2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 13:52

Bloc-notes actualité
Redoublements : le chantage de l'inspecteur Huchet
à la mode de Caen

par Tristan Béal
En ligne le 2 mars 2011


En complément de son article L'école des amoindris : le redoublement est-il nécessairement un mal ?, Tristan Béal analyse les récentes déclarations de Jean-Charles Huchet, inspecteur de l'Académie de Caen, qui envisage de sanctionner par une diminution de moyens les établissements scolaires dont le taux de redoublement dépasse un certain seuil. C'est un bel exemple de l'ineptie, de la férocité et de l'injustice de la « politique des choses » (1).

Posons le principe suivant : de même qu'une construction architecturale croulera si les bases en sont mal assurées, de même un élève ne saurait progresser sereinement s'il lui manque des éléments sur lesquels fonder de nouveaux savoirs. Conséquence : si l'on veut réellement instruire un élève, c'est-à-dire lui permettre de construire son propre édifice du savoir, il faut faire en sorte que, à chaque moment-clé de sa scolarité, cet élève ait compris ce qu'il est censé devoir déjà comprendre pour envisager de comprendre d'autres choses. Et si tel n'est pas le cas, l'élève aux connaissances branlantes doit être aidé pour maîtriser ce qui lui est nécessaire pour poursuivre dans ses études, que cette aide prenne la forme du redoublement ou toute autre forme pédagogique réellement efficace, sans souci de ce que cette aide puisse coûter aux finances publiques : l'instruction est une obligation de l'État inscrite dans la Constitution.

M. Huchet, inspecteur de l'Académie de Caen, semble avoir une vision de l'architecture et de l'obligation d'État d'instruction incompatible avec le principe que nous venons de poser. Comme on peut le lire dans L'Humanité datée du 24 février : « Les collèges du Calvados avec trop forts taux de redoublement verront leurs moyens baisser ». Ainsi, dès « la rentrée prochaine, les moyens de fonctionnement en nombre d’heures de cours et de soutien scolaire se verront amputés pour des établissements qui font redoubler "trop" d’élèves. » Le « trop » ici correspondant à un taux de redoublement supérieur à 2,5 %. La justification donnée par M. Huchet est la suivante, justification bien éloignée de toute considération pédagogique : « Un collégien coûte environ 8 500 euros chaque année à l’État. Rapportée aux 1 050 redoublants annuels (sur 27 000 collégiens dans le Calvados), cette somme s’élève à 8,5 millions d’euros soit environ 170 postes ».

Il ne s'agit donc pas pour M. Huchet de convaincre par des raisons les professeurs de l'inanité pédagogique du redoublement mais bien plutôt d'organiser des conditions d'enseignement impropres à l'obligation d'État d'instruction publique : à des élèves en difficulté, l'État, par l'entremise d'un de ses fonctionnaires, donnera moins de professeurs. Le remède est tout de même scandaleux ! En sanctionnant les professeurs, ce sont, n'en doutons pas, les élèves qui sont sanctionnés au premier chef, les bons comme les mauvais élèves, du reste. Ainsi, comme on peut  le lire dans l'article de l'Humanité, le collège Létot de Bayeux perdra « dès l'année prochaine trois postes en maths, anglais, histoire-géo à cause des redoublements ».

Outre d'être honteux et inepte, ce chantage à la mode de Caen porte atteinte au principe républicain qui fonde l'école publique puisqu'il revient à attribuer les heures de cours non en fonction de critères définis dans le cadre de programmes nationaux, mais d'« objectifs » déterminés de façon locale. Cette mesure bassement comptable rompt donc le principe d'égalité républicaine et lui substitue celui de la mise en concurrence des établissements.

Mais n'en voulons pas au boutiquier M. Huchet qui n'est qu'une courroie de transmission d'un gouvernement ladre qui sciemment organise la destruction du savoir. Car ne soyons pas dupes, la question pécuniaire n'est ici qu'un prétexte : si l'on juge qu'il revient trop cher d'instruire les élèves c'est que l'on a déjà refusé de les instruire, c'est que l'on veut qu'ils restent des esclaves à qui il ne faut sous aucun prétexte donner les conditions morales de leur affranchissement.


©
Tristan Béal, 2011


1 - Jean-Claude Milner, La politique des choses,1er volume du Court traité politique, Lagrasse : Verdier, 2011.

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commentaires

Béal 08/05/2011 16:36



Il semblerait que la vague de chaleur estivale qui touche la France depuis les vacances improprement appelées de printemps ait également bouleversé tout le calendrier des écoles. Jugez plutôt.


