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Quelques remarques sur le sort des professeurs débutants
Jean-Michel Muglioni se penche ici sur les conditions de travail des professeurs débutants. Elles ne sont pas seulement un obstacle à l'exercice de leur métier, elles
participent aussi de ce qu'on pourrait appeler une destruction morale qui entrave toute vie sociale normale et les expose au mépris ouvertement affiché de l'administration. Comment alors
s'étonner de la grave crise de recrutement qui frappe cette profession ?
Il arrive souvent que les professeurs qui commencent leur carrière n’obtiennent pas une nomination fixe et soient donc d’année en année (quand ce n’est pas pour des périodes plus courtes),
parfois dix ans de suite, renvoyés d’un établissement à l’autre dans leur académie. Ce qui signifie qu’ils sont étrangers à leur établissement qui a lui-même à chaque rentrée un personnel
nouveau. De telles conditions de travail interdisent tout véritable enseignement. Il semble même que parfois, alors qu’il serait possible de laisser le professeur dans le même établissement, on
s’évertue à le déplacer pour lui montrer qu’il n’a aucun droit. Ce qu’il a été aisé de vérifier lorsque dans une discipline les professeurs en petit nombre se connaissent et peuvent suivre ce
manège qui les fait tourner dans l’académie.
Non seulement le professeur ainsi promené ne peut asseoir son autorité comme il ferait dans un établissement où, connu de tous, il serait respecté avant même d’entrer en classe ; non seulement il
ne peut travailler avec des collègues qu’il connaît et avec lesquels il pourrait faire équipe ; mais il lui devient très difficile de lier de vraies amitiés, comme il arrivait naguère quand de
jeunes professeurs se rencontraient dans leurs premiers postes et demeuraient liés toute une vie. Une politique machiavélique de destruction du moral des troupes ne s’y prendrait pas autrement
que l’administration de l’éducation nationale aujourd’hui. Il arrive parfois – pour ne pas dire souvent ou généralement – que les bureaux méprisent ouvertement les personnels enseignants et la
puissance de plus en plus grande des rectorats est pour beaucoup dans cette situation. Ajoutez à cela la vieille manie française qui veut que les classes les plus difficiles et les emplois du
temps les moins bons tombent toujours sur les plus jeunes, et vous aurez une idée de la sociologie et de la psychologie du corps enseignant. On ignore en haut lieu l’isolement moral et
professionnel des débutants et lorsqu’on le perçoit, on le met sur le compte de leur incompétence ou d’un manque de formation.
J’oubliais que même dans un établissement où l’on est présent depuis longtemps, il arrive qu’on ne sache pas avant le jour de la rentrée son emploi du temps ni dans quelles classes on enseignera,
comme si l’ubuesque prérentrée permettait de préparer les cours d’une année ou tout simplement d’organiser la garde de ses propres enfants…
Bref, il y a quelques mesures élémentaires d’organisation à prendre qui supposent que le ministre de l’Education nationale ait assez d’autorité pour changer l’état d’esprit de son administration
et pour faire que les professeurs cessent d’être méprisés : vaste programme ! Et programme peu coûteux. Mais tant qu’on pensera toute chose en termes économiques, on ne fera rien.
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