8 octobre 1970 4 08 /10 /octobre /1970 16:01

Apprendre à faire la guerre
par Marie Perret

En ligne le 2 février 2011


« J’appartiens à une génération qui n’a pas appris à faire la guerre. La proposition peut être entendue au sens propre comme au sens figuré. »
La question du combat politique se pose pour une génération dépossédée telle que la décrit Marie Perret : une certaine vision du monde pour qui la gestion des choses tient lieu de politique s'est acharnée à discréditer et à culpabiliser tout combat. Aux armes citoyens, ne vous laissez pas déposséder : à vos plumes, à vos claviers, à vos concepts!
[Article publié par la revue en ligne Respublica n° 647 du 31 janvier 2011. Lire l'article sur le site d'origine. Avec les remerciements de Mezetulle]


Lorsque Jacques Chirac supprima le service militaire, on vit s’opposer, comme souvent, les progressistes (que cette décision réjouissait) et les républicains (qui, au contraire, la déploraient). Les premiers considéraient le service militaire comme une obligation liberticide et abrutissante, les seconds, comme l’un des creusets où pouvaient encore se transmettre les « valeurs » républicaines. Il n’était pas interdit d’être plus pragmatique : on pouvait craindre la disparition du service militaire au seul motif que c’était un moyen d’apprendre à faire la guerre.

N’en déplaise aux belles âmes antimilitaristes, savoir faire la guerre est précieux. Quand un pays tombe sous le joug d’un tyran, il n’est pas inutile de savoir remonter un fusil, manier des explosifs, dégoupiller une grenade, utiliser une radio. Telle est l’une des leçons que l’on peut tirer de l’Occupation.

J’appartiens à une génération qui n’a pas appris à faire la guerre. La proposition peut être entendue au sens propre comme au sens figuré : j’appartiens à la première génération à qui le service militaire fut épargné. Mais j’appartiens aussi à une génération qui a été dépossédée des armes grâce auxquelles on mène une bataille dans le champ politique.

Lorsque les gens de ma génération eurent l’âge de s’intéresser à la chose politique, le discours de la démocratie sociale était devenu hégémonique à gauche. Le mur de Berlin venait de s’écrouler. On prophétisait la fin de l’histoire : les sociétés, incitées à entrer dans le grand Marché mondial, ne connaîtraient plus, désormais, de convulsions. On constaterait bientôt que l’économie de marché était le meilleur vecteur de la démocratie. Apprendre à se battre était devenu inutile.

Pire : l’idée même que la politique puisse relever de la catégorie de la guerre était suspecte. Car l’heure était à la fétichisation du consensus. Les syndicats s’étaient majoritairement ralliés à la cogestion. La philosophie de Jürgen Habermas, en valorisant l’éthique de la discussion, apportait à cette nouvelle doxa son assise théorique. Les partisans du compromis étaient généralement loués, les diviseurs, honnis. Jürgen Habermas était en vogue, et Marx mis au rebut : qu’il puisse exister des classes, qui plus en est lutte, voilà une thèse que personne n’entendait plus.

C’est ainsi que s’installa progressivement ce que Jean-Claude Milner appelle la « politique des choses » (1) : l’idée selon laquelle la politique est affaire d’experts, qui parlent au nom des choses, et non affaire de décisions humaines.

Le bon peuple était gentiment invité à circuler, car il n’y avait rien à dire. Les experts parlaient à sa place. Il pouvait toujours méditer devant sa caricature : le beauf et Dupont-Lajoie. Pour la jeunesse bourgeoise, adopter le style cynique et le ton de la dérision qui étaient de mise sur Canal Plus était du plus grand chic. Les hommes politiques, en toute logique, n’étaient plus seulement caricaturés : ils étaient réduits à de pathétiques marionnettes.

Ceux qui auraient malgré tout voulu entrer dans la bataille se retrouvaient sans armes. Pour mener un combat dans le champ politique, la colère ne suffit pas. Il faut transformer sa colère en indignation et son indignation en propositions articulées, rigoureusement argumentées. Il faut être capable de repérer et d’analyser des séquences historiques, afin d’avoir l’intelligence des situations. Pour cela, la connaissance de l’histoire et la maîtrise de la langue sont nécessaires. Deux choses qui, dans l’école réformée, étaient précisément battues en brèche. On aurait voulu condamner les générations à venir aux bredouillages et aux balbutiements qu’on ne se s’y serait pas pris autrement.

