9 novembre 1970 1 09 /11 /novembre /1970 11:10

De l'inutilité du savoir
Réflexions sur le bannissement de la culture au sein de l’institution scolaire
par Guy Desbiens en collaboration avec Albert-Jean Mougin (1)

En ligne le 15 février 2012


C’est aujourd’hui la « culture générale » qui semble totalement intempestive à l’École. La bannir des épreuves écrites des concours d’entrée aux grandes écoles n’est donc pas seulement nécessaire, c’est parfaitement naturel et souhaitable au regard de nos classes dirigeantes, parfois des media et de certains intellectuels, et évidemment de ceux qui représentent l’institution scolaire elle-même. Il est intéressant de réfléchir sur cet étrange renoncement, qui n’est pas seulement paradoxal pour l’École, mais qui est aussi révélateur d’une forme très particulière de décadence : car il ne se perçoit absolument pas comme tel !


Apprendre à chacun, suivant le degré de sa capacité et la durée du temps dont il peut disposer,
ce qu'il est bon à tous les hommes de connaître, quels que soient leur profession et leur goût.
Condorcet



1 - De l’inculture comme valeur

L’idéal d’une haute culture n’aurait plus vraiment sa place dans la formation de « l’honnête homme » du XXIe siècle. On ne peut comprendre autrement la décision récente de Richard Descoings de réformer, à partir de 2013, les modalités du concours d’entrée à l’Institut d’études politiques de Paris (« Sciences Po »), en supprimant l’épreuve écrite de « Culture générale » pour lui substituer une sélection sur dossier et un entretien oral, afin de « diversifier son recrutement » (2).

Le mode d’argumentation est toujours le même : la sélection par la culture scolaire serait d’abord un facteur de discrimination jouant en défaveur des classes populaires. On reconnaîtra ici la fameuse thèse de Pierre Bourdieu qui interprétait l’École comme un instrument de « reproduction » sociale, précisément à une époque où celle-ci compensait davantage les inégalités. C’était cependant, comme le rappelle excellemment Henri Pena-Ruiz, confondre indument « l’essence d’une culture et la nature sociale de son appropriation » (L’École, p.85). Et on peut en dégager deux conséquences.
Primo
, ce n’est pas la culture générale qui est socialement discriminante, mais plutôt le renoncement au partage de celle-ci. Les enfants issus des classes populaires, qui sont effectivement de moins en moins représentées dans les grandes écoles, ne réclament pas un régime de faveur, mais le droit à l’égalité des chances assuré par une instruction solide.
Secundo, s’il faut lire Racine, ou Balzac, ou Victor Hugo, Baudelaire, Zola, Proust, etc., ce n’est pas parce que la culture scolaire serait imposée par les classes dominantes, mais parce qu’il y a des œuvres, et même il y a des chefs-d’œuvre, qu’a su créer le génie humain universel. Ce n’est pas, comme a pu le dire de manière peu heureuse Michel Onfray, parce qu’il y aurait une « idolâtrie de la culture » (3) ! C’est parce qu’on peut découvrir dans l’art, la littérature, la philosophie, des modèles éternels d’intelligence, de style, de beauté de la langue, d’esprit de finesse, de goût, de sublime, de grandeur dans les sentiments, de vérité humaine, etc.

Aucun relativisme culturel n’est de ce point de vue acceptable. Quant au scepticisme qui nous interroge sur la légitimité des œuvres faisant autorité, on ne peut répondre qu’une chose : c’est leur découverte ou leur lecture qui peut seule nous convaincre de leur valeur intrinsèque… Mais on tombe cette fois dans un cercle vicieux, puisqu’il faut connaître les œuvres pour être cultivé, et qu’il faut aussi être cultivé pour savoir les apprécier ! Seule l’École, qui doit patiemment faire droit aux œuvres, permet de sortir de ce cercle. Mais il semble aujourd’hui qu’entre valoriser le livre ou le mépriser, affirmer le goût pour la pensée ou la condescendre, privilégier la culture ou la désavouer, on préfère se complaire dans ce qui fait déshonneur à l’esprit humain.


2 - De l’utilité de l’ignorance

« La culture générale nous semble l'épreuve la moins utile. Qui peut prétendre en avoir une à l'âge de 17 ans ? » indique-t-on à « Sciences Po ».  Il est vrai que de plus en plus d’élèves, pourtant bacheliers, méconnaissent totalement les auteurs classiques, ignorent les découvertes scientifiques fondamentales, ont des difficultés à opérer des raisonnements logiques, ne connaissent pas les événements majeurs de l’histoire de leur pays, ou sont même incapables d’entrer dans la culture de l’écrit. Mais plus qu’un constat, c’est un scandale : ce serait une résignation absurde de prétexter du fait pour l’ériger en droit. Abdiquer ainsi la culture, c’est à la fois reconnaître et provoquer l’échec de l’École.

