4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 11:43

Bloc-notes actualité
La tournée « radicale » de N. Sarkozy et le retour du maurrassisme. Les déracinés, citoyens de seconde zone ?

En ligne le 4 mars 2011


Affolé par la montée du Front national dans les sondages et sentant qu'il perd la main de tous côtés, le président de la République se lance dans une douteuse campagne anti-urbaine, anticivique et proreligieuse qui serait comique si elle ne soulevait pas de sinistres souvenirs. Nicolas Sarkozy, en faisant l'éloge de l'enracinement au sens identitaire le plus fruste, retourne la vision historique républicaine et regarde vers un certain passé. Ce faisant, il oublie l'histoire elle-même, celle par laquelle un peuple politique se forme et va de l'avant. Elle nous apprend que l'intégration concerne tout le monde - ruraux et urbains , croyants et non-croyants, riches et pauvres - et que le déraciné, loin d'être un citoyen de seconde zone, est au contraire le paradigme du citoyen (1).

 
Mezetulle a pris connaissance du communiqué de l'UFAL qui suit, et le relaie avec soulagement et plaisir.


Sarkozy, Wauquiez : le retour du maurrassisme (communiqué de l'Union des familles laïques, 4 mars 2011)


En attaquant la laïcité ainsi que les acquis sociaux du Conseil National de la Résistance, Nicolas Sarkozy s'est clairement inscrit dans une politique de démantèlement du modèle républicain.

Ce jeudi 3 mars 2011, alors qu'il était en visite au Puy-en-Velay, il a franchi le dernier pas en tenant les propos suivants: « La chrétienté nous a laissé un magnifique héritage de civilisation et de culture, c'est la France, la France que nous aimons, la France dont nous sommes fiers, la France qui a des racines. »

Nul ne saurait nier que l'histoire de France soit en partie liée à celle de la chrétienté. Nul ne saurait oublier, néanmoins, que la République s'est opposée, au cours de son histoire, à la volonté hégémonique de l'Eglise. Nul ne saurait oublier, non plus, que la République ne puise pas dans des racines mais se fonde sur des principes. Si les racines enferment un peuple dans une identité, les principes, quant à eux, ont une dimension universelle. En se réclamant de racines imaginaires, le président de la République alimente volontairement la confusion mais introduit, qui plus est, de la division au sein du peuple français. Il fait semblant d'ignorer que la République récuse toute conception ethnique du peuple : le citoyen ne saurait se définir en référence à un quelconque particularisme.

Les propos de Nicolas Sarkozy sont encore plus graves lorsqu'on les met en rapport avec ceux de Laurent Wauquiez « Dominique Strauss-Kahn, c’est Washington, Dominique Strauss-Kahn, c’est sûrement une très belle maison qui donne sur le Potomac. C’est pas la Haute-Loire et c’est pas ces racines-là [sic]  ». Le ministre en charge des affaires européennes, agrégé d'histoire, ne peut ignorer la portée d'une telle rhétorique : opposer les « enracinés » aux « déracinés », les français du terroir aux Français « errants », évoque les pages les plus  sinistres de Charles Maurras. A l'heure où le gouvernement prétend lancer le débat sur la place de l'islam en France, à l'heure où ce même gouvernement affiche clairement sa volonté de remettre en question le principe de laïcité, cette opération de communication laisse présager le pire. Il est en effet à craindre qu'elle ne s'intègre dans une offensive anti-républicaine de grande envergure.

Nicolas Sarkozy joue avec le feu : d'une main, il détruit le modèle républicain tandis qu'il attise, de l'autre, le vieux démon du maurrassisme. 

 

© Mezetulle et UFAL-infos, 2011

 

1 - Voir l'article Mythes antirépublicains, laïcité et communautarisme, où cette idée est développée.


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commentaires

Henri Larmaraud 08/03/2011 19:07



Pas faux, mais que met-on derrière la fraternité ... l'amour du prochain ? (les solidarités ? Le respect de l'arrivant et de l'acceuillant ?) Les querelles fratricides ? Les histoires de familles
(on s'aime bien mais on ne parle pas de tout) ? Les vérités d'obédiences ? La fraternité des armes (par opinion) ... Le problème de ce mot est qu'il a ét placé là originellement par les francs
maçons et que le sens profond en semble tronqué. Mais peut-être que je me trompe et que mon roman me trompe. Si vous avez des éclaircissements ...  



jf van campo 06/03/2011 08:28



Bien au delà de toute notion de racine, si nous portions le débat sur la valeur de fraternité ?.............Car la laïcité a-t-elle vraiment encore un sens si elle n'est pas concomitante à nos
trois valeurs républicaines fondamentales, à commencer par celle de fraternité(avec liberté et égalité) ?