J’ai eu la chance de rencontrer quelques sages. Je les ai reconnus à ceci qu’ils savaient faire la guerre. Ils ont eu la générosité de me transmettre leur art. Que cet article soit une façon, pour moi, de les remercier.


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© Marie Perret, Respublica 2011

1 - Jean-Claude Milner La politique des choses. Court traité politique I, Lagrasse : Verdier, 2011 (1re éd. Paris : Navarin, 2005)

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commentaires

Philippe Foucher 13/02/2011 09:44



De la nécessité de savoir faire la guerre, d'affronter les conflits. Les grandes bouches comme moi aiment-elles toujours les conflits ? Non et souvent les fuit comme un enfant. C'est ainsi que je
fus réformé. J'aurais pourtant pu retenir de certaine leçons. Voilà une petite anecdote dont je garde pourtant toujours un souvenir très fort.


1976, Moscou... La police protège notre excursion au kolkhoze, nos réunions avec les Komsomols, la jeunesse communiste qui augurent déjà bien de l'art de la rhétorique des futures générations
soviétiques. Et puis cette soirée là, Moscou capitale de totalitarisme, nous offre, petit miracle et doux paradoxe, peut-être notre première sortie libre d'adolescents occidentaux. A quatre
collégiens, nous filons de notre hôtel au ciné ! Dans le tramway, nous demandons notre route à un quidam. Suprême luxe des minois encore juvéniles, nous osons interpeller notre hôte d'un innocent
« Vous êtes heureux dans votre pays ? » Comment des enfants pourraient-ils être soupçonnés de mener là une quelconque guerre ? L'homme lui est aux aguets. Il jettent des œillades
partout, esquivant toute réponse. En lieu plus discret, en route vers une belle soirée passée avec lui au cinéma, il nous raconte les difficultés de toute vie, mais aussi tous ses amis disparus
dont il a perdu toute trace, évoque son judaïsme. Cet homme semblait fragile et adorable. Les voyages forment la jeunesse.


1979, au lycée... Une partie de la matinée est banalisée. Mon professeur de russe organise une rencontre avec un professeur russe. Plusieurs classes sont réunies dans une salle avec leurs
professeurs. Le sujet est la vie quotidienne en URSS et nous sommes conviés à participer par nos questions. Les premiers qui se risquent sur le terrain des libertés, se voient vite repris par le
professeur russe qui nous initie au fatalisme slave et à son charme mélancolique... Ces questions ne sont pas possibles. S'installe alors un étrange jeu où chacun s'efforce dans sa tête de
substituer aux questions criantes qui lui viennent, les plus anecdotiques, « Faut-il chauffer le samovar pour mieux ébouillanter le thé ? » ou autres nécessités culturelles...
Grande gueule capable de semer un peu d'animation dans mon lycée, je suis ici complétement tétanisé. Intérieurement, c'est un mélange de bouillonnement et de sentiment d'être renvoyé à ce
petit enfant qui doit être gentil. Les mots de Gombrowicz lus plus tard parleront : « Les tentacules de la pédagogie cuculique » « Mon cucul puéril et inepte me paralysait, m'enlevant toute possibilité de résistance ». C'est alors qu'aux deux tiers de cette farce, un professeur dût considérer que la
mauvaise plaisanterie avait assez duré. A la surprise de tous, cette femme déclencha du fond de la salle une petite hostilité. Brisant les règles imposées aux élèves, elle remit fermement sur le
devant les questions que tous avaient à l'esprit. Nous avions eu l'occasion d'apercevoir jusqu'ici son attachement à des principes, mais pas de cet angle là !


Pourquoi était-elle intervenue ? J'imagine qu'elle a dû considérer que le bain
culturel était par trop abouti ! Que la possibilité que nous avions de poser de telles questions, faisait si vite de nous des citoyens soviétiques. Le pire ici n'était-il pas, non pas de nous
anesthésier par des piqures de fadaises, mais bien de devoir nous inoculer ce traitement nous-même par nos propres questions insipides. Perversion à rapprocher de celle qui prit des effets
complétement dramatiques, décrite par ce même professeur : comment au Cambodge, les mauvais lecteurs de Rousseau arrêtaient le peuple au nom du peuple lui-même !