« Nous ne recrutons pas des copies, nous recrutons des individualités », souligne ainsi Hervé Crest, directeur adjoint de « Sciences Po ».  Il y a cette fois une atteinte très grave à l’équité républicaine, à la valeur et au principe même des concours, dont la fonction est à priori d’évaluer de manière anonyme – ou collégialement – les candidats, sur le seul critère de leur niveau de connaissances. Faudra-t-il aussi supprimer l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 selon lequel : « tous les citoyens étant égaux sont admissibles à toutes les dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que celles de leurs vertus et de leurs talents » ?

 Enfin, le directeur adjoint de « Sciences-Po » estime que la sélection sur dossier pourra, outre la scolarité, prendre en compte « l'engagement dans la vie associative, sportive, culturelle, politique ou syndicale », et préconise que l'oral d'admission évalue « la motivation du candidat, son ouverture d'esprit, son goût pour l'innovation, sa curiosité intellectuelle, son esprit critique, sa capacité à développer une réflexion personnelle ». Cela revient, premièrement, à remplacer la sélection par le savoir par une autre forme de sélection dont les critères sont ou plus arbitraires, ou invérifiables indépendamment de leur expression par l’écrit qu’on cherche précisément à bannir. C’est, deuxièmement, estimer illusoirement que les candidats disposent de toute manière, en dehors de la culture scolaire, d’autres types de savoirs : des « savoir-faire », des « compétences socialement utiles », des « aptitudes » et des « attitudes »… La cyberculture se substituera donc à la culture générale et l’humanitaire aux humanités. Et c’est surtout, troisièmement, envisager la « curiosité intellectuelle » et la « réflexion personnelle » indépendamment des bases culturelles minimales sans lesquelles l’exercice du jugement critique est impossible. On peut croire que les vertus attendues de cet « esprit critique » des candidats, se réduiront à une soumission conformiste se donnant l’apparence de l’esprit de contestation.
 
Le processus de déculturation de l’École est donc en marche. Le nouvel impératif pédagogique sera : « apprendre à désapprendre ». Condorcet estimait que c’est l’ignorance qui engendre la servitude. A « Sciences Po », une certaine forme d’ignorance pourra être jugée utile pour former les nouvelles élites.



3 - De l’utilité de l’inutile

Reconnaissons pourtant à la direction de « Sciences Po » d’avoir très bien rappelé une vérité essentielle : le savoir et la culture n’ont aucune utilité pratique. On peut être « guichetier » et ne pas connaître La Princesse de Clèves. Mais, ironie du sort, l’actuelle logique utilitariste rejoint inconsciemment la grande tradition de la philosophie classique de légitimation de la culture par son caractère désintéressé et libéral ! Ce qui fait la valeur de la culture, c’est qu’elle n’a effectivement aucun autre intérêt qu’elle-même. Lorsqu’on nous interroge donc sur ce qui mérite d’être appris à l’École, nous ne pouvons, encore une fois, répondre qu’une chose : les œuvres qui contribuent à la formation intellectuelle, esthétique et morale de l’homme ; les œuvres dont la fréquentation développe l’amour du Vrai, le goût pour le Beau et l’aspiration au Bien.

Et pourtant, par une sorte de ruse de la raison scolaire, on constate de fait la réussite sociale et professionnelle  des étudiants recrutés pour leurs qualités dans la maîtrise de la langue, de la rédaction, leurs capacités d’analyse et de synthèse, de compréhension globale de problèmes complexes. Il y a un bénéfice inattendu pour tous ceux qui ont su conserver un lien vivant avec cette culture qui exprime et éclaire de manière originale tout un pan essentiel de l’expérience humaine. Et c’est même l’humanisme qui fait les grands politique, si on en croit De Gaulle qui prétendait que : «  lvéritable école du commandement est la culture générale » (Le Fil de l’épée). En effet, exercer une autorité, c’est savoir prendre des décisions, ce qui réclame du bon sens, du courage et de la volonté, ce qui implique l’intelligence d’une situation lorsque le calcul rationnel ne permet plus de faire des choix entre des options techniquement équivalentes, de sorte qu’il faut, non pas trouver, mais inventer une solution.
Toute conception technocratique de la fonction politique conduit en revanche au cynisme et à l’allégeance aux pouvoirs.

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© Guy Desbiens, Albert-Jean Mougin et Mezetulle, 2012

 

Edit du 9 mars 2012. Mezetulle attire l'attention des lecteurs sur les commentaires ci-dessous où se déroule une discussion de grande qualité, qui vaut la peine d'être lue. On consultera en particulier le commentaire n°4 et la réponse très détaillée des auteurs.

 

Notes

1 - Albert-Jean Mougin est professeur de lettres modernes au collège Raymond Verges de La Possession à la Réunion. Voir la présentation et les autres articles de Guy Desbiens.
2 – Ces dispositions ont largement été relayées par la presse, voir par exemple et entre autres Le Figaro.
3 -  Interview sur France-Inter, 29 décembre 2011. [Note de l'éditeur. Cela n'empêche pas Michel Onfray de co-signer un texte prenant la défense de la culture générale et des humanités.]

