18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 09:14

Sexe et genre

(Suite de l'article Le fantasme des parents)

par Jean-Michel Muglioni

En ligne le 18 février 2014

Le bref article de Jean-Michel Muglioni Le fantasme des parents publié le 5 février a suscité beaucoup de commentaires, notamment sur la question des modèles sexuels. L'auteur, plutôt que de répondre point par point à un commentateur dont il ne parvient pas à se faire comprendre, a jugé plus opportun de s'expliquer par un « long détour ». Mezetulle se félicite de cette initiative : cela valait bien, en effet, un article de plein statut !

 

La confusion vénérable du genre et du sexe

Autant la distinction du sexe et du genre en général est évidente, autant, dans chaque cas, il est difficile de savoir si un caractère attribué au genre est naturellement lié au sexe, ou si, au contraire, il ne correspond qu’à une représentation sociale contingente. Les meilleurs auteurs ne s’accordent pas sur ce point, et même peuvent aujourd’hui nous paraître démodés. Ainsi Fénelon, grand esprit, homme intègre et courageux, libre et clairvoyant, a été exilé pour avoir jugé la politique de Louis XIV ; or il ne considérait pas que l’éducation des filles doive être la même que celle des garçons. De même Rousseau, dont toute la pensée est une réflexion sur le rapport de ce qui en l’homme est naturel et de ce qui au contraire se développe au cours de l’histoire dans les sociétés, distingue l’éducation d’Emile et celle de Sophie. Je ne vois pourtant rien de scandaleux dans les analyses et les conclusions d’auteurs qui maintiennent ainsi entre hommes et femmes une différence qui ne manque pas de choquer le lecteur d’aujourd’hui. De même il est convenu de se moquer de la misogynie de Proudhon, mais par exemple, je prends au sérieux son combat contre le travail des femmes : sachant comment elles étaient traitées alors dans les fabriques, je comprends qu’il ait refusé de les y envoyer. Auguste Comte, que j’estime au plus haut point, est devenu illisible pour la plupart lorsqu’il écrit par exemple : « Développant enfin le sentiment chevaleresque, comprimé jadis par les conflits théologiques, le culte positif érige le sexe affectif en providence morale de notre espèce » (Catéchisme positiviste préface GF 44). Selon lui, l’humanité est et doit être dirigée par le sentiment et éclairée par l’intelligence, ce qui donne à la femme la place royale : l’homme et la femme ont donc des rôles différents. Ainsi les meilleurs auteurs ont attribué aux hommes et aux femmes des caractères différents qu’ils croyaient liés à leur sexe et naturels, et de la même manière ils ont opposé les activités des femmes et des hommes. Je continue de m’y instruire, sans admettre pour autant la même relation qu’eux entre sexe et genre. Peut-être Platon et les cyniques furent-ils les seuls à ne pas confondre ce qui relève des mœurs de leur temps et de la nature.



Apprendre à distinguer sexe et genre

Il suffit de prendre quelques exemples pour voir qu’une activité qui autrefois, il y a parfois à peine un siècle, était considérée comme contraire à la nature féminine, est aujourd’hui pratiquée par les femmes sans que personne n’en soit étonné, du moins chez nous. Qu’aurait-on dit il y a cent ans si une femme s’était présentée au concours de corniste dans un grand orchestre symphonique ? Les meilleurs orchestres recrutent aujourd’hui des femmes pour jouer du cor. Ce seul exemple permet de conclure qu’un certain nombre d’activités jusque-là considérées comme « masculines » ne sont ni masculines, ni féminines, c’est-à-dire que des circonstances sociales complexes ont fait que pendant longtemps une répartition des tâches et des fonctions entre les deux sexes s’est imposée, et ce partage s’est accompagné de préjugés sur la nature masculine ou féminine de ces tâches. Je ne dis pas que c’est toujours révoltant et injuste  ! Je dis seulement que la différence de sexe n’est pas ici le fondement de la répartition des tâches ou des fonctions, que le fondement de cette répartition n’est pas naturel mais social.

