30 avril 1970 4 30 /04 /avril /1970 08:00

La liberté comme forme : le cycliste et le censeur
par Catherine Kintzler

En ligne le 6 avril 2007


Appliquée à la liberté d'expression et reprise par quelques habiles, la critique des droits formels a vite fait de se transformer en bâillon : à scruter les contenus, on s'érige bientôt en censeur des « mauvais usages de la liberté ». Pour abolir ainsi le degré zéro de la liberté, il faut se croire au faîte de la liberté : il faut se prendre pour Dieu. Il ne faut donc pas céder sur la forme, par définition indifférente au contenu pourvu qu'il respecte lui-même les formes. Sans sa forme vide, sans sa forme la plus formelle, la plus abstraite, sans ce que Descartes appelle « le plus bas degré de la liberté », il n'y a pas de place pour la liberté. Forme fondamentale, ce plus bas degré n'est pas réductible à un minimum : c'est la condition du déploiement de tous les autres.
Intervention aux débats d'Agora 21 le 5 avril 2007


Sommaire de l'article


La liberté d'expression fait partie des libertés que l'on dit « formelles ». Effectivement, c'est une liberté qui se définit par sa forme ou son extériorité. Rappelons trois articles fondamentaux de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, reprise dans le préambule de la Constitution de 1958 :

Article 4 - La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.

Article 5 - La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas.

Article 11 - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.


Ainsi c'est non pas la personne morale d'autrui ou l'idée que l'on se fait de cette personne qui forme la limite de ma liberté, mais ses droits, expressément définis par la loi réglée sur la volonté générale. En l'occurrence, la liberté d'expression est encadrée par des lois sur l'injure, la diffamation, l'incitation à la violence, à la haine raciste, etc. Le principe est toujours le même : les interdits sont nécessaires au fonctionnement  du droit en ce sens qu'ils sont la condition de possibilité du droit qu'ils limitent et dont ils sont constitutifs.

On sait que les droits dits formels ont été l'objet de critiques célèbres, d'abord par les adversaires de la Révolution française, tels Burke, au nom d'une conception distributive de l'ordre politique – et c'est plutôt la notion d'égalité qui était visée (1). Plus connue dans la tradition française est la critique inspirée par le Manifeste du Parti communiste de Marx et d'Engels – et cette fois c'est plutôt la liberté « formelle » qui tombe sous le coup de la critique : la liberté en effet, c'est le droit pour le propriétaire des moyens de production d'exploiter le non-propriétaire – le loup libre dans un poulailler libre. On se souvient de l'éblouissante formule (éblouissante par son ambivalence voulue) par laquelle Marx caractérise le prolétaire : un travailleur libre. Libéré de la servitude qui frappait le serf, mais libre de toute autre propriété que celle de sa force de travail, qu'il doit donc vendre pour survivre, et même, pour le prolétaire moderne, celui de la grande industrie, libre de la technique de travail qui lui a été volée par la machine. Ainsi le prolétaire est libre en tant que force de travail pure et simple, force de travail abstraite. Notons l'emploi du terme abstrait par Marx pour caractériser cette force de travail : abstraite car réduite à son essence, sans propriétés particulières.

Or c'est précisément son abstraction que les critiques de la liberté formelle lui reprochent. Dans un premier temps, je m'attacherai à remonter à la source philosophique  de cette critique, qui fédère toutes les autres : cela nous conduira au concept classique de la liberté comme maîtrise. Dans un second temps, j'essaierai de montrer comment cette conception de la liberté philosophique peut être retournée et servir à abolir toute liberté, précisément lorsqu'elle est opposée à la liberté formelle à des fins de dénonciation. J'en conclurai qu'il ne faut jamais céder sur la forme – or c'est ce que nous sommes constamment invités à faire lorsqu'une « affaire » survient, comme récemment l'affaire des caricatures et l'affaire Redeker. 



1 - Liberté abstraite et liberté philosophique

La liberté d'expression et de communication est donc « abstraite ». Cela est vrai. Car abstrait indique une opération de soustraction des qualités ou des diverses déterminations, autrement dit du contenu qui spécifie un concept. Il s'agit d'une liberté « sans qualités » dont la détermination est purement extérieure : rien d'intérieur ne vient la caractériser. Autrement dit, et pourvu que je respecte l'extériorité des interdits qui l'encadrent, je peux dire, écrire, publier ce que je veux. Cette abstraction ou cette extrême pauvreté en détermination, ou encore cette indifférenciation aux contenus la rapproche de ce qu'on appelait « la liberté d'indifférence », liberté vide et absolue par laquelle je prétends décider arbitrairement, sans raisons.

On retrouve alors, exprimées en langue philosophique première les critiques de la liberté comme forme abstraite. Non seulement il s'agit d'une pauvre chose, d'une idée vide, mais si l'on y pense bien, cette absence de contenu la vide également de ce qu'elle prétend effectuer : la décision elle-même. C'est le fameux paradoxe attribué à Buridan (XIVe siècle) dit de « l'âne de Buridan » : un âne également assoiffé et affamé placé à égale distance d'un seau d'eau et d'une botte de foin mourra de faim et de soif.