Si l'une de ces 4 valeurs vient à diminuer, c'est toute notre société française qui se désorganise....ici et maintenant !



Henri Larmaraud 04/03/2011 21:22



Chère Catherine,


Je me permets de vous appeler "Chère" car je partage quasiment toutes vos idées et avis.


Cependant, et je mets les propos du Président de la République Française élu de coté car je ne les ai pas lu en entier ... je ne vous rejoints pas tant dans votre article en référence que dans
votre article présent sur le paradigme déraciné "étranger" qui serait supérieur dans l'ordre de la citoyeneté de la République ... aux autres car même si vous vous en défendez, je le perçois
ainsi.


Ma maman est d"origine étrangère mais je ne défile pas avec un drapeau de ce pays. Je me sens et suis Français comme mes parents. Toute l'histoire passée de Sidoine Appolinaire (dont les écrits
décrivent les ethnies gauloises à la fin de l'Empire Romain car c'est et ce fut une réalité ...), (et avant) à aujourd'hui fait parti de mon bagage ... Nous sommes sortis de la République
religion et de l'Eglise religion et tant mieux ... - même si il reste à être vigilant quant à l'OCI qui finance avec les pétro dollars, comme autrefois l'inquisition et les ordres guerriers de
l'Eglise, des lieux de culte, des condamnations supranationales (fatwa ...), des écoles religieuses, des mouvements sédditieux visant à établir une nouvelles hégémonie ... ou l'Opus Dei, certains
mouvements protestants, juifs ou bouddhistes visant à assoir une hégémonie ...     


Je crois, pour être sur le terrain, tous les jours, sans casque d'Ipod, pour cotoyer mes concitoyens et les écouter, les regarder, les aimer que chaque Français a droit à la même place et que
nous sommes tous des déracinés ... La prime à la communauté des Français descendants d'étrangers ne me paraît pas devoir faire l'objet d'un paradigme supérieur à celle du poitevins qui monte à
Paris ... ni du citoyen de Haute Loire ou de Loire ...


Le Président de la République est maladroit, mais de là, à le casser et le taxer de Maurasissme - Avez-vous lu son livre sur Mandel ? C'est le seul que j'ai lu de lui il y a bien longtemps et il
est remarquable - reviendrait pour moi à taxer Mr Mélenchon de Léniniste, ce que je ne crois pas qu'il soit, même si ces propos ont été "parfois" douteux et présentistes voire excessifs ...


... J'ai parfois l'impression de lire les mots des anti-Mitterand d'une autre époque ... Le vrai débat se meurt.


La laïcité gagnerait à ne pas diviser ainsi. Notre Président divise et des articles comme le votre divise également. Je suis selon votre article ou d'autres un citoyen "de souche", comme disent
certains jeunes et je serais symboliquement moins représentatif, moins abouti qu'un citoyen qui vient d'arriver ... Aucun pays au monde n'a ce discours ... Si Marine le Pen augmente, à mon grand
dame, c'est que la prime à la différence est médiatiquement obligée ... par rapport aux français qui n'ont pas de racines de groupes ... Ils n'ont fait que naître, vivre sur ce bout de terrain,
ne pensant ni à Maurasse ni à Aubry, et ils ne sont pas reconnus ... Or, l'absence de reconnaissance est un facteur de vote extrèmme ...      


Nous avons eu la chance que ce pays nous acceuille et nous nous sommes fait petits ... conscient de cette chance ... C'est mon roman familial ... Je ne peux haïr cette partie de moi "de souche",
j'en suis même fier ... je ne peux considérer que ceux qui refuse l'intégration voire la rejete soit supérieur ... ou exemplaire ... et même ceux qui ne la rejete pas ... je les admire comme
j'admire des personnes de mon pays, sans m'interroger sur leur origine, par leurs actes ...      


