25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 11:40

Bloc-notes
Les bonnes manières de N. Sarkozy.
De la différence entre grossièreté et vulgarité


La vidéo prise le 23 février au Salon de l'agriculture où l'on entend le président de la République dire à un visiteur qui refuse de lui serrer la main "Casse-toi, pauvre c***" a été vue par des centaines de milliers d'internautes. Mezetulle a voulu en avoir le coeur net et y est allée de son petit clic voyeur : le problème c'est qu'il ne s'agit peut-être pas d'un écart de langage !

Quelle déception ! Je m'attendais à un style provocateur se voulant flamboyant. Mais pas du tout, ce fut une répartie (j'allais écire "réflexion" mais non, c'est trop, c'est trop) toute ordinaire, bien peu claironnante, dite presque à mi-voix. En somme, la traduction basse et vulgaire de ce qu'un président aurait dû dire : "Mais monsieur, vous pouvez partir, personne ne vous retient". Ou de ce qu'il aurait pu dire avec un peu plus d'esprit avant un important match de rugby: "Mais cher monsieur, personne ne vous a demandé d'aller au contact, il ne tient qu'à vous d'éviter, c'est la meilleure chose à faire quand on craint le plaquage !"

Voilà le plus affligeant: nulle colère, nul emportement de passion qui aurait pu expliquer un tel débordement de langage, et qui en aurait accusé le caractère extra-ordinaire. Non, juste un peu d'agacement, bien peu de chose en somme. Alors ce qu'on soupçonne de découvrir, atterré, c'est justement que ce n'est pas un écart de langage : il doit probablement
parler tout le temps comme ça, c'est naturel !

On se souvient a contrario des écarts célèbres magnifiquement maîtrisés et distillés par De Gaulle. La grossièreté n'est pas exclue du monde littéraire. Mais la vulgarité ordinaire est en elle-même un monde, tout un programme, lequel exclut la littérature et le mot d'esprit.

On souhaite bien du plaisir à Xavier Darcos pour restaurer à l'école les bonnes manières et le goût de la langue belle et forte.

C'est dur d'être dans un gouvernement présidé par un... [ici le lexique de Sarkozy est inadéquat, on pourrait mieux s'inspirer de celui que De Gaulle utilisa pour qualifier certain monarque].

Sur le bloc-notes le 25 février 08
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commentaires

Fabrice Jobard 14/03/2008 10:54

Très bien vu cet article sur les bonnes manières au Salon de la Agriculture... Je me permettrais de le citer sur mon blog consacré justement au prtocole et aux bonnes manières !cordialement

saamarande 02/03/2008 22:47

Personnellement, je trouve que le président, à force de vouloir désacraliser le rôle de président et de vouloir se rapprocher des vrais gens a faitt plus de mal que de bien à l'image des hommes politiques. Il est question dans la presse étrangère de ses écarts de langage, de son impolitesse (notamment en matière de diplomatie) et de son caractère excessif. Ces articles sont collectés dans le courrier international de ces jours ci. La presse française esquive apparemment le sujet http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/02/29/01011-20080229FILWWW00624-courrier-international-censure-ps.php

Mezetulle 27/02/2008 18:55

Anecdote que je viens d'entendre sur la 5, rapportée par Thierry Desjardins.Lors d'une visite au Salon de l'agriculture, un visiteur dit à Jacques Chirac : - "Connard !"- "Enchanté! Jacques Chirac" a répondu le président.

Arnaud 26/02/2008 10:22

Je ne cherche pas en cette affaire à défendre à tout prix Nicolas Sarkozy, mais il faut tout de même se souvenir que lorsque Louis XIV, Napoléon ou Clémenceau insultaient leurs contemporains, il n'y avait pas autour d'eux 36 téléphones portables prêts à envoyer la scène sur Youtube en quelques minutes...Il n'est pas exclu non plus que la personne qui éventuellement rapportait l'incident - si elle ne craignait pas pour sa tête ou sa liberté - en donnait une version probablement arrangée pour mieux figurer dans les gazettes ou les salons."Vous êtes de la merde dans un bas de soie" est une bien jolie phrase... mais qui sait si Napoléon n'avait pas en réalité traité Talleyrand de pauvre con ?...Cela expliquerait d'ailleurs la réponse de ce dernier: "c'est grand dommage qu'un si grand homme soit si mal élevé"...