Depuis hier, vendredi 6 mai, dans certaines communes, les élèves sont en vacances, alors que la date réglementaire est, rappelons-le, le 1er juillet. Pourquoi cette précipitation ?
Toujours du fait de cette hydre pernicieuse qu'est le redoublement.


En effet, les élèves – plus hypocritement dit : leurs parents savent depuis hier, grâce à un courrier officiel, si leur progéniture passe en classe supérieure ou si elle redouble. Les parents ont
ainsi deux semaines pour accepter le conseil donné par le maître ou la maîtresse. S'ils refusent, l'enseignant a deux possibilités : ou bien il considère que son rôle est seulement
de conseiller les parents et que c'est à eux que revient l'ultime décision (de même qu'un médecin ne saurait forcer à se soigner un patient qu'il juge malade), ou bien il s'obstine et réitère sa
demande, qu'il présente alors officiellement comme une décision. Rebelote pour les parents, qui ont encore deux semaines pour se demander si finalement, derrière cette obstination
magistrale, il n'y aurait pas une once de pertinence. Si les parents jugent que vraiment le redoublement n'est pas une décision perspicace, compte tenu de l'idiosyncrasie de leur enfant et du
fait que ses camarades, eux, passeront allègrement en classe supérieure, et qu'ils refusent derechef la décision de l'enseignant, les deux parties (tous les chemins passent par la voie judiciaire
en ce bas monde) saisissent une commission qui statue sur le cas pendable au vu des pièces et des dossiers fournis. Aucun chiffre n'existe mais il apparaît que la dite commission suit rarement
l'avis magistral : ainsi l'école en tant qu'institution fragilise au regard des maîtres l'école en tant que lieu de savoir. Du coup, par peur d'être débouté et par une honte anticipative,
les maîtres sont de plus en plus rares à demander le redoublement d'élèves qu'ils jugent pourtant incapables de suivre sereinement l'enseignement qui leur sera dispensé l'année suivante. Pour
l'instant nul texte réglementaire interdit au maître de faire redoubler un élève, pour l'instant il ne s'agit que d'une pression diffuse des inspecteurs relayée le plus souvent par les
directeurs, mais le fait précède le droit en la matière : les maîtres s'interdisent en réalité la possibilité pédagogique du redoublement. Si cela ce n'est pas de la servitude volontaire...


Il est vrai que, dès que la décision de M. Huchet aura fait florès (à savoir que l'enseignement dans les collèges – et pourquoi pas les écoles primaires, autant avoir les coudées franches – sera
réduit comme peau de chagrin dès lors que l'on y approuvera le redoublement comme pratique d'enseignement roborative), les maîtres n'auront même pas à se demander s'il est pédagogiquement
approprié ou non de refuser à un élève aux savoirs instables de passer dans la classe supérieure.


Pour finir, adoptons une posture plus conciliante. Faire savoir à des élèves deux mois avant la fin des classes qu'ils "passent", c'est avoir une haute idée d'eux : c'est faire comme s'ils
avaient compris pourquoi ils usaient leur fond de culotte sur les bancs de l'école, c'est faire comme s'ils savaient que, à l'école, on travaille pour le principe. En effet, ne croyons pas que cette décision soit là pour rendre l'enseignement du maître impossible (il n'est que des esprits chagrins pour parler d'élèves de CM2 de
communes difficiles qui, dès le mois de mai, savent que l'école ne leur demandera plus rien – d'un autre côté, leur demande-t-on quelque chose, c'est-à-dire : le moindre effort, depuis
qu'ils sont entrés à l'école ?), elle est au contraire instituée pour permettre à l'élève de prendre conscience de toute sa grandeur d'élève. Platon ne disait-il pas, en sa
République, qu'une pédagogie par le jeu permettait de faire le départ entre les élèves qui veulent vraiment travailler et ceux qui travaillent parce
qu'on les y force ou qui n'en ont cure ? Décidément, derrière toute école prétendument démocratique se cache une école tyrannique qui s'ignore et qui veut rester telle...



Béal 09/04/2011 19:31



Quand on lit, dans
Le Monde diplomatique, la volte-face de Mme Ravitch, ancienne vice-ministre de l’éducation
sous M. George H. W. Bush en 1991, au sujet de la loi NCLB (« No Child Left Behind », pas d’enfant laissé sur le bord du chemin) votée par le Congrès en 2001, on prend conscience du long chemin
anti-républicain qu'il reste encore à parcourir à M. Huchet, inspecteur d'académie de Caen, pour se montrer le digne épigone de ses modèles américains en matière de destruction
scolaire.