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par Guy Desbiens et Albert-Jean Mougin - dans Politique - société
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commentaires

pablo 17/03/2012 12:55


à la discussion sur la sélection par les mathématiques au concours de première année de médecine, on peut ajouter les deux liens suivants :


http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000021276755&dateTexte=


http://www.etudes-medicales.fr/etude.php?e=TX-1ere-annee-de-medecine


Les mathématiques y sont limitées aux statistiques, qui sont utilisables en médecine y compris générale (épidémiologie). Elles n'ont pas un très fort coefficient.


D'autre part, les nombres complexes et le calcul différentiel vus en TS peuvent être utiles à certains médecins, au moins au titre de culture générale scientifique, car ils sont à la base des
méthodes d'imagerie médicale.

Incognitototo 13/03/2012 14:09


C'est ce que j'aime, entre autres, quand je viens sur ce blog : découvrir, ou me rappeler, que les anciens se posaient déjà tous les problèmes et les questions qui sont encore les nôtres
aujourd'hui... Je mettrais votre citation de Socrate sur mon blog, tant je la trouve pertinente...

Je partage la différence que vous faites entre médecin et spécialiste... Cependant, j'ai été confronté, comme beaucoup et malgré moi, à des "spécialistes" qui ont été plus des statisticiens que
des "hommes de l'art"... négligeant des cofacteurs, tant ils étaient concentrés sur leur maîtrise absolue de leur savoir parcellaire... ça a coûté cher à la sécu, et encore plus à moi-même ou à
d'autres... Aussi, je vous rejoins totalement sur vos conclusions, auxquelles j'apporterai ma contribution en rappelant que toujours et partout : "la carte n'est pas le territoire".

D'ailleurs, voilà une question à explorer... Peut-on créer une école du "bon sens" ? C'est tellement ce qui semble manquer dans toutes les strates de notre société que je me demande depuis
longtemps, si nous sommes dans le domaine de l'inné ou de l'acquis... Sûrement les deux, certainement et évidemment... cependant, je me demande ce que pourrait-être une école qui en ferait une
discipline et comment cela pourrait s'apprendre...

Pour un prochain article, peut-être ?

Bien cordialement.

Incognitototo 09/03/2012 19:06


Ha... merci pour votre mise au point étayée et instructive... Nous sommes donc au final totalement en accord... avec Condorcet (encore une fois)...

Avouez quand même qu'à la lecture de votre article, les précisions que vous m'avez données manquent singulièrement, pour qu'on ne puisse pas s'engouffrer, dans des confusions de niveau qui ont
suscité mes réactions. Si votre article n'avait pour objet que de répondre à la question « peut-on, oui ou non, renoncer à la valeur de la culture ? », nous sommes totalement d'accord...
mais il faudrait pour cela "reconcentrer" vos développements et qu'on ne puisse pas comprendre que vous "regrettez" la sélection par la culture.

Juste une chose, s'il est bien évidemment indispensable qu'un médecin ou un anesthésiste connaisse la règle de trois (mais tous les citoyens aussi qui l'apprennent toujours en primaire, non ?),
ne serait-ce que pour calculer une posologie, je doute que les complexes, le calcul intégral ou différentiel, soit d'une quelconque utilité pour faire un bon diagnosticien...

Bien cordialement.

Guy Desbiens 13/03/2012 09:48



Mezetulle a reçu la réponse de Guy Desbiens.

**********
En effet, Socrate se méfiait de l’écrit car, si on en croit donc son disciple Platon qui le met en scène dans ses célèbres dialogues, il en est de même que les œuvres picturales qui conservent le
silence si on les interroge, et « ufois écrit, tout discours roule de tous côtés ; il tombe aussi bien chez ceux qui le comprennent que chez ceux pour lesquels il est sans intérêt ; il ne
sait point à qui il faut parler, ni avec qui il est bon de se taire. S’il se voit méprisé ou injustement injurié, il a toujours besoin du secours de son père, car il n’est pas par lui-même
capable de se défendre ni de se secourir » (Phèdre, 275 b).



Pour ce qui est de votre autre remarque, puisque vous insistez sur le problème de la médecine peut-être avec raison, je répondrai en deux temps. D’abord, il faut distinguer sans doute entre le
médecin généraliste et le médecin spécialiste. Il me semble certes qu’on peut nier que « les complexes, le calcul intégral ou différentiel, soit d'une quelconque utilité pour faire un bon
diagnosticien... » : mais aujourd’hui, les compétences techniques et les connaissances scientifiques des médecins spécialistes dépassent largement en complexité les connaissances
mathématiques auxquelles vous faites références ! Un étudiant qui a l’ambition de se destiner à des études de médecine qui ne serait pas en mesure, s’il est originaire d’une série
scientifique, de passer la barrière du concours d’entrée pourrait-t-il vraiment, sans cela, réussir ce type d’études ? Par ailleurs, j’ai souvent entendu cet argument non pas pour dénoncer
une aberration à un concours, mais pour montrer l’absurdité prétendue du principe de sélection, et je puis vous dire que je l’ai entendu, en raison de mes activités syndicales au sein du
ministère, de la part de responsables au plus haut niveau de l’État.