Je pense que chacun aura reconnu ici cette femme, que par grande chance j'ai eu
comme professeur de philosophie. Et combien la nécessité de monter au front, de secouer « les choses » est parfois impérative mais douloureuse.



Catherine Kintzler 14/02/2011 10:57



Cher Philippe, je me permets de répondre personnellement à votre commentaire, que Marie Perret a lu avant publication (selon les principes de Mezetulle).


C'est avec beaucoup d'émotion que j'en ai pris connaissance, vous pouvez l'imaginer aisément et je vous en remercie du fond du coeur - merci de me placer au nombre des "sages" que Marie évoque à
la fin de son article.


Mais poser quelques questions gênantes au fond d'une classe dans une situation où je ne risquais ni ma vie ni ma liberté ni mes biens ni même une petite remontrance, ce n'est pas tout à fait
comparable à ce qu'a vécu et fait votre compagnon d'une soirée à Moscou : le seul fait de vous accompagner était pour lui un risque sérieux. Tout ce que je risquais, en n'intervenant pas, était
d'éprouver du mépris pour moi-même, "la plus amère des passions" selon Descartes. C'est aussi à son propre confort, lorsqu'il repose sur un aveuglement volontaire (qui se paie toujours de ce prix
amer dont parle Descartes), qu'il faut faire la guerre, et cela ne requiert aucun courage, juste un peu d'estomac pour passer à l'acte !



Incognitototo 08/02/2011 04:35



@ Marie-Pierre, merci pour votre réponse.

Cependant, même à la suite des autres commentaires, je ne suis pas sûr, que notre ancien service militaire (tout en étant bien l'entreprise de décervelage que vous décrivez) n'ait eu aucunes
vertus. Vous savez, apprendre à vivre en groupe (nuits et jours et en partageant son intimité), à obéir à une hiérarchie (à défaut de la respecter), à se mélanger à d'autres origines, à manier
des armes, à placer au-dessus de tout une solidarité de groupe (même si elle s'exerce parfois sur le dos des gradés), ... ça laisse des traces qui pourront être utiles dans bien des situations
sociales, ... et mouvements sociaux également. De même que savoir se battre et apprivoiser sa et la violence est extrêmement fondamental, pour ne pas avoir à faire à des sous-citoyens, qui
appelleront leur mère ou le 17 au moindre problème.

J'ai discuté de votre sujet avec un ami qui travaille pour la PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse). Je lui ai demandé, ce qu’il en pensait, lui qui n’a que des cas très lourds de
délinquants multirécidivistes à suivre et à traiter, quand et surtout comme il peut… Il est formel, pour lui, la fin du service militaire est une grave erreur pour l’intégration de ses jeunes. Et
quand je lui demande, s’il ne craindrait pas que des jeunes formés à la violence ne deviennent encore plus dangereux, il est à nouveau formel, c’est parce qu’ils n’y sont pas formés qu’ils sont
si dangereux… Intéressant, non ? On pouvait se douter de ses réponses, mais c’est toujours important d’avoir un avis de quelqu’un qui vit le terrain au quotidien…

Mais puisque vous abordez également le point de vue psychanalytique, au-delà du désarmement généralisé, et au-delà du déni du droit à la violence, ne saurions-nous pas en pleine forclusion de la
mort, elle-même ? Plus d'éducation à la violence, au combat, à la mort... aucun "immortel" n'a envie de changer le monde, il aura toujours le temps de faire ça plus tard... Complétez cela avec le
gavage de pain, de distractions, de jeux,... et le dispositif est complet pour que le panurgisme et la "procrastination sociale" soient la nouvelle religion.
A ce propos, les médias ne nous ont pas encore parlé d'une vraie révolution qui est en train de se produire en Europe, en Islande (Cf. : http://www.cadtm.org/Quand-l-Islande-reinvente-la ou http://www.parisseveille.info/quand-l-islande-reinvente-la,2643.html). C'est vraiment à se demander, si c'est par peur
de la contagion, et je me demande si je ne vais pas finir par croire au "grand complot"...


@ Marie-Pierre et Catherine,

Suite à lecture des 2 articles signalés par Catherine, je suis atterré par les propos de Christian Morrisson... et l'OCDE a beau avertir que cela ne représente pas forcément son opinion, tant de
cynisme fait froid dans le dos.