Qu'on juge plutôt.


« La loi NCLB exige que chaque Etat évalue les capacités de lecture et de
calcul de tous les élèves, de l’équivalent du CE2 à celui de la quatrième. Les résultats de chaque établissement sont ensuite ventilés en fonction de l’origine ethnique, du niveau de maîtrise de
l’anglais, de l’existence éventuelle de handicaps et du revenu parental. Dans chacun des groupes ainsi constitués, un résultat de 100 % de réussite aux tests doit être atteint avant 2014. Si,
dans une école, un seul de ces groupes n’affiche pas de progrès constants vers cet objectif, l’établissement est soumis à des sanctions dont la sévérité va croissant. La première année, l’école
reçoit un avertissement. Puis tous les élèves (même ceux qui ont de bons résultats) se voient offrir la possibilité de changer d’établissement. La troisième année, les élèves les plus pauvres
peuvent bénéficier de cours supplémentaires gratuits. Si l’école ne parvient pas à atteindre ses objectifs dans une période de cinq ans, elle s’expose à une privatisation, à une conversion
en charter school, à une restructuration complète ou, tout simplement, à une fermeture. Les employés peuvent alors être licenciés. Actuellement,
environ un tiers des écoles publiques du pays (soit plus de trente mille) ont été cataloguées comme n’accomplissant pas de "progrès annuels satisfaisants". (...)


Depuis une quinzaine d’années, une autre proposition a piqué l’imagination de
puissantes fondations et d’opulents représentants du secteur patronal : le "libre choix", qui s’incarne notamment dans les charter schools dont
l’idée a germé à la fin des années 1980. Ces établissements ont depuis formé un vaste mouvement, qui regroupe un million et demi d’élèves et plus de cinq mille écoles. Financées par de l’argent
public mais gérées comme des institutions privées, elles peuvent se soustraire à la plupart des réglementations en vigueur dans le système public. Ainsi, plus de 95 % d’entre elles refusent
d’engager des enseignants syndiqués. Et, lorsque l’administration de l’Etat de New York a voulu auditer les charter schools qu’il avait
autorisées, celles-ci sont allées en justice pour l’en empêcher : l’Etat devait leur faire confiance et les laisser procéder elles-mêmes à cet audit.


Le niveau de ces écoles est très inégal. Certaines sont excellentes, d’autres,
catastrophiques. La plupart se situent entre les deux. Une seule évaluation en a été faite à l’échelle nationale, celle de Margaret Raymond, économiste à l’université de Stanford. Pourtant
financée par la Walton Family Foundation, farouche partisane des charter schools, elle révèle que seuls 17 % de ces établissements affichent un
niveau supérieur à celui d’une école publique comparable. Les 83 % restants obtiennent des résultats similaires ou inférieurs. Aux examens du NAEP* en lecture et en mathématiques, les enfants
fréquentant des charter schools obtiennent les mêmes scores que les autres, que l’on s’intéresse aux Noirs, aux Hispaniques, aux pauvres ou aux
élèves habitant dans les grandes villes. Nonobstant, le modèle fait figure de remède miracle à tous les problèmes du système éducatif américain. Pour la droite bien sûr, mais aussi pour bon
nombre de démocrates. Ces derniers ont même formé un groupe de pression, les Démocrates pour la réforme de l’éducation**.


Certaines charter schools sont dirigées par des intérêts privés, d’autres par des associations à but non lucratif. Leur modèle de fonctionnement repose sur un fort taux de renouvellement du
personnel, car les enseignants doivent travailler énormément (parfois soixante ou soixante-dix heures par semaine) et laisser leur téléphone portable allumé afin que les élèves puissent les
joindre à tout moment. L’absence de syndicats facilite de telles conditions de travail. »


 


* Le National Assessment of Educational Progress est une évaluation nationale auquel « le Congrès
oblige les écoles à soumettre aléatoirement certains de leurs élèves, de manière à pouvoir comparer les résultats obtenus avec ceux fournis par les Etats. »


** À l'image de nos propres démocrates,
comprendre : les socialistes, qui, en matière de redoublement, ainsi qu'on peut le lire dans le projet socialiste pour 2012, ont la même approche que l'UMP :
« Nous mettrons en place une véritable politique de cycles de l’école maternelle au collège pour que chaque élève apprenne à son rythme et
réduire fortement le redoublement. »



Béal 26/03/2011 20:14



 


Des parents dont les enfants sont scolarisés au collège du Val-de-Vire, à Vire dans le Calvados, refusent d'être pris pour des andouilles par M. Huchet, inspecteur d'académie de Caen et sévère
comptable des deniers publics.


