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Suppression des passages pour piétons
Il va de soi que les passages pour piétons sont là pour protéger ces derniers et leur permettre de traverser la chaussée relativement à l'abri des véhicules (du moins
juridiquement !). Cela est vrai, et on devrait prendre l'habitude de les emprunter systématiquement, surtout lorsqu'ils sont accompagnés de feux tricolores. Pourtant, paradoxalement, le piéton
jouit d'une plus grande aire de protection lorsqu'ils n'existent pas. C'est pourquoi ils seront supprimés dans certaines conditions.
Traverser dans les clous : c'est à quoi le piéton est légalement obligé lorsqu'un passage pour piétons est aménagé à moins de 50 m de l'endroit où il s'apprête à s'engager sur la chaussée (code
de la route, art. R412-37). Autrement dit, s'il
traverse en dehors des
clous alors qu'un passage pour piétons existe à moins de 50 m, loin de bénéficier d'une quelconque priorité, sa responsabilité est engagée en cas d'accident. Autrement dit encore : le passage
pour piétons lève toute protection « en dehors des clous » dans un espace de 50m de part et d'autre.
En revanche, lorsqu'aucun passage pour piéton n'existe ou que le plus proche est à plus de 50m, le piéton jouit de la priorité « en s'engageant sur la chaussée » (art. R415-11)
c'est-à-dire dès qu'il manifeste l'intention de traverser, pourvu que ce faisant il tienne compte de la visibilité et de la vitesse des véhicules. Mais pouvoir regarder fixement et ostensiblement
pendant quelques secondes le pare-brise d'un véhicule qui s'approche, n'est-ce pas déjà tenir compte de cette vitesse ? Autant dire que le piéton a dans ce cas une priorité quasi-absolue alors
que la permission expresse de traverser matérialisée par un passage pour piétons restreint sa liberté. On retrouve ici un beau sujet de pensée sur la fonction du silence de la loi et sur l'effet
paradoxalement contraignant de dispositions permissives expresses.
On comprend facilement que les passages pour piétons doivent être maintenus sur les axes larges et /ou à grande circulation, ainsi qu'en zone non habitée à faible visibilité. Mais ils sont en
revanche un piège pour les piétons qui traversent volontiers n'importe où dans les rues secondaires des zones habitées. Il est donc logique de les supprimer sur ce type de voie, rendant ainsi
la chaussée juridiquement favorable à tout endroit pour les piétons qui traversent.
C'est en suivant cette logique que la plupart des agglomérations supprimeront bientôt les passages pour piétons sur leur réseau secondaire urbain. La mesure, annoncée conjointement sur le site du
Ministère de l'intérieur et celui du Ministère du développement durable et des transports, après avoir été testée et accompagnée de panneaux explicatifs dans un ensemble de villes moyennes et certains quartiers des
grandes villes, s'imposera aux collectivités locales et sera mise en application à compter du 1er avril 2013.
On ne dit pas combien de tonnes de peinture et d'heures de travail pour peindre les zébrures seront économisées ainsi.
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