Le développement le plus puissant de cette critique est présenté par Spinoza dans plusieurs passages de l'Ethique (2). Parce qu'une idée vide est une absence d'idée, il n'y a aucune liberté sans la force des raisons qui sont en présence, parce que tout simplement ces forces n'interviennent pas sur ma décision : elles sont ma décision elle-même. Et lorsque je pense prendre une décision sans attache, gratuite, « libre » au sens mécanique du terme, celle-ci n'est que l'effet de ma conscience d'agir conjuguée à l'ignorance où je suis de ce qui me détermine. Supposons que je lance une pierre et que cette pierre, durant sa trajectoire, soit brusquement douée de conscience ; elle pensera qu'elle se déplace de son propre chef ! Ainsi la liberté comme forme est, tant qu'elle s'autorise d'une abstraction vide, une illusion. Au contraire, c'est lorsque les raisons sont fortes que je suis libre, et plus elles sont fortes, plus  j'augmente ma liberté.
Et c'est vrai. Je suis beaucoup plus libre quand je démontre un théorème, proposition nécessaire, que lorsque j'affirme une bêtise, proposition sans attache. Car la suite des raisons que je déploie dans la démonstration fait que rien ni personne ne me dicte ce que je fais et ce que je pense : alors seulement je suis l'auteur de mes pensées et de mes actes. Nous avons tous fait cette expérience de la certitude par la force des raisons : un enfant qui a compris comment fonctionne une addition est dans une position divine, et le fabuleux Pythagore lui-même n'en sait pas plus que lui concernant cette addition...

Voilà pourquoi Spinoza regarde avec tant de commisération l'exercice du doute dont Descartes fait son outil initial : le doute n'est à ses yeux que le signe de la faiblesse des pensées. Et Descartes lui-même, soulevant cette question dans la Méditation quatrième, qualifie rétrospectivement cette liberté abstraite de « plus bas degré de la liberté ». Nous y reviendrons, car même au plus bas, cette liberté n'est pourtant pas rien à ses yeux (3).
Et nous voilà aussi en mesure de comprendre pourquoi Spinoza déclare que « Dieu seul est absolument libre » (4). Dieu c'est-à-dire tout ce qui existe, tout ce qui est et qui peut être pensé : rien n'est à l'extérieur, rien ne pèse sur Dieu, rien ne se fait qu'il ne fasse, rien ne se pense qu'il ne pense... C'est de la philosophie première, mais c'est très simple à comprendre. Il s'agit d'une définition de la liberté par son contenu, par l'intérieur : une définition substantielle. Plus il y a de substance, plus il y a de liberté.

Cette façon de voir existait bien avant les théories explicites de la liberté. Car lorsque Socrate s'applique à dénoncer l'opinion, la doxa, chez ses interlocuteurs, il le fait selon la même fidélité à l'intériorité, à la consistance de la pensée : « tu dis cela, mais tu ne le penses pas vraiment, car nous allons voir que cela ne se pense pas, cela n'a pas de contenu ». Et ainsi on revient à ce que Rousseau plus tard appelle « le sens philosophique du mot liberté » (Du Contrat social, I, fin du chap. 8) pour le distinguer dans ce texte du sens juridique et politique du mot, qui se caractérise par la forme et l'extériorité.

Liberté philosophique : c'est celle du maximum d'autonomie, elle repose sur la consistance du contenu. C'est elle que l'on acquiert par la connaissance, par la maîtrise technique, qui toutes deux supposent que l'on s'approprie les tenants et les aboutissants de ce que l'on dit, de ce que l'on fait, de ce que l'on pense. On pourrait donc caractériser cette liberté par la maîtrise et l'appropriation. Ainsi la liberté juridique formelle serait à la liberté philosophique ce que la propriété est à l'appropriation: lorsque je possède un livre dans ma bibliothèque, j'en ai la propriété. Lorsque je lis le même livre dans une bibliothèque publique, que je le travaille, que je prends des notes pour pouvoir me servir de ce qu'il m'apprend, je me l'approprie, bien qu'il ne m'appartienne pas. Je peux aussi faire les deux, m'approprier ce que je possède. C'est ce qu'il faut impérativement faire lorsqu'on achète une voiture par exemple, bien mal nommée en l'occurrence « automobile ».

Et puisque nous sommes sur la route, prenons un exemple qui nous servira de boussole – exemple que j'ai utilisé et usé pendant toute ma carrière de professeur.

Je suis dans ma voiture, il est 3h du matin. J'arrive à un feu tricolore qui vient de passer au rouge. Il n'y a personne de l'autre côté. Imaginons Spinoza à ma place. Voici le raisonnement qu'il pourrait tenir : le stupide s'arrêtera au feu sans réfléchir parce qu'il en a l'habitude, le craintif s'y arrêtera en pensant qu'un radar est peut-être caché à proximité, le soucieux s'arrêtera en réfléchissant qu'il n'a peut-être pas tout vu et qu'après tout le feu le protège, mais le sage s'arrêtera en poussant la pensée jusqu'à son comble : il comprend que la loi qui règle les feux tricolores est profondément fondée et juste, il voit que cette loi il aurait pu lui-même la décider, et ainsi il est au summum de la liberté philosophique en attendant à l'arrêt que le feu passe au vert ! 
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2 - « Le plus bas degré de la liberté » : degré stupide ?

