je ne vois aucun inconvénient à ce que vous ne publiiez pas ma réponse. Aussi est-ce à vous qu'elle s'adresse et non pas à vos lecteurs qui ont déjà assez d'éléments pour se faire une opinion.


La comparaison avec le lever du soleil – séjour de Nova Zembla mis à part – ne me paraît pas des plus pertinentes car il n'est jamais arrivé que le soleil ne se levât point, mais il est souvent
arrivé que des lois, sociales comme celles qui ont amélioré la condition ouvrière, ou sociétales, comme celle sur l'avortement, succèdent à d'autres lois en creusant plus loin le sillon qui avait
été tracé par les premières ; et si l'on ne peut avancer aucune raison qui permettrait de supposer que demain le soleil ne se lève pas, j'en ai pour ma part avancé plusieurs, qui n'auront
pas toutes échappé à tous les lecteurs de Mezetulle, de penser que des revendications qui sont d'ores et déjà soutenues par des courants sociaux bien réels et des intellectuels influents
trouveront un jour une consécration juridique. Le « pourquoi pas ? » n'est pas de moi : il est le maître mot de notre modernité – auquel on pourrait ajouter sans doute le
« c'est mon choix ».


Je ne change pas de sujet en évoquant l'inceste puisque je n'en parle que pour évoquer la possibilité qu'il trouve un jour sa consécration juridique dans le mariage : « pourquoi ne
pourraient-ils pas revendiquer un jour les mêmes droits que les autres ? ».


Vous vous précipitez sur les mots « nature » et « tradition » - « les grands mots sont lâchés », comme si je me faisais un apôtre inconditionnel de la nature et de
la tradition. Mais je n'ai évoqué la nature et la tradition que dans un paragraphe où je collectais les différents éléments constitutifs du dispositif de la modernité libérale. A cet égard
rappeler que l'arrachement à la nature et à la tradition sont des caractéristiques de la modernité n'a rien que de très banal. J'en profite pour attirer votre attention sur le fait que dans ce
contexte les mots qui suivent « il se fait gloire d'engendrer absolument le sujet humain en l'arrachant aussi bien à la nature » ne se rapportent nullement à la génération et au fœtus,
mais à l'autoproduction de l'homme par lui-même, à la volonté d'autonomie absolue de l'humanisme radical.


Toute votre argumentation s'adresse à quelqu'un qui soutiendrait que « tout ce qui est naturel est bon ». J'ignore si c'est la position du cardinal Barbarin, mais ce n'est assurément
pas la mienne. Non, tout ce qui est naturel n'est pas bon – je ne rechigne pas à avoir recours à la chirurgie lorsque c'est nécessaire - et toutes les traditions ne sont pas à conserver – je ne
réclame pas le rétablissement de l'esclavage – mais il ne s'ensuit pas non plus que tout ce qui est nouveau soit beau : combattriez-vous les pédagogies « nouvelles » si vous n'en
étiez vous-même convaincue ? S'affranchir de la tradition pour s'asservir aux modes, pourquoi pas ? Mais est-on sûr qu'on aura gagné au change ?


Il ne s'ensuit pas qu'on puisse faire dire n'importe quoi à la formule des Principes de la philosophie que vous citez : « tout ce qui est artificiel est avec cela
naturel ». Avec des prothèses mammaires, des implants fessiers, un ventre liposucé, un visage lifté et des lèvres au collagène, ne manque-t-on pas un peu de naturel ? Et s'il n'y a pas
de « lois naturelles » de l'économie, les bulles spéculatives ne sont-elles pas aussi naturelles que la production de biens réels ? Bernard Madoff aurait dû invoquer l'autorité de
Descartes pour obtenir une réduction de peine …


On peut bien sûr soutenir que « tout ce qui est possible est naturel », mais à ce niveau d'abstraction où la distinction du naturel et de l'artificiel s'efface devant l'identification
du possible du naturel et de l'artificiel, la question demeure de savoir si tout ce qui possible est souhaitable et si nous devons faire tout ce que nous pouvons faire. Je récuse par conséquent
le signe d'égalité que vous tracez entre famille biparentale, famille monoparentale et famille recomposée. On peut à la fois trouver juste et bonne la loi qui autorise le divorce sans admettre
qu'il est indifférent pour l'enfant de vivre dans une famille traditionnelle ou dans une famille recomposée. Personne ne préconise qu'on retire à la garde de sa mère un enfant qui vient de perdre
son père pour lui éviter de vivre dans une famille monoparentale : faut-il en conclure que ce n'est pas plus mal d'être orphelin que de ne l'être pas ?


Enfin pour soutenir que c'est le mariage civil qui nous protège de la polygamie, et non les religions, il faut sans doute additionner toutes les religions, et faire abstraction de celle du
cardinal. La religion catholique proscrit formellement la polygamie, et depuis longtemps. Au mois de mai 2012 une notaire de Tupa au Brésil a uni trois personnes, un homme et deux femmes.
(http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2012/09/13/et-dieu-crea-le-menage-a-trois_1759127_3222.html ) Il est peu probable qu'un prêtre catholique en fasse autant sous le pontificat du Pape
François, ni de son successeur, ni du successeur de son successeur. Enfin, comme dirait Derrida, je prends date !








Jean-Michel Muglioni 13/02/2014 17:56



Mezetulle vient de recevoir un commentaire de Jean-Michel Muglioni s'inscrivant dans le débat réouvert ici entre Alcide-Claude Ridrik et moi-même (CK) sur le mariage étendu aux personnes
de même sexe. Il est évident que J.M. Muglioni pense ici aux commentaires 12 et 15, je me permets donc de poster cette réponse au bas du commentaire 15.


******


 


Dire « traditionnelle » la famille avec père et mère me semble aller vite en besogne  : de quelle tradition s’agit-il ? Et les couples hétérosexuels mariés ont-ils garanti le
droit des enfants au XVIII° siècle, quand dans les familles aristocratiques, les parents ne les élevaient pas mais envoyaient les petits en nourrice, les garçons dans des collèges, les filles
dans des couvent dont elles sortaient pour se marier, eux-mêmes vivant chacun de son côté la vie qu’ils voulaient ? Le mariage, avant et après le code civil napoléonien, avait pour fonction
de régler les héritages : l’intérêt des enfants n’en était pas le principe. La filiation concernait la propriété et non d’abord l’éducation. Quelle est cette période de bonheur où les
couples mariés élevaient dans la concorde et avec sagesse leurs enfants ? Je ne nie pas que ç’ait été le cas de mes grands parents, par exemple, nés avant 1900, dont le mariage était civil
et non religieux. Mais la bourgeoisie décrite par Balzac, les ouvriers décrits par Zola, les paysans des siècles précédents, quelle était leur vie de couple et de famille ? La tradition, qui
nous est représentée comme un âge d’or pour l’enfant, est une représentation idéologique. C’est ici aux historiens de nous éclairer.




Toutefois, si le peu que je connais de l’histoire et de l’anthropologie me rend sceptique à l’égard du concept de famille traditionnelle, je n’en conclus pas que la famille recomposée est un
progrès. Mais avec Catherine Kintzler, je ne vois pas pourquoi un couple homosexuel chargé de l’éducation d’un enfant en serait plus incapable qu’un couple hétérosexuel. C’est en fin de compte ce
qui arrête les opposants à la loi du mariage homosexuel. Ils disent que l’enfant « a droit à » un père et une mère  : parler ainsi de « droit à… », c’est se fonder sur
une conception du droit identique à celle  des partisans du « droit à l’enfant » : or l’éducation est d’abord un devoir des adultes envers les enfants.


