29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 09:19

Bloc-notes actualité
Ségolène Royal : diversité et ressemblance

En ligne le 29 juillet 2012


Rapportés par Le Point du 26 juillet, les propos de Ségolène Royal  au sujet de Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes et porte-parole du gouvernement, réussissent en quelques mots un large ratissage en matière de discrimination bienpensante. Ségo a fait très fort et on ne peut qu'admirer son art du laconisme.

"J'ai toujours voulu avoir des ouvriers, des exclus, des jeunes issus de la diversité autour de moi", confie l'ex-candidate à la présidentielle pour qui "Najat" doit "accepter d'être là pour ça". En clair : "Elle s'appellerait Claudine Dupont, elle ne serait peut-être pas là. Elle doit assumer son identité et en être fière."


D'abord, le côté vieille France condescendante. Les immigrés, les ouvriers, les exclus, on en veut bien, on peut même leur donner des places et les faire entrer à Sciences-Po version Descoings (moyennant l'abolition de l'épreuve de culture générale beaucoup trop ringarde), mais attention, qu'ils restent identifiables et qu'ils sachent se souvenir qu'ils nous doivent tout. C'est la contractualisation de la génuflexion.

Mais ce n'est pas fini, il convient d'ajouter la touche up to date qui tue la représentation républicaine : ils sont là pour ça. La démocratie de participation veut du concret, du visible : les blacks représentent les blacks, les beurs représentent les beurs, les femmes représentent les femmes, les jeunes représentent les jeunes... On continue ?

Plutôt vieille (et ça ne fera que s'accentuer), athée de culture catholique, issue de la diversité rital d'autrefois, produit de l'école et des concours républicains (avec multiples épreuves de culture générale), je me rends compte avec inquiétude que je vais finir par ne plus trouver personne qui me ressemble pour me représenter... et c'était une chose à laquelle je ne pensais pas jusqu'à présent. Faudra-t-il en venir à des caractères « visibles » comme ceux qu'on décline étourdiment pour colorer la « diversité », comme si certains étaient au zoo du côté des bêtes ?

D'ailleurs Ségo lâche encore une vérité dans son pseudo-démenti (1) : elle « ne se reconnaît pas » dans ces propos. Effectivement :  la représentation républicaine n'a que faire des ressemblances et des reconnaissances ; elle va bien plus loin que la diversité catégorielle, elle s'efforce représenter des millions de singularités qu'on appelle des citoyens.

 


1 - http://www.elle.fr/Societe/News/Royal-ne-se-reconnait-pas-dans-les-propos-sur-Najat-Belkacem-2132130 . On se souvient du « ce n'est pas moi, ça ne me ressemble pas » de Lionel Jospin . Je parle de pseudo-démenti car, à ma connaissance et selon les informations dont je dispose au moment où je publie ce billet, Ségolène Royal ne dit pas de manière nette qu'elle n'a pas tenu ces propos. Saïd Mahrane, le journaliste du Point, a maintenu sa version le 28 juillet.



Accueil                     Sommaire

Partager cet article

commentaires

Arsenic 25/08/2012 17:05


Si je viens souvent jeter un coup d'oeil du côté de chez  MEZETULLE, j'ai tout particulièrement aimé parcourir la chronique ci-dessus. C'est curieux aussi, parce que quand on ose émettre une
critique sur la Miss Ségo, on se fait bien souvent lyncher...Ou on se faisait bien souvent lyncher. A voir.


Si je peux me glisser dans la conversation, j'aimerais dire que ce papier m'inspire Vauvenargues (De l'esprit humain). 


"L'imposture est le masque de la vérité; la fausseté, une imposture naturelle; la dissimulation, une imposture réfléchie; la fourberie, une imposture qui veut nuire; la duplicité, une
imposture qui a deux faces".


Galaad Wilgos 05/08/2012 15:11


Merci pour toutes ces réponses, je ne vais pas vous engager dans une conversation qui pourrait nous mener très, très loin, juste une réponse.


 


Je pense pour ma part, en démocrate radical, qu'il n'est pas impossible d'envisager une vraie démocratie, où le demos aurait véritablement le kratos. Il est clair que dans ce cas-là, cela devrait
aller, non pas contre, mais au-delà de la démocratie dite moderne. S'inspirer des nombreuses tentatives du passé - Commune, Athènes antique, soviets avant la mainmise du parti bolchévik, etc... -
permettrait de comprendre que l'Histoire n'est pas figée dans son état présent, avec vote + représentants. La démocratie directe a existé, parfois de manière très courte, mais elle a existé. On
pourrait alors véritablement parler de "responsabilité" collective car le collectif aurait dans ce cas-là son destin en main.