Vous avez sans doute remarqué que dans ma classification philosophique j'ai oublié un personnage : le petit malin. C'est celui qui, après avoir bien regardé, brûle le feu « puisqu'il n'y a personne ». Le petit malin est intelligent, et il pense que les lois ne sont faites que pour ceux qui sont bêtes. Il pense que si tout le monde était intelligent comme lui, il n'y aurait même pas besoin de lois, tout se passerait très bien... Nous le croisons tous les jours. S'agissant de la route il a même en ce moment pignon sur rue, ou plutôt dans la rue : vous avez reconnu le cycliste « bobo », celui qui se conduit tantôt comme un piéton tantôt comme un véhicule, selon la situation et ce qui l'arrange.

Celui-ci est le plus dangereux de tous, particulièrement parce qu'il s'autorise de l'intelligence. S'appuyant sur la consistance d'un contenu, il en prend argument pour évacuer le premier moment, celui de la forme vide de la loi du feu tricolore : celle qui m'enjoint de m'arrêter au rouge bêtement et quelles que soient les circonstances « même s'il n'y a personne ». Le cycliste petit malin considère que sa science surpasse l'autorité du code de la route, cette dernière étant faite pour les stupides (ceux qui conduisent les véhicules motorisés). Si on lui fait remarquer qu'il n'a pas à brûler de feu ni à circuler sur le trottoir, il s'offusquera, et nous considérera comme des réactionnaires doublés d'imbéciles, persuadé qu'il est d'avoir la raison philosophique (en plus de la bonne conscience écolo) de son côté. On devrait presque le remercier de se mettre en danger et les autres avec lui.

Cependant, si l'on revient sur le mécanisme dont il tire argument pour transgresser la loi, on constate que non seulement ce petit malin est dangereux, mais que sa prétendue clairvoyance est une négation de la liberté. En effet, dissimulé sous des oripeaux libertaires, on voit fonctionner ici le même mécanisme que celui dont s'autorise la censure la plus féroce. Habiller la férocité avec des oripeaux bien-pensants, cela s'appelle de l'angélisme.

Quittons les exemples routiers et revenons dans le domaine de la liberté d'expression et de communication. Nous avons vu récemment fonctionner le raisonnement qui récuse la forme au nom d'un contenu plus consistant. Dans l'affaire des caricatures publiées par Charlie-Hebdo et dans l'affaire Redeker, des demi-habiles tiennent en effet  l'argumentation suivante : « La liberté d'expression, c'est très important, c'est sacré, mais justement il ne faut pas la galvauder, il ne faut pas en faire un mauvais usage ; or ces caricatures qui s'en prennent à une religion et Redeker qui tient des propos de bistrot indignes d'un professeur de philosophie discréditent la liberté d'expression. » Et lorsqu'on leur objecte que la loi, par sa forme, définit expressément les abus de la liberté (et non ses mauvais usages), ils rétorquent qu'il ne s'agit pas de cela, qu'il faut réfléchir plus loin que le bout de son nez avant de « faire de la provocation »...
Comme le cycliste libéré, les petits malins demi-habiles font les saintes nitouches : les yeux fixés sur leur riche intériorité, ils prennent des airs hautains et dégoûtés, se pincent le nez et finissent par déclarer que, au nom de la liberté et de la haute idée qu'il convient de s'en faire, ils ne signeront aucune pétition pour soutenir des usages aussi formels et aussi extérieurs de la liberté... Il arrive même que la sainte-nitouche ait le courage de pousser le raisonnement jusqu'au bout : non seulement elle ne soutiendra ni la publication de ces caricatures ni Robert Redeker, mais encore elle réclamera des poursuites, une interdiction professionnelle par exemple. C'est ce que décrit hélas Robert Redeker dans son livre Il faut tenter de vivre (5). On est bien dans un mécanisme de censure.

Essayons de traduire cela en termes philosophiques. Au nom de la plénitude de la liberté, de son plus haut degré, on abolit la liberté formelle, son plus bas degré. Cela peut se dire aussi avec des mots plus gros, plus métaphysiques: au nom de Dieu, qui seul est absolument libre, on finit par tirer sur un homme à terre. Cette formule n'a rien de rhétorique, elle est rigoureusement déductible de ce qui a été dit plus haut. Car pour récuser ainsi le plus bas degré de la liberté, il faut parler du point de vue de Dieu – du point de vue de la vérité absolue. D'ailleurs, n'a-t-on pas entendu le même argument au plus fort de l'époque stalinienne ? La forme vide, occidentale, de la liberté et ceux qui s'en réclamaient n'étaient-ils pas dénoncés comme infantiles, stupides, comme manquant de conscience politique ? Autrement dit encore : le mauvais usage de la liberté c'est celui avec lequel je suis en désaccord. Et ce avec quoi je suis en désaccord doit être interdit, car c'est contraire à la vérité, à l'avant-garde, au progrès historique, au mouvement des masses, au progrès social, au Parti (ici peuvent prendre place différentes variantes de la divinité).
Mais à quoi bon la liberté, s'il ne faut l'exercer que pour adhérer à un consensus fixé d'avance ?  [ haut de la page ]


