Le théâtre classique et son opéra
par Catherine Kintzler (en ligne 1er janvier 2006) version imprimable PDF
Argument et plan de la leçon du 31 janvier 2006, Paris Cité de la musique
L’opéra apparaît avant tout comme un théâtre accusé et désavoué. Cette accusation, qui est aussi une révélation ou une mise à nu, prend une forme exemplaire dans la France classique, et particulièrement à la lumière des relations entre les deux scènes tragiques, dramatique et lyrique. Probablement parce que la France de cette époque, ayant produit un très grand théâtre, n’a jamais pu se convertir à un opéra livré « clés en mains ». Elle ne s’est pas « mise à l’opéra », elle ne l’a pas adopté : elle n’a consenti à la scène lyrique qu’en produisant son opéra.
Car l’opéra du théâtre classique – l’opéra français merveilleux – c’est bien ce théâtre mis en pièces puis remonté dans une construction tellement impeccable qu’on en est soit effrayé et furieux, soit méchamment amusé. Mais ces deux formes d’aversion reposent sur une même question : et si le théâtre n’était que cela, que cette machine sans faille mais aussi sans profondeur ?
Les rapports entre les deux scènes tragiques de la France classique offrent peut-être le modèle le plus épuré des rapports entre théâtre et opéra. Ils ne se réduisent pas à une simple altérité, ce qui supposerait une pure juxtaposition. Ce qui les oppose en effet ne relève pas d’une extériorité. L’extériorité n’est pas entre les deux, mais elle est perversement introduite au sein même du théâtre par l’opéra. Cette introduction s’effectue au nom et en vertu même du théâtre, en application zélée de ses lois propres : l’opéra rend le théâtre étranger à lui-même en son propre sein. L’opéra exaspère le théâtre : il le met hors de lui.
La conférence illustrée d’exemples musicaux.
Catherine Kintzler, - Théâtre et opéra à l’âge classique. Une familière étrangeté, Paris : Fayard, 2004.
- Poétique de l’opéra français de Corneille à Rousseau, Paris : Minerve, 1991 (actuellement en réimpression, sortie prévue en mars 2006).
Voir sur ce blog l'article d'Anne Boissière sur le livre de CK Théâtre et opéra à l'âge classique, une familière étrangeté (Fayard, 2004) et l'article de Pierre Macherey.
Le 25 février à Beauvais (20h30, Théâtre du Beauvaisis) sera créée la dramatique musicale de Catherine Kintzler
Du corps sonore au signe passionné : entretien imaginaire entre d'Alembert et J.-J. Rousseau.
Avec l'Orchestre de l'Oise "Le Concert" sous la direction de Thierry Pélicant, Catherine Manandaza soprano, Daniel Galvez-Vallejo ténor, l'association "Imagine" - les extraits musicaux sont pris
dans Rousseau, Rameau, Pergolèse, Vivaldi, Philidor, Gluck.
Eric Perré : Jean-Jacques Rousseau, Eric Péron : Jean d'Alembert.
Chorégraphie : Isabelle Dufau
Mise en scène et dramaturgie d'Eric Perré.
Cette pièce est issue d'une commande passée à Catherine Kintzler par l'association "Le Comptoir des artistes" qui en assure la production, avec notamment le soutien du Conseil général de l'Oise.
Cinq représentations auront lieu : Beauvais 25 février, Méru 12 mai, Pont Saint- Maxence 24 juin, Ermenonville 15 septembre, Montmorency 13 octobre.
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