Cela étant, et c’est la deuxième partie de ma remarque, on pourrait s’interroger pour savoir ce qu’est un médecin ! Et c’est pourquoi sans doute la distinction entre le médecin généraliste
et le médecin spécialiste que je viens de rappeler a du sens. Et surtout, on ne peut oublier que nous parlons de la médecine occidentale, c’est-à-dire d’une civilisation dominée par la science et
la technique, par le règne de la quantité, de la mesure et du calcul, du rationalisme mathématique, etc. Or, pour préciser la question, la médecine est-elle un art ou science ? Evidemment,
la médecine moderne comporte une part scientifique indiscutable et donne de l’organisme vivant un modèle purement mécaniste et physico-chimique : tel symptôme induit telle cause et détermine
tel traitement… La compétence médicale est une compétence scientifique. Mais le médecin, comme le disait déjà Aristote, n’a pas affaire à l’idée générale de la maladie, mais à un patient qui est
un individu singulier : en ce sens la médecine est un art, qui consiste à retrouver l’idée générale au sein d’une expérience  particulière. Car comme le disait Kant « appartiennent
à l’art, toutes les choses dont la connaissance la plus complète ne suffit pas à donner l’habilité nécessaire à les produire ». Autrement dit, la médecine n’est pas l’application mécanique
de règles abstraites : elle implique également du bon sens !



Tout cela rejoint notre propos sur le problème du choix et de la décision, de la forme et du sens, de la technique et de l’habileté, du savoir et de la pensée, et finalement de la compétence et
du bon sens.



Incognitototo 02/03/2012 20:09


Bis, puisqu'apparemment mon, premier commentaire s'est perdu dans quelques circuits électroniques....

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Hum... je reste sceptique... et il me semble qu'il y a mélange de niveau dans vos développements...

Je partage votre refus de réduire l'enseignement de la culture à la portion congrue dans les écoles publiques. Cependant (malgré ce que vous rapportez des propos de De Gaulle), je ne vois pas en
quoi cela nous ait donné, par le passé, des dirigeants plus "intelligents" ou plus "humains"... Certains dignitaires nazis n'étaient-ils pas des grands amateurs d'art et de culture ?... Donc, en
aucune manière la "culture" n'est une "garantie" contre les dérives idéologiques et ne préjuge des "qualités" humaines. À ce propos, une expérience
indienne...

Par ailleurs, je ne vois pas pourquoi, celle-ci devrait continuer à être un critère de sélection, dès que l'élève fait un choix de spécialisation.
Cela se discute pour Science Po, où la matière est directement issue de l'étude de la pensée des hommes ; mais cela ne me dérange pas pour les écoles d'ingénieurs ou autres matières techniques,
où avoir lu Victor Hugo ne dit strictement rien sur les capacités du candidat à résoudre un problème, par exemple, de mécanique générale...

Je pense que vous conviendrez que la sélection par les mathématiques pour devenir médecin est une aberration ; à mon sens, c'est du même ordre pour la culture pour bien des matières au-delà du
Bac...

Aussi, même si je suis totalement opposé à la société utilitariste qui réduirait la culture à une inutilité fonctionnelle, pour autant, je ne pense pas que celle-ci doit demeurer un critère de
sélection au-delà du Bac pour des spécialisations techniques.
Je ne veux pas qualifier ce que cela m'inspire, mais que diriez-vous d'un adulte, qui s'interdirait d'avoir des rapports sociaux avec tous ceux qui n'auraient pas, comme lui, un niveau de
doctorat ? Le "bon sens" serait-il l'apanage exclusif de ceux qui ont lu l'intégralité de la Pléiade ?...
Notre réalité politique est encombrée de "penseurs" éminemment cultivés, mais très cons, lorsqu'il s'agit de proposer des solutions de "bon sens". Alors, très franchement en aucune manière la
culture n'est un critère pour leur attribuer une pertinence... ou le moindre pouvoir... Parce qu'au final, c'est bien de cela dont il s'agit, votre question initiale devrait plutôt être : "la
culture doit-elle demeurer un critère qui hiérarchise les pouvoirs et la domination ?". La réponse est dans la question...

Guy Desbiens et Albert-Jean Mougin 09/03/2012 10:12



Mezetulle a reçu la réponse des auteurs :


 


********************


 


Cher Monsieur,



Nous vous remercions d’abord très sincèrement de nous avoir adressé ces objections qui renvoient à de vrais problèmes. Dans nos échanges, nous avons précisément pensé aux difficultés que vous
soulevez, que nous avons donc délibérément occultées, non par malhonnêteté intellectuelle, mais parce qu’elles nous auraient contraints à mener des développements qui nous auraient éloignés de
notre sujet.



