1 juin 1970 1 01 /06 /juin /1970 14:24

Durban 2009: l'ONU contre les droits de l'homme
Tribune lancée par la LICRA

En ligne le 1er mars 2008


Le Canada a décidé de ne pas participer à la conférence mondiale contre le racisme organisée à Durban par l'ONU en 2009, estimant avec raison que cette dernière risquait d'être marquée par l'intolérance et l'antisémitisme. Le texte qui suit a pour vocation de porter la parole de tous ceux qui s'inquiètent des dérives du Conseil des Droits de l'homme de l'ONU et des décisions qui y sont prises, notamment sur les questions du blasphème (assimilé à un racisme), de la laïcité, d'une relecture différentialiste des droits humains.

L'ONU contre les droits de l'homme
L’année 2008 verra-t-elle simultanément le soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme par l’ONU et la destruction de ses principes par la même ONU ? Tout porte à le redouter, tant depuis un certain nombre d’années, par ses dérives, l’ONU s’est caricaturée.
A Durban, en Afrique du sud, s’est tenue en 2001 la Conférence mondiale contre le racisme, à l’initiative des Nations Unies, dans la ville même où Gandhi avait commencé à exercer son métier d’avocat. C’est au nom des droits des peuples que furent scandés des « mort à l’Amérique » et « mort à Israël » ; et c’est au nom du relativisme culturel qu’on fit silence sur les discriminations et violences commises contre les femmes.
Alarmée par les graves dysfonctionnements ainsi mis en lumière au sein de sa « Commission des droits de l’Homme », l’ONU inaugurait en juin 2006 un tout nouveau « Conseil des Droits de l’Homme » (CDH), censé remédier à de si préoccupantes dérives. Aujourd’hui, le constat est plus qu’amer : c’est à la consécration même de ces dérives que nous assistons dans la perspective du forum dit de Durban 2, qui se tiendra en 2009. Plus gravement encore, l’élaboration officielle de nouvelles normes marquera, si celles-ci sont gravées dans le marbre d’une nouvelle et très particulière Déclaration des droits de l’homme, la mise à mort de l’universalité des droits.
Par sa mécanique interne, les coalitions et les alliances qui s’y constituent, les discours qui s’y tiennent, les textes qui s’y négocient et la terminologie utilisée anéantissent la liberté d’expression, légitiment l’oppression des femmes et stigmatisent systématiquement les démocraties occidentales. Le CDH est devenu une machine de guerre idéologique à l’encontre de ses principes fondateurs. Ignorée des grands médias, jour après jour, session après session, résolution après résolution, une rhétorique politique est forgée pour légitimer les passages à l’acte et les violences de demain.
Une « triple alliance » composée de la Conférence des Organisations Islamiques (OCI) représentée jusqu’à ce jour par le Pakistan, du Mouvement des Non Alignés où Cuba, le Venezuela et l’Iran ont un rôle central, et de la Chine - avec la complaisance cynique de la Russie – œuvre ainsi à la mise en place d’une véritable révolution prétendument « multiculturelle ». Ainsi, le Rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme Doudou Diène déclare d’ores et déjà qu’énoncer une critique contre le port de la Burqa constitue une agression raciste, que la laïcité est ancrée dans une culture esclavagiste et colonialiste et que la loi française contre le port des signes religieux à l’école participe du racisme antimusulman, renommé « islamophobie occidentale ».
     La confusion des esprits est à son comble quand est dénoncée comme une attitude raciste toute critique de la religion. C’est une menace radicale contre la liberté de penser qui est en train d’être cautionnée par l’ONU. En assimilant au racisme toute critique des dérives de ceux qui parlent au nom de l’islam, parce que supposée relever d’attitudes néo-colonialistes, les porte-paroles de cette nouvelle alliance serrent un peu plus le garrot qu’ils ont passé au cou de leurs propres peuples et sapent les fondements d’une civilité très chèrement acquise en Europe depuis les guerres de religion.