Cependant, je ne crois pas à une volonté politique délibérée, ni même à une influence de la société civile ou même des patrons (pour ces derniers, dont je peux parler, vous vous trompez, nombreux
sont ceux qui déplorent comme vous, le manque d'instruction et de formation de leurs personnels)... c'est bien plus trivial et d'une certaine façon, plus grave que cela. J'essaye de l'expliquer à
divers endroits sur mon blog, entre autres dans cet article de 2006 : http://solutions-politiques.over-blog.com/article-5076754.html (un article un peu daté que je n'écrirais plus de la même façon
aujourd'hui, mais qui reste vrai sur les fondamentaux).
Le vrai tournant politique est avant tout économique, quand les Américains ont décidé de supprimer la convertibilité or/dollar (1971) et de confier aux marchés la fixation des valeurs monétaires
par l'offre et la demande, la terre entière a basculé en chaîne, dans toutes les logiques libérales que nous subissons depuis, sans arriver à trouver la sortie...
Je pense surtout que depuis, nos décideurs sont totalement dépassés par la boite de pandore qu'ils ont ouverte et qu'ils ne savent plus comment faire machine arrière et/ou modifier
l'histoire.
On connait tous, sous la présidence Nixon, cette fameuse répartie du Secrétaire au Trésor américain, John Connally face aux préoccupations européennes : "le dollar est notre devise, mais c’est
votre problème"... Force est de constater qu'au lieu de répondre à cette cynique déclaration de guerre, nous n'avons fait que nous "adapter" et courir derrière "le nouvel ordre économique" que
nous imposaient les Américains, pour pouvoir continuer à financer leurs guerres et consommer toujours plus à crédit.
Toutes les politiques européennes n'ont fait que s'ajuster au chantage permanent qu'a exercé (et exerce toujours) les États-Unis, de laisser s'effondrer la valeur du dollar. Mais, nous n'avons
jamais réussi à reprendre la main (même en accélérant la construction de cette Europe, usine à gaz) et tous le reste en découle, y inclus l'abandon de nos services publics... 1971 est l'année
traumatique qui a fait basculer le monde entier, et tous les renoncements du PS, dès 1981, procèdent d'une realpolitik mal digérée et sans vision du long terme.

Alors non, pas un complot, juste la bêtise humaine et le manque de volonté politique, face à des menaces en tenaille, entre les USA et l'ex-URSS (remplacée maintenant par la Chine pour d'autres
raisons).

Il y a tant de non-dits politiques qui gangrènent le jugement des citoyens qu'il faudra vraiment que je me penche un jour sur les forclusions psychanalytiques qu'elles recouvrent.



Fabien Besnard 04/02/2011 12:01



Je suis d'accord avec vous : supprimer purement et simplement le service national fut une erreur. Cependant, votre vision de ce à quoi ces quelques mois étaient employés me semble
quelque peu romantique. Ce n'est que pendant les classes (deux mois, réduits à trois petites semaines en ce qui me concerne), que l'on était censé apprendre à se battre. En réalité on apprenait
surtout la discipline : le troufion de base n'est pas d'une grande efficacité au combat, tout ce qu'on lui demande en réalité c'est de ne pas partir en courant à la vue du premier ennemi. En ce
qui me concerne, j'ai tiré une fois à blanc, une fois à balle réelle, et c'est tout. En revanche j'ai beaucoup appris des militaires concernant la manipulation des foules (parfaite maîtrise de la
technique du bouc émissaire, de l'épuisement physique pour émousser tout sens critique, etc. Ils sont vraiment très très forts).


Après les classes, le SN était surtout l'occasion d'apprendre à tirer au flanc, boire des ricards au mètre, et autres joyeuseté. Je peux vous garantir que c'était le degré zéro du civisime. En ce
qui me concerne, j'ai réussi à tenir 10 mois avec une tache qu'on m'avait confiée (réaliser un programme), et que j'avais en réalité terminé au bout de 2 semaines. Par contre j'ai beaucoup,
beaucoup, beaucoup progressé au baby-foot. Quant au "creuset social", il était complétement biaisé par toute sorte de procédés qu'il me serait trop long de décrire ici. Le SN était une
institution qui avait perdu tout son sens, plus personne n'y croyait. Il aurait fallu la réformer en profondeur (par exemple en raccourcir la durée et l'étendre aux femmes, et donner le choix
entre une formation militaire et un service civil).