Rappellerai-je le partage des sociétés antiques, fondées sur la conquête ? Les hommes se font tuer à la guerre, les femmes font des enfants. On voit sur cet exemple combien il est aisé de confondre ce qui est naturel et ce qui ne l’est pas : il est naturel que les femmes accouchent ! Mais aujourd’hui encore il paraît naturel à certains d’offrir en cadeau de Noël aux petits garçons des armes en plastique ou des jeux vidéos guerriers. Revenons à la pratique  instrumentale : pour les Athéniens du 5° et du 4° siècle avant J.C., les joueuses de flûte (ou plutôt de hautbois) étaient des prostituées… Et demanderai-je si c’est pour des raisons de compétence musicale qu’il y a si peu de femmes dans le magnifique orchestre philarmonique de Berlin ? La place respective des hommes et des femmes dans les sociétés varie selon des critères et des circonstances de toute sorte. Je pourrais même l’exprimer en style grivois  : il n’y a pas si longtemps, on considérait que jouer de la clarinette était obscène pour une femme, parce qu’elle doit mettre l’embouchure dans sa bouche ! Mais qui me croira ? On trouve donc en la matière des confusions de toute nature, les pires et les plus compréhensibles, les plus risibles et les plus tragiques. Pour déraciner en soi-même ces préjugés, faisons en chacun, à la manière de Montaigne, un catalogue de ces illusions et mesurons leur force. Tactique efficace, mais rude tâche : car ceux qui en étaient prisonniers n’étaient pas moins hommes que nous et vivre après eux ne nous garantit pas que nous sommes plus libres.

 

 

Hommes et femmes, scientifiques et littéraires

La représentation d’un sexe affectif distingué du sexe actif a dominé beaucoup d’esprits (et parfois les meilleurs, je le répète), et elle explique ce que j’ai rappelé dans un précédent commentaire : que les familles et l’institution scolaire aient orienté les filles dans les classes littéraires. Je ne comprends pas les réflexions de mon commentateur sur ce point. Je veux seulement dire qu’il y a bien là une preuve qu’on attribue aux femmes un caractère ou un type de pensée qu’on s’imagine lié à leur sexe, et que c’est faux. Objectera-t-on que cette représentation de l’esprit féminin n’exprime pas nécessairement la domination masculine ? La domination des séries scientifiques est sociale, elle n’est pas fondée sur un quelconque critère naturel ou objectif : considérer que ces séries conviennent surtout aux hommes est un préjugé, et c’est admettre, en même temps que la supériorité des sciences sur la littérature, celle des hommes sur les femmes. Je n’ai pas attendu la présente polémique pour lutter contre cette représentation des études littéraires.



La distinction du genre et du sexe n’implique pas l’abolition de la différence des sexes


Notre représentation de ce qui est masculin et convient aux hommes, et celle de ce qui est féminin et convient aux femmes ne proviennent pas seulement de ce que nous savons de la différence des sexes. Féminin et masculin ne sont pas synonyme de mâle et de femelle  : il faut distinguer le sexe et le genre. Distinction classique ! Lorsque je préparais l’agrégation, « le sexe et le genre » était un des sujets d’oral tombés les années précédentes (dans les années soixante). Je ne vois pas en quoi il faudrait considérer que faire cette distinction revient à donner son allégeance aux récentes études de genre d’outre atlantique ou aux revendications féministes ou homosexuelles les plus contestables. Ni moi-même, ni l’ABCD du ministère n’ont prétendu que la distinction du sexe et du genre signifie que la différence des sexes n’a aucune influence sur la façon de sentir de chacun ou sur certaines de ses capacités  : je soutiens seulement qu’en la matière nous confondons tous ce qui est naturel et ce qui est lié aux mœurs et aux pratiques d’une société donnée, et que sur ce point, rien n’est plus difficile que de distinguer le naturel et le social. Mettre en garde les instituteurs et les professeurs contre les préjugés que nous avons tous sur ces questions ne suppose donc pas qu’on admette les doctrines relativistes qui vont jusqu’à nier la différence sexuelle. Le ministère de l’éducation nationale est en outre fondé à placer cette démarche dans le cadre d’une politique visant l’égalité.



La raison de la polémique

Je maintiens donc et que tout le tohu-bohu fait autour de la théorie du genre a été provoqué par des manipulations (ce qu’il est aisé de vérifier), et que cette théorie n’existe pas. Pourquoi en est-on arrivé là ? L’Europe et la France ne proposent qu’une seule politique  : gauche et droite n’ont donc pour se départager d’autre champ de bataille que ce qu’on appelle le sociétal. Telle est la raison de la polémique présente, qui est si vive en France parce que le partage en deux camps y est le plus violent qu’ailleurs et que la loi électorale l’aggrave, d’autant plus que la gauche n’est plus la gauche.

Les nostalgiques de la famille dite traditionnelle, les mécontents et les intégristes de tout poil ont-ils lancé la polémique, ou les socialistes au pouvoir les ont-ils délibérément provoqués ? Je ne peux répondre à cette question que par des conjectures. Manifestement, ceux-ci ne s’attendaient pas à tant de violence : ils ignorent que leur charge symbolique rend ces questions explosives. En outre, l’ABCD de l’égalité qui aurait déclenché l’affaire est en place depuis la rentrée de septembre 2013 et peut-être même a-t-il été initié sous les gouvernements de droite précédent  : comment comprendre que la polémique éclate fin janvier 2014 ?