 



La question est de savoir si les conditions naturelles de la procréation supposant un mâle et une femelle, ou du moins ses conditions biologiques supposant un spermatozoïde et un ovocyte, il en
résulte que l’éducation des enfants requiert un homme et une femme. Historiquement, les femmes ont-elles beaucoup été présentes dans l’éducation après l’allaitement et la petite enfance ?
Mais laissons cet argument. La grande faiblesse de l’argumentation des opposants au mariage homosexuel est dans la confusion qu’elle entretient – sincèrement sans doute ! –sur la notion de
nature. Il est incontestable, comme le voit Catherine Kintzler, qu’il y a une confusion entre nature et institution.



 



Catherine Kintzler 11/02/2014 01:07


@ Alcide-Claude Ridrik (com n°12)


Qu'est-ce qui garantit, en effet, que le Soleil se lèvera demain ? Pourquoi ne se lèverait-il pas ? Avec des "pourquoi pas" ? on peut tout imaginer, tout réfuter, même les lois naturelles : c'est
infalsifiable. 


J'ai attiré votre attention sur les prohibitions au mariage, que vous pouvez consulter sur legifrance, et qui ont bel et bien été étendues avec le mariage pour les personnes de même sexe. Je
conçois que ça vous gêne, aussi vous changez de sujet en disant que l'inceste hors mariage n'est pas puni - ce qui a toujours été le cas. Je ne vois pas où est l'objection : on parle du mariage.


Et puis finalement les grands mots sont lâchés : la nature et la tradition. On n'en attendait pas moins.


Mais je ne vois pas pourquoi la nature est convoquée ici puisque tout ce qui est possible est naturel ("tout ce qui est artificiel est avec cela naturel"). Au nom de la nature vous devriez donc
admettre toute forme d'union en trouple quadrouple et tous les nombres que vous voudrez, plus la pma (qui se pratique du reste sans que personne n'y trouve à redire pour les couples
hétéros), la gpa etc. : ce sont les partisans de la nature qui ouvrent la porte à toutes sortes de choses ! Et même si l'on veut absolument comme le cardinal Barbarin assigner au mariage
la finalité de procréer, cela n'a jamais été une affaire entre homme et femme, mais seulement une rencontre entre spermatozoïde et ovocyte : la fécondation in vitro est en effet
parfaitement naturelle, sauf que les dieux archaïques ne le savaient pas, alors que le cardinal Barbarin, vous et moi pouvons le savoir. Et ce qui est "engendré" n'est pas un "sujet humain", mais
un petit mammifère: il s'agit, parallèlement, de faire en sorte qu'il soit un sujet et je ne vois pas en quoi un couple de même sexe serait incapable de le faire, tout aussi bien et tout aussi
mal qu'un autre couple, tout aussi bien et tout aussi mal qu'une "famille recomposée" ou qu'une famille monoparentale. Bien sûr, comme le disait un de mes amis, "un gosse élevé par des homos
finira bien par faire une connerie, et là qu'est-ce qu'on n'entendra pas !".


Ainsi, pour revenir à la question, tous ces grands appels à la nature permettent maintes choses que vous réprouvez mais que le mariage comme institution civile et la loi positive interdisent
heureusement et en effet. Barbarin a donné l'exemple de la polygamie - que je désapprouve moi aussi - : mais le mariage civil nous en préserve et non pas les religions. 


Seule la loi positive vient trancher dans cet éventail de possibilités, et elle ne peut le faire qu'en produisant des légitimations qui ne se contentent pas de l'appel à "la nature" (car à ce
compte toutes les lois positives sont superflues : à quoi bon se casser la tête pour faire des lois, il suffit de laisser faire la nature !) c'est de cela que je pensais qu'on discutait.


Et il apparaît clairement aujourd'hui que le mariage civil est une institution vraiment gênante pour le mariage religieux, mettant en évidence que celui-ci n'a pour appuis qu'un fantasme de
nature et une tradition sans autre légitimité que sa propre affirmation, autrement dit un dogme. 


1792 : cette date est à retenir, c'est celle de Valmy, c'est aussi celle de l'instauration du mariage civil. "J'y étais" !


Je m'en voudrais à présent de continuer à encombrer l'espace de discussion consacré à l'article de Jean-Michel Muglioni dans lequel la question qui nous occupe est incidente. Je me permets de
vous renvoyer à l'article que j'ai cité ci-dessus, ainsi qu'à celui que Jean-Michel Muglioni a écrit également sur le sujet du mariage.

ted 10/02/2014 17:20


Je ne me prononce pas sur les raisons de cette surreprésentation des femmes chez les médecins, mais j'utilise l'exemple de la médecine pour contester l'idée reçue selon laquelle les écarts
statistiques observés dans les orientations professionnelles seraient toujours au détriment des femmes.


La comparaison avec les études d'ingénieur est intéressante puisqu'il y a dans ce type d'études une surreprésentation des hommes, alors que ces professions sont plus touchées par la
mondialisation que des professions non facilement délocalisables et à numerus clausus. Et les deux font appel à un goût pour les sciences exactes.


Les femmes sont plus présentes que les hommes en médecine, et le statut offert par cette profession s'est moins dévalorisé, est resté plus protecteur, que celui d'ingénieur. Il y a donc
contradiction avec un stéréotype parfois présent dans la presse ou dans le discours des ministres.

Mezetulle 13/02/2014 09:35



Réponse de l'éditeur


La réponse de Jean-Michel Muglioni paraîtra sous forme d'article. Merci de votre patience.



Alcide-Claude Ridrik 10/02/2014 13:50


@ Catherine Kintzler


 


Le cardinal n'a pas dit que l'inceste ou la polygamie étaient « déductibles » de la loi qui a été votée, comme en sont déductibles toutes les prérogatives attachées au statut des
personnes mariées. Il a dit très précisément ceci : "Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou quatre. Après, un jour peut-être, l'interdiction
de l'inceste tombera". « Après » n'indique-t-il pas à deux reprises qu'il songe non à la loi qui a été votée, mais à d'autres qui suivront portées par la même inspiration et soutenues
par les mêmes raisons ? Qui peut garantir que des propositions de lois ne seront pas déposées, dans un avenir plus ou moins proche, pour autoriser la procréation médicalement assistée et la
gestation pour autrui ? Et qui peut garantir que dans un avenir plus ou moins lointain d'autres propositions de lois ne viseront pas à donner satisfaction à ceux qui, au nom de l'égale
dignité de toutes les sexualités, dès lors qu'elles ne nuisent pas à autrui, exigeront que l’État reconnaisse solennellement leurs « trouples » ou leurs « quadrouples » ?
Il en va de même de l'inceste qui, rappelons-le, n'est interdit en France que dans le cas de relations avec des mineurs, mais pas entre personnes majeures et consentantes. Rien n'empêche un frère
et une sœur adultes de vivre maritalement et de procréer. Si cela allait à l'encontre de la liberté d'autrui, ce serait interdit. Puisque cela ne l'est pas pourquoi ne pourraient-ils pas
revendiquer un jour les mêmes droits que les autres ?


