27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 22:57

Bloc-notes actualité
« Tentative de strangulation » dans un collège

En ligne le 27 février  2013


En septembre dernier, un collégien de 12 ans menace et frappe un de ses condisciples âgé de 11 ans. Le 25 janvier il l'agresse très violemment à l'intérieur même du collège, tente de l'étrangler et le jette brutalement dans l'escalier, au point que la victime s'évanouit. Le médecin conclut son rapport ainsi : «Traumatisme crânien avec perte de connaissance suite à une tentative de strangulation suivie d'une chute dans les escaliers ».


Que croyez-vous qu'il arriva ? L'agresseur passa en conseil de discipline, qui décida une sanction exemplaire très très sévère : exclusion... avec sursis, scrogneugneu  - maman j'ai peur ! La victime, après une incapacité totale de travail de 10 jours, dut envisager l'idée de croiser quotidiennement son agresseur en retournant au collège. Ses parents, écœurés devant un tel déni, décidèrent donc de le changer d'établissement - probablement en vertu de l'adage très moral et bien connu : ce sont les plus gênés qui s'en vont.

Bah oui, si ceux qui sont gênés n'acceptent pas le vivre-ensemble et n'apprennent pas très tôt le respect à l'égard de leurs agresseurs, où on va ? Il faut bien se rendre compte que, l'école étant avant tout un lieu de vie, c'est l'agresseur qui en l'occurrence doit bénéficier prioritairement de la sollicitude éducative la plus attentive : forcément, car c'est lui qui est le plus en danger, malgré les apparences.

C'est d'ailleurs bien ce qu'on déclare au rectorat concerné par cette affaire : « Nous sommes dans le domaine de l'accompagnement de mineurs. Il convient de donner au jeune agresseur une chance pour le futur et qu'ayant pris conscience de ce qui s'était passé il ne renouvelle pas ce genre d'exaction. » C'est dit de manière très soft, très mesurée, mais à mon avis cela aurait dû être plus explicite, il aurait fallu rappeler un dogme fondamental que tout enseignant doit avoir constamment à l'esprit : sanctionner un élève, c'est toujours un échec. Si vous êtes professeur, vos formateurs vous l'ont sûrement dit. Ou alors c'est que vous faites partie des crispés issus de la vieille école autoritaire pratiquant l'horrible pédagogie frontale dont on finira bien par se débarrasser.

J'ai lu ce fait divers dans Le Parisien daté du 25 février 2013, page 9. Tout en le résumant, je suis restée fidèle au contenu de l'article - recopiant mot pour mot les citations, celle extraite du rapport du médecin, et celle du directeur du cabinet du recteur - mais bien sûr les commentaires venimeux et moralisants (et même, allez n'ayons pas peur de le dire, presque politiques) sont de ma main.

Et voilà que tout à coup un doute me prend. On ne va tout de même pas remettre en question la profonde philosophie morale que la pédagogie moderne développe et pratique doctement depuis plus de 30 ans avec le succès qu'on sait, rien que parce qu'on a lu un fait divers dans Le Parisien ?

 

