16 décembre 1970 3 16 /12 /décembre /1970 15:14

 

Spinoza « le sage trompeur » et l'art d'écrire
Sur le livre de Jean-Claude Milner Le sage trompeur
par Catherine Kintzler

En ligne le 22 mai 2013


Dans son ouvrage Le sage trompeur. Libres raisonnements sur Spinoza et les Juifs. Court traité de lecture I (Lagrasse : Verdier, 2013), Jean-Claude Milner se livre à une enquête minutieuse sur un texte de Spinoza fort connu, le paragraphe « Aujourd'hui les Juifs » figurant à la fin du chapitre 3 du Traité théologico-politique. A cet effet, il mobilise un art de lire répondant à un art d'écrire - il faut les tirer tous deux de l'oubli.  A l'issue d'un parcours digne d'une Detective story, le lecteur découvre une lumière crue. Si Spinoza en sort grandi comme écrivain, il n'en va pas de même pour l'icône philosophique, le révéré - mais prétendu - théoricien de la liberté politique devant lequel des générations de professeurs de philosophie ont cru bon de faire génuflexion. 

Sommaire de l'article
1 - Réapprendre à lire
2 - Spinoza et l'art d'écrire sub rosa

Exercice

Notes


1 - Réapprendre à lire

D'après le second sous-titre, c'est un Court traité de lecture I. Il y aura donc, au moins, un second volume. S'agirait-il d'apprendre à lire à des lecteurs avertis, puisqu'il est question d'un auteur réputé difficile ? Il s'agirait plutôt de les sortir de leur mode de lecture pour leur en proposer un autre, qu'ils n'auraient pas appris. Ce sous-titre, outre qu'il sonne en l'occurrence très « Spinoza » (1), n'est pas sans évoquer le fameux recueil Lire le Capital que Louis Althusser, Etienne Balibar, Roger Establet, Pierre Macherey et Jacques Rancière publièrent en 1965 chez Maspero. Plus largement, la question de la lecture des textes philosophiques et de sa méthode fait signe vers le grand renouveau qu'elle connut à cette période très féconde des années 1960 - je pense notamment au célèbre article d'Althusser sur Jean-Jacques Rousseau, aux ouvrages monumentaux de Martial Gueroult Descartes selon l'ordre des raisons et Spinoza (2).

Car nous avons affaire à une explication de texte minutieuse, qui plus est d'un texte de la philosophie classique : un paragraphe fort connu du Traité théologico-politique de Spinoza (1670 - abrégéTTP). Placé à la fin du chapitre 3 de cet ouvrage, le texte Hodie Judaei (« Aujourd'hui les Juifs ») se présente comme une sorte de manifeste répondant à la question de la pérennité des Juifs  : comment les Juifs sont-ils possibles ?

Lire ou relire un texte classique en réapprenant à lire, en suspendant (ce qui ne signifie pas y renoncer) les techniques de lecture principalement héritées des années glorieuses dont je viens de parler et auxquelles maint linguiste structuraliste a contribué : tel est l'un des enjeux, peu souligné par les commentateurs, du livre de Jean-Claude Milner. Mais à quoi bon, et à quoi bon sur ce texte plutôt que sur un autre ?

Il est bon de le faire parce que la question « Comment les Juifs sont-ils [encore] possibles? », même si elle ne se présente pas sous les mêmes aspects pour nous et au cœur du XVIIe siècle - et même à cause de cela - n'est pas éteinte. Comme le dit l'auteur dans la quatrième de couverture : « Elle inquiète plus que jamais et bien au-delà de l'Europe ».

Il est bon de le faire parce que l'auteur, d'emblée, embarque son lecteur à la découverte d'un art de lire qui, bien qu'il ne soit pas exclusif de ceux qui nous ont nourris et nous ont permis de rafraîchir maint grand texte, leur est fondamentalement étranger. De sorte qu'il faut pratiquer ces deux types de lecture de façon disjointe - mais pas forcément concurrente  - car ils n'ouvrent pas sur les mêmes champs de vision. L'art de lire (j'emploie ce terme à dessein parce qu'il suppose en face un texte composé selon un art d'écrire très précis) que mobilise Jean-Claude Milner n'est pas totalement nouveau, puisant ses outils dans une pratique que nos grands instituteurs de la lecture philosophique, même s'ils la connaissaient, même s'ils en faisaient grand cas, ont dû suspendre pour établir la leur. Cette lecture ne requiert pas seulement des opérations logiques, lexicales et grammaticales (il faut être un bon latiniste pour lire Spinoza), elle ne requiert pas - et là il faudrait plutôt dire : elle récuse - le postulat de la cohérence interne du texte, puisqu'elle consiste principalement à soupçonner le texte. Davantage même : elle consiste à supposer que le texte s'offre délibérément à une lecture soupçonneuse, qu'il relève d'un art d'écrire destiné à éveiller le soupçon. Aussi les amateurs de romans policiers s'en délecteront. Elle requiert de ce fait un dispositif d'information, une technique de renseignement, une sorte d'Intelligence service reposant sur un savoir d'érudition, ce savoir livresque que la lecture de seconde moitié du XXe siècle se fit gloire d'écarter.