Notre cardinal, tout dévot obscurantiste qu'il soit, a peut-être fait quelques lectures, de Tocqueville à Gauchet en passant par Michéa, qui l'ont éclairé sur la nature profonde de la modernité
libérale et de sa logique d'illimitation. Lorsque la « passion ardente, insatiable, éternelle, invincible » de l'égalité se conjugue à l'individualisme, lorsque cette jonction se fait
sous le patronage d'un État dont la neutralité axiologique est un principe, lorsqu'en outre cet individualisme entend compter dans l'espace public « au titre de son identité privée »,
lorsque enfin il se fait gloire d'engendrer absolument le sujet humain en l'arrachant aussi bien à la nature qu'à la tradition, on se trouve devant un dispositif dont il n'est pas déraisonnable
d'envisager les effets.


 

ted 10/02/2014 10:51


@ JM Muglioni, suite à sa réponse du 9 février à 17h


3. Je n'ai pas écrit que les femmes devenaient médecin parce que cette profession est moins stressante, et encore moins que les femmes seraient incapables de faire face au stress.


J'ai écrit que la différence statistique qui s'observe en médecine, où les femmes sont surreprésentées, est une différence qui ne défavorise pas les femmes puisque contrairement à d'autres
professions scientifiques recherchées cette profession n'a pas vu remettre en cause sa stabilité. Ce n'est pas la même chose.


En voulant faire entrer mon propos dans le cadre des explications des études de genre vous le déformez. Ce n'est donc pas de mon côté que sont, ici, les préjugés : je n'ai dans ce cas précis
aucun préjugé sur les motifs d'orientation des femmes ou sur leur résistance au stress, par contre vous m'attribuez de tels préjugés pour mieux me faire entrer dans le cadre des raisonnements
habituels des études de genre.


 


 


"Je ne peux faire parler Condorcet sur l’idée de genre, mais enfin il est un des premiers à avoir considéré qu’il fallait instruire les filles comme les garçons, et il ne leur réservait pas la
littérature ! "


Cela montre au moins que le sujet ne date pas de 2000 ans. Mais, ici aussi, je n'ai pas dit qu'il ne fallait pas les instruire différemment.


Inversement, on peut aussi rester modeste devant le fonctionnement des mécanismes d'orientation, et considérer qu'une différence statistique d'orientation ne résulte pas forcément d'une
discrimination.


C'est à dire le contraire du discours officiel qui accompagne l'enseignement du genre, donc la manière dont il tendra à être appliqué.


 


 


"4/ La théorie du genre est un phantasme ou une invention d’intégristes catholiques."


C'est aussi comme le souligne JP Le Goff un argument médiatique des milieux militant. "Il est incontestable" et sans doute même scientifiquement prouvé que des préjugés orientent les jeunes
filles contre leur gré, et de manière à leur nuire.


Faire ostensiblement entrer ces études à l'école, de plus dans le cadre de l'enseignement primaire, c'est donc aussi renforcer les personnes qui utilisent ce type d'argument et chercher à
utiliser l'école pour faire valoir un point de vue politique.


 


"Il est incontestable qu’il y a des préjugés qui font que les filles ne sont pas orientées dans certaines voies qu’on croit plus propres aux garçons, et inversement. Par exemple à Versailles, les
classes préparatoires scientifiques étaient dans les années 80 dans le lycée de garçons, les classes littéraires dans l’ancien lycée de filles : qu’on ne dise pas qu’il n’y a pas là une
forme d’aberration « générique »."


Oui, et dans les internats d'une certaine école d'ingénieur il y avait plus de chambres pour les garçons que pour les filles, et les chambres des filles étaient d'ailleurs plus confortables.


Et cela venait non de la volonté de limiter les entrantes par une disposition architecturale symbolique, mais plus simplement d'une adaptation pragmatique de la logistique à la réalité.


La réalité ayant évolué, et le nombre d'élèves augmenté, de nouveaux internats ont été construits dans lesquels les chambres ne sont plus différenciées : toutes les chambres ont à présent une
douche privative.


C'est l'interprétation 'bouteille à moitié pleine' de la situation de cette école. Libre à vous de vous en tenir à l'interprétation 'bouteille à moitié vide' en votre fors intérieur.


Par contre, si le programme d'histoire (qui finirait alors par être un peu chargé...) devait aussi inclure cette évolution architecturale, et s'en tenir à l'interprétation 'bouteille à moitié
vide, cela n'irait plus : ce ne serait pas très laïc, au sens utilisé par votre collègue :


http://www.atlantico.fr/decryptage/abcd-egalite-pouquoi-veritable-faute-vincent-peillon-est-pas-celle-que-on-croit-eric-deschavanne-976373.html?page=0,0


"La laïcité, ce n'est pas seulement la neutralité religieuse : celle-ci n'est en effet qu'une application particulière de l'exigence plus générale de neutralité idéologique de l'Etat".


La laïcité, ce n'est pas seulement la neutralité religieuse : celle-ci n'est en effet qu'une application particulière de l'exigence plus générale de neutralité idéologique de l'État.
Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/abcd-egalite-pouquoi-veritable-faute-vincent-peillon-est-pas-celle-que-on-croit-eric-deschavanne-976373.html#GclVShemCIGHL3WF.99


La laïcité, ce n'est pas seulement la neutralité religieuse : celle-ci n'est en effet qu'une application particulière de l'exigence plus générale de neutralité idéologique de l'État.
Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/abcd-egalite-pouquoi-veritable-faute-vincent-peillon-est-pas-celle-que-on-croit-eric-deschavanne-976373.html#GclVShemCIGHL3WF.99


La laïcité, ce n'est pas seulement la neutralité religieuse : celle-ci n'est en effet qu'une application particulière de l'exigence plus générale de neutralité idéologique de l'État.
Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/abcd-egalite-pouquoi-veritable-faute-vincent-peillon-est-pas-celle-que-on-croit-eric-deschavanne-976373.html#GclVShemCIGHL3WF.99

Jean-Michel Muglioni 10/02/2014 14:34



Mezetulle a reçu la réponse de Jean-Michel Muglioni :


**************


Pour que les choses soient claires entre nous, je reprends notre conversation. Si désaccord il y a, il faut en effet savoir sur quoi (car je ne cherche nullement l’accord à tout prix !).
Voici ceux de vos propos qui ont valu mon commentaire et, en effet, ce qui m’a paru disons « sexiste ».





« Pour prendre un exemple, un écart statistique connu est la surreprésentation des femmes dans les études de médecine, à hauteur de 60% après le concours de première année. Or, parmi les
professions CSP+, celle de médecin semble relativement protégée des évolutions de mise en concurrence observée chez les ingénieurs ou chez les avocats. Un ingénieur doit gérer sa carrière, c'est
à dire faire attention à rester valorisable sur le marché : cela implique un stress et une possibilité d'échec...etc. Le statut de médecin reste plus protecteur, et on conçoit donc que la
différence statistique est ici plutôt à l'avantage des femmes. »




Vous commentez :
« Je n'ai pas écrit que les femmes devenaient médecin parce que cette profession est moins stressante, et encore moins que les femmes seraient incapables de faire face au stress.
J'ai écrit que la différence statistique qui s'observe en médecine, où les femmes sont surreprésentées, est une différence qui ne défavorise pas les femmes puisque contrairement à d'autres
professions scientifiques recherchées cette profession n'a pas vu remettre en cause sa stabilité. Ce n'est pas la même chose. »




Je ne comprends toujours pas ce que la plus grande présence statistique des femmes que des hommes dans un métier stable peut prouver, sinon qu’elles rechercheraient cette stabilité et fuiraient
la profession d’ingénieur, par exemple, parce que, je vous cite encore, « Un ingénieur doit gérer sa carrière, c'est à dire faire attention à rester valorisable sur le marché : cela implique un
stress et une possibilité d'échec... etc. Le statut de médecin reste plus protecteur, et on conçoit donc que la différence statistique est ici plutôt à l'avantage des femmes ».