Une remarque pour en finir : j’aimerais ne pas me trouver contraint de choisir un camp. La droite dite républicaine d’un côté reprend les mensonges d’agitateurs bien organisés, la gauche s’est coupée de sa tradition républicaine. Pour dire les choses d’une manière qui passera pour caricaturale, mais qui me paraît fondée, je ne choisirai pas entre vichystes et soixante-huitards.

 

© Jean-Michel Muglioni et Mezetulle, 2014

 

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par Jean-Michel Muglioni - dans Politique - société
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commentaires

Catherine Kintzler 19/02/2014 12:40


@ Robert


 


Juste un point de détail, que je prends plus comme un prétexte à développer une idée que pour engager un débat contradictoire, car je crois que au fond nous sommes d'accord.


 


Voici le point. L'argument "les femmes donnent la vie" au sujet de leur présence en armes dans les unités combattantes me met mal à l'aise parce qu'il me semble impliquer une assignation
naturaliste.


Je tiens avant tout à ne pas vous faire un mauvais procès : j'ai bien compris que vous reprenez cet argument avec une certaine distance puisque vous le relativisez et vous précisez qu'il vous a
gêné à une certaine époque. Donc ce qui suit prend l'argument de manière absolue et c'est à ceux qui l'emploient aujourd'hui pour diviser "le genre humain" que j'entends répondre.


 


Faut-il en conclure que les hommes sont "mieux faits pour faire la guerre et pour tuer" ? L'engagement dans une guerre de libération n'est pas une spécificité masculine. Les Françaises ont
conquis la plénitude de leur droit de cité après la seconde guerre mondiale et c'est leur engagement militaire armé dans les mouvements de résitance qui a eu raison des derniers obstacles.


 


Par ailleurs que fait-on des très nombreuses femmes qui ne veulent pas d'enfant, qui refusent l'assignation à la maternité, qui refusent l'essentialisme d'une "nature féminine" ? Molière a écrit
une grande pièce sur le malheur qui arrive à une femme lorsqu'elle tente de se délivrer de la crucifixion à une prétendue nature. Je me permets de renvoyer à l'analyse que j'en ai proposée.


 


Côté sombre, n'oublions pas les dénis de grossesse, les mères infanticides, la grande figure criminelle de Médée qui tue ses enfants en vertu de la haute idée qu'elle se fait d'elle-même, celle
de la Reine dans Rodogune qui assassine un de ses fils pour conserver le pouvoir, et qui échoue à assassiner le second.... Mais aucun auteur aujourd'hui n'aurait l'audace, comme
Corneille, de traiter de tels sujets - vous vous rendez compte, des femmes dénaturées qui tuent "la vie" qu'elles ont donnée ! Il ne faut pas croire que parce que le substantif "assassin" (je
parle du substantif et non de l'adjectif) est de genre grammatical masculin, il ne concernerait pas les femmes : les prisons de femmes sont peuplées d'assassins. 


 


Donc au fond je suis bien d'accord avec vous : le genre humain est profondément indivisible et les femmes sont des hommes comme les autres, pour le meilleur et pour le pire !

Suteau jacqueline 18/02/2014 18:27


Je suis, en gros, d'accord avec vous. Cependant je conteste le fait que ce soit la "société" (pour faire simple) qui envoie les filles dans les sections littéraires. J'ai enseigné dans
les 2 sections et je suis intimement convaincue que la majorité des filles détestent les sciences: j'en ai eu de multiples exemples. Tout en laissant le choix à ma fille et à mon
fils, ils ont opté , en toute liberté pensais-je, pour la section S où ils ont bien réussi, mais ma fille a ensuite rejeté les études scientifiques et dans son cas c'est la société qui l'a
"obligée" à suivre une section scientifique mieux valorisée aux yeux de cette même société. Autre ex: des femmes ingénieurs qui abandonnent leur métier scientifique pour des études "littéraires":
psychologie etc... Je pense que la société exerce sur nous de multiples pressions et les ABCD de l'égalité en font partie avec le risque d'être rejetés par ceux-là mêmes que l'on veut éduquer. A
force d'enseigner la Shoah, il se manifeste un rejet de cet enseignement parmi les élèves, croyez-en mon expérience de 40 ans de professeur d'histoire en lycée. Cordialement

Jean-Michel Muglioni 19/02/2014 17:04



Mezetulle a reçu la réponse de Jean-Michel Muglioni :


**************


Je peux admettre que les femmes d’aujourd’hui aient plus de goût pour les lettres que pour les sciences. Mais en quoi cela prouverait-il que ce goût vient du sexe dans ce qu’il a de naturel ? Et
de toute façon vous dites que les meilleurs élèves choisissent la section scientifique non parce quelle est scientifique mais à parce qu’elle valorisée aux yeux de la société.