En septembre 2007, la Haute Commissaire aux droits de l’homme, Mme Louise Arbour, participait à une conférence à Téhéran consacrée aux « droits de l’homme et la diversité culturelle ». Portant le voile, comme la loi de la République islamique l’exige, la Haute commissaire a été le témoin passif de l’énoncé des principes à venir ainsi résumés : « offense aux valeurs religieuses considérée comme raciste ». Bien pire, c’est dès le lendemain de cette visite que 21 iraniens, dont plusieurs mineurs, furent pendus en public. C’est en sa présence que le président Ahmadinejad a renouvelé son appel à la destruction d’Israël, pays membre de l’ONU créé par cette dernière. Interrogée sur son silence, la Haute Commissaire a justifié sa passivité par le respect de la loi iranienne auquel, en tant que juriste, elle s’estimait tenue et par souci de « ne pas offenser ses hôtes ». Charbonnier est maître chez soi… c’est le Docteur  Gœbbels qui utilisait cet argument d’opportunité, à la tribune de la SDN (Société des Nations) en 1933, pour se soustraire à toute critique d’une institution internationale impuissante mais dont les principes n’étaient au moins pas dévoyés comme ceux de l’ONU aujourd’hui.
Les grands crimes politiques ont toujours eu besoin de mots pour se  légitimer. La parole annonce le passage à l’acte. De Mein kampf  à radio Mille Collines, de Staline à Pol Pot, les exemples abondent pour confirmer la nécessaire extermination de l’ennemi du peuple au nom de la race, au nom de l’émancipation des masses laborieuses, ou au nom d’un ordre supposé divin. Les idéologies totalitaires avaient remplacé les religions. Leurs crimes, les promesses non tenues «d’avenir radieux », ont ouvert grande la porte au retour de Dieu en politique. Le 11 septembre 2001, quelques jours après la fin de la conférence de Durban, c’est bien au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l’histoire fut commis.
Face à cette stratégie, les démocraties, d’abord soucieuses de leur balance commerciale, font preuve d’une extraordinaire passivité. Que pèse le sort du peuple tibétain face aux enjeux des exportations vers la Chine ? Quel est le prix de la liberté pour Ayaan Hirsi Ali, ex-députée néerlandaise, menacée de mort, après l’assassinat en 2004 de son ami le réalisateur Théo Van Gogh, accusé d’avoir blasphémé l’islam dans le film Soumission ? Les exemples s’additionnent, qui de Taslima Nasreen à Salman Rushdie, de Robert Redeker à Mohamed Sifaoui, apportent la preuve que l’intégrisme islamiste impose sa loi par la terreur. Combien d’algériens, de femmes au Maghreb, au Proche-Orient, en Turquie, au Pakistan ont déjà payé du prix de leur vie le refus de se soumettre à l’obscurantisme religieux ?
Si par malheur, l’ONU devait consacrer l’imposition de tels critères, si le blasphème devait être assimilé à du racisme, si le droit à la critique de la religion devait être mis hors la loi, si la loi religieuse devait s’inscrire dans les normes internationales, ce serait une régression aux conséquences désastreuses, et une perversion radicale de toute notre tradition de lutte contre le racisme, qui n’a pu et ne peut se développer que dans la liberté de conscience la plus absolue. L’Assemblée Générale de décembre 2007 a déjà entériné des textes condamnant des formes d’expression considérées comme diffamatoires de l’islam. L’enjeu est clair ; il est mondial : c’est de la défense des libertés de l’individu dont il est question. Soit les démocraties se ressaisissent, à l’exemple du Canada qui vient d’annoncer son refus de participer à la conférence de Durban 2, estimant qu’elle risquait d’être « marquée par des expressions d’intolérance et d’antisémitisme », et cessent de s’abstenir ou de voter des résolutions contraires à l’idéal universel de 1948, soit l’obscurantisme religieux et son cortège de crimes politiques triompheront sous les bons auspices des Nations Unies. Et lorsque les paroles de haine seront transformées en actes, nul ne pourra dire « nous ne savions pas ».