Comment ne pas comprendre que vous supposez que les femmes ont plus que les hommes le souci de leur protection ? Que plus que les hommes elles craindraient d’affronter le stress? Voilà ce que je
mets en cause dans ma réponse. Mais rassurez-vous, j’ai d’excellents amis qui pensent cela ! Et même il m’est arrivé de me surprendre moi-même à attribuer à tort aux femmes une propriété
liée à leur sexe…



jc 09/02/2014 22:50


Parmi nos concitoyens, certains (catholiques ou non) mettent en doute le caractère scientifique des études de genre, et des théories de la sociologie dite post-moderne en particulier, car
véhiculant un subjectivisme radical et donc selon eux un relativisme. Ces concitoyens ne sont pas des extrémistes xénophobes et antisémites. Parmi les polémiques les plus bruyantes dans la presse
ces dernières années, l'affaire Alan Sokal, la soutenance de thèse de Elisabeth Teissier, ou la polémique Derrida-Searle témoignent de la pertinence des critiques formulées et nous en apprennent
beaucoup sur les idéaux des mouvements post-modernes dont relève l'étude de genre. La critique de ces "théories" vient d'un point précis, l'affirmation par ces "théories" que la réalité dans son
intégralité est une construction sociale, ce qui n'est rien d'autre qu'un relativisme (je suis tout seul avec moi-même), un constructivisme radical (je construis ma propre réalité). Les études de
genre, par leur ambivalence entre affirmations controversées radicales et discours de bon sens évident sur l’égalité homme/femme induisent la confusion, transformant la lutte légitime pour le
progrès social, en un combat pour une soi-disant liberté individuelle, discutable car sans entrave et où la biologie n'est plus un obstacle.

Sur l'affaire Alan Sokal (qui fit couler beaucoup d'encre fin des années 90) :
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Sokal
- http://www.physics.nyu.edu/sokal/
Analyse de Jacues Bouveresse :
- http://autourdejacquesbouveresse.blogspot.fr/2011/06/jacques-bouveresse-quappellent-ils.html

Sur la thèse de Mme Teissier (résumé du jury):
- http://webs.unice.fr/site/broch/articles/HB_These_Teissier.html
Étude collective du contenu de la thèse (par des sociologues, physiciens, philosophes):
- http://www.homme-moderne.org/societe/socio/teissier/analyse/index.html

Article du philosophe John Searle (1993) sur le post-modernisme dans l'enseignement supérieur aux EU :
- http://peccatte.karefil.com/SearleRR.html#

Analyse de l'essayiste (professeur en sciences de l'éducation) Normand Baillargeon sur le "constructivisme radical" dans l'éducation nationale au Quebec (pédagogie constructiviste) :
- http://www.bulletinhistoirepolitique.org/le-bulletin/numeros-precedents/volume-18-numero-1/de-bien-fragiles-assises-le-constructivisme-radical-et-les-sept-peches-capitaux-de-la-reforme1/

Jean-Michel Muglioni 10/02/2014 11:22



Mezetulle a reçu la réponse de Jean-Michel Muglioni :


 


*************


Vous écrivez  : « Parmi nos concitoyens, certains (catholiques ou non) mettent en doute le caractère scientifique des études de genre, et des théories de la sociologie dite post-moderne en
particulier, car véhiculant un subjectivisme radical et donc selon eux un relativisme. » Mais ai-je prétendu qu’il y avait là des travaux réellement scientifiques ou même sérieux ? J’ai
dénoncé la manipulation qui a consisté à faire croire que l’ABCD de l’égalité allait imposer aux personnels des crèches, des maternelles, des écoles primaires et des lycées une idéologie qui nie
la différence sexuelle.


Je ne crois pas avoir jamais tenu quelque propos que ce soit en faveur du relativisme ou du subjectivisme. Je vois avec plaisir qu’un spécialiste des sciences de l’éducation auquel vous renvoyez
refuse lui aussi ces doctrines. Nous serons d’accord lorsqu’on aura fait disparaître cet intitulé « sciences de l’éducation » : que penser en effet du caractère scientifique desdites
sciences ?


Maintenant, des parents d’élèves ont retiré leurs enfants des écoles pour manifester leur désaccord avec l’enseignement qui y serait dispensé : sont-ils des savants qui comme vous connaissent les
débats sur les études de genre et qui s’opposent rationnellement au relativisme et au subjectivisme de certaines chapelles universitaires (en Amérique plus qu’en France) ? Leur émoi vient-il
de ce qu’ils ont lu les analyses auxquelles vous renvoyez ? Le soutien qui leur est venu des organisateurs de la manif pour tous est-il un accident ? Je ne comprends donc pas
le sens de votre commentaire.


J’imagine aisément que dans certaines écoles on ait sur ces questions dit beaucoup de bêtises  ; certains disent que parfois (mais combien de fois ?) on y a fait intervenir des
militants homosexuels : ce genre de dérive est toujours possible, et pas seulement dans cette affaire. Je sais aussi que le pédagogisme ministériel, que la dictature des sciences de
l’éducation est capable d’endoctriner les maîtres et les professeurs et qu’il leur faut du courage pour y résister. Mais enfin qui croira que l’ensemble du corps enseignant, de la crèche à
l’université, va sur une directive ministérielle décider qu’il n’y a pas de différence entre les garçons et les filles ? Qui croira qu’il y aurait une volonté délibérée du ministère pour
faire que petit à petit tout le monde en vienne là ? Nos gouvernants incapables d’un tel machiavélique qui suppose une intelligence qu’ils n’ont pas.


Vous dites au début de votre commentaire  : « Ces concitoyens [qui critiquent les études de genre] ne sont pas des extrémistes xénophobes et antisémites ». J’avoue n’avoir pas vu
qu’il ait été question de xénophobie ou d’antisémitisme dans cette affaire : peut-être de sexisme ou de machisme…




Catherine Kintzler 09/02/2014 17:08


@ Alcide-Claude Ridrik


Je vous accorde entièrement que l'expression-slogan "mariage pour tous" est une absurdité ; l'extension du mariage aux personnes de même sexe n'élargit en effet aucunement le mariage à "tous" :
il y a un âge légal minimum pour se marier,  les prohibitions dont je parle dans mon dernier commentaire et dans l'article que j'y ai cité sont plus nombreuses qu'auparavant, et bien
évidemment on ne peut pas se marier si on l'est déjà. Les fantasmes (polygamie, inceste, reconnaissance légale de la zoophilie) sont balayés lorsqu'on lit la loi, et cela était largement présent
déjà dans le débat qui a précédé...



Le cardinal Barbarin ne propose pas l'abrogation de la disposition faisant obligation du mariage civil pour célébrer un mariage religieux. Il fait en revanche du mariage religieux un élément
premier et modélisant pour penser la notion même de mariage et il lui attribue expressément une finalité - en quoi il est bien dans son rôle. Mais, en brandissant le pseudo-danger de polygamie au
sujet du mariage étendu aux personnes de même sexe, le cardinal oublie d'une part que la polygamie est réelle dans le cas de plusieurs religions et d'autre part il invente de toutes pièces un
danger imaginaire au sujet du mariage civil étendu aux personnes de même sexe. Invention évidente aussi s'agisant du pseudo-danger d'unions incestueuses.