 


Les pressions qui s’exercent sur nous depuis notre enfance sont en effet de différentes sortes. On peut très aisément concevoir un égalitarisme militant qui influence les enfants dans le sens
contraire du machisme, et ce ne serait que remplacer un mal par un autre. Mais si l’ABCD de l’égalité est fait intelligemment, alors il ne s’agit pas d’influencer les enfants mais de les
instruire et c’est donc une tout autre affaire.



Robert 18/02/2014 17:00


Merci pour cette mise au point salutaire et je fais mienne votre dernière phrase, à savoir le refus à la fois des vichyssois et des soixante-huitards.


Il me semble cependant que dans les années 60 on évoquait la notion de genre sous son aspect générique, à savoir qu'il était intrinsèquement lié à l'expression "genre humain", ne faisant ainsi
aucune distinction de sexe, hommes et femmes appartenant au même genre. Idée qui n'est en rien en relation avec les modes américaines actuellement importées. Quant aux fonctions exercées, la
première guerre mondiale en avait très tôt montré les limites, la nécessité de poursuivre l'activité industrielle et agricole ayant conduit à ce qu'elles exercent des fonctions jusque là pensées
pour les seuls hommes.


Un point cependant qui m'a gêné à une époque : l'emploi des femmes dans des unités combattantes des forces armées. Non pas pour des raisons d'incapacités physiques ou techniques : en l'espèce
elles peuvent faire "aussi bien" que les hommes. Mais pour des considérations éthiques et civilisationnelles : la femme donne la vie ; lui donner cette capacité de tuer, donc d'enlever la vie, me
heurte intimement. Ce qui ne signifie aucunement que les femmes n'auraient pas leur place dans l'institution militaire, bien au contraire, notamment dans les armes techniques ou de soutien.

Incognitototo 18/02/2014 16:04


Merci pour cette "mise au point" limpide... et si je peux me permettre, personnellement plutôt que de dire qu'il n'existe pas de théorie du genre, j'affirme plus volontiers qu'il n'existe qu'un
seul genre : le genre humain ! Tout le reste, toutes les différences contextuelles que nous pourrions relever parmi les individus (qu'ils soient mâles ou femelles) procèdent des héritages
culturels, familiaux, psychologiques, sociaux, et cetera... et ne sont aucunement consécutifs au sexe de l'individu.
Seul Rainer Maria Rilke (dans "Lettres à un jeune poète : Rome, le 14 mai 1904"), dans sa clairvoyance, nous dit
ce qui subsistera encore longtemps comme seules différences : celle de la gestation et de l'enfantement ; qui sont des expériences que les mâles ne pourront jamais vivre dans leur chair que
de façon fantasmatique... Mais peut-être ignorait-il qu'une tradition ("malheureusement" perdue ) - la couvade - permettait à l'homme de vivre fantasmatiquement cette expérience unique... Et peut-être ne pouvait-il
pas concevoir qu'il est probable que demain les techniques médicales permettront aux mâles d'enfanter comme des femmes, et même aux femmes de se passer des hommes pour la conception... Un monde
de science-fiction qui existe déjà dans les labos et qui conduira forcément à un bouleversement des "modèles"...

Par ailleurs, comme nous nous en étions déjà fait la remarque (au cours du débat sur le "mariage pour tous"), je continue à m'interroger sur l'étonnante et très exagérée "place médiatique" que
les "nostalgiques de la famille traditionnelle" occupent ; notamment parce que cela procède d'un imaginaire qui ne correspond et qui n'a jamais correspondu à aucune réalité ; et aujourd'hui
encore moins qu'hier, où moins de 25 % des Français vivront en couple marié toute leur vie à la même personne...
Vous semblez penser que cela proviendrait du fait que seuls les débats sociétaux distingueraient encore la droite de la gauche (du moins de ce qu'il en reste pour cette dernière). Sans que cela
n'enlève rien à votre perception, je pense que c'est un peu plus complexe que cela...

Bien cordialement.

Jean-Michel Muglioni 19/02/2014 17:06



Mezetulle a reçu la réponse de Jean-Michel Muglioni :


*******


Oui, il n’y a qu’un genre humain (et non pas une espèce humaine). Mais genre se dit en plusieurs sens et par exemple en grammaire du masculin, du féminin et du neutre (depuis 1245, dit Robert).
Merveilles de la langue, il faut dire que « l’homme », dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, désigne le genre indépendamment du genre…


 


La procréation sans fornication rendue possible par la technique devrait réjouir les familles traditionnelles catholiques pures et dures : elles pourront se reproduire sans pécher.