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commentaires

Hello Martine 02/03/2013 14:38


 L'ironie " jaune " convient à une éducation nationale  qui,  ayant fait du renoncement  sa feuille de route ,  n'a cessé de se déconsidérer perdant toute crédibilité
.  Les instances dirigeantes de cette institution l'ont  certes  délibérément enfoncée dans une  médiocrité  propice à la docilité et à la lâcheté  mais  qu'une
majorité de gens de terrain  ait pu adhérer inquiète  sur le niveau de réflexion de ces hommes et de ces femmes  censés émanciper  leurs élèves  et  qui ,
s'étant  asservis  au pédagogisme  , ont contribué à la destruction de l'école républicaine pour asseoir une école libérale - dite moderne et innovante - qui les broie avec leurs
élèves .
Désinhibés par leur réussite à masquer par  une chape de bons sentiments chrétiens  leur appétence pour le pouvoir et ses prébendes  , les pédagogistes  ont  balayé les
instituteurs républicains  qui n'aspiraient pourtant  qu'à exercer dignement et consciencieusement leur métier  .
La  perte de l' autorité en découlant ,  l'autoritarisme a pu prospérer  et , les petits chefs , validant  surtout le Principe de Peter,  ont sévi et servi avec un
zèle  de courtisans .  
Il est hélas  significatif que , récemment dans un article du Monde, P. Meirieu ait souhaité le retour aux programmes de 2002  élaborés par J.  Lang   alors que ces
programmes   prétendaient  faire acquérir une meilleure maîtrise de la langue aux élèves de primaire  en  remplaçant  au C.E.1  la grammaire, la conjugaison ,
l'orthographe  et le vocabulaire par  " la maîtrise du langage "et   en diminuant considérablement leurs horaires aux C.E.2, C.M.1 et C.M.2 .  avec comme  mot
d'ordre "expérimenter " et que , peu de temps après et  dans ce même quotidien,  A .Prost ait   affirmé :   " Cette fois-ci , le niveau baisse  ! " , 
traitant implicitement de  menteurs : 
- J.C Milner :  " De l'école " (1984 ) , 
- H. Boillot et M. Le Du : " La pédagogie du vide " (1993),
- L. Lurçat : " Destruction de l'enseignement élémentaire et ses penseurs " ( 1998 )  et  autres ouvrages  ,
- J.C. Michéa : " l'enseignement de l'ignorance et ses conditions modernes " (1999) ,
- D . Kambouchner : " Une école contre l'autre " ( 2000), 
- N. Hirtt  : " L'école prostituée " ( 2001 ) , 
- L. Laffforgue et L. Lurçat :  " La débâcle de l'école . Une tragédie incomprise " ( 2007 ),
-  l'inspecteur général Jean Ferrier  qui , dénonçant  les dérives de l'école primaire ,  écrivait  dans un  rapport commandé  par le ministère en 1997  :
" Si l'opération nationale d'évaluations  d'où ces chiffres sont issus  ( à l'entrée du C.E.2 jusqu'à 17% en grande difficulté et 10% en 6ème )  est considérée comme valide et
pertinente , alors l'institution ne peut méconnaître qu'à l'issue de l'école primaire  la situation est alarmante  " .  " L'école dérive : ici ou là le temps des apprentissages est
érodé par le laxisme de l'organisation,  des disciplines sont abandonnées, les adultes sont de plus en plus nombreux dans l'école ( intervenants extérieurs ) , ce qui ne rend pas facile la
structuration des repères et des savoirs , le scolaire se dilue dans le social , voire dans le récréatif " .  ( Le Monde 26-09-1998 )

Non seulement les marchands du Temple qui découvrent les funestes conséquences des causes qu'ils ont chéries  n'envisagent  ni un examen de conscience ni même un minimum de retenue
attendue  mais ils persistent à pérorer ce qui  éclaire et  sur leur personnalité et sur  leur emprise institutionnelle.

Martine Hello
Rennes

Il Rève 28/02/2013 13:31


La sanction (exclusion, avec sursis)est totalement disproportionnée par rapport à la faute commise. Il y a eu deux voies de fait (strangulation, projection) qui méritaient une sanction SANS
sursis du type exclusion de la classe assortie OBLIGATOIREMENT de réparation auprès de l'élève agressé par l'élève agresseur. Le conseil de discipline a trop pris en compte le passé sans histoire
de l'élève agresseur et ne s'en est pas suffisammment tenu aux faits. Cela arrive parfois. Et dans ce cas c'est fort dommageable et pour la victime qui n'a pas été reconnue comme telle et pour
l'agresseur qui se retrouve impuni. Bien loin de penser que la sanction est un échec elle est pour beaucoup d'entre nous (enseignants formateurs) le fil conducteur irremplaçable d'un jugement des
conduites qui va de la punition à l'encouragement.

mimi 28/02/2013 09:10


surtout n'allez pas à contre courant de cette pédagogie de voyou...


 soit vous vous tirez de ces lieux ...soit vous comptez sur votre bonne étoile pour ne pas prendre de coups ..soit vous développez un enseignement parallèlle en aidant les familles qui vont
vous payer pour les secourir ... c'est ça le changement!... et bien fait pour ceux qui s'embarquent dans la galère rose !

Mezetulle 28/02/2013 09:43



Hélas, si seulement la galère pédago avait une couleur ! Croire que le rose lui est consubstantiel me semble une facilité de bien courte mémoire : elle vogue sur toutes les eaux politiques,
depuis toujours.



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