Les dangers qu'il agite ne viennent donc en aucun cas du mariage civil, qui unit expressément deux personnes et seulement deux, et qui précise clairement les prohibitions. Idem pour le
pseudo-danger de lien avec un animal : il s'agit bien de personnes. Il n'y avait aucune raison que la loi modifie ces éléments constitutifs du mariage civil : il s'agissait uniquement d'abroger
la condition de différence de sexe entre les deux personnes et d'en tirer notamment les conséquences au niveau des prohibitions - conséquences qui ont conduit à les élargir.

L'absence d'anticipation de la part du cardinal Barbarin apparaît ici, car pour soutenir ses hypothèses alarmistes, il lui eût fallu soutenir aussi que la modification de la loi irait très
au-delà de son objet et qu'elle allait modifier très profondément le code civil. L'hypothèse de l'UOIF va encore plus loin, puisqu'elle suppose l'abandon de la notion de personne, ce qui est
énorme. Non seulement les "extensions" imaginaires agitées par le cardinal et par l'UOIF ne sont en aucune manière déductibles de la seule et unique proposition (abrogation de l'exigence de
différence de sexe) qui était avancée, mais encore le législateur est traité ici avec une grande désinvolture.



En réalité, là où le cardinal Barbarin a eu raison de s'alarmer, c'est qu'on voit de plus en plus que le mariage civil est vraiment disjoint du mariage religieux. L'illusion d'un mariage civil
comme sécularisation du mariage religieux tombe.



Merci pour le rappel du beau texte de Malebranche sur la raison universelle, que j'ai maintes fois expliqué et commenté avec mes élèves lorsque j'étais professeur.

Jean-Michel Muglioni 09/02/2014 17:02



J’ai trouvé une réflexion par ailleurs intéressante sur l’affaire du «  genre  », qui propose comme remède au malaise de l’école très exactement ce que je ne cesse de considérer comme
la cause du mal. L’opposition est si parfaite qu’elle me paraît éclairante.



Joël Roman, sur rue 89, le jeudi 6 février 2014, (http://rue89.nouvelobs.com/2014/02/05/refus-lecole-fausses-raisons-vrai-malaise-relu-pr-opirue-249613),
propose sous le titre «  Refus de l’école  : fausses raisons et vrai malaise  », une réflexion sur ce que révèle l’affaire dite de la «  théorie du genre  ». On y apprend
que l’ABCD de l’égalité aurait été «  initié, semble-t-il, par le prédécesseur de droite de Vincent Peillon, Luc Chatel  ». L’auteur remarque qu’«  un tel programme fait évidemment
référence à la notion «  la notion de «  genre  » («  gender  »), qui est reçue depuis plus de vingt ans dans les sciences sociales (aux Etats-Unis mais aussi en Europe)
pour distinguer le sexe biologique du rôle social et des imaginaires qui lui sont associés, ce qui soit dit en passant, a tout d’une évidence triviale  ». Cela fait plaisir à lire, comme un
commencement de réflexion sur l’idée que dans ce domaine la loi doit plutôt suivre les mœurs que les précéder. J’approuve même l’auteur lorsqu’il dit que la défiance des parents peut venir du
disfonctionnement de l’école et que trop souvent le corps enseignant peut donner l’impression de mépriser les élèves et leur famille, quoique ce ne soit pas selon moi la cause principale. Mais il
y a en particulier dans l’orientation non pas tant un racisme qu’une influence implicite et considérable des préjugés sociaux, dont les immigrés ne sont pas les seules victimes.
Mais tout cela, qui doit être dit, pour conclure sous le titre  : «  Des convergences étonnantes  »  :

«On n’a pas pu ne pas remarquer dans ce mouvement la convergence de milieux catholiques traditionnalistes et plutôt conservateurs, habituellement hostiles à l’immigration, avec des courants
musulmans pratiquants, unis dans la même défense des valeurs. Belle aubaine pour les laïcards de service, heureux de constater la convergence des religions dans l’obscurantisme  » Il ne
s’agit pas de dénoncer, comme le fait Catherine Kintzler, le fanatisme laïcard  : «  Pas si sûr  », poursuit l’auteur, «  car l’un des mots d’ordre de cette mobilisation est
«  nous demandons à l’école d’instruire, pas d’éduquer  », soit très exactement celui qui avait été au cœur de l’offensive instructionniste conduite contre la rénovation pédagogique,
dans les années 80, par plusieurs idéologues dont Jean-Claude Milner, Alain Finkielkraut, etc.,…  » Le lecteur comprendra que je me sente visé par ce etc. L’auteur poursuit  : « 
qui avait trouvé une oreille complaisante dans la personne de Jean-Pierre Chevènement  » - plus que complaisante, faudrait-il dire  : il nous a écoutés  ! Il nous a consultés 
! Mais lisons la suite «  et qui a servi ensuite de ciment idéologique au paradigme laïciste cherchant à bannir de l’école toute manifestation d’appartenance ou de convictions. Nous nous
réservons donc bien des surprises dans le constat des convergences idéologiques  !  »

Voici la conclusion  :
«  Or l’école publique se doit d’éduquer, car sa tâche n’est pas d’abord (et de moins en moins, il y a Internet pour cela) de transmettre des connaissances, mais de former des esprits libres
et critiques. Et cela ne passe pas par la mise entre parenthèses des appartenances et des convictions, mais par un patient travail de distanciation, d’acceptation du point de vue de l’autre, et
de réflexion sur la construction des identités. Y compris de genre…  »



Ce propos a le mérite de la clarté. Il repose sur l’idée que l’instruction ne forme pas des esprits libres et critiques, parce qu’elle ne ferait que «  transmettre des connaissances  ».
Et il est évident que si instruire, c’était simplement opérer une transmission, «  il y a Internet pour cela  »  ! On pourrait même transformer le ministère de l’éducation
nationale en ministère des postes et télécommunications. Mais si instruire, c’est apprendre, et si apprendre consiste à éveiller l’esprit de chacun pour qu’il devienne capable de conduire ses
pensées, alors il n’y a pas d’autre apprentissage de l’esprit critique que l’instruction. C’est une vielle affaire, que cette confusion entre apprendre et transvaser  : le Socrate de Platon
montre qu’apprendre n’est pas se remplir d’un savoir étranger ou extérieur  ; c’est retrouver en soi-même ce dont chacun, en tant qu’esprit, est gros – sans le secours d’internet, mais avec
celui d’un autre homme qui a déjà fait le chemin, ou, pour reprendre l’image socratique, qui sait accoucher les esprits. Et c’est pour cela qu’apprendre se dit aussi bien du maître que de
l’élève.
Tout repose ici sur la confusion devenue ordinaire aujourd’hui entre connaissance et information. Les informations d’une banque de données, ou celles d’une encyclopédie rangée en ordre
alphabétique, ne donnent pas l’ordre selon lequel la pensée accède à la compréhension effective du contenu du savoir. Or il faut suivre cet ordre (instruire aciem, c’est ranger l’armée en ordre
de bataille et non empiler les soldats) pour comprendre, commencer par l’erreur et la rectifier, pour apprendre à juger en connaissance de cause, et il faut pour cela un maître qui indique le
chemin  : seuls quelques hommes exceptionnels le retrouvent seuls à partir de livres. Ce qui est difficile dans une bibliothèque est-il encore possible sur internet  ? Il est donc vrai
qu’il n’est pas question, si tel est la vérité de l’enseignement, de prendre en compte des «  convictions  » qui, faute d’ordre, ne sont que des croyances subjectives.



