Durban 2009: l'ONU contre les droits de l'homme
Tribune lancée par la LICRA
Le Canada a décidé de ne pas participer à la conférence mondiale contre le racisme organisée à Durban par l'ONU en 2009, estimant avec raison que cette dernière risquait
d'être marquée par l'intolérance et l'antisémitisme. Le texte qui suit a pour vocation de porter la parole de tous ceux qui s'inquiètent des dérives du Conseil des Droits de l'homme de l'ONU et
des décisions qui y sont prises, notamment sur les questions du blasphème (assimilé à un racisme), de la laïcité, d'une relecture différentialiste des droits humains.
L'ONU contre les droits de l'homme
L’année 2008 verra-t-elle simultanément le soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme par l’ONU et la destruction de ses principes par la même ONU ? Tout
porte à le redouter, tant depuis un certain nombre d’années, par ses dérives, l’ONU s’est caricaturée.
A Durban, en Afrique du sud, s’est tenue en 2001 la Conférence mondiale contre le racisme, à l’initiative des Nations Unies, dans la ville même où Gandhi avait commencé à exercer son métier
d’avocat. C’est au nom des droits des peuples que furent scandés des « mort à l’Amérique » et « mort à Israël » ; et c’est au nom du relativisme culturel qu’on fit
silence sur les discriminations et violences commises contre les femmes.
Alarmée par les graves dysfonctionnements ainsi mis en lumière au sein de sa « Commission des droits de l’Homme », l’ONU inaugurait en juin 2006 un tout nouveau « Conseil des
Droits de l’Homme » (CDH), censé remédier à de si préoccupantes dérives. Aujourd’hui, le constat est plus qu’amer : c’est à la consécration même de ces dérives que nous assistons dans
la perspective du forum dit de Durban 2, qui se tiendra en 2009. Plus gravement encore, l’élaboration officielle de nouvelles normes marquera, si celles-ci sont gravées dans le marbre d’une
nouvelle et très particulière Déclaration des droits de l’homme, la mise à mort de l’universalité des droits.
Par sa mécanique interne, les coalitions et les alliances qui s’y constituent, les discours qui s’y tiennent, les textes qui s’y négocient et la terminologie utilisée anéantissent la liberté
d’expression, légitiment l’oppression des femmes et stigmatisent systématiquement les démocraties occidentales. Le CDH est devenu une machine de guerre idéologique à l’encontre de ses principes
fondateurs. Ignorée des grands médias, jour après jour, session après session, résolution après résolution, une rhétorique politique est forgée pour légitimer les passages à l’acte et les
violences de demain.
Une « triple alliance » composée de la Conférence des Organisations Islamiques (OCI) représentée jusqu’à ce jour par le Pakistan, du Mouvement des Non Alignés où Cuba, le Venezuela
et l’Iran ont un rôle central, et de la Chine - avec la complaisance cynique de la Russie – œuvre ainsi à la mise en place d’une véritable révolution prétendument « multiculturelle ».
Ainsi, le Rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme Doudou Diène déclare d’ores et déjà qu’énoncer une critique contre le port de la Burqa constitue une agression
raciste, que la laïcité est ancrée dans une culture esclavagiste et colonialiste et que la loi française contre le port des signes religieux à l’école participe du racisme antimusulman, renommé
« islamophobie occidentale ».
La confusion des esprits est à son comble quand est dénoncée comme une attitude raciste toute critique de la religion. C’est une menace radicale contre la liberté de
penser qui est en train d’être cautionnée par l’ONU. En assimilant au racisme toute critique des dérives de ceux qui parlent au nom de l’islam, parce que supposée relever d’attitudes
néo-colonialistes, les porte-paroles de cette nouvelle alliance serrent un peu plus le garrot qu’ils ont passé au cou de leurs propres peuples et sapent les fondements d’une civilité très
chèrement acquise en Europe depuis les guerres de religion.
En septembre 2007, la Haute Commissaire aux droits de l’homme, Mme Louise Arbour, participait à une conférence à Téhéran consacrée aux « droits de l’homme et la diversité culturelle ».
Portant le voile, comme la loi de la République islamique l’exige, la Haute commissaire a été le témoin passif de l’énoncé des principes à venir ainsi résumés : « offense aux valeurs
religieuses considérée comme raciste ». Bien pire, c’est dès le lendemain de cette visite que 21 iraniens, dont plusieurs mineurs, furent pendus en public. C’est en sa présence que le
président Ahmadinejad a renouvelé son appel à la destruction d’Israël, pays membre de l’ONU créé par cette dernière. Interrogée sur son silence, la Haute Commissaire a justifié sa passivité par
le respect de la loi iranienne auquel, en tant que juriste, elle s’estimait tenue et par souci de « ne pas offenser ses hôtes ». Charbonnier est maître chez soi… c’est le Docteur
Gœbbels qui utilisait cet argument d’opportunité, à la tribune de la SDN (Société des Nations) en 1933, pour se soustraire à toute critique d’une institution internationale impuissante mais dont
les principes n’étaient au moins pas dévoyés comme ceux de l’ONU aujourd’hui.