En effet, comme on peut le lire dans l'édition de l'Humanité datée du 24 mars :
« L’établissement compte (...) parmi les collèges sanctionnés pour leur taux de redoublants jugé trop élevé et, de fait, trop coûteux. Punition immédiate : 21 heures de cours seront
supprimées chaque semaine dès la rentrée prochaine, dont une dizaine en vertu du nouveau système "bonus-malus" instauré en février dernier à titre expérimental dans le Calvados. »


Heureusement, l'aire d'influence de notre inspecteur reste limitée : comme s'en défausse adroitement le ministre de l'Éducation
nationale, qui affirmerait que « cette mesure initiée par l’inspecteur d’académie n’aurait pas vocation à être généralisée en France. »


Les parents des autres académies peuvent dont être soulagés pour le destin scolaire de leurs enfants...


N'est-elle pas belle notre République indivisible, laïque, démocratique et sociale ?



Christian JUILLET 23/03/2011 10:41



Je crois que confirme ce qui a été dit et que  je ne suis pas plus royaliste que le roi mais j'ai la conviction que si le redoublement n'est pas la panacée, c'est en tout cas la moins
mauvaise solution. Que dire de ces "mesures d'accompagnement" dans le cas où l'élève est passé en n'ayant pas le niveau? Tout simplement que si l'élève n'est pas arrivé à assimiler le programme
d'un niveau en une année scolaire il ne pourra assimiler, dans le même espace de temps, la partie non assimilée de l' année antérieure plus le programme de l'année en cours. L'élève que
je connais bien a eu des cours particuliers de la part d'un inspecteur et cela a été moins efficace que le redoublement...



Tristan Béal 24/03/2011 19:01



Mezetulle a reçu la réponse suivante de Tristan Béal.


******


Une simple supposition, Monsieur : et si notre école dévoyée avait le redoublement (ou l'absence de redoublement) qu'elle mérite. Autrement dit, si les thuriféraires du passage en douceur ont
actuellement le vent en poupe, peut-être est-ce parce que l'école comme institution morbide empêche le redoublement d'avoir une quelconque vertu roborative. Autrement dit encore, c'est parce que,
à dessein, on refuse d'enseigner dans notre école à la traîne, que le redoublement n'a plus aucune utilité : c'est bel et bien refaire une année inutile ; aussi inutile que la première, du reste
!



Une anecdote, à présent. Dans la circonscription où j'enseigne, notre inspection a commis un livret de compétences par cycle (ah ! que l'on regrette alors les anciens bulletins !). Ainsi, quand,
à la fin de chaque trimestre, j'ouvre le livret de compétences de mes élèves pour les remplir scrupuleusement (et longuement), je remarque qu'il n'y a, pour chaque item (oh ! l'horrible mot !),
que trois colonnes : une pour le CE2, une autre pour le CM1 et enfin une dernière pour le CM2. Dans le document même, l'institution a fait disparaître la possibilité du redoublement (qui aurait
pu être envisagé s'il avait existé une quatrième colonne, celle pour l'année recommencée). Lorsque nous nous étions émus auprès de notre inspectrice de cette étonnante lacune, celle-ci, superbe
tout à la fois de mépris et de fougue, nous avait rétorqué que le redoublement n'avait plus de place dans notre moderne école... Mais comme vous l'indiquez dans votre commentaire, l'école des
inspecteurs est peut-être une école d'incapables (dans tous les sens du génitif).




Christian JUILLET 18/03/2011 22:14



Concernant les taux de redoublement que l'on essaie depuis 98 d'encadrer, puis récemment d'annuler purement et simplement, je suis scandalisé.
En particulier par les propos récents d'un inspecteur d'académie de Caen à la fois drastiques et hypocrites. Celui-ci sans doute en mission commandée ou voulant faire du zèle a déclaré
qu'il convenait de renoncer au redoublement, mesure inéfficace, qu'il fallait ne pas dépasser un taux de redoublement par classe de 2,5%.