La question est donc de savoir de quel côté est l’idéologie  : du côté d’un enseignement laïque qui se réduit ascétiquement à l’instruction stricto sensu (qui, je le répète, ne consiste pas
à enfourner des savoirs dans les cervelles), de l’autre une «  éducation  » qui n’est pas instruction, mais, je cite à nouveau «  passe par un patient travail de distanciation,
d’acceptation du point de vue de l’autre, et de réflexion sur la construction des identités. Y compris de genre  ». Or comment apprendre à distinguer sexe et genre autrement que par une
instruction  ? Serait-ce l’objet d’un débat entre partisans de deux camps  ? Et comment prendre ses distances avec ses préjugés sur ces questions sans s’instruire d’abord  ?



Une éducation qui consiste à transformer les convictions, quelque respect d’autrui que celui qui la prône veuille cultiver, est rigoureusement idéologique. Car le plus remarquable de l’article
que je viens de citer est l’inversion qui y est faite du terme d’idéologie  : l’idée d’instruction, qui repose sur toute la tradition philosophique et scientifique, est appelée idéologie,
quand le type d’éducation qui est prôné par l’auteur (la «  rénovation pédagogique  » dont à mes yeux la «  refondation de l’école  » l’expression) est au contraire très
réellement idéologique  ! Idéologique, c’est-à-dire reflet d’un ordre social et économique, reflet des échanges et des modes de production, reflet qui en est la justification.



Le grand sophiste Protagoras, qui, lui, savait ce qu’il faisait, soutenait qu’il n’y a que des opinions, ce que l’article app

Mezetulle 09/02/2014 23:44



[le logiciel a malencontreusement coupé la fin du commentaire précédent laissé par l'auteur lui-même, voici la fin du texte, avec les excuses de Mezetulle
:]


 


"Le grand sophiste Protagoras, qui, lui, savait ce qu’il faisait, soutenait qu’il n’y a que des opinions, ce que l’article appelle des convictions, des croyances, toutes subjectives donc, et que
l’éducation vise seulement à les transformer pour rendre la vie sociale possible, sans jamais qu’il soit question de vérité : l’instruction est le contraire de l’enseignement sophistique et
depuis plus de deux mille ans s’opposent ainsi deux conceptions de l’école. Il est vrai qu’aujourd’hui des philosophes de profession parfois ont pris le parti des sophistes."


Jean-Michel Muglioni


 



ted 09/02/2014 08:06


On peut être en faveur de l'égalité entre les hommes et les femmes (dans le sens où il ne doit pas y avoir de profession interdite aux femmes ou de concours spécifiques) et être malgré tout
inquiet par l'introduction de ce type d'enseignement et le discours qui l'accompagne.


 


 


Celui-ci mentionne par exemple qu'il devrait y avoir une égalité statistique entre les hommes et les femmes dans les diverses professions, que les écarts statistiques observés sont dûs à des
stéréotypes sociaux, et qu'il faut les déconstruire. Il sous-entend également que les écarts statistiques sont toujours en défaveur des femmes. Tous ces points se retrouvent dans le discours des
ministres qui ont défendu ce projet.


Or, aucun de ces points ne semble aller de soi...Pour prendre un exemple, un écart statistique connu est la surreprésentation des femmes dans les études de médecine, à hauteur de 60% après le
concours de première année. Or, parmi les professions CSP+, celle de médecin semble relativement protégée des évolutions de mise en concurrence observée chez les ingénieurs ou chez les avocats.
Un ingénieur doit gérer sa carrière, c'est à dire faire attention à rester 'valorisable sur le marché' : cela implique un stress et une possibilité d'échec...etc. Le statut de médecin reste plus
protecteur, et on conçoit donc que la différence statistique est ici plutôt à l'avantage des femmes.


 


 


Le fond du problème est que les études de genre (puisque ses promoteurs préférent à présent ce terme à celui de théorie du genre) ne font pas consensus d'un point de vue scientifique, et que la
foi qu'on leur accorde dépend du point de vue politique de chacun. Un progressiste sera par exemple convaincu par des conjectures plus fortes (mais peut-être aussi plus fausses) sur l'impact des
stéréotypes de genre qu'un conservteur bon teint.


Introduire ce type d'enseignement semble donc introduire un discours de type politique à l'école, et à un âge où les élèves ne sont pas en mesure de faire preuve d'esprit critique. Il y a donc
une possibilité d'endoctrinement, qui explique les inquiétudes. Ceci est détaillé par exemple dans cet article de JP Le Goff :


http://www.politique-autrement.org/spip.php?article612


 


 


Enfin, on peut se demander ce qu'en aurait pensé Condorcet. Et les thèses s'affrontent sur le site du Point :


http://www.lepoint.fr/societe/theorie-du-genre-c-est-condorcet-qu-on-assassine-30-01-2014-1786107_23.php


"Mais derrière cette stratégie, se trouve une autre idée, simple, si ce n'est simpliste : c'est aux parents et à eux seuls que revient l'éducation des enfants, l'école devant se contenter
de les instruire, ce qu'elle fait fort mal selon eux. Derrière cette offensive, nous assistons bien à une attaque en règle contre l'école, considérée comme un lieu où se fabriquent les citoyens,
une idée qui nous vient ni plus ni moins de la Révolution française. C'est Condorcet qu'on assassine !"


http://www.lepoint.fr/invites-du-point/jean-paul-brighelli/brighelli-abcd-et-b-a-ba-l-egalite-ne-se-decrete-pas-mme-vallaud-belkacem-03-02-2014-1787343_1886.php


"J'ai appris récemment, par un article d'un survivant du défunt Monde de l'éducation, que j'étais partiellement responsable des dérives extrémistes actuelles : prêcher le retour d'un enseignement
cohérent, privilégier l'instruction sur l'éducation (qui est, répétons-le, du strict ressort des familles, comme l'avait signalé Condorcet il y a plus de deux siècles), bref, vouloir le retour de
la République à l'école, voilà, paraît-il, le terreau sur lequel prospèrent les affirmations les plus folles. Très honoré. Amalgamez, il en restera toujours quelque chose."

Jean-Michel Muglioni 09/02/2014 17:22



Mezetulle a reçu la réponse de Jean-Michel Muglioni :


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1/ S’agit-il d’introduire un nouvel enseignement ou de demander aux maîtres de faire une critique de leur propre représentation du genre ? S’il s’agissait de l’invention d’une nouvelle
discipline, ce serait en effet absurde.


 


2/ L’aberration des défenseurs du ministère n’est pas une raison suffisante : l’ABCD n’est pas aussi caricatural que le discours public ou médiatique le laisse parfois entendre.


 


3/ L’argument du stress, qui ferait que les femmes sont plutôt médecins qu’ingénieurs (ce serait une profession protégée de la concurrence) est un exemple de préjugé du « genre »… Le
stress empêchait-il les infirmières de travailler à Diên Biên Phu, et au moins pour l’une d’elle, de s’y faire parachuter ? Et comment expliquer qu’il n’y ait plus trace de féminisation de
la médecine dès qu’on s’élève, par exemple, au niveau des doyens ?


 


4/ La théorie du genre est un phantasme ou une invention d’intégristes catholiques. Mais on sait depuis plus de deux mille ans que la distinction du sexe ne coïncide pas avec la distinction du
genre et que la représentation du masculin et du féminin varie selon les lieux et les temps. Sans compter que lune est en français du genre féminin et l’allemand Mond, masculin,
soleil masculin chez nous et Sonne féminin chez eux, pour ne prendre que l’exemple le plus commun : je l’ai appris en classe de sixième et cela m’a permis de ne plus
confondre genre et sexe.