Les grands crimes politiques ont toujours eu besoin de mots pour se légitimer. La parole annonce le passage à l’acte. De Mein kampf à radio Mille Collines, de Staline à Pol Pot, les
exemples abondent pour confirmer la nécessaire extermination de l’ennemi du peuple au nom de la race, au nom de l’émancipation des masses laborieuses, ou au nom d’un ordre supposé divin. Les
idéologies totalitaires avaient remplacé les religions. Leurs crimes, les promesses non tenues «d’avenir radieux », ont ouvert grande la porte au retour de Dieu en politique. Le 11 septembre
2001, quelques jours après la fin de la conférence de Durban, c’est bien au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l’histoire fut commis.
Face à cette stratégie, les démocraties, d’abord soucieuses de leur balance commerciale, font preuve d’une extraordinaire passivité. Que pèse le sort du peuple tibétain face aux enjeux des
exportations vers la Chine ? Quel est le prix de la liberté pour Ayaan Hirsi Ali, ex-députée néerlandaise, menacée de mort, après l’assassinat en 2004 de son ami le réalisateur Théo Van
Gogh, accusé d’avoir blasphémé l’islam dans le film Soumission ? Les exemples s’additionnent, qui de Taslima Nasreen à Salman Rushdie, de Robert Redeker à Mohamed Sifaoui, apportent la
preuve que l’intégrisme islamiste impose sa loi par la terreur. Combien d’algériens, de femmes au Maghreb, au Proche-Orient, en Turquie, au Pakistan ont déjà payé du prix de leur vie le refus de
se soumettre à l’obscurantisme religieux ?
Si par malheur, l’ONU devait consacrer l’imposition de tels critères, si le blasphème devait être assimilé à du racisme, si le droit à la critique de la religion devait être mis hors la loi, si
la loi religieuse devait s’inscrire dans les normes internationales, ce serait une régression aux conséquences désastreuses, et une perversion radicale de toute notre tradition de lutte contre le
racisme, qui n’a pu et ne peut se développer que dans la liberté de conscience la plus absolue. L’Assemblée Générale de décembre 2007 a déjà entériné des textes condamnant des formes d’expression
considérées comme diffamatoires de l’islam. L’enjeu est clair ; il est mondial : c’est de la défense des libertés de l’individu dont il est question. Soit les démocraties se
ressaisissent, à l’exemple du Canada qui vient d’annoncer son refus de participer à la conférence de Durban 2, estimant qu’elle risquait d’être « marquée par des expressions d’intolérance et
d’antisémitisme », et cessent de s’abstenir ou de voter des résolutions contraires à l’idéal universel de 1948, soit l’obscurantisme religieux et son cortège de crimes politiques
triompheront sous les bons auspices des Nations Unies. Et lorsque les paroles de haine seront transformées en actes, nul ne pourra dire « nous ne savions pas ».
Premiers signataires : Elisabeth BADINTER, Adrien BARROT, Patrice BILLAUD, Pascal BRUCKNER, Jean-Claude BUHRER, Chala CHAFIQ, Georges CHARPAK, Christian CHARRIERE-BOURNAZEL, Bernard DEBRE,
Chahdortt DJAVANN, Jacques DUGOWSON, Frédéric ENCEL, Alain FINKIELKRAUT, Elisabeth de FONTENAY, Patrick GAUBERT, Claude GOASGUEN, Thierry JONQUET, Liliane KANDEL, Patrick KESSEL, Catherine
KINTZLER, Claude LANZMANN, Michel LAVAL, Barbara LEFEVBRE, Corinne LEPAGE, Malka MARCOVICH, Albert MEMMI, Jean-Philippe MOINET, Jean-Claude PECKER, Philippe SCHMIDT, Alain SEKSIG, Mohamed
SIFAOUI, Antoine SPIRE, Pierre-André TAGUIEFF, Jacques TARNERO, Michèle TRIBALAT, Michèle VIANES, Elie WIESEL, Michel ZAOUI, etc.
Pour apporter votre signature à cette tribune, merci d’adresser un e-mail à licra@licra.org. Pour consulter la liste complète des signataires, rendez-vous sur www.licra.org.
Tribune publiée dans Le Monde du 27 février 08
Le 25 février à Beauvais (20h30, Théâtre du Beauvaisis) sera créée la dramatique musicale de Catherine Kintzler
Du corps sonore au signe passionné : entretien imaginaire entre d'Alembert et J.-J. Rousseau.
Avec l'Orchestre de l'Oise "Le Concert" sous la direction de Thierry Pélicant, Catherine Manandaza soprano, Daniel Galvez-Vallejo ténor, l'association "Imagine" - les extraits musicaux sont pris
dans Rousseau, Rameau, Pergolèse, Vivaldi, Philidor, Gluck.
Eric Perré : Jean-Jacques Rousseau, Eric Péron : Jean d'Alembert.
Chorégraphie : Isabelle Dufau
Mise en scène et dramaturgie d'Eric Perré.
Cette pièce est issue d'une commande passée à Catherine Kintzler par l'association "Le Comptoir des artistes" qui en assure la production, avec notamment le soutien du Conseil général de l'Oise.
Cinq représentations auront lieu : Beauvais 25 février, Méru 12 mai, Pont Saint- Maxence 24 juin, Ermenonville 15 septembre, Montmorency 13 octobre.
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