Pour ce qui est de déloger les tyrans à coup de fusil, je n'y crois pas non plus. Ces temps sont révolus. Le peuple en arme ne peut littérallement rien contre une petite élite militaire équippée
des technologies ultra-modernes. Il existe d'autres moyens de pression, non-violent, et beaucoup plus efficaces (grève générale, par exemple). Ce qui compte dans ce genre de combat, c'est
beaucoup plus l'organisation que la maîtrise des armes.


Cependant, il est vrai qu'une armée de métier coupée du peuple peut être tentée de prendre le pouvoir par la force. C'est un argument en faveur de la conscription que je veux bien recevoir.


Pour le reste, j'ai bien saisi la portée métaphorique de votre texte. En ce qui concerne l'école, apprendre à se battre consisterait par exemple, selon moi, à employer d'autres moyens que les
sempiternelles grèves sporadiques qui n'ont d'autre effet que de faire réaliser quelques économies salariales au ministère. Je pense à la grève des notes, par exemple. Mais là aussi, ce qui
compte avant tout c'est l'organisation, et comme les organisations syndicales ont, pour la plupart, un logiciel défectueux, je ne suis pas très optimiste...



Pouyet Marc 02/02/2011 19:43



Bonjour,


Je pense qu'il ne faut pas avoir la nostalgie du service militaire tel qu'il était organisé. En tout cas en 1978, on n'y apprenait pas à faire la guerre. Par contre, on y apprenait le
décervelage, l'obéissance aveugle, l'irresponsabilité, l'esprit de meute inculte et prédatrice hors des murs de la caserne.


Instituteur, on ne me confiait jamais la carte IGN (d'état-major) lors des manoeuvres. Des fois que j'apprenne à mes camarades peu instruits trop souvent analphabètes à s'en servir.


On ne répondait pas à mes questions sur le déplacement d'un nuage chimique ou d'un brouillard nucléaire avec les vents, par contre on savait fouiller dans mon placard pour vérifier mes lectures
personnelles. etc.


Seuls les sous-officiers et les officiers, civils réservistes apprenaient quelque chose, enfin, surtout à manipuler les subalternes et à contourner les conflits ( mutineries?).


Par contre, il faut apprendre à faire la guerre à la guerre.


Pour cela, il faut apprendre l'histoire ( les guerres et les révolutions pas seulement en Europe), se contruire la claire conviction de ce qu'est la démocratie, la république, les acquis sociaux
y afférants arrachés par les guerres révolutionnaires, que ce soit sur des barricades ou dans la grève générale.


Les résistantsde 1940-45, à partir de leur conviction, apprenaient sur le tas avec des moyens de fortune.


Les jeunes tunisiens organisent leurs propres comités d'autodéfense.


Je suis antimilitariste, c'est pourquoi je fais la guerre à la guerre.


Il faut se rappeler que dans un char, il y a un homme ou une femme et un peuple peut faire basculer une armée complète de son côté. C'est actuel et ça s'est passé en 1974 au Portugal.


Cet apprentissage-là, on ne l'acquiert pas dans un service militaire du type Ve république.


Il serait naïf de penser qu'un gouvernement de droite comme "gauche" va apprendre au peuple à se défendre de lui-même, voire à le renverser.


Je le répète, je suis antimilitariste, cela ne veut pas dire indifférent aux moyens guerriers d'en finir avec les guerres ce serait imprudent dans une époque de guerres, de
révolutions et de contre-révolutions, principalement dirigées contre les peuples.


L'Ecole de la République ne vous apprend même plus l'histoire, celle de Jules Ferry vous apprenait le maniement de bouts de bois, mais en plus à lire, écrire et compter, la première arme
du peuple.


Guerre à la guerre, pour en finir avec toutes les guerres!


Marc Pouyet


 


 


 



Marie Perret 04/02/2011 19:43



Mezetulle a reçu de Marie Perret la réponse suivante.


*********


Je n'éprouve aucune nostalgie à l'égard du service militaire. Je suis d'accord avec vous sur ce point : par bien des aspects, le service militaire était une entreprise de décervelage. Dépossédés
de la maîtrise de leur corps et de leur temps, contraints à l'obéissance aveugle, les jeunes gens désapprenaient sans doute à être des citoyens. Tout cela a, du reste, déjà été dit. Aussi
n'était-ce pas mon propos.