Une telle érudition couvre non seulement le détail du contenu explicite du texte - par exemple ici ce que Spinoza dit de l'Espagne, du Portugal, des Chinois et de l'espèce de « virgule » (comma) qu'ils portent sur la tête (la natte), de l'étrange comparaison entre cette « virgule », par définition visible publiquement, et la circoncision des Juifs, intime par définition. Tout cela mérite d'être rapporté à ce que l'auteur pouvait en savoir, à ce que ses lecteurs pouvaient en savoir, et surtout à ce que l'auteur savait que ses lecteurs savaient.

Mais cette érudition et cette attitude de lecture portent aussi sur ce qui n'est pas dit, dans la mesure précise où ce qui est dit y renvoie. L'habitude de lire les textes, et particulièrement les textes théoriques, comme autosuffisants (du moins à l'échelle d'une œuvre), engendre un point aveugle ; elle néglige une tradition que les classiques non seulement connaissaient mais pratiquaient dans un art d'écrire aujourd'hui abandonné par l'écriture théorique et qui ne se perpétue que dans certaines formes littéraires. Le texte explicite certes dit ce qu'il dit, mais ce qui est dit se présente comme fragment et fait signe vers ce qui lui manque tout en le cachant aux lecteurs non-avertis. Le fragment témoigne d'une absence. Dans cette démarche de décryptage, pour ne pas sombrer dans le délire d'interprétation en traitant systématiquement tout texte comme chiffré, toute la question est de détecter ces témoins de manière certaine - j'y reviendrai à plusieurs reprises. La tradition qui perpétue la lecture des fragments comme fragments est celle des Inscriptions, elle mobilise un art d'écrire qui produit volontairement un effet d'énigme volontiers concentré en brièveté. Telles sont les inscriptions sur les monuments et les devises.

Page 14, Jean-Claude Milner donne l'exemple de la devise des éditeurs Sic vos non vobis - dont l'intelligibilité exige « une petite culture latine » qui excède la connaissance de la grammaire et du vocabulaire, qui interprète l'échec de cette connaissance à comprendre comme une invitation expresse à en sortir. C'est précisément dans la mesure où le bon latiniste s'y casse les dents que la culture latine érudite doit prendre le relais du savoir linguistique pour combler la lacune de ce dernier - et c'est précisément l'impuissance de ce dernier qui fait signe vers un complément essentiel. L'incompréhensible séquence Sic vos non vobis ne se construit et ne s'éclaire que si on sort du texte pour rétablir ce qui lui manque, ce à quoi il fait appel - en l'occurrence un vers attribué à Virgile, vers qu'il faut connaître d'avance, de manière disjointe de l'acte de lecture proprement dit, pour voir la signification apparaître (3).
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2 - Spinoza et l'art d'écrire Sub rosa. Le faux, signe du vrai

Un tel art d'écrire, hérité en grande partie des techniques de mémoire en vigueur dans les cultures orales, semble bien éloigné de nous. Nous continuons à le pratiquer dans nos jeux de lettres et autres mots croisés. Peut-être connaît-il une sorte de renouveau avec l'émergence des formes brèves - sms et tweet. Il se révèle particulièrement utile lorsqu'on doit écrire à mots couverts en période de censure, de persécution, y compris lorsqu'elles prennent les formes insidieuses de la pression sociale limitant les énoncés explicites à ce qui est admissible par les honnêtes gens et les cœurs tendres, à ce qui est politiquement correct. C'est avec pertinence que Jean-Claude Milner se réfère à plusieurs reprises à l'ouvrage de Leo Strauss La persécution et l'art d'écrire (1941, rééd. fr. Editions de l'Eclat, 2003).