3 - « Le plus bas degré de la liberté » ou son degré zéro

A cela il faut répondre par une défense intraitable de la liberté comme forme, de ce plus bas degré de la liberté qui abrite aussi bien la stupidité que l'intelligence. Et il faut le faire pour des raisons philosophiques. Je m'inspirerai de la bienheureuse obstination avec laquelle Descartes, au plus fort moment de ses Méditations, affirme l'idée de « plus bas degré de la liberté » - la capacité de dire non, de prendre du recul, de douter, d'être à l'écart. En effet si un peu de philosophie nous éloigne de la forme de la liberté et de son plus bas degré jusqu'à les nier, beaucoup de philosophie nous y ramène. Voici quelques arguments.

1° L'affirmation de cette forme vide autorise, avons-nous dit, la stupidité. Mais l'imprimerie, qui a révélé la puissance de l'écriture alphabétique et aujourd'hui les publications en ligne qui la portent au maximum de diffusion, ont également multiplié la quantité d'âneries diffusables et diffusées. Faut-il brûler les kiosques à journaux et programmer Google pour ne laisser paraître que les textes importants, consistants ? On voit bien ici que la forme vide est avant tout un degré zéro, une condition de possibilité : c'est la possibilité de l'extension ordurière qui conditionne l'éclosion de textes consistants et qui en multiplie les chances d'apparition.
Forme fondamentale, ce plus bas degré n'est pas réductible à un minimum : c'est la condition du déploiement de tous les autres. Car pour pouvoir démontrer un théorème, ou de manière générale avancer quelque proposition riche de contenu et susceptible de vérité, il est inutile et même nuisible de se placer du point de vue de Dieu : il faut pouvoir douter, se tromper. « Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur » écrivait Beaumarchais : sans la liberté de dire ce que les habiles, du haut de leur divinité et comme s'ils étaient extérieurs au champ critique, condamnent comme des bêtises, aucune vérité ne serait possible. S'en prendre à la liberté d'expression comme forme vide au prétexte que seuls les contenus importent, c'est abolir l'espace critique. En effet, celui-ci ne peut exister qu'à la faveur de la négation, de l'erreur. Car jamais aucune proposition vraie n'a été établie directement, aucune proposition vraie ne se présente d'abord de façon affirmative : toutes sont le fruit d'un travail critique qui suppose l'erreur, la négativité, parce qu'on ne comprend jamais rien si on ne comprend pas pourquoi on n'avait pas compris. Une vérité qui n'est pas passée par l'épreuve de sa négation, de sa fausseté possible, n'est jamais qu'un objet trouvé dont on ne sait que faire : elle n'a aucune force, aucune certitude (6).

2° La loi n'a pas à me demander compte du contenu que je donne à l'usage de ma liberté et de mes droits en général, pourvu que celui-ci reste dans les formes qu'elle détermine de l'extérieur – cette extériorité étant réglée sur les droits d'autrui et non sur son bon plaisir.
Elle n'a pas non plus à me demander d'être juste, vertueux, intelligent, ni à me dire ce qui est vrai et ce qui est faux. Or c'est ce qu'elle fait lorsqu'elle prétend me dicter le contenu de ce que je fais et de ce que je pense dans le cadre d'une liberté d'expression dont il faudrait faire un bon usage. Et ce faisant, elle m'ordonne de renoncer à la constitution autonome de mes actes et de mes pensées pour me conformer à une norme prescrite par une « bonne pensée » extérieure. La critique de la liberté comme forme au nom de ses bons usages revient à commander l'obéissance la plus servile : c'est la négation même de la liberté, puisqu'elle doit s'assujettir à un usage déterminé a priori.

3° Enfin la forme de la liberté, son degré zéro, c'est aussi une sécurité, un soulagement nécessaire pour l'esprit qui ne peut pas être présent tout le temps à lui-même. L'extériorité de la loi fonctionne ici un peu comme une machine aveugle sur laquelle on peut s'appuyer. Car s'il fallait, comme le veulent les petits malins, constamment s'interroger sur le contenu, constamment regarder partout au lieu de s'arrêter bêtement au feu rouge, ce serait épuisant et très dangereux. Au contraire, des mécanismes formels et extérieurs nous offrent garantie et sécurité, outre qu'ils sont explicites et qu'ils peuvent donc être critiqués, amendés, améliorés.

Reprenons pour terminer l'exemple emblématique du feu tricolore. Tout le monde y trouve son compte : l'ignorant, le distrait, le stupide aussi bien que le craintif et le sage – tous ces personnages que je suis tour à tour.. Mais gardons-nous de jouer le rôle du petit malin qui, trop sûr de sa vigilance, s'expose et expose les autres. Il vaut bien mieux faire la bête, car qui veut faire l'ange fait la bête.