Par ailleurs, c’est surtout vos remarques qui nous semblent comporter plusieurs niveaux et reposent peut-être sur une mauvaise interprétation de notre analyse.
L’objection essentielle que vous présentez consiste à rappeler que la culture n’est pas une garantie contre la barbarie, puisque l’histoire nous en donne le démenti à travers le cas du nazisme
que vous citiez. Vous avez, évidemment, absolument raison ! Il faut donc le dire : la plus haute culture n’est aucunement une condition suffisante, ni même une condition nécessaire,
pour empêcher la barbarie.



Et donc en aucun cas, la culture d’un individu, ni son niveau d’intelligence ou son envergure intellectuelle, ne permettent de juger de son humanité ou de son absence d’humanité. Tout philosophe
le sait d’ailleurs assez clairement depuis Kant : la valeur morale d’un homme ne dépend aucunement des qualités de son tempérament et des talents de son esprit, « l’intelligence, la
finesse, le jugement » ou encore « le courage, la résolution, la persévérance, etc. » A tel point, précise Kant, que le sang-froid », « la maîtrise de soi, la puissance
de calme réflexion » d’un criminel qui auraient ainsi toutes les vertus stoïciennes, ne le rendraient « pas seulement beaucoup plus dangereux, mais aussi plus abominable ».



 Mais les choses ne sont pas aussi simples qu’il y paraît : qu’un pays de haute culture comme l’Allemagne ait pu engendrer la catastrophe que l’on connaît est un fait historique, mais
le nazisme fut aussi un mouvement qui comportait une composante de mysticisme irrationnel, un conformisme esthétique étroit rejetant toute création artistique considérée comme
« dégénérée », un anti-intellectualisme caractéristique par ses autodafés et la fameuse formule : « quand j’entends le mot culture, je sors mon
revolver ! » C’est pourquoi il y a aussi une certaine tendance, aujourd’hui, à prétexter de ces faits historiques pour jeter la suspicion sur la culture elle-même, accusée de
prédisposer à l’orgueil et au mépris de l’humanité.



Certes, il y a pourtant un auteur qui a franchi le pas : c’est Rousseau, dans   le Discours sur les sciences et les arts. En effet, pour Rousseau, à l’opposé de ce qui
deviendra la tradition optimiste des « Lumières », la culture des arts et des sciences a essentiellement contribué à la corruption des mœurs et au déclin des grandes civilisations dans
l’histoire de l’humanité. Les arts et les sciences détruisent la communauté des hommes, pas seulement par le luxe, la corruption et la décadence qu’ils provoquent avec le progrès des
richesses et des inégalités, mais surtout parce qu’ils développent la vanité, la fausseté, le règne du paraître qui sont pour Rousseau, comme il le redira dans le Second Discours sur
l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, l’origine essentielle de la perversion morale de l’humanité en société. On sait aussi que Rousseau regrettait l’innocence, et
donc l’heureuse ignorance, non par préférence pour la stupidité, mais pour la simplicité naturelle du caractère qu’il opposait à l’hypocrisie sociale qui était pour lui le danger moral par
excellence. Ainsi, dit-il, « on ne trouvera pas aux connaissances humaines une origine qui réponde à l’idée qu’on aime à s’en former […] Les sciences et les arts doivent leur naissance à nos
vices ». Rousseau dénonce dans l’attitude savante une sorte d’apparence faussement désintéressée : il estime que la motivation de la recherche scientifique n’est pas un prétendu amour
du savoir, mais une vanité intellectuelle plus ou moins cachée, un orgueil de paraître, une vaine pédanterie, une envie de susciter l’admiration publique, puisque la société glorifie dans ses
mondanités les talents des intellectuels, les grands orateurs, les beaux esprits, etc.



 Et Rousseau a en partie raison : les écrivains, les lettrés, les savants peuvent tout à fait composer une sorte de caste où dominent le mépris, la jalousie, le désir de reconnaissance
sociale, etc. Et n’est-ce pas ce que vous disiez lorsque vous nous objectiez : « je ne veux pas qualifier ce que cela m'inspire, mais que diriez-vous d'un adulte qui s'interdirait
d'avoir des rapports sociaux avec tous ceux qui n'auraient pas, comme lui, un niveau de doctorat ? » A cet égard, il nous faut préciser cette remarque de notre article : « le
savoir et la culture n’ont aucune utilité pratique. On peut être guichetier et ne pas connaître La Princesse de Clèves ». Il n’y avait pas là du mépris, bien au contraire, car il
s’agissait d’une allusion ironique à des propos publics, réitérés par deux fois, par l’actuel président de la République ! Nous pensons quant à nous, au contraire, que personne ne peut être
jugé indigne de lire La princesse de Clèves, quelle qu’en soit l’utilité pour sa profession.