Il est vrai que Spinoza, dans son TTP et ailleurs, dit bien des choses allant à l'encontre de quelques opinions courantes, mais elles sont souvent accessibles à une lecture simple, non érudite. Peut-on, doit-on, aller au-delà? Sur quels fondements lui attribuer le recours à l'art de crypter ses propos ? Et, si cela est avéré, qu'aurait-il à dire de si choquant ?

C'est ici que deux pistes se croisent, deux fils convergents que l'auteur s'emploie d'abord à repérer et qu'il ne lâchera pas une fois entré dans les sinuosités d'un labyrinthe où, à la poursuite d'un Spinoza crypteur, il entraîne le lecteur. A l'issue d'un parcours digne d'une Detective story (4), on est exposé à une lumière crue. Pour ne pas trop déflorer la conclusion de l'enquête (5), disons seulement que si Spinoza en sort grandi comme écrivain, il n'en va pas de même pour l'icône philosophique, le révéré théoricien de la liberté politique devant lequel des générations de professeurs de philosophie ont cru bon de faire génuflexion. Gageons que parmi eux certains, plus nombreux qu'on ne pense, sauront gré à Milner d'ôter quelques boulons décisifs à la statue.

La piste brève d'abord. Elle fournit une clé qu'on retrouvera à la fin du livre. C'est un décryptage du fameux sceau de Spinoza, la devise Caute accompagnée de l'image d'une rose. Ce sceau a déjà été l'objet d'études savantes faisant apparaître que Spinoza écrit Sub rosa - expression longtemps utilisée pour désigner ce qui n'a pas à être divulgué. Quant à l'adverbe caute, sa traduction ne met guère le latiniste moyen en difficulté : « prudemment ». L'affaire ne s'arrête pas à cette platitude. On peut considérer que l'adverbe, placé Sub rosa, est le résidu d'une ellipse, celle du verbe qu'il devrait en principe affecter. Sur ce point, les commentateurs varient autant sur la personne à employer que sur le mode ou sur le lexique - j'écris prudemment / j'agis prudemment  / agis prudemment / lis prudemment / agir prudemment.
Mais toutes ces hypothèses, parfaitement vraisemblables, s'en tiennent à la restauration du message par voie linguistique. Restait à avancer l'hypothèse extra-linguistique érudite, non plus de l'ellipse, mais de la brachyologie : considérer la devise comme un fragment d'une citation connue à l'époque, sur le modèle de Sic vos non vobis. Or ce texte existe, en l'espèce une formule proverbiale issue du Livre du courtisan de Castiglione : Si non caste, tamen caute - reprise d'une sentence, d'un conseil d'Adalbert de Brême préoccupé au XIe siècle par le peu d'observation de la règle du célibat par les prêtres. Milner traduit donc : « Si pas de manière chaste, du moins de manière prudente ».  Autrement dit, Spinoza avertit ceux de ses lecteurs capables de rétablir la maxime complète qu'ils doivent s'attendre, en le lisant, à découvrir des propositions indécentes choquant l'honnêteté ordinaire, mais placées sous les oripeaux de la prudence. La méthode de lecture, en outre encouragée par le nom même de Spinoza - l'épineux - est suggérée au lecteur savant : sous ses aimables couleurs, la rose cache des épines qu'il s'agit de bien dégager, au risque d'être blessé.

Armé de cette clé en forme de sécateur, Jean-Claude Milner approche donc le texte, ce manifeste Hodie Judaei, et en coupe les pétales pour chercher les épines. C'est la deuxième piste : le chemin proprement dit. Pourquoi ce texte plutôt qu'un autre ? On l'a dit, parce qu'il recèle les vues de Spinoza sur une question qui aujourd'hui est loin d'être épuisée. Parce qu'il fut et est toujours l'objet de nombreux commentaires. Mais aussi parce qu'il est hautement soupçonnable, rempli de faussetés suspectes : « Le texte m'a toujours paru moins limpide qu'on ne dit ».

A y regarder de près, en examinant le contenu du texte et ses références factuelles à la lumière d'une lecture érudite et suspicieuse, tant de choses y clochent, et de manière si flagrante à l'œil du détective, qu'on est en droit de se demander si Spinoza n'y a pas délibérément accumulé les bourdes, des contre-vérités auxquelles il faut ajouter  - horreur, sacrilège - une grossière faute de raisonnement.
Non seulement ce que Spinoza dit de l'Espagne, du Portugal, des Chinois et de leur comma, est faux, non seulement il est impossible de penser que Spinoza ait ignoré cette fausseté, non seulement il savait que ses lecteurs avisés pouvaient déceler cette fausseté, mais encore, à supposer que tout cela soit indifférent, son raisonnement ne fonctionne qu'au prix d'un paralogisme. Cela fait beaucoup. Assez en tout cas pour s'autoriser à recourir au principe de lecture formulé par Leo Strauss dans La persécution et l'art d'écrire : « Quand un maître en l'art d'écrire fait des faux pas tels qu'ils feraient honte à un jeune lycéen intelligent, il est raisonnable de penser qu'ils sont intentionnels. » (p. 20)