© Catherine Kintzler, 2007    [ haut de la page ]


Notes                      [Si vous avez cliqué sur un appel de note : Retour à l'appel ]
1 - Edmund Burke, Reflections on the Revolution in France (1790), Réflexions sur la Révolution de France, suivi d'un choix de textes de Burke sur la Révolution, trad. de Pierre Andler ; présentation de Philippe Raynaud ; annot. d'Alfred Fierro et Georges Liébert, Paris : Hachette, 1989. Voir Bertrand Binoche Critiques des droits de l'homme, Paris : Presses universitaires de France, 1989.
2 - Spinoza, Ethique, I 32 et Appendice, II 35 et surtout 48 et 49.
3 - Descartes, Méditations métaphysiques, IV et Les Passions de l'âme, 152.
4 - « Dieu seul est cause libre », Ethique, I, 16, corollaire 2.
5 - Robert Redeker, Il faut tenter de vivre, Paris : Seuil, 2007.
6 - Ce point demanderait un développement important, il engage ce que Bachelard appelait une psychologie de la connaissance : Gaston Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique, Paris : Vrin, 1993 (1958).


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par Catherine Kintzler - dans Politique - société
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commentaires

Incognitototo 10/07/2010 16:20



Outre vos développements, j'ai adoré votre passage sur le feu rouge ; c'est un de mes sujets de réflexions "exemplaire" permanent : à quoi sert le Code de la route ?...
Le systémiste (et Piaget avec lui) pense "qu'une société ou un groupe fonctionne toujours au plus bas niveau du plus bas de ses membres" ; en conséquence, tant que les valeurs de civilité et de
respect mutuel, n'ont pas été intégrées et intériorisées par tous, même les sages et les "petits malins" doivent respecter les lois qui nous protègent mutuellement du plus bas niveau des membres
du groupe. On ne peut pas faire plus évident, comme position de principe.

Mais, le systémiste se demande aussi, si c'est le code de la route qui conduira les humains à intérioriser la civilité ou si, ce n'est pas lui qui empêche cette intériorisation de s'accomplir, en
maintenant l'individu dans un statut infantile... D'ailleurs, comme vous le soulignez, ce n'est pas du tout la même chose que de définir la loi à partir de l'intérieur ou de l'extérieur... Ce qui
rejoint également votre point sur la liberté formelle et ses déclinaisons.

Je n'ai pas de réponse et pour cause, si j'en avais je serais le "maître du monde" ou j'aurais déjà fondé une secte sans guru. ;o) Il n'en reste pas moins que cela reste une préoccupation
permanente, pour les systémistes et pour moi, que de distinguer comment une loi peut conduire à l'intériorisation des valeurs qui la justifient et comment d'autres maintiennent l'individu dans un
état infantile ou pire, déplacent, multiplient et/ou amplifient les problèmes.



Aurélie Levigneron 18/01/2010 13:03



Bonjour Mme Kintzler,


 


je vous remercie doublement pour la prise en considération de mon commentaire et votre réponse.


Laquelle me montre que j'ai raté la présentation de l'objet principal de ma réflexion.


 


J'avais bien compris que votre exemple du cycliste "bobo" avait un but principalement illustrateur, plutôt que dénonciateur (même s'il ne s'en prive pas, joignant l'utile au petit du coup de dent
au passage; qu'un auteur ne boude surtout pas son plaisir, la saveur de son texte en est relevée!).


Aussi, mon commentaire ne visait pas la mise en examen des situations où un moins vulnérable abuse de cette position pour empiéter sur les droits d'un plus vulnérable. Comme vous le relevez
d'ailleurs, dans le cas du cycliste et de l'automobiliste, la situation est éminemment relative puisque qu'il suffit de décaler le regard pour que la position de l'un ou l'autre change de camp.


 


L'objet de mon interrogation était maladroitement décentré et présenté à la fin du commentaire.
A travers mon illustration détaillée du cas du cycliste, je souhaitais interroger plus généralement les dispositions qui seraient constitutives d'un état de droit laïque, pour régler le cas des
situations installées de non-droit effectif.


C'est-à-dire, quand le citoyen se sait d'expérience et à l'avance directement mis en péril lorsqu'il prétend user de son droit civil, sans autre espoir que d'avoir éventuellement gain de cause
par la loi a posteriori, quand c'est au prix de l'agression de son intégrité que le constat de ses droits bel et bien floués peut être pris en compte.


 


Autrement dit, existe t-il des dispositions consécutives de la notion d'état de droit laïque qui permettent d'anticiper l'empêchement d'usage serein d'un droit et son non respect prévisible:
circuler quotidiennement en mini-jupe dans certaines zones urbaines, ou à vélo en ville ?


 


Le citoyen floué prévisible n'a t-il d'autre solution que de renoncer au nom de son intégrité à son droit présent, se faire militant, et espérer que l'avenir réservera à d'autres des conditions
d'exercice véritables de ce droit?


 


Bien cordialement vôtre.