 


Oui, le bruit de ces affaires ne tient pas seulement à ce que je dis du rapport entre gauche et droite aujourd’hui. Par exemple la faiblesse intellectuelle et morale des représentants des deux
camps y est pour beaucoup. Mais peut-être sont-ils représentatifs… Et sur le fond, la question de la famille a toujours été l’occasion de tensions considérables.


 



ted 18/02/2014 13:46


 


"L'auteur, plutôt que de répondre point par point à un commentateur dont il ne parvient pas à se faire comprendre"


Si c'est à mes commentaires que vous faites ainsi référence (et, après tout, le billet était annoncé par l'éditeur comme une réponse à l'un d'eux), vous me voyez peiné d'être ainsi expédié vers
le banc des cancres par un ancien professeur de Louis le Grand...


A tout hasard, et pour ne plus y revenir, je vous réponds donc sur ce point :


- Dans mon commentaire sur les femmes dans les études médicales, je ne m'intéresse pas à la raison de leur orientation vers ces études, car comme votre billet le montre cela prend du temps de
parler de ces questions avec soin et sans faire d'erreurs historiques


- Je prend cet exemple uniquement pour le résultat, qui est que l'écart statistique observé n'est pas en défaveur des femmes. Le discours médiatique à ce sujet, qui dit que les femmes sont
cantonnées dans des métiers peu valorisants, est donc trop caricatural


- Mais, en lisant rapidement mon commentaire, vous aviez pensé que je considérais les femmes comme de petites choses fragiles, qui se cantonneraient à des métiers protégés. Ce n'est pas le cas,
et cela m'avait semblé renvoyer à un préjugé de votre part envers ceux qui n'approuvent pas les études de genre ou leur avatar ABCD, supposés avoir de telles opinions.


***


 


 


Dans votre billet, vous indiquez que les hommes et les femmes peuvent avoir en moyenne des goûts et des aspirations différentes, et que celles-ci évoluent au cours de l'histoire. Cela me semble
en effet être le cas.


Vous serez sans doute d'accord, dans ce cas, pour considérer qu'il y a deux principes de droit qui sont différents :


- premier principe : la loi doit traiter les individus sans distinction de sexe, de couleur de peau, d'origine sociale


- deuxième principe : la loi doit favoriser une représentation statistique égale des hommes et des femmes dans les différents secteurs d'activité


Si les hommes et les femmes ont en moyenne des goûts différents, il n'y a pas de raison qu'ils souhaitent s'orienter vers le même type de carrière. Donc, les deux principes mentionnés sont alors
de nature différente.


 


 


Or, le choix entre ces deux principes fait bien l'objet d'une controverse, à l'heure actuelle, et cette controverse est d'ailleurs plutôt traitée en catimini. Elle ne recoupe de plus pas la
division droite gauche, puisqu'on sait que le promoteur d'un type de mesure lié au second principe était le président Sarkozy, avec les mesures envisagées de quotas pour les personnes issues de
l'immigration aux concours des grandes écoles, entre autres.


 


 


Quel est l'état du droit ? Voici l'article premier de la Constitution :


 


"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité
devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.


La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives,
ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales."


 


On constate que le premier principe est présent dans le premier paragraphe, et le second principe dans le deuxième. Et on ne peut manquer de s'interroger : parmi les causes de misère éternelle
qu'il serait souhaitable de compenser, habituellement évoquées par les médias, pourquoi le sexe est-il traité d'une certaine manière, et la couleur de peau d'une autre ?


D'autant plus que c'est bien cet article qui a été invoqué à l'encontre des velléités d'affimative action du président Sarkozy en 2008, et que le président Hollande s'est engagé à modifier à
nouveau cet article de la Constitution (pour y enlever le mot race, dit-on).


 


On peut aussi se demander pourquoi un même paragraphe de la Constitution comporte ainsi deux principes différents. N'en va-t-il donc pas d'un article de loi comme d'un paragraphe de dissertation
: un seul argument par paragraphe ?


 


Ou peut-être sommes-nous en train de passer, subrepticement, d'un article 1 inspiré par le premier principe à un article 1 inspiré par le second principe ? Et si un tel changement devait
effectivement avoir lieu, mais sans être réellement assumé et débattu, que penseraient philosophes et démocrates d'une telle manière de faire ?