Nous ferons une remarque incidente, mais qui va avoir son importance, relativement à ces défauts que vilipendait Rousseau, puisqu’ils ne peuvent manquer de se constater dans une classe très
spécifique à la société actuelle, en raison du développement des mass media : l’intelligentsia ou la classe des intellectuels. C’est-à-dire la classe de ceux dont le travail est de penser en
mettant leur pensée au service de l’action, fût-elle un engagement idéologique, un combat politique, un choix éthique, etc. La classe des intellectuels est celle qui fait usage de l’intellect en
l’employant comme un moyen subordonné à une fin étrangère. Et par conséquent, l’attitude de l’intellectuel, en raison de son rôle social, peut donc être, évidemment, tout à fait honnête et fondée
sur de réelles qualités d’esprit, mais elle peut tendre aussi, et assez souvent, vers le conformisme de pensée le plus obtus. De ce point de vue, vous avez raison de distinguer le bon sens et le
degré de connaissances d’un être humain. Je vous rappelle cependant que le bon sens n’est pas l’intelligence. Il était pour Descartes « la chose du monde la mieux partagée », car le bon
sens ne s’apprend pas, étant donné qu’il est la condition dernière permettant d’apprendre tout le reste. Or, malheureusement, force est de constater que le rôle des intellectuels semble
aujourd’hui de contredire publiquement les évidences du simple bon sens !

Mais Rousseau avait aussi en partie tort : car un amour sincère de l’art et de la littérature est-il vraiment impossible ? Il y a dans le désaveu rousseauiste une sorte de
démystification qui témoigne négativement de la valeur a priori présupposée de la culture : on s’attendrait, naturellement, à ce que le savant aime le savoir, mais il n’en est rien, selon
Rousseau, puisqu’il aime secrètement les titres qu’il peut lui donner, etc. Tout dépend donc du rapport entretenu à l’égard de la culture qui peut être méprisable si elle est instrumentalisée,
simple moyen, et admirable si elle est désintéressée, authentiquement une fin.



On peut donc être de bon sens sans être cultivé. On peut être cultivé et n’avoir aucune qualité morale. Mais on peut aussi, finalement, par la culture, ce qui est d’autant plus rare que c’est
exceptionnel, incarner la plus haute idée de l’humanité, tant sur le plan intellectuel que sur le plan moral. En citant De Gaulle, nous faisions quand même référence à un homme de grande culture
et à un grand politique. Il a su incarner dans l’histoire, qu’il a su penser et écrire d’ailleurs, une vérité humaine éternelle : c’est « l’homme du 18 juin », c’est « celui
qui a dit non », etc. D’ailleurs, De Gaulle disait également, mais peut-être avec un excès de rhétorique : « pas un illustre capitaine qui n’eût le goût et le sentiment du
patrimoine de l’esprit humain. Au fond des victoires d’Alexandre on retrouve toujours Aristote » (Vers l’armée de métier). Et c’est ce qui fait toute la différence que nous voulions
établir entre ceux qui ont l’intelligence technique des situations sans être capables de prendre de décision, parce qu’ils sont enfermés dans un conformisme intellectuel, et ceux qui savent
admirer dans les chefs d’œuvre de la culture des modèles éternels de l’expérience humaine qui peuvent sublimer une existence.



 Notre question initiale n’était absolument pas, comme vous le prétendez : « la culture doit-elle demeurer un critère qui hiérarchise les pouvoirs et la domination ? » Notre
question était très claire et très simple : « peut-on oui ou non renoncer à la valeur de la culture ? ». Nous pensons donc, une fois ce malentendu dissipé, que toutes vos
objections tombent. Le problème n’est pas seulement aujourd’hui d’avoir des gens cultivés au pouvoir, et qui seraient peut-être pour cela plus intelligents et plus humains, etc., mais surtout de
savoir quelle valeur ceux qui exercent le pouvoir accordent à la culture, notamment au sein de l’institution scolaire, qu’ils sont précisément censés avoir la tâche de défendre ! C’est en
effet une question de simple bon sens. C’est ce qui nous permet enfin de répondre à une dernière objection concernant les critères de sélection scolaire et donc sociale.



 A cet égard, il faut distinguer l’épreuve d’entrée à « Sciences Po », qui est (ou était) une véritable épreuve de « culture générale », et les tests absurdes de type QCM
qui n’évaluent qu’un simulacre de culture et qui peuvent être abandonnés dans de nombreux concours de la fonction publique. Ensuite, un philosophe ne peut pas vous répondre sur la question des
particularités, des détails, des conséquences, mais uniquement sur la question des principes. Dès lors, faut-il convenir « que la sélection par les mathématiques pour devenir médecin est une
aberration » ? Peut-être, si le problème est celui des critères de sélection (quoique les mathématiques demeurent une discipline formatrice pour l’esprit savant, et qu’un anesthésiste
qui ne connaît pas ses « règles de 3 » serait dangereusement incompétent !). Mais s’il faut changer les critères de sélection, il ne peut être aucunement question de renoncer au
principe de la sélection. Faut-il également renoncer, comme vous le dites, à Victor Hugo dans les matières techniques ? Peut-être, mais il ne faut pas y renoncer dans les matières
littéraires ! C’est ce qui nous impose finalement de préciser la citation de Condorcet, que nous faisions en exergue de cet article, pour la compléter : dans les Cinq mémoires sur
l’instruction publique, il propose de diviser celle-ci, d’abord en « une instruction commune où l'on doit se proposer : d'apprendre à chacun, suivant le degré de sa capacité
et la durée du temps dont il peut disposer, ce qu'il est bon à tous les hommes de connaître, quels que soient leur profession et leur goût […] La seconde espèce d'instruction,
poursuit-il, doit avoir pour objet les études relatives aux diverses professions qu'il est utile de perfectionner, soit pour l'avantage commun, soit pour le bien-être particulier de ceux qui s'y
livrent. La troisième enfin, purement scientifique, doit former ceux que la nature destine à perfectionner l'espèce humaine par de nouvelles découvertes ; et par là faciliter ces
découvertes, les accélérer et les multiplier ».