 


Il est incontestable qu’il y a des préjugés qui font que les filles ne sont pas orientées dans certaines voies qu’on croit plus propres aux garçons, et inversement. Par exemple à Versailles, les
classes préparatoires scientifiques étaient dans les années 80 dans le lycée de garçons, les classes littéraires dans l’ancien lycée de filles : qu’on ne dise pas qu’il n’y a pas là une
forme d’aberration « générique ».


 


On peut lire sur ce sujet des paroles définitives du Socrate de Platon et des cyniques antiques. Mettre en garde les instituteurs et les professeurs contre ces préjugés doit pouvoir se faire sans
endoctrinement politique, et y rendre attentif une classe à l’occasion d’un texte, d’une analyse historique, ou même d’une situation vécue, me paraît faire partie de l’instruction élémentaire.
L’exemple de la médecine que donne ce commentaire montre à quel point de telles mises au point sont nécessaires.


 


Je ne peux faire parler Condorcet sur l’idée de genre, mais enfin il est un des premiers à avoir considéré qu’il fallait instruire les filles comme les garçons, et il ne leur réservait pas la
littérature !



Pascal 08/02/2014 19:19


Le «père» du Pacs et du mariage homo aux Pays-Bas travaille en effet à étendre le mariage à plus de deux personnes. A partir de 3.40 mn :


http://www.dailymotion.com/video/xxzwxi_boris-dittrich-pere-du-mariage-pour-tous-aux-pays-bas_news


 


Mohamed Moussaoui  s’est exprimé (pour le CFCM) au Sénat le 12 février 2013 à propos du «mariage pour tous». Il a précisé que le mariage musulman n’est
ni un sacrement, ni même un rite, qu’il est en quelque sorte un contrat civil, à tel point que le mariage d’un homme [avec une femme] à la mairie peut-être «religieusement» enregistré sans autre
formalité et cérémonie à la seule condition que deux témoins mahométans [mâles] aient assisté à la célébration. Vers la cinquième minute de l’intervention :


http://videos.senat.fr/video/videos/2013/video16576.html


et vers 2.30 mn des questions :


http://videos.senat.fr/video/videos/2013/video16577.html


 


Nous sommes donc bien en présence de deux mariages civils concurrents ! L’islam est avant tout une loi, un  messianisme politique (guerrier) et très
accessoirement une spiritualité ce qui n’empêche pas une sacralisation de cette loi et de l’organisation politique qui en découle. Cette concurrence se manifeste, entre autres, par la
transgression, largement pratiquée, du passage obligatoire en mairie avant le mariage «religieux», quand il y a passage en mairie.


 


Mohamed Moussaoui en réponse à une sénatrice n’a pas exclu que le «mariage pour tous» puisse provoquer une demande d’extension à la polygamie (vers la
vingtième minute des questions).

Jean-Michel Muglioni 09/02/2014 17:19



Mezetulle a reçu la réponse de Jean-Michel Muglioni :


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Il y a en effet des mariages musulmans illégaux et des musulmans hostiles à la loi républicaine. Cela ne préjuge pas de la spiritualité des autres, qui me semblent les plus nombreux. Il a fallu
du temps et des luttes pour que le catholicisme abandonne l’état civil. Et beaucoup de musulmans aujourd’hui sont déjà aussi éloignés de l’islam (et non de l’Islam) que beaucoup de nos
catholiques du pape ou de l’Eglise !



Alcide-Claude Ridrik 07/02/2014 12:04


@ Catherine Kintzler


 


Le cardinal Barbarin n'est pas concerné par cette remarque puisqu'il n'a jamais préconisé la modification de l'article 433-21 du code pénal qui interdit à tout ministre d'un culte de célébrer un
mariage religieux sans avoir reçu un acte de mariage civil. En revanche il ne faut peut-être pas sous-estimer les capacités d'analyse et d'anticipation du cardinal. Il a pu considérer que la
dénomination officielle de « mariage pour tous » pour qualifier le mariage homosexuel n'était pas dénuée de signification dans un monde où la dynamique de l'égalité a un caractère
irrésistible. Peut-être avait-il lu l'interview que Jacques Derrida avait donnée au journal Le Monde le 19 août 2004 dans laquelle le philosophe déclarait : « En supprimant le mot et le
concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une
sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. ». Peut-être avait-il lu l'article
publié dans ce même journal par l'écrivain Lionel Labosse le 18 mai 2012 dans lequel celui-ci suggérait de « ne pas cantonner au nombre de deux les unions légales » et de substituer au
mariage un « contrat universel » « où le « trouple » ou « ménage à trois » serait l'une des possibilités ». Peut-être avait-il eu connaissance en lisant
Libération le 3 octobre 2012 du soutien que des Mormons fondamentalistes de l'Utah apportaient à Obama parce que ce dernier était favorable au mariage homosexuel et qu'ils escomptaient pouvoir
faire étendre cette disposition à la polygamie. L'un d'entre eux, un nommé Joë Darger avait alors déclaré : « S’il est réélu et que cela va plus loin, alors on pourra se battre encore un
peu plus pour rétablir la polygamie. Après tout, ce ne sont que deux modes de vies différents et le gouvernement ne devrait pas nous dicter ce que l’on peut faire dans nos chambres à coucher
». Quant aux Musulmans de l'UOIF, pour dangereux qu'ils soient, ils ne sont pas forcément dépourvus de capacités réflexives. Dans le texte où ils faisaient de la zoophilie le possible
horizon du mariage sur tous, ils se fondaient sur l'argument abondamment utilisé selon lequel dès lors qu'on s'aime on a le droit de se marier. Sans doute sommes-nous accoutumés
à penser qu'il faut préférer son ami(e) à son chien(ne), mais notre modernité peu malebranchienne abolissant progressivement la frontière qui séparait l'homme de l'animal, qui nous garantit qu'il
en sera ainsi demain ? Déjà au mois de juillet 2009 une Ghanéenne de 29 ans, Emily Mabou, épousait son chien ...

Martine Hello 06/02/2014 18:33


Accusés  de reproduire inconsciemment  les inégalités entre filles et garçons  et donc  culpabilisés,  n'est-il pas préoccupant  que  les maîtres ne réagissent
pas  à une prétention du ministère  à régenter leur supposé inconscient collectif  que " l'ABCD de l'égalité"  viserait  à combattre  ?
Au lieu de  gaspiller ainsi  argent , temps et personnel ,  si V. Peillon   se mettait sérieusement au travail  et revenait à la tâche première qui incombe  à
son ministère : l'instruction  qu'il ignore délibérément  depuis le départ   et dont découle une éducation scolaire différente de l'éducation familiale  . Ces deux
éducations  sont complémentaires et le défaut de l'une ou de l'autre nuit  aux  élèves  et rend la tâche plus difficile  ou aux  maîtres  ou aux parents en
fonction du défaut . Quand les  deux font défaut , c'est la pire  situation pour  élèves , maîtres et parents . Le naufrage de l'école primaire et ses  funestes méthodes 
de lecture par mémorisation  responsables de  l'explosion de  la  dyslexie ,  d'un illettrisme croissant  et d'un échec scolaire destructeur  étant 
suffisamment alarmants , monsieur Peillon  pourrait en profiter pour  prouver que " pouvoir " est un verbe  transitif qui induit une action et pas seulement un substantif .
Que N. V. Belcacem  se rassure : la  réussite scolaire des filles prouve qu'elles ont intégré l'émancipation par l'instruction mais c'est après que les obstacles surgissent lorsqu'elles
estiment , à raison, vouloir concilier travail et enfants : pas de place en crèches  . Alors si  madame Belcacem  oeuvrait pour la création  de crèches , ça réjouirait les
femmes .