Mezetulle 19/01/2010 15:28


Vous posez en fait, à mon avis, le problème du respect de la loi AVANT qu'un délit soit effectivement commis ou en l'absence de preuve qu'il a été commis : c'est aussi simple et aussi massif que
cela !

Dans un Etat de droit, à ma connaissance on ne peut se prévaloir de la loi en tant qu'individu "lambda" et porter plainte que lorsqu'on est lésé.
Par ailleurs il n'y a pas de délit tant que celui-ci ne peut être établi, sinon on n'est plus dans un Etat de droit, mais on est à la merci de l'arbitraire de tout un chacun.
Si j'insulte quelqu'un "entre quatz'yeux", sans trace et sans témoins, il ne peut pas prouver que j'ai commis un délit. La contrepartie de cela est que personne ne peut m'accuser de l'avoir insulté
s'il n'est pas en mesure de l'établir.... et plus généralement que nous sommes à l'abri de la délation fantaisiste et de l'arbitraire. A ma connaissance il n'y a qu'en matière de pédophilie que la
charge de la preuve revient au défendeur... et on sait à quelles tragédies cela a pu mener (exemple de suicides de personnes faussement accusées par la "parole de l'enfant").
Reprenons votre exemple. Un automobiliste frôle un cyclisteen ne respectant pas la distance de sécurité imposée par la loi ou brûle un feu au nez et à la barbe d'un piéton qui traverse, un cycliste
circule sur un trottoir en slalomant dangereusement entre les piétons, mais sans provoquer d'accident... et sans être vu par la police (qui seule peut intervenir légalement dans ce genre de
situation... et qui d'ailleurs 9 fois sur 10 n'est pas là) etc.
Je ne sais pas s'il y a un moyen non liberticide de s'en prendre à ce genre de chauffard et de "petit malin" dans ce genre précis de situation, je suppose que non, et que ceux qui en sont les
victimes potentielles restent impuissants, avec une grosse peur et une grosse colère.
C'est pourquoi je partage votre suggestion : en l'absence de volonté politique qui déciderait d'exercer des contrôles systématiques plus stricts (radars aux feux tricolores, agents de la force
publique plus nombreux bien visibles et efficaces), il n'y a que le militantisme et la campagne d'opinion- campagne qui peut aussi encourager les témoins à se faire connaître lorsqu'il y a délit et
recherche de culpabilité.




Aurélie Levigneron 17/01/2010 18:06



Bonjour Madame Kintzler,


 


je vous prie d'excuser ce commentaire: s'il fait inopportunément à vos yeux "remonter" un ancien sujet, je ne m'offusquerai pas que vous le laissiez lettre morte.


 


Peut-être trouverez-vous intellectuellement vulgaire ma reprise à la lettre de votre illustration du cas du "cycliste petit malin", sur la base du vécu personnel ci-dessous.


 


Etudiante, j'ai d'abord été cycliste respectueuse du code de la route (la loi) en vertu de mon statut de véhicule circulant sur la chaussée, en ville.


J'appliquais la tenue de route préconisée par la loi il me semble, celle de la circulation du côté droit de la chaussée.


J'ai expérimenté le périlleux usage du droit à circuler en ville à vélo auquel on s'expose alors, compte-tenu du comportement de certains automobilistes. En effet,  j'ai subi la coupable
désinvolture des automobilistes, en situation de stationnement (véhicule qui en sort sans avertissement de clignotant, portières soudainement ouvertes largement côté chaussée), ou de circulation
(véhicules qui vous frôlent au point de vous contraindre au rabattement au plus près du trottoir, finissant par vous faire tomber dans le petit dénivelé du caniveau, où votre situation passe de
Charybde en Scylla, car les 2 roues sont alors dangereusement piégées, toute tentative pour le retour en roulant vers le goudron salutaire les faisant frotter contre le trottoir ou déraper sur le
petit dénivelé d'où elles sont tombées).


Mais j'ai en plus "chairement" payé (= payé chèrement dans ma chair) cet usage cycliste de la chaussée: j'ai été percutée de plein fouet, envoyée voler par terre comme une marionnette
impuissante, par un véhicule déboulant d'une allée latérale de parking, un autre jour par une caravane tractée, une troisième fois en plein croisement (j'avais la priorité).


 


Dans tous ces cas y compris les 3 extrêmes, je n'ai le plus souvent pas été maltraitée par ces automobilistes parce qu'ils agissaient criminellement au mépris de ma présence, mais, et ça n'est
pas moins inquiétant à mes yeux, parce qu'ils ne m'avaient pas vue, ou au trop tardivement. Autrement dit, la prise en compte de ma présence, c'est-à-dire le soin de vérifier son occurrence,
étaient a priori négligés, ou ignorés par eux.


 


Mon mari, qui jusque là désapprouvait mon obstination vis-à-vis de ce mode de circulation qui s'était avéré si dangereux dans les faits, a explosé après ce troisième accident: ""j'étais dans mon
bon droit", c'est ton ambition ultime de cycliste, c'est l'épitaphe dont je suis censé t'honorer si un jour tu t'en tires moins bien qu'avec de multiples contusions!?!"