Premiers signataires : Elisabeth BADINTER, Adrien BARROT, Patrice BILLAUD, Pascal BRUCKNER, Jean-Claude BUHRER, Chala CHAFIQ, Georges CHARPAK, Christian CHARRIERE-BOURNAZEL, Bernard DEBRE, Chahdortt DJAVANN, Jacques DUGOWSON, Frédéric ENCEL, Alain FINKIELKRAUT, Elisabeth de FONTENAY, Patrick GAUBERT, Claude GOASGUEN, Thierry JONQUET, Liliane KANDEL, Patrick KESSEL, Catherine KINTZLER, Claude LANZMANN, Michel LAVAL, Barbara LEFEVBRE, Corinne LEPAGE, Malka MARCOVICH, Albert MEMMI, Jean-Philippe MOINET, Jean-Claude PECKER, Philippe SCHMIDT, Alain SEKSIG, Mohamed SIFAOUI, Antoine SPIRE, Pierre-André TAGUIEFF, Jacques TARNERO, Michèle TRIBALAT, Michèle VIANES, Elie WIESEL, Michel ZAOUI, etc.

Pour apporter votre signature à cette tribune, merci d’adresser un e-mail à licra@licra.org. Pour consulter la liste complète des signataires, rendez-vous sur www.licra.org.

Tribune publiée dans Le Monde du 27 février 08



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commentaires

Étienne L. 13/03/2009 17:35

Bonjour Mezetulle,C'est sûr qu'il y a eu des débordements à Durban. Toutefois, le conseil des droits de l'homme met sur un pied d'égalité tous les pays. Pas de veto de George Bush ou de Nicolas Sarkozy... C'est là qu'on se rend compte comment le reste du monde nous perçoit vraiment.Il ne faut pas croire que les souffrances des peuples du Sud sont terminées après toutes ces années. Hé non. Malgré les lois du marché, les puissances brisent encore les reins de l'Afrique avec le dumping argicole et les subventions à l'exportation, tandis que la Banque mondiale exige la suppression des acquis sociaux pour refinancer la dette éternelle. Les subventions à l'exportations sont interdites, mais aucune des victimes ne peut payer de procès à Genève. Et nos produits se vendent moins cher que les leurs, chez eux...

Mezetulle 13/03/2009 19:08


Entièrement d'accord ! Et cela ne contredit nullement les termes de l'appel ci-dessus. Etre victime d'oppression économique ne donne pas le droit à la haine publique et à l'appel au meurtre : si
cela était on pourrait justifier de la même façon la montée du nazisme dans l'Allemagne des années 30. Dans le même ordre d'idées, on a aussi entendu pendant des années que "le prolétaire qui bat
sa femme a des excuses" !
L'oppression donne au contraire une légitimité pour lutter contre tous les oppresseurs, quelles que soient leur origine, leur couleur de peau, etc.


Étienne L. 13/03/2009 02:03

Je suis outré, pour ma part, que l'Occident ait refusé d'exprimer le mointre regret pour les centaines de millions de morts, mutilés, déportés... que sa quête de pouvoir a faits depuis la Renaissance. Face à tant de mépris colonial, faut-il s'étonner que certains pays du Sud expriment leur fureur ? Madagascar, l'Algérie, le Pérou, la Bolivie, le Nigéria, ... n'ont été par notre faute que des hauts-lieux de souffrance et de massacres.

Mezetulle 13/03/2009 09:46


Je ne vois pas en quoi votre indignation disqualifie l'argumentation de cet appel : une erreur ne peut pas être un motif pour en commettre et en excuser d'autres.
Pour affirmer et retrouver des droits dont vous avez été privé, faut-il à son tour les refuser à d'autres et les en priver ?
Par ailleurs, remontant à la Renaissance, vous semblez admettre une culpabilité héréditaire en parlant de "notre faute". Je suis pour ma part de la génération qui a décolonisé, de celle qui a vu,
peu après sa naissance, les grands procès contre les criminels nazis : je ne me sens nullement coupable de crimes commis avant ma naissance, et  / ou au mépris des principes républicains que
je soutiens partout. L'esclavage, la traite des êtres humains, l'oppression, les massacres interethniques, les guerres de religion, l'exploitation ne changent pas de nature, quels que soient leurs
agents...


Albert Pinto 26/03/2008 18:25

J'ajoute d'autant plus volontiers ma signature que la récente actualité a tristement mis en lumière la propagande distillée jusque dans des "sphères de haute responsabilité".

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