 


 


Bref, on voit bien que la notion de préjugés enracinés dans l'inconscient collectif qui contrarieraient l'émancipation des femmes (ou d'autres 'minorités'), qu'il s'agirait d'extirper, est bien
lié à des questions de choix politiques (pas ceux que vous indiquez à la fin du billet, entre vichystes et soixante-huitards).


Et c'est ce qui pose problème. En introduisant un cours d'ABCD de l'égalité à l'école primaire, on prend position, en catimini, dans ce débat politique. C'est explicitement indiqué dans le
discours des ministres, et c'est implicite à la démarche.


 


Il me semble donc gênant d'introduire des éléments d'une rigueur incertaine, ayant une visée politique, à l'école primaire. D'ailleurs, pourquoi la classe de philosophie commence-t-elle en
terminale, et pas à l'école primaire ?

Jean-Michel Muglioni 19/02/2014 17:21



Mezetulle a reçu la réponse de Jean-Michel Muglioni.


Comme l'indique l'auteur à la fin de cette réponse très minutieuse, il est maintenant souhaitable de clore le débat.


**************


 


 


Réponse au commentaire de Ted envoyé le : Mardi 18 février 2014 13h46


 


Pour plus la clarté je vais faire précéder mon propos de mes initiales, JMM, et celui de mon commentateur de son nom de code, Ted.


 


 


Ted citant JMM  : "L'auteur, plutôt que de répondre point par point à un commentateur dont il ne parvient pas à se faire comprendre", Ted commente  : Si c'est à mes
commentaires que vous faites ainsi référence (et, après tout, le billet était annoncé par l'éditeur comme une réponse à l'un d'eux), vous me voyez peiné d'être ainsi expédié vers le banc des
cancres par un ancien professeur de Louis le Grand...


 


 


JMM  : Je n’ai jamais considéré qu’un de mes élèves, s’il ne comprenait pas ce que je disais, était un cancre, mais j’ai toujours remis en cause mes propres formulations et
tâché d’en trouver de plus claires pour qu’il comprenne ce que je voulais dire. Et donc l’intérêt des commentaires qui me sont adressés sur Mezetulle est de me permettre de mieux
m’expliquer. Je donne mon accord à Mezetulle pour les publier pour cette seule raison.


 


Ted  : A tout hasard, et pour ne plus y revenir, je vous réponds donc sur ce point :


- Dans mon commentaire sur les femmes dans les études médicales, je ne m'intéresse pas à la raison de leur orientation vers ces études, car comme votre billet le montre cela prend du temps de
parler de ces questions avec soin et sans faire d'erreurs historiques


Je prends cet exemple uniquement pour le résultat, qui est que l'écart statistique observé n'est pas en défaveur des femmes. Le discours médiatique à ce sujet, qui dit que les femmes sont
cantonnées dans des métiers peu valorisants, est donc trop caricatural.


 


JMM  : Je maintiens qu’on pouvait comprendre autrement votre formulation, mais je ne conteste pas votre intention.


 


Ted  : - Mais, en lisant rapidement mon commentaire, vous aviez pensé que je considérais les femmes comme de petites choses fragiles, qui se cantonneraient à des métiers
protégés. Ce n'est pas le cas, et cela m'avait semblé renvoyer à un préjugé de votre part envers ceux qui n'approuvent pas les études de genre ou leur avatar ABCD, supposés avoir de telles
opinions.


 


JMM  : Je ne me fonde pas sur des statistiques pour dire qu’une certaine représentation de ce qui convient aux femmes est de l’ordre du préjugé. Mon expérience personnelle
me suffit. Je n’ai pas eu besoin des études de genre pour être assuré qu’il y avait de tels préjugés, et donc mon propos ne dépend en rien des études de genre. 


Qu’est-ce qui permet de penser que les responsables du ministère qui ont mis au point l’ABCD de l’égalité l’ont fait en fonction des études de genre ? Et si c’est le cas, est-il impossible qu’on
y trouve de bonnes choses concernant ce que j’appelle des préjugés  ? Cet argument ne prouve en aucune façon que le ministère est prisonnier d’une quelconque idéologie (même s’il est de fait
prisonnier d’une idéologie  !).


 


Ted  : « Vous serez sans doute d'accord, dans ce cas, pour considérer qu'il y a deux principes de droit qui sont différents  :


- premier principe : la loi doit traiter les individus sans distinction de sexe, de couleur de peau, d'origine sociale


- deuxième principe : la loi doit favoriser une représentation statistique égale des hommes et des femmes dans les différents secteurs d'activité »


 


JMM  : Je n’accorde pas votre second principe parce que la question n’est pas d’ordre statistique ou arithmétique. De la même façon, il serait contraire à l’idée même de
république qu’il faille imposer une proportion de députés blancs, noirs ou femmes égale à la proportion statistique de blancs, noirs et de femmes dans le pays. Mais il n’y a pas besoin de
statistiques pour voir que dans un peuple composé d’une moitié de femmes et d’un très grand nombre de noirs, si ses représentants sont presque tous des hommes blancs, cela ne peut être dû au
hasard.