 


Je pense que ces négligences coupables d'automobilistes ne sont pas l'apanage de la majorité d'entre eux, loin de là. Mais il se trouve que circulant quotidiennement en ville, j'étais confrontée
à la circulation de plusieurs centaines d'entre eux par jour. Ainsi, même marginale, ce que je qualifie de coupable négligence automobiliste m'exposait dans les faits hebdomadairement (c'est là
l'expression de ma fréquence vécue)  à l'un ou l'autre de ces incidents anxiogènes. Enfin, les 3 accidents qui auraient pu finir en drame humain ont eu lieu en l'espace de 2 ans.


 


Je me demande quelle considération philosophique vous paraît s'appliquer à cette situation.


Dans ce que je raconte, dans les faits, l'autorité de la loi était impunément bafouée par des automobilistes vis-à-vis du cycliste que j'étais. En effet, demeuraient à ma seule charge non
seulement l'affrontement des risques hebdomadairement encourus, mais aussi le règlement des cas où les conséquences dépassaient la seule belle peur (je n'étais pas en état - de choc - sur le
moment d'exiger la reconnaissance de mes droits, et les fautifs en ont abusé: si la remise en état de ma personne s'est faite aux frais de la sécurité sociale, celle de mon vélo est restée aux
miens).


 


Dans cette situation, mon constat est que la loi n'a ni les moyens d'obtenir son application stricte (nécessaire à mon usage serein du droit à circuler à vélo), ni même ceux d'obliger les
"bafoueurs" à rendre compte de leurs transgressions. Me voici donc cycliste, condamnée à ce que la négligence automobiliste se fasse à mes dépens, puis quoi? Attendre le jour où j'en ferais
suffisamment lourdement les frais (rester inconsciente après avoir été renversée) pour que, enfin, mes droits soient réaffirmés, et les fautifs sommés de rendre compte de les avoir bafoués?


 


N'ayant pas l'âme de martyre de la revendication du bon droit, j'ai fini en comportement cycliste « bobo ». Je n'ai pas considéré que ma science surpassait l'autorité du code de la route, me suis
faite copieusement invectiver par les piétons - et à juste titre à mes propres yeux... mais j'ai cessé cette confrontation hebdomadaire aux incidents hautement dommageables pour ma personne.


 


 


Et c'est là que je reviens finalement sur ce qui me semble assez insoluble philosophiquement dans cette situation de citoyenne d'un état de droit laïque: 


- ou je continue à circuler à vélo sur la chaussée, dans mon droit mais m'exposant à la réitération de sa non reconnaissance effective...


- ou je transgresse la loi, m'exposant et exposant les autres, ce qui est indéfendable


- ou, soucieuse de préserver mon intégrité physique, je renonce à mon droit de circulation cycliste... et donc cède à la loi du plus fort, dans ce cas celui de l'automobiliste insoucieux ?


 


Dans cette situation, les "mécanismes formels et extérieurs" ne m'offrent ni garantie ni sécurité dans la coexistence d'usage de la chaussée par automobilistes et cyclistes...autrement que dans
le principe. Aucun amendement (sanctions sévères pour dissuader? surveillance drastique pour obliger?) n'est réaliste, donc n'améliorera ma situation cycliste.


 


Oui, bien sûr, les citoyens sont en droit de faire (re)connaître leur souhait de ré-aménagement équitable de l'espace routier: pistes cyclables physiquement démarquées par un petit terre-plein,
hors croisements.


Mais en



Mezetulle 17/01/2010 19:39


Bien sûr, vous avez raison, et c'est un très bon exemple : ce que je dis du piéton à l'égard du cycliste vaut, comme vous le montrez très bien, du cycliste à l'égard de l'automobiliste qui se croit
tout permis en présence d'un plus faible. Et cela vaut aussi de l'automobiliste à l'égard du gros camion qui s'amuse à le terroriser quand il peut prendre le dessus ...
Mais comme le cycliste est l'un des chouchous de la bienpensance (même s'il est particulièrement exposé comme vous le rappelez très bien et même si la bienpensance ne se remue pas beaucoup pour
aménager des pistes cyclables), c'est lui que j'ai pris comme exemple.


bullrotm 10/09/2007 23:15

en lisant les commentaires sur les ours je viens de prendre la mesure du serieux de votre blog qui rappelle bien les fondamentaux de l'humanité, alors plus ue jamais je me sens aussi responsable, eric.

bullrotm 10/09/2007 19:46

depuis que je suis passé sur votre blog mon surmoi c' est mis en position orange clignotant! et c' est pas facile...et j' ai même un peu honte de vous présenter un nouveau cas parce que j' ai bien peur de pas en finir, bien que ce soit pas celui de robin des bois ( quoique si vous pouvez le régler c' est pas plus mal non plus) c' est celui de keith Haring : ça lui prenait des fois de prendre possession d' un bout d' espace publicitaire du métro new yorkais pour y mettre une affiche qu' il créait sur place ( in situ certains disent ) je ne crois pas qu' il demandait une autorisation à la mairie de sa ville ni à la régie de publicité qui s' occupe de l' espace publicité du métro: bref c' est un petit malin et je l' aime bien , pourquoi accorder à l' artiste ce que l' on refuse au simple citoyen? (ps effectivement le champagne c' est plus classe que le whisky)