Restait à transformer le sécateur en coupe-coupe afin de frayer un chemin à travers la forêt labyrinthique qui surgit alors. Avec quelle boussole ? Jean-Claude Milner la constitue à l'instar de tous les enquêteurs : rassembler les éléments suspects récoltés, les joindre par une ligne dessinant la route dont le texte explicite, émaillé qu'il est d'énigmes en forme d'avertissement, est à la fois le cache et le révélateur.

Des résultats, de cette lumière crue à laquelle la cartographie ainsi obtenue conduit, je ne dirai pas le détail - disons pour aller vite que Spinoza envisage une politique d'apostasie générale des Juifs, une forme d'effacement auto-consenti qui a les propriétés rigoureuses d'un crime parfait, sans effusion de sang  (je paraphrase ici l'article cité à la note 5). Mais sans la progression par le rallye qui y mène et s'en conclut, ils sont en effet incroyables, bouleversant ce qui apparaît comme un credo bien installé dans la vulgate philosophique. On finit par se demander avec l'auteur comment on a pu ainsi transformer ce doctrinaire de la persécution parfaite en icône de la liberté de croyance. L'une des réponses à cette interrogation, peut-être la moins épineuse, est que l'art d'écrire et avec lui le recours au savoir livresque ont été refoulés. Je laisse au lecteur le plaisir, la joie intellectuelle, en l'occurrence plus cartésienne que spinoziste (6), de se piquer aux autres épines que le livre rassemble en un buisson final.
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Exercice


Commencée au début, je termine à présent la lecture du titre de l'ouvrage en faisant à mon tour l'exercice, sinon de la brachyologie, du moins de l'ellipse et de l'équivocité.

Libres raisonnements sur Spinoza et les Juifs. Libres ? oui, en ce sens qu'ils sont détachés, affranchis du culte que le lecteur philosophe est bien souvent prié de vouer à Spinoza. Mais libres aussi au sens de Spinoza, c'est-à-dire étroitement serrés en chaînes de raisons qui mènent à la forme la plus haute de liberté qu'est la nécessité des conclusions.

Le sage trompeur. Facile : l'élément manquant est à l'évidence le nom propre Spinoza, dont cette séquence est l'apposition. On lira donc : « Spinoza, le sage trompeur » . Ce qui peut se comprendre en plusieurs sens. Spinoza nous trompe en sage, pour nous dire quelque chose qu'il pense être sage, mais qui est difficile à entendre.
Ou encore : Spinoza est sage de nous tromper, car ce qu'il dit est choquant pour les honnêtes gens, pour ces philosophes de profession qui lui vouent un culte infantile, en fait pour tout le monde bienpensant.
Ou encore : Spinoza, pas si sage qu'on le dit, qu'on le croit ; c'est un pseudo-sage.
L'occurrence certes est particulière (fin du chapitre 3 du TTP), mais c'est une belle voie d'eau dans un bâtiment qu'on croyait insubmersible.

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© Catherine Kintzler, 2013

 

5 mai 2014. Voir l'article de Charles Arambourou Quand un talmudiste réppond à Jean-Claude Milner, sur le livre d'Ivan Segré Le manteau de Spinoza

 