Un journaliste avisé aurait pu lui faire remarquer que cela correspondait à un redoublement sur 40 et comme les classes ne
comprennent jamais, heureusement, 40 élèves, c'est moins de 1 c'est à dire zéro redoublant par classe ce que l'inspecteur zélé n' aura pas eu le courage d'assumer. Car le redoublement est
toujours positif :100% des redoublants avaient progressés dans une étude que j'avais faite au collège et à laquelle avaient participétous les professeurs principaux de sixième et où étaient
comparées les moyennes annuelles dans toutes les matières (sauf EPS et dessin).A l'issue de cette étude et consultation 68,6% des redoublements (échantillon d'une quarantaine) avaient été jugés
positifs car la progression était significative.


Vous même, avez annoncé, en juin 2009 que le taux de redoublement des secondes avaient été de 18% et j'ai tout de suite eu l'impression d'entrer
dans un lycée sérieux.L'année dernière le rectorat nous a, vous a, repris sur ce chiffre. Mais n'a-on plus le droit d'agir selon nos convictions les plus profondes?! Doit on digérer des
couleuvres tous les jours ou faut-il une échine hyper-souple pour être Chef d'Etablissement? Personnellement je n'aurais pas cette souplesse et c'est d'ailleurs pour cela que je suis à ma place
et connais mes limites. Mais je ne pense pas être un psycho-rigide en dénonçant cette antienne complètement fausse,"le redoublement ça ne sert à rien".Ce propos est même l'archétype du propos
démagogique: il flatte les parents (mon fils! lui redoubler!...) il flatte bien entendu les élèves qui aiment, quasiment toujours, mieux "passer", il flatte les finances publiques (un
redoublement coûte 8000 à 10000 euros voire plus selon le niveau), il flatte même les syndicats qui n'ont pas compris que l'abandon du redoublement est une mesure anti-sociale et à qui, on
a fait, à l'aune de l'économie de postes induite par cette mesure, miroiter des augmentations de salaires.(personnellement je
préfère enseigner à des classes susceptibles d'assimiler mon enseignement - j'ai entendu un principal dire, textuellement et cyniquement: "passer dans la classe supérieure ne veut pas dire être
susceptible de comprendre les cours qui y seront dispensés- plutôt que d'avoir 5 ou 10% de salaire en plus .


Un  élève de 1ère s de ma famille avait du mal à suivre en maths malgré les cours de son oncle, doyen des inspecteurs de maths. Il a
redoublé (sur mes conseils donnés à son père alors qu'on voulait le faire passer quand même). Cet élève a fait une brillante 1ère S  redoublée et suit parfaitement actuellement la terminale
S où il a eu au premier trimestre de bons résultats.


Mais mesure t-on ce que l'on fait en abandonnant le redoublement? Comment veut-on avoir de la cohésion sociale avec des analphabètes ou des
sous-éduqués?On préfère payer des stages à des adultes de quarante ans pour qu'ils apprennent à lire (vu récemment à la télé) mais combien restent dans la jungle urbaine sans repères?



Tristan Béal 21/03/2011 11:23



Mezetulle a reçu la réponse suivante de Tristan Béal.


********


Je vous remercie, Monsieur, pour votre commentaire en forme de témoignage.

Il est vrai qu'au sujet du redoublement, j'ai toujours, ici comme ailleurs, parlé plus de "principes", si je puis dire. Autrement dit, si l'on pose comme hypothèse que, comme, dans le sport ou
l'enseignement de la musique, la répétition a une valeur pédagogique (ce pourquoi j'avais parlé de l'habitude dans l'article L'école des amoindris) ; si, en outre, en reprenant l'image
cartésienne des châteaux de savoirs bâtis sur du sable, on ne voit pas comment un élève ne maîtrisant pas ce qui lui est nécessaire pour comprendre ce qui suit pourrait progresser dans sa
scolarité (à moins de se montrer aussi stupidement écœurant que le principal cynique dont vous parlez) ; alors on ne peut que défendre la pratique du redoublement.

Maintenant, après avoir enseigné une dizaine d'années, et après avoir vu passer dans mes classes des élèves redoublants, j'ignore encore, à me contenter des seuls fruits de l'expérience, si le
redoublement est la panacée. Un tel redoublement arrivait-il déjà trop tard dans la scolarité de ces élèves ? Auraient-ils dû par la suite profiter d'un enseignement plus intensif et centré sur
le principal ? Toujours est-il que certains sont restés bien faibles... Mais ils l'auraient de toute façon été encore davantage s'ils étaient "passés" malgré tout et en dépit du bon sens scolaire
!



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