La référence à la suppression du service militaire doit plutôt être comprise ici comme un symptôme entendu au sens psychanalytique, c'est-à-dire comme la métaphore de ce qui, à mes yeux,
caractérise la période que nous vivons : celle d'un désarmement intégral des citoyens qui n'ont jamais été autant réduits à la passivité. Si j'évoque l'école à la fin du texte, c'est parce que
l'école républicaine fut, justement, conçue comme un lieu dans lesquels les élèves pourraient apprendre à être actifs : à réfléchir, à comprendre par eux-mêmes, à ne reconnaître comme autorité
que celle de leur entendement, afin de se gouverner eux-mêmes et d'être membres du souverain.



Nombreux sont ceux qui ont dénoncé "l'école-caserne". Plus rares en revanche ont été ceux qui nous ont dénoncé "l'école-pouponnière", dont le but principal est de garder les élèves coûte que
coûte et le plus longtemps possible.  Je dis "garder coûte que coûte" car, dans beaucoup d'établissements où l'institution est devenue inexistante, les professeurs n'ont même plus la
possibilité d'exclure les élèves bavards ou chahuteurs de la classe : "il n'y a pas de surveillant pour les prendre en charge", s'entendent-ils souvent répondre. "Gardez-les quoiqu'il advienne" :
telle est l'injonction, qui, d'une certaine façon, délivre la vérité de ce qu'est devenue l'école. Non plus un lieu dévolu à l'instruction, mais un sympathique enclos où l'on garde un troupeau.



Je n'aime pas la guerre. Je me réjouis de faire partie d'une génération qui, jusque là, n'a pas connu la guerre réelle. Heureux les peuples qui peuvent faire la guerre par d'autres moyens : par
la plume, l'activité militante, etc. Pourtant, j'avoue ne pas goûter l'expression "faire la guerre à la guerre". Que signifie-t-elle ? S'abstenir, dans toutes les situations, de faire la guerre ?
Il n'est pas dans mon intention de disserter sur la question de la guerre légitime. Je ferai simplement remarquer que les Résistants, à la différence des Munichois, faisaient la guerre. Ils ne
faisaient pas la guerre à la guerre !



henri larmaraud 02/02/2011 18:09



Chère Marie,


Je me permets de vous appeler "Chère" car vos mots rejoignent mes intuitions de témoin et les interprétations de ma réalité. Je suis né à Verdun et j'ai du visiter ces forêts bosselées, ces
arbres à l'écorce coupée par les barbelés, ces immenses champs de croix, de croissants et d'étoiles des ces jeunes hommes venus se battre de toute la France et de plus loin encore ...un de mes
grand-père était d'ailleurs président de l'association du souvenir de Douaumont ce qui consistait parfois à se réunir en silence ou en lisant des textes, se tenir debout, à coté des tombes (tas
de boues et crois en bois à l'époque), chacun une, à la nuit tombante puis dans la nuit pour se souvenir, de ses frères, cousins, amis, potes ... Il existe quelques rares photos à cet égard car
ce n'était pas du saincrétisme patriote mais un mouvement pudique et lucide, fraternel  ...


Avec du recul, je pense que cette grande guerre, résultat d'un bourrage de crâne sans précédent, a certainement brisé la confiance entre la République laîque, le progrès y attaché et les peuples
des Frances dans leurs inconscients familiaux, sans même parler de politique organisée  ...


Sur cette base, pour moi, l'idée de République France a du survivre entre deux guerre et elle s'est effondrée depuis, pour certain en 2005, pour d'autres bien avant ...


Je vous rejoint donc car l'heure semble au nihilisme permanent, au présentisme ou à l'histoire hémiplégique souvent.


Je vais vous lire avec intérêt.


 


HL


Je vous rejoins quand vous expliquez que l'école ne transmet plus les armes pour cette culture de combat et débat républicain si précieux que sont l'histoire et la précision du langage.


 



Incognitototo 02/02/2011 17:03



Un article qui surprend... et pourtant, tout à fait juste.