La première partie de la citation se rapporte à l’instruction élémentaire, et l’isoler pourrait laisser penser que c’est l’éducation la plus commune pour tous les hommes qui peut assurer
l’égalité des droits. Il n’en est rien chez Condorcet qui exige, de toute évidence, de distinguer l’instruction professionnelle et technique et l’instruction savante, et de départager par une
stricte sélection ceux qui en ont les dispositions respectives. Cela répond peut-être à vos dernières questions.




David Monniaux 22/02/2012 08:52

Tout d'abord, une petite question aux auteurs : qu'entendez-vous par « cyberculture » ? Je voudrais sinon rappeler quelques anecdotes datant des années 1999­-2001, quand
j'enseignais l'informatique en ce qui s'appelait à l'époque DEUG1 (première année d'université), auprès d'étudiants se destinant principalement à l'économie et à la finance. 1) Nous avions
largement dû renoncer, dans les examens, à poser des questions appelant une réponse rédigée, par opposition notamment à des QCM. En effet, une bonne partie des étudiants étaient incapables de
répondre brièvement et synthétiquement, en français compréhensible, à des questions dont la réponse attendue tenait en 1 ou 2 lignes (par exemple : « Ce programme trie par ordre croissant
le tableau d'entiers passé en entrée. », rien de bien profond). Nous récoltions souvent des explications longues et maladroites, que l'on aurait pu croire écrites par des collégiens. 2) À la
fin d'un examen, un étudiant nous a dit que l'examen était dur, parce qu'il fallait réfléchir. On peut éventuellement en conclure que les examens qu'il avait précédemment passés, y compris le
baccalauréat, ne demandaient guère de réflexion. 3) De nombreux étudiants avaient une vision extrêmement cloisonnée de l'enseignement. L'idée qu'une notion, un savoir, une technique apprise dans
une discipline pouvait avoir une utilité en dehors de celle-ci semblait une hérésie. Lire une documentation EN ANGLAIS, alors qu'on veut travailler dans le commerce et la finance et qu'on a un
enseignement de langues vivantes ? Impensable. Utiliser en cours d'informatique des notions vues en mathématiques ? Vous n'y pensez pas ! 4) Certains étudiants méprisaient leurs
enseignants, forcément des médiocres (car fonctionnaires... quand bien même les enseignants étaient des CDD ou vacataires), qui plus est mal payés (donc vraiment des médiocres). La situation ne
peut que s'aggraver. Les collègues de mathématiques se plaignent qu'on ait largement ôté au lycée la notion de démonstration (trop compliqué, trop élitiste...). Au sujet de l'élitisme, j'apprends
qu'une des raisons de la suppression de l'option informatique au lycée (récemment rétablie) était l'accusation d'élitisme. J'en conclus donc que l'école française se meurt lentement de l'illusion
que c'est en diminuant les exigences que l'on formera des 1) citoyens 2) travailleurs propres à assumer les tâches d'une économie moderne.

Albert-Jean Mougin 24/02/2012 22:46



Mezetulle a reçu la réponse de Albert-Jean Mougin.


**************


Votre commentaire est un excellent témoignage de ce qui pouvait être observé à l'époque que vous évoquez : en 1999, nous étions à dix ans du ministère Jospin, accélérateur de
l'unicité du collège, après lequel on put dire que tout était consommé.
Nous avions déjà de nombreux témoignages, par l'intermédiaire de nos collègues du supérieur, convergents et identiques à ce que nous pouvions dire au sein du secondaire. Les pressions sur nos
collègues se faisaient alors croissantes pour que le succès affiché du baccalauréat soit constant. La raison de tout cela est dès son origine strictement politique. Nous croyons qu’il faudra très
bientôt en écrire, précisément, et éclaircir les taillis d'une réflexion sur la politisation de l'Ecole, entendons par là d'une part l'Ecole utilisée comme un instrument  à produire la
satisfaction illusoire des citoyens sous leur avatar réducteur de parents d’élèves, et d'autre part la perception de la fonction scolaire comme nouvelle "frontière" (et c'est à dessein que nous
employions le mot selon son acception saxonne d'outre- atlantique) pour notre économie . On pourrait d'ailleurs y lire l'aberration, celle- là des années 80,  ou la perversion, celle-ci, des
années 10,  de deux modèles sociaux: socialiste et ultra libéral. Dans l'un et l'autre cas, c'est l'Ecole qui pâtit, et ceux pour qui elle est faite, et ceux qui la servent.
 