Martine Hello
Rennes

Jean-Michel Muglioni 09/02/2014 21:35



Mezetulle a reçu la réponse de Jean-Michel Muglioni:


***********


 


 


Je vous réponds uniquement pour préciser ma propre pensée.


J’ai soutenu que si l’école était une école, c’est-à-dire instruisait, nous n’aurions pas ce tohu-bohu.


Je n’ai pas dit qu’instituteurs et professeurs étaient plus que les autres libérés de préjugés déterminant leur attitude à l’égard des garçons et des filles, des jeunes gens et des jeunes filles,
des hommes et des femmes. Il me paraît au contraire incontestable que de tels préjugés sévissent même au sein de l’éducation nationale. Je me souviens d’une classe terminale dite littéraire, au
début des années 70, où j’avais un garçon pour trente deux jeunes filles, pendant que la classe dite scientifique ne comptait que peu de jeunes filles. Il n’y a donc rien d’aberrant à ce qu’une
directive ministérielle mette en garde l’ensemble des personnels contre les préjugés qui font que parfois, sans qu’on s’en rende compte, on n’adopte pas la même attitude à l’égard des uns et des
autres (par exemple dans l’orientation scolaire) alors qu’il n’y a aucune raison de faire une différence. Chacun, et moi-même aussi bien, peut se surprendre le jouet de ce genre d’illusion. Les
femmes sont parfois elles-mêmes pires que les hommes s’il s’agit d’enfermer d’autres femmes dans une certaine représentation d’elles-mêmes qui les place en position d’infériorité.


Ainsi, s’il suffit que l’école instruise, elle ne peut instruire de la même façon les élèves des deux sexes que si les instituteurs et les professeurs savent mettre entre parenthèses leurs
préjugés sur ces questions de genre. L’ABCD de l’égalité peut être utile de ce point de vue.


Reste qu’il y aura toujours une tension entre l’instruction véritable et l’éducation familiale ou plutôt les diverses éducations familiales. Et mieux vaut une telle tension qu’un Etat totalitaire
chargé de l’éducation à la place des parents. Je ne sache pas qu’aujourd’hui il soit question de limiter le rôle des parents ! Mais indépendamment de cela, l’autorité des maîtres a toujours
été contestée. Elle ne peut être respectée que dans un cadre institutionnel qui suppose une volonté politique et le consentement du peuple. Nous n’avons ni ce cadre, ni cette volonté, ni ce
consentement.


Maintenant, le naufrage de l’école n’est pas responsable de tous les maux présents. Je vous accorde par exemple que de mauvaises manières d’enseigner la lecture produisent des échecs qu’il est
aberrant de mettre sur le compte de la dyslexie. Mais il y a aussi des échecs dus à la dyslexie qui ne sont pas diagnostiqués : car la dyslexie est quelque chose de réel et de maîtrisable
(je ne dis pas « soignable », car ce n’est pas plus une maladie que le fait d’être gaucher). Voilà un exemple où l’information des maîtres est radicalement insuffisante.


Quant à la réussite scolaire des filles, elle prouve, contrairement à ce que vous écrivez, que le problème soulevé par Mme Vallaud-Belkacem (langue de bois de talent, mais c’est son métier) est
réel. D’où vient en effet l’échec des garçons, sinon de ce qu’on les enferme dans la représentation du sportif inculte dès le plus jeune âge ? Je vais me faire des ennemis, mais tant
pis : interdisez le football, et vous rétablirez l’équilibre. Voilà un bel exemple de préjugé du genre ! Sans commentaire, s’il vous plaît !



Catherine Kintzler 06/02/2014 16:34


@ commentateur n°1


Au sujet de la déclaration du cardinal Barbarin, elle mérite tout de même quelques remarques :


1° Pour le "risque de polygamie" : cette dernière est admise dans certaines religions. Donc le "rempart" (pour reprendre le terme dun cardinal Barbarin) le plus efficace contre la polygamie est
l'obligation du mariage civil pour pouvoir célébrer un mariage religieux quelconque. 


 


2° Pour le "risque de voir tomber la prohibition de l'inceste" : les prohibitions au mariage ont au contraire été étendues par l'extension du mariage aux personnes de même sexe. Il suffit de lire
la loi pour s'en rendre compte. Le cardinal Barbarin aurait pu réfléchir à cela et anticiper un peu sur les conséquences juridiques d'une telle loi avant de tenir des propos manifestement
passionnels.


 


3° A cette irréflexion se joint, bien sûr, un serrage de vis bienpensant qui n'étonnera personne, venant d'un prélat :


En effet, la loi n'attribue aucune finalité au mariage civil, alors que les propos du cardinal Barbarin le font : il est clair que pour lui le mariage a pour finalité la procréation. 


La loi, elle ne s'autorise pas une telle ingérence dans l'intimité des mariés. 


 


Mais j'ai déjà avancé une hypothèse qui pourrait expliquer pourquoi les dignitaires religieux ont perdu leur sang-froid : ils ont découvert, une fois de plus, que le mariage civil a des
propriétés entièrement disjointes de celles du mariage religieux. Voir cet article : http://www.mezetulle.net/article-le-mariage-homo-revelateur-du-mariage-civil-112162494.html


 


"Tant de fiel entre-t-il dans l'âme des dévots ?"

Larvatus 06/02/2014 13:46


C'est exactement ça : la confusion sur les missions de l'école, son fonctionnement, sa structure. Inviter les parents au débat et considérer l'école comme on lieu où on transmet des "valeurs". Or
rien ne sert de remplacer des préjugés par d'autres préjugés, même si on les appelle "valeurs"... Pour "déconstruire" les stéréotypes, il ne faut qu'instuire les enfants, leur apprendre les
mathématiques - non pour leur apprendre à calculer ou à devenir des financiers, mais pour leur apprendre à raisonner. Mathématiques, grammaire, orthographe, lecture des grands textes : le reste
se fera tout seul.

Alcide-Claude Ridrik 06/02/2014 10:50


Quel est donc le cardinal qui a dit au printemps dernier que la législation sur le mariage homosexuel ouvrait la porte à la zoophilie ? Une déclaration de cette nature a été faite le 13 novembre
2012 par l'Union des Organisations Islamiques de France, mais l'UOIF ne compte pas beaucoup de cardinaux parmi ses membres. Le cardinal Barbarin, si c'est à lui qu'il est fait allusion, avait
seulement déclaré dans une interview le 14 septembre 2012 : "Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou quatre. Après, un jour peut-être, l'interdiction de l'inceste tombera".

Jean-Michel Muglioni 06/02/2014 16:09



Mezetulle a reçu la réponse de Jean-Michel Muglioni :


*************


En effet, vérification faite autant qu'il est possible sur le net, le cardinal a dénoncé - "seulement" - le risque de polygamie et d'inceste, et c'est
l'UOIF qui a parlé de polyandrie et de zoophilie... Je vous prie donc d'excuser
cette erreur. Mais change-t-elle quelque chose à mon argumentation?  


Vous me donnez l'occasion d'ajouter que les parents d'élèves catholiques, musulmans ou incroyants, etc., pouvant mettre leurs enfants dans la même école publique, cette école ne peut qu'être un
champ de bataille si chacun y fait valoir ses valeurs.



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