Si on était adepte du "grand complot", on pourrait même penser que ce "désarmement" des populations est indispensable pour qu'elles supportent, sans se révolter, ce que d'autres générations
auraient considéré comme des déclarations de guerre de nos dirigeants...
Sans oublier que c'est dans l'expérience du combat réel, qu'on apprend à être leader, la solidarité et à gérer les différences, en fonction d'un but commun.
Toute "qualité" que nos dirigeants n'ont surtout pas envie de démocratiser.
Mais il y a aussi un contre-exemple et une question, nos délinquants qui reviendraient après avoir appris à se battre et à utiliser des armes, seraient-ils plus ou moins dangereux ?

Vraiment intéressante comme vision d'un "point de détail" qui a pourtant une importance fondamentale à bien des points de vue.



Marie Perret 07/02/2011 21:56



Mezetulle a reçu la réponse suivante de la part de Marie Perret.



Votre commentaire soulève une question décisive : à qui profite le crime ? Qui a intérêt à ce désarmement intellectuel ? Plusieurs hypothèses ont déjà été avancées : on peut citer celle de
Jean-Claude Michéa, qui, dans l'ouvrage qu'il a publié en 1999 (L'enseignement de l'ignorance, Paris : Editions Flammarion, 1999), montre comment les réformes successives de l'école ont
eu comme conséquence de former des individus "atomiques", déliés, prêts à s'engager dans la guerre économique du XXIe siècle. Jean-Claude Milner considère, quant à lui, que la bourgeoisie, parce
qu'elle est devenue malthusienne, a "coupé le robinet" : elle s'évertue, depuis quarante ans, à détruire l'école républicaine qui, quoiqu'en disent certains, a joué le rôle d'"ascenseur social"
puisqu'elle a permis la constitution d'une nouvelle bourgeoisie, fidèle aux principes républicains (cf. Le salaire de l'idéal, Paris : Editions du Seuil, 1997 ; L'arrogance du
présent, Paris : Editions Grasset, 2009). On peut aussi considérer que l'école républicaine, précisément parce qu'elle était puissante, faisait obstacle à l'entreprise de privatisation de
l'enseignement programmée par l'Accord Général sur le Commerce et les Services. Pour lever cet obstacle, les néolibéraux préconisaient la méthode "douce" qui consiste à  tout mettre en
oeuvre pour en baisser progressivement la qualité. C'est en ces termes que raisonne, par exemple, Christian Morrisson, dans un rapport écrit pour l'OCDE. Ces hypothèses, du reste, ne sont pas
exclusives les unes des autres.



Je n'oublie pas la question que vous m'adressez à partir du contre-exemple du délinquant. En guise de réponse, je voudrais évoquer une scène à laquelle j'ai assisté lorsque j'enseignais dans un
lycée ZEP de Sarcelles. C'était en 2005, au moment des "émeutes" des banlieues. Lorsque j'entrais, un matin, dans ma classe de terminale STI, je trouvai les élèves particulièrement agités. Ils
étaient en train de débattre sur ce qui s'était passé la nuit précédente, et le ton montait dangereusement. Un élève me prend à partie : "Vous, vous avez brûlé des voitures en 68 !". Je n'ai pas
le temps d'ouvrir la bouche qu'un élève lui rétorque : "Eux, en 68, ils parlaient de trucs politiques. Mais ceux qui brûlent les voitures dans les quartiers en ce moment, qu'est-ce qu'ils savent
dire, à part "nique ta mère"". Au moment où, dans certains milieux, il était de bon temps de faire le parallèle entre les étudiants de 68 et les jeunes des banlieues qui "se révoltaient", cet
élève considérait, à l'inverse, qu'un monde les séparait. Les étudiants de 68 étaient armés (voire sur-armés) intellectuellement. Les jeunes des banlieues sont démunis, précisément parce qu'ils
ont été les premiers à faire les frais des réformes scolaires. La plupart d'entre eux aiment la force. Peut-être seraient-ils moins tentés par les armes physiques et moins fascinés par le
déchainement de la force brutale s'ils avaient été mieux "équipés" intellectuellement et s'ils avaient appris à manier d'autres armes.


 


[Note de Mezetulle. Voir aussi sur ce blog Comment ruiner l'école
publique ? par Marie Perret et Les risques calculés du
néo-libéralisme par C. Kintzler - on y trouvera des analyses du texte de Christian Morrisson dont parle Marie Perret ici. ]



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