 


Ted  : Si les hommes et les femmes ont en moyenne des goûts différents, il n'y a pas de raison qu'ils souhaitent s'orienter vers le même type de carrière. Donc, les deux
principes mentionnés sont alors de nature différente.


Or, le choix entre ces deux principes fait bien l'objet d'une controverse, à l'heure actuelle, et cette controverse est d'ailleurs plutôt traitée en catimini. Elle ne recoupe de plus pas la
division droite gauche, puisqu'on sait que le promoteur d'un type de mesure lié au second principe était le président Sarkozy, avec les mesures envisagées de quotas pour les personnes issues de
l'immigration aux concours des grandes écoles, entre autres.


 


JMM  : Il y a en effet des mesures d’une extrême gravité prônées par la gauche et la droite, comme celles qui consisteraient à ne pas faire passer les mêmes épreuves aux uns
et aux autres selon leur origine aux concours de la fonction publique. Mais par exemple, contraindre les partis à présenter des femmes comme députées, maires ou conseillères municipales ne me
paraît pas aberrant si c’est un moyen provisoire de contrecarrer une mauvaise pratique. C’est la question dite des quotas  : c’est un débat d’un autre ordre que celui que nous avons ici.


 


Ted  : Quel est l'état du droit ? Voici l'article premier de la Constitution :


"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle
respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.


La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales."


 


JMM  : Ce que vous appelez le second principe est formulé dans la Constitution sans référence à une égalité statistique  : l’égalité dont il s’agit n’est pas
arithmétique ou statistique. Favoriser l’égal accès aux fonctions de professeur de latin à tous les citoyens ne veut pas dire qu’il faut déterminer un quota de latinistes hommes, femmes, blancs,
noirs, etc. mais que le fait d’être homme, femme, noir ou blanc ne doit pas entrer en ligne de compte dans le choix des latinistes  : seule leur compétence est à prendre en compte. 


Quand vous écrivez  : 


 


Ted  : On constate que le premier principe est présent dans le premier paragraphe, et le second principe dans le deuxième. Et on ne peut manquer de s'interroger : parmi les
causes de misère éternelle qu'il serait souhaitable de compenser, habituellement évoquées par les médias, pourquoi le sexe est-il traité d'une certaine manière, et la couleur de peau d'une autre?


 


JMM  : Je ne comprends pas ce que vous voulez dire.


« l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion » une fois affirmée, l’égal accès aux fonctions électives ou professionnelles en résulte pour
tous, « sans distinction d’origine, de race ou de religion », et donc je ne vois rien de choquant à préciser dans le même article de la Constitution que cela s’entend pour les femmes et pour les
hommes (quelle que soit leur origine, etc. ). Cette précision est un corollaire du principe de l’égalité. Et donc je ne peux suivre votre argumentation.


L‘égalité entre hommes et femmes dont parle l’ABCD de l’égalité n’a pas à donner lieu à un débat constitutionnel (Au conseil constitutionnel de vérifier la constitutionalité de l’ABCD, comme pour
toute décision).


 


Ted  : D'autant plus que c'est bien cet article qui a été invoqué à l'encontre des velléités d'affimative action du président Sarkozy en 2008, et que le président Hollande
s'est engagé à modifier à nouveau cet article de la Constitution (pour y enlever le mot race, dit-on).


 


JMM  : Que cet article ait été ainsi invoqué ne le rend pas contestable. 


Vouloir faire disparaître le terme de race est en effet stupide.


 


Ted  : On peut aussi se demander pourquoi un même paragraphe de la Constitution comporte ainsi deux principes différents. N'en va-t-il donc pas d'un article de loi comme
d'un paragraphe de dissertation : un seul argument par paragraphe ? 


 


JMM  : J’ai déjà dit que ce second point était un corollaire naturel du premier. Je demanderai à un juriste son avis.


 


Ted  : ou peut-être sommes-nous en train de passer, subrepticement, d'un article 1 inspiré par le premier principe à un article 1 inspiré par le second principe ? Et si un
tel changement devait effectivement avoir lieu, mais sans être réellement assumé et débattu, que penseraient philosophes et démocrates d'une telle manière de faire ?