Mezetulle 27/02/2008 10:00

C'est précisément le sujet de ce Bloc-notes : pourquoi ce qui est une grossièreté à effet de "mot d'esprit" dans certains cas est une vulgarité dans d'autres... ? vous apportez de l'eau à mon moulin. Ce que l'on soupçonne, en voyant cette vidéo, c'est que NS pourrait bien parler tout le temps comme ça. L'effet est désastreux. Il est d'ailleurs revenu  très opportunément sur cette bévue.- Sur les vidéos omniprésentes. NS ne peut en ignorer l'existence, du reste il fonde une partie de ses techniques de communication sur elles, il doit aussi en maîtriser les dangers.- Quant à savoir ce que Napoléon aurait dit et que par définition on ne saura jamais, avec des si on pourrait mettre Paris en bouteille...- Enfin, à supposer que votre raisonnement soit valide ("NS peut bien faire cela puisque Napoléon l'a fait...")  une c*** ne peut pas être une excuse pour en commettre une autre...

Viviane 25/02/2008 19:05

Un seigneur toujours  doit donner à valetaille Exemple de finesse et d’esprit d’à-propos S’il déroge à cela il se peut que repos Ne lui soit imposé par épée ou mitraille. Ce que vais vous conter est chose véridique Chacun pourra s’en faire claire opinion D’autres diront sans doute «  c’est pas mes oignons » Et pourtant ces temps-cy, tout mot est politique. Il était une fois un roitelet avide A se faire mirer comme un œuf qu’il était Dur de tête et mal cuit, coquille un peu pétée Humeur labile et penser vide. Allant en ces grands prés où paissent les bœufs gras Il salue et sourit, parlote et puis s’expose Ce lieu vous le savez ne sent toujours la rose Tout allait bien jusqu’au funeste patatras.  Il tend à un manant sa main bien trop baguée Pour ces lieux où d'aucuns savaient bottes chausser L'homme ne veut la prendre, pis, veut se gausser Du roi qui ne supporte point d'être nargué. Certes ne fut malin de la part du Pays Qui refusa la main à baiser de son maître De le crier si fort qu’en toutes les fenêtres Ses propos injurieux ont longtemps retenti... Mais de la part du Roi, non plus ne fut sapiens De répondre aussi sec «  Casse-toi pauvre con » Car c’est toujours celui qui dit qu’y est, au fond, Après que soit passé un minime de temps. Ô mes heures anciennes de langue châtiée Où estes vous enfuies ? Où estes vous passées ? Et que restera-t-il de celui qui voudrait A toute force eschole et langue repasser ? Où sont cachés les us des preux et gentilshommes Qui savaient à l’injure rétorquer souris Ou mieux encore oubli, ne mordant cette pomme Envenimée que tend le salon de Paris En toute chose il faut montrer le bon exemple.Quoi!  il n'est donc parmi les beaux gardiens du temple Quelqu'un pour lui gauchir sa facheuse tendance A croire tout permis dans le registre rance? Redressez-vous Monsieur, si la chose est possible Parler vrai ce n'est point dire des mots horribles Et douloureux à l'ouie. Souvenez-vous de Louis Le XVI ème du nom. C'est avec du mépris qu'on fait l'insurrection.

Mezetulle 25/02/2008 23:35

Merci Viviane pour ce très beau morceau de poésie et d'esprit. On ira bien sûr le lire plus confortablement sur votre blog, et on en profitera pour s'y attarder...

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