Mezetulle 11/09/2007 21:39

Comme vous avez pu le voir sur le blog, il m'arrive de photographier des graffiti dans le métro ou ailleurs... Ce cas ne me semble pas trop compliqué : la loi distingue infractions, délits et crimes. Et dans chacune de ces catégories, il y a une échelle... Vous parlez d'une simple infraction... bon, on sait bien ce qu'on risque en gribouillant une affiche dans le métro.Maintenant, je préfère ces infractions lorsqu'elles sont pleines d'esprit et de talent car les autres sont plutôt envahissantes et polluantes.. tout ça se juge a posteriori, mais a priori ce sont des infractions !Le cas Robin des bois pourrait être un classique de la leçon de philosophie : différence entre légalité et légitimité. Il arrive que des lois soient injustes... L'exemple des feux tricolores est très pratique, c'est un modèle de loi juste (c'est-à-dire une loi dont chacun peut être l'auteur comme sujet-législateur, etc., etc. La suite de la dissert consisterait à montrer qu'une loi injuste n'est pas une loi) !

bullrotm 09/09/2007 17:53

il est trois heures du matin je suis en vélo, il pleut, il n' y a absolument personne, le feu est rouge, que dois - je faire? un legislateur trempé qui attend et qui se dit c' est bien la loi est juste! il y a quelque chose qui s' appelle aussi la betise, sous le tunnel du mont blanc lors du dramatique accident seuls s' en sont sortis les habiles qui se sont autorisés à couper la ligne blanche qui interdit poutant tout dépassement pour contourner le camion en feu, idem du billet de banque trouvé par terre, l imperatif te dis ce n' est pas à toi, tu ne dois pas t' approprier le bien d' un autre et moi je me dis je n' ai pas envie que la police se paye un wisky à cause de ma bétise...

Mezetulle 09/09/2007 18:55

Vos trois "cas d'école" ne sont pas équivalents à mon avis.1° Le tunnel en flammes. La légitime défense, moment où ma vie est menacée directement et sans délai, (dont le meilleur théoricien à ma connaissance est Locke, également théoricien de la textualité "bête" de la loi) nous ramène bien évidemment et momentanément en deçà de l'état de droit : en état de nature. "Sauve qui peut", c'est la proclamation de l'état de nature : les lois sont alors suspendues, comme dans l'état de légitime défense. Mais cette régression est temporaire : aussi il y a procédure judiciaire ensuite, et cette suspension n'autorise aucun rescapé à continuer à franchir les lignes continues par la suite. Je vous invite à relire les superbes passages du Second traité du gouvernement civil à ce sujet et sur les rapports entre légitime défense et temporalité. 2° Le cycliste sous la pluie. Il pleut.... il y a sans doute aussi un seuil de violence et d'abondance qui suspend l'état de droit, et là on ne parle pas de pluie, mais de tempête, etc.. Mais on ne peut pas suspendre l'état de droit sur une appréciation personnelle et décider qu'on est sous un ouragan alors qu'on se fait simplement mouiller. Je vous signale que, dans votre cas d'école, le piéton (celui par définition que le cycliste ne voit pas, bien entendu, et surtout s'il pleut) est également sous la pluie, et qu'il peut se faire renverser par un petit malin de cycliste qui considère qu'il n'a pas à se faire mouiller, lui !... Alors ici, sauf avis de tempête (et je doute alors qu'aucun cycliste sorte), je laisserai sans état d'âme le petit malin de cycliste se faire tremper afin de respecter le passage de ceux qu'il ne voit pas tellement il est malin.Et puis, qu'est-ce qui l'empêche de passer à pied en tenant son vélo à la main ? Redevenir piéton !!! mais où on va ? ;-)3° Pour le whisky que le flic se paie avec le billet que vous lui rapportez bêtement, ça montre seulement qu'il existe des policiers qui considèrent qu'ils sont bien plus "intelligents" que la loi qu'ils sont chargés d'appliquer : alors faut-il faire la course avec eux pour savoir qui sera le plus malin ?... C'est pour cela qu'on dit toujours qu'il ne faut pas jouer au plus malin avec les flics... ;-) Allons, je lui pardonne s'il a au moins l'esprit d'acheter une bouteille de Champ plutôt qu'un mauvais whisky...Je reste bêtement lockienne et bêtement cartésienne (le meilleur calcul, c'est encore de ne pas faire de calcul).

cornet 20/06/2007 12:07

Bonjour Madame
Votre article est remarquable et stimulant; je n'ai pas tout compris, du moins je ne me suis pas tout approprié mais cette lecture me donne envie de passer à des relectures. Une question me taraude: le droit des enfants, celui de "ne pas être sali": comment peut-on réfléchir aux problèmes posés par la diffusion libre sur internet de toute scène violente et pornographique visible à tout moment par un enfant (cf art 4 Constitution que vous citez)? Merci de m'aider par quelques pistes!
i cornet

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