C'est mon cri du coeur car franchement la laicité a besoin de personne comme vous dont l'indignation est au delà des clivages et des groupes ce que disent vos écrits jusqu'à, à mon sens, ce
paradigme en conclusion qui induit trop de choses.


Un acceuil oui, mais pour tous ! Un paradigme du citoyen de partout !


Merci de m'avoir lu et excusez moi du ton.


Signé : un déraciné de Verdun à Paris


 


 



Catherine Kintzler 05/03/2011 11:48



Le terme "déraciné" ne s'applique pas aux seuls "étrangers" : si vous jetez un coup d'oeil sur l'article auquel je renvoie en note, vous verrez que j'entends par là une opération
de "dépaysement" dont l'école républicaine est le lieu, et qui concerne tout le monde : cete opération n'a nullement pour objet de "déplacer" les gens ni de les rendre étrangers à leurs origines
mais de donner à chacun le recul lui permettant de se saisir de son autonomie.


 


On pourrait penser aussi au concept brechtien de "Verfremdung" qui désigne l'opération consitant à rendre bizarre, étrange, ce qu'on croit comprendre, ce qu'on croit évident, afin de le
comprendre vraiment. C'est la raison pour laquelle, dans cet article, je donne l'exemple de la lecture des poètes.



marc thibault 04/03/2011 15:47



on vous a connu faisant preuve d'un peu plus de rigueur.Les déracinés c'est du Barres purement du barres (voir la discussion avec Gide dans Prétextes)et non du Maurras pour qui la distinction
essentielle est entre sujets (du roi) et citoyens de la république.Comme toute pensée positive(positiviste) celle de Maurras finalement ne definit la nationalité que par l'affiliation.Un
maurassien parle des météques parcequ'ils forment un contre gouvernement et que la souveraineté ne se divise pas.D'ailleurs tous les monarchismes modernes sont proches de ce point de vue de
Maurras et la xenophobie leur est plmus ou moins difficile puisque pour eux peut importe qu'il y ait dans un état des communautés puisque l'affiliation se définit par l'allégeance au monarque



Catherine Kintzler et Marie Perret 05/03/2011 11:37



Merci pour cette remarque ; vous avez raison de mettre les choses au point s'agissant des références à la thématique de "l'enracinement". Je dois de mon côté préciser que dans l'article de l'UFAL
que j'ai repris, la référence à Maurras entendait avant tout rappeler l'antisémitisme et l'antirépublicanisme. Maurras, de quelques années plus jeune que Barrès, a cependant vécu beaucoup plus
longtemps que lui, il a connu la seconde guerre mondiale et la politique de Vichy. Voilà qui, me semble-t-il, explique cette référence sans doute plus parlante du point de vue politique et
militant. En tout état de cause, je fais suivre votre commentaire aux auteurs de l'article.



Quant au terme "déraciné", je réponds ici pour moi-même : je l'ai utilisé dans la présentation de l'article, laquelle est entièrement de mon cru, ainsi que dans un autre article auquel je renvoie
par un lien. Il n'est pas emprunté à Barrès : je l'emploie uniquement au singulier comme paradigme, au sens d'une opération qui concerne tout le monde. Mais bien sûr cela n'empêche personne
d'interpréter et de voir une référence !
Sur Barrès, je me permets de signaler l'excellente étude de Marie-Agnès Kirscher Relire Barrès (Villeneuve d'Ascq, Presses du Septentrion, 1998).


 


****** [6 mars 2011]


Mezetulle a transmis le commentaire précédent aux rédacteurs du texte (paru initialement sur UFAL Infos) et a reçu la réponse suivante de la part de Marie Perret, coauteur du texte. C'est un
plaisir de publier cette réponse très informée et argumentée.

"Monsieur,
A partir d'une lecture de Maurras qui n'est nullement exhaustive, je résumerais sa pensée ainsi : le pouvoir, dans la République, risque toujours d'échapper à la communauté nationale, puisqu'il
dépend du calcul des voix réduites à leur pure unité arithmétique Non seulement une voix est égale à une voix, mais elle n'a pas de nom propre, et c'est bien cela qui est problématique : les
"Métèques" peuvent toujours s'emparer du pouvoir et gouverner en fonction d'intérêts étrangers. La seule façon d'échapper à cette privation de la souveraineté est de faire allégeance au Monarque
: "La Monarchie héréditaire n'a aucune de ces fragilités d'un gouvernement collectif : le Roi dont l'intérêt se confond nécessairement avec l'intérêt national peut faire concourir au service
public ce qui, en son absence, serait un risque et un fléau [...] un Monarque, c'est le plus fort actionnaire d'une Nation" (Action française, 16 mai 1908). Et, plus loin : "La Royauté
nationalise le pouvoir".