Quant à la "cyberculture", en lisant notre collègue, nous comprenons que nous devons dissiper toute ambiguïté. Faire entrer la connaissance de la cybernétique dans la panoplie de la culture
générale est  d'une évidente nécessité, comme celle des principes da la physique, des sciences naturelles  s'est imposée au XIXème siècle. "Mais la notion de cyberculture va au-delà
d'un genre culturel. Elle désigne aussi, selon Pierre Lévy, l'un de ses principaux théoriciens, un nouveau rapport au savoir, une transformation profonde de la notion
même de culture, voire une intelligence collective dont la  Wikipédia  pourrait justement servir d'exemple" lit-on justement à l'article "cyberculture" de
Wikipedia. La critique de ses limites a été par ailleurs faite. Et c'est cela que nous voulions parler.




Florence Trocmé 17/02/2012 11:01


Une simple citation en contrepoint :


« On peut en effet regarder la lecture comme une pratique d’individuation, un moment décisif dans l’élaboration de la "grammaire du rapport à soi". La lecture est d’abord une occasion
d’individuation ; devant les livres nous sommes conduits en permanence à nous reconnaître, à nous "refigurer", c’est-à-dire à nous constituer en sujets et à nous réappropier notre rapport à
nous-mêmes dans un débat avec d’autres formes » (Marielle Macé, Façons de lire, manières d'être, Gallimard, 2011, p. 18, grammaire du rapport à soi, expression empruntée à Vincent Descombes)

Hiram Abi 15/02/2012 12:13


Et vous les élites, que faites-vous, que proposez-vous pour la Kulture dans nos zones ZEP... et pas qu'à SciencesPO ?

Guy Desbiens et Albert-Jean Mougin 17/02/2012 15:24



Mezetulle a reçu la réponse des auteurs.


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Sachez que les professeurs sont de plus en plus prolétarisés…
et que nos élites sont de plus en plus incultes !

Quelle bonne surprise d’apprendre que nous appartenons – nous les enseignants qui osons défendre la valeur culturelle de notre enseignement – à une intelligentsia privilégiée ou à une élite
sociale ! Et que faisons-nous en effet pour l’instruction de nos élèves ? Je vous écris cette réponse succincte alors que je viens de finir des cours de philosophie dans un lycée
comportant de nombreux élèves issus de classes moyennes, voire défavorisées, parfois en grande difficulté, globalement inattentifs, bavards, voire agressifs, et réticents à l’idée d’éprouver un
quelconque plaisir à apprendre : ils ne savent plus qu’ils peuvent savoir, et tout a été fait pour ça… Des journées de cours épuisantes pour les « profs », comme on dit, des
journées dont nous sortons démoralisés, exténués, indignés. Et je finirai de corriger demain des copies qui se singularisent majoritairement par leur naïveté et leur indigence... Mais à quoi bon,
en effet, se dévouer au quotidien, en étant confronté à des conditions de travail déplorables, si c’est pour se voir reprocher qu’on ne fait rien pour ses élèves, qu’ils soient scolarisés en
établissements ZEP ou non ? Peu importe, la réussite de ces élèves – fixée à 80% au baccalauréat – est bel et bien programmée à l’avance, quel que soit leur niveau de culture générale et de
connaissances réelles ! C’est donc bien qu’il faut poursuivre dans la même voie : la culture est bannie de l’enseignement secondaire, puisqu’elle n’est plus une condition de réussite
aux examens ou de passage en classe supérieure (ces propos ne sont pas excessifs : mes élèves de BTS n’ont pas eu connaissance dans leur scolarité du Bourgeois gentilhomme), c’est
donc bien qu’il faut la supprimer dans les épreuves des concours d’entrée aux grandes écoles. « Démocratiser », selon vous, c’est faire en sorte que les élèves ignorants et incultes
n’échouent pas (oui je dis bien « ignorants et incultes » : malheureusement pour eux, et n’y voyez pas du mépris, c’est le constat des conséquences du système tel qu’il fonctionne
aujourd’hui). « Démocratiser » : on y parviendra d’autant mieux qu’on supprimera le contrôle des connaissances. Mais avouez que ce n’est pas ce genre de mesure qui contribuera à
rehausser le niveau général d’instruction de la population. Et la France s’enfoncera davantage dans le classement des évaluations internationales. On pourra alors sans doute en faire porter la
responsabilité aux « profs » qui ne s’investissent évidemment pas assez en faveur de leurs élèves ; et justifier une nouvelle réforme pour qu’ils soient encore plus indulgents aux
examens et concours : mais le niveau baissera encore… et ainsi de suite ?




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