Notes 

1 - Certes, Jean-Claude Milner a déjà utilisé ce terme générique pour deux de ses précédents ouvrages (Court traité politique I et II, Verdier 2011), mais il sait que dans ce cas le sous-titre sera perçu comme un clin d'œil du fait que Spinoza a lui-même écrit un ouvrage intitulé Court traité.
2 - Louis Althusser «  L'impensé de Jean-Jacques Rousseau  », Cahiers pour l'analyse n° 8, 1967. Martial Gueroult Descartes selon l'ordre des raisons, 2 vol. Paris : Aubier 1953 ; Spinoza, 2 vol. Paris : Aubier, 1968
3 - Sic vos non vobis mellificatis, apes : « Ainsi, ce n'est pas pour vous que vous produisez du miel, O abeilles » - on comprend alors que la maison d'édition suggère que, à l'instar des abeilles, elle travaille au profit d'autrui, les lecteurs. Le procédé érudit fonctionne en vertu d'une connaissance a priori, supposée par l'auteur chez son lecteur, connaissance que le fragment est censée réveiller dans un mécanisme de par cœur. On peut voir là une persistance et une utilisation de la culture orale et des arts de mémoire, décrite notamment par Eric Havelock dans son recueil de textes sur l'alphabet Aux origines de la civilisation écrite en Occident (trad. fr. Maspero, 1979) dont Mezetulle a fait état dans cet article  .
4 - J.-C. Milner écrivit naguère un ouvrage (notamment consacré à Georges Dumézil) intitulé Détections fictives (Seuil, 1985), il n'est nul besoin d'être angliciste pour déceler la contrepèterie.
5 - Les lecteurs pressés peuvent en avoir une idée en lisant quelques articles de recension sur le web, dont l'excellent texte de Roger-Pol Droit.
6 - « [...] j'avoue qu'il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance » Descartes, Lettre à Elisabeth, 6 octobre 1643.

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commentaires

Fabien Besnard 24/05/2013 12:05


Merci pour votre réponse. Si j'ai bien compris Milner ne dit pas "crime", mais "persécution"... c'est encore pire. On peut accompagner ces mots de toutes les précautions que l'on veut, ils sont
disproportionnés lorsqu'il s'agit tout simplement de discuter d'une opinion, sauf bien sûr si l'intention est de diaboliser de façon subliminale son adversaire. Ce qui n'est pas une opinion en
revanche, mais un fait, c'est l'exclusion de Spinoza de la communauté juive parce qu'il avait le tort de penser librement. Exclusion accompagnée de charmantes malédictions dont on peut trouver le
texte ici :


http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http://www.akadem.org/photos/contextuels/59_1_Herem.pdf&title=texte%20du%20herem

Catherine Kintzler 24/05/2013 21:51



Aussi longtemps qu'on n'a pas lu le livre, on peut penser tout ce qu'on veut de la présence de tel ou tel mot pris isolément ; on peut penser que l'auteur ignore le herem dont Spinoza
fut l'objet ; on peut aussi lui attribuer l'ignorance de l'histoire du XVIIe siècle, de ce que Spinoza pourvait en savoir, de ce qu'il pouvait avoir lu, de ce qu'il avait dans sa bibliothèque, de
ce que disent les nombreux commentateurs érudits du TTP qui sont cités en note, et pourquoi pas aussi l'ignorance du latin pendant qu'on y est ?



J'ose suggérer que lire le livre serait une bonne idée pour en avoir le cœur net, et aussi pour se faire une idée sur d'autres hypothèses (comme par exemple: discussion d'opinion, procédés
subliminaux employés à des fins de diabolisation).



Fabien Besnard 23/05/2013 12:03


L'apostasie, un crime ?

Catherine Kintzler 23/05/2013 14:59



Je n'ai pas écrit que l'apostasie est un crime. J'ai écrit, prévenant le lecteur qu'il s'agit d'un résumé hâtif inspiré d'une paraphrase d'un auteur autre que l'auteur du livre : "une politique
d'apostasie générale des Juifs, une forme d'effacement auto-consenti qui a les propriétés rigoureuses d'un crime parfait". C'est la généralité de l'apostasie en tant que
politique pratiquée par la voie de l'auto-consentement qui a les propriétés d'un crime parfait, cette politique ayant pour effet l'effacement (la disparition, l'anéantissement)
accompagné d'oubli et d'oubli de l'oubli.


A ma connaissance (je n'ai pas tout relu pour vous répondre) l'auteur (JCM) lui-même n'utilise pas le terme "crime parfait", mais "effacement parfait" (p. 102-103) et "persécution parfaite" (p.
106). J'ai emprunté, comme je le signale dans la parenthèse qui suit ma phrase, la comparaison avec le crime parfait à l'article de Roger-Pol Droit, l'expression "crime parfait" renvoyant à une
figure de la littérature policière.


 


Le laconisme de votre interrogation (qui relève d'un art d'écrire sans verbe plaçant ladite interrogation au régime de l'absolu) ne permet pas de trancher entre deux possibilités : vise-t-elle
l'auteur du livre recensé ou bien moi auteur de l'article de recension publié ci-dessus ? J'ai tenté de répondre bien sûr en ce qui me concerne, mais aussi en invitant les lecteurs de notre
échange à faire la distinction entre ce que dit un commentateur et ce qu'écrit l'auteur du livre commenté.
En fait la meilleure réponse est la suivante: il serait bon de lire le livre.



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