Bref, on voit bien que la notion de préjugés enracinés dans l'inconscient collectif qui contrarieraient l'émancipation des femmes (ou d'autres 'minorités'), qu'il s'agirait d'extirper, est bien
liée à des questions de choix politiques (pas ceux que vous indiquez à la fin du billet, entre vichystes et soixante-huitards).


 


JMM  : Je ne vois pas du tout en quoi cette proposition est une conclusion de ce qui précède.


Les préjugés concernant la famille ont bien des relents vichystes d’un côté et gauchistes de l’autre… Mais ils ne se résument pas à cela, je l’accorde volontiers.


Dans l’affaire dont nous parlons depuis le début, il s’agit de lutter contre des préjugés qui empêchent l’émancipation des femmes ou d’autres «  minorités  ». Certes  ! Voici un
exemple. A l’oral de concours d’écoles de commerce ou de l’ENA, des amis examinateurs m’ont dit avoir découvert plusieurs fois que des candidats n’indiquent pas l’arabe dans la liste les langues
étrangères, qu’ils savent pour des raisons familiales : par crainte d’être repérés et rejetés. Qu’il y ait donc lieu à l’école de veiller à ne pas véhiculer ces préjugés et même de les combattre,
c’est une décision politique, et même fondamentalement politique. C’est aussi une décision politique de veiller à ce que l’école ne véhicule pas des préjugés concernant les capacités des hommes
et de femmes. Je ne vois pas qu’elle soit prise en catimini  : et cette décision n’est pas plus étrange que celle de lutter contre les préjugés racistes dans les écoles.


 


Ted  : Et c'est ce qui pose problème. En introduisant un cours d'ABCD de l'égalité à l'école primaire, on prend position, en catimini, dans ce débat politique. C'est
explicitement indiqué dans le discours des ministres, et c'est implicite à la démarche.


Il me semble donc gênant d'introduire des éléments d'une rigueur incertaine, ayant une visée politique, à l'école primaire. D'ailleurs, pourquoi la classe de philosophie commence-t-elle en


terminale, et pas à l'école primaire ?


 


JMM  : Que règne chez nous et ailleurs des préjugés concernant l’aptitude des femmes à remplir telle ou telle fonction, cela est certain et non incertain, et ma certitude ne
procède pas d‘études statistiques ou sociologiques. Je m’en suis expliqué dans les publications de Mezetulle.


 


Je le répète, l’égalité entre hommes et femmes ne signifie pas que partout il doive y avoir le même nombre de femmes que d’hommes. Il n’y a rien de choquant à ce que ce rapport varie selon les
moments et les métiers. Mais il est incontestable que certaines de ces variations viennent de préjugés et que les combattre fait partie de l’instruction même élémentaire. Les statistiques ne sont
pas une preuve en la matière  : elles ne peuvent servir que d’indication ou d’alarme.


 


Autre exemple. Une amie m’a raconté (il y a quarante ans) qu’élève en Khâgne pendant la guerre d’Algérie, elle pleurait au cours de philosophie. Le professeur, Dina Dreyfus, l’ayant remarqué et
lui ayant demandé ce qui lui était arrivé, elle répondit qu’elle venait d’apprendre qu’un attentat avait eu lieu près de chez ses parents à Alger (ou quelque chose comme cela, je ne m’en souviens
plus exactement). «  Mademoiselle, soyez un homme  » lui dit Dina Dreyfus. Ceux qui ont connu Dina Dreyfus ne seront pas étonnés de cette réponse. Dina Dreyfus n’avait pas lu les études
de genre, mais elle ne considérait pas qu’une femme doive plus pleurer qu’un homme. Je ne serais donc pas choqué qu’on apprenne dès l’école primaire aux petites filles qu’elles n’ont pas à
pleurer plus que les garçons, ou à ceux-ci qu’ils peuvent pleurer sans qu’il y ait là rien de déshonorant. C’est précisément quelque chose qui est patent au concours de l’ENA, où il s’agit de
montrer de grandes dents et où il arrive plus souvent que les femmes s’effondrent parce qu’il est entendu qu’une femme doit pleurer. Ce que m’a dit une amie qui a participé au jury. J’ai moi-même
au jury de l’agrégation de philosophie dû remonter le moral de jeunes femmes effondrées au moment du tirage d’un sujet d’oral – les hommes sachant cacher leur désarroi. Ai-je fait prévaloir une
option politique partisane lorsque je les ai convaincues de ne pas désespérer – de telle sorte que certaines ont pu préparer leur épreuve et être reçues ?


 


Ne prenez pas mal cet exemple  ! Je n’imagine pas un instant que vous condamniez mon attitude et je ne le donne pas pour faire une attaque personnelle  !


Voilà où en est et où en restera notre désaccord.



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