Si je vous comprends bien, à vos yeux, il découle de là que le mot "métèque", sous la plume de Maurras, n'est pas une insulte xénophobe mais un terme qui désigne une figure conceptuelle désignant
toute force étrangère qui, au sein du peuple, oeuvre contre l'unité nationale. Il n'irait donc pas de soi que le maurrassisme soit une idéologie xénophobe.
C'est là que je ne vous suis pas. On retrouve en effet dans ses écrits tous les traits qui caractérisent une conception ethnique du peuple, dont l'horizon est celui de l'exclusion xénophobe, et
qu'on peut opposer, point par point, à la conception républicaine du peuple :

1. Maurras définit le peuple, non comme un corps politique, mais comme une "communauté spirituelle" (Ma seule France), c'est-à-dire comme une substance caractérisée par son génie propre et se
distinguant, par son essence même, des autres communautés ("le génie dialectique de notre race, son minutieux esprit d'analyse, son art incomparable de distinguer les éléments et de rétablir
l'ordre de leur composition défie également la souplesse du Juif et du Vénitien, la lente fourbe anglo-saxonne ou la brutalité tudesque", Action française, 3 juin 1908). La République est
l'emprise du pays "légal", pur artifice, sur le pays "réel", seule réalité substantielle.
2. Selon lui, la nationalité repose sur l'hérédité, c'est-à-dire sur les liens du sang. La République délie nationalité et hérédité.
3. Le sang qui ne ment pas, le sang qui est le plus pur, est celui du "pâtre" et du "paysan", deux figures de l'enracinement dans le terroir. La République ignore le terroir. La figure dont elle
part est au contraire celle du déraciné (cf. la réponse de Catherine Kintzler).

Exclusion xénophobe, mais également antisémitisme puisque la figure du Juif condense, en quelque sorte, tous les traits négatifs : urbanisé, nomade, cosmopolite, le Juif est la figure par
excellence du déracinement et de l'individualisme. C'est comme cela que Maurras justifie l'antisémitisme d'Etat qui caractérise la politique de Pétain. Au fond, ce qu'il y a de plus scandaleux
dans la République, c'est qu'elle fait abstraction du nom juif. On touche alors du doigt le noyau dur du maurrassisme : la  République assimile l'inassimilable, elle fait du nom juif un nom
comme les autres ( Cf. Action Française, 16 mai 1908 : "nulle distinction [n'existe] entre les Français et un Gambetta, un Reinach, un Spuller, un Monod, un Cornelius Herz, un Dreyfus ou un autre
Dreyfus"). Pour redresser le pays, il faut, au contraire expurger l'inassimilable, en rendant le nom juif à son étrangeté."



Courouve 04/03/2011 12:21



La laïcité actuelle est fragilisée parce que bancale. Incomplète territorialement (concordat en Alsace-Moselle, Guyane catholique, Mayotte musulmane), diplomatiquement (reconnaissance du
pseudo-État du Vatican, nonce doyen du corps diplomatique), constitutionnellement ("respect" des croyances), médiatiquement (émissions religieuses sur le service public) et politiquement
(intervention de l'État dans l'organisation de l'islam, aides des collectivités locales à la construction de mosquées), elle mérite un vrai débat qui ne soit pas parasité par des considérations
politiciennes ou économico-sociales.



Catherine Kintzler 05/03/2011 11:57



Mais que dire d'un "débat" exclusivement destiné à revenir sur la loi de 1905 dans le sens diamétralement opposé à celui que vous suggérez ?


Il me semble que les "vrais débats" ne se commandent pas par des impératifs d'urgence électorale et des paniques devant des résultats de sondage. Ils réclament de l'analyse, de la recherche, et
sont plus sereins lorsqu'ils se déroulent par écrit - ou du moins lorsqu'ils sont préparés et accompagnés par l'échange de réflexions écrites. Vive l'imprimerie et le web qui donnent leur pleine
puissance à l'alphabet !



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