 


Le système représentatif conduit, je pense, dans le long terme à une privatisation des citoyens et à son corrolaire qu'est la séparation grandissante entre les gouvernants et les gouvernés. Un
système purement représentatif avec vote tous les 5 ans reste une oligarchie à mon sens, où le peuple est relativement libre qu'une fois tous les 5 ans. Cette dépossession de la souveraineté
conduit in fine le citoyen à se désintéresser de la chose publique, ce qui conduit alors les dirigeants à devenir de plus en plus autonomes, de plus en plus cyniques, de plus en plus corrompus,
et de moins en moins soucieux de l'intérêt général, poussant alors le peuple à se désintéresser encore plus de la politique dans un cercle vicieux. C'est comme cela, entre autre, que surviennent
ces renversements brutaux de l'ordre que l'on nomme révolutions. Ou des guerres.


 


Castoriadis disait en son temps : "La population ne participe pas à la vie politique : ce n'est pas participer que de voter une
fois tous les cinq ou sept ans pour une personne que l'on ne connait pas, sur des problèmes que l'on ne connaît pas et que le système fait tout pour vous empêcher de connaître. Mais pour qu'il y
ait un changement, qu'il y ait vraiment un autogouvernement, il faut certes changer les institutions pour que les gens puissent participer à la direction des affaires communes ; mais il faut
aussi et surtout que change l'attitude des individus à l'égard des institutions et de la chose publique, de la res publica, de ce que les Grecs appelaient ta koina (les affaires communes). Car, aujourd'hui, domination d'une oligarchie et passivité et
privatisation du peuple ne sont que les deux faces de la même médaille"

Mezetulle 06/08/2012 12:03



Je comprends bien vos arguments et je vous en remercie. Mais ils peuvent se retourner : l'implication constante des citoyens en matière de gouvernement et de législation, l'effacement entre
gouvernants et gouvernés, et d'une manière générale la levée des médiations, peuvent aussi être redoutables ! Et plus redoutable encore : la notion de responsabilité collective.



Galaad Wilgos 01/08/2012 00:05


Bien évidemment ! Je pense que la représentation sociale ne peut venir que de la société et non d'une injonction législative, si les ouvriers-employés étaient plus représentés auparavant c'était
aussi grâce à l'existence d'un puissant parti politique enraciné (le PCF pour ne pas le nommer) qui servait de passerelle (formation, réseaux,...) à la classe ouvrière et de contre-société par
rapport à la société de consommation naissante. Ce n'est clairement plus le cas. Le PS lui s'en contrefiche, préférant les hochets "diversitaires" en lieu et place de la promotion des gens
modestes. Ne comptons pas sur eux pour cela.


 


Dans la configuration de la République française actuelle, jacobine et représentative, je ne vois pas d'autres moyens de faire participer le "peuple social" à la politique qu'en revalorisant la
politique (VIe République, souveraineté nationale,...), en pratiquant une politique sociale digne de ce nom et en désobéissant à une Union Européenne dogmatique et autoritaire. Du moins pour
l'Etat et pour le moment.


 


Pour le reste, c'est au peuple de voir - je ne vous cacherai pas que je suis un démocrate radical pour qui le socialisme est avant toute chose une exigence d'autonomie radicale (v. Castoriadis),
càd démocratie directe + représentation controlée et mandaté. Comme disait l'autre "la souveraineté ne peut être représentée par la même raison qu’elle ne peut être aliénée ; elle consiste
essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point. (...) Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses
commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement."

Mezetulle 03/08/2012 19:31



Merci, entre autres pour les citations de Rousseau.


Rousseau envisageait la démocratie directe dans des conditions arithmétiques qui n'ont rien à voir avec les démocraties modernes. Il pensait aussi que le citoyen doit s'engager dans une sorte de
religion civile - ça fait froid dans le dos ce truc-là ! La bonne vieille représentation à mandat temporaire a tout de même le mérite ne pas fonctionner en miroir, et je peux me retourner contre
mes représentants - mais comment pourrais-je me retourner contre moi-même en cas d'erreur ?



Galaad Wilgos 31/07/2012 00:35


Oh détrompez-vous, s'il y a bien une catégorie de la population qui ne se retrouve plus socialement représentée depuis quelque temps maintenant c'est bien la classe ouvrière - grande absente tant
du gouvernement que du parlement. La diversité est bien ce maquillage qui sert à cacher cette domination sociale que l'on voyait pourtant s'atténuer au lendemain de la IIe GM (un ouvrier ministre
du travail ! qui oserait imaginer cela aujourd'hui?)...


 


Si la République ne reconnait pas autre chose que des citoyens dans la théorie, force est de constater qu'elle a encore un long chemin à faire dans la pratique - et à contre courant de l'air du
temps - avant de n'être plus seulement la chose commune de la bourgeoisie. Encore un (gros) effort pour être républicain !
http://www.gaucherepublicaine.org/lettres/respublica_lettre-687.htm#category-5

Mezetulle 31/07/2012 22:45



Je suis bien d'accord avec vous pour penser que la fragmentation baptisée "diversité" est une manière, entre autres, de faire passer les luttes sociales aux oubliettes. Un statut de l'élu plus
adapté aux salariés et présentant pour eux davantage de garanties me semble une mesure qui mettrait les fonctions électives à portée de davantage de citoyens. Mais je n'en conclus pas que les
classes sociales devraient être représentées en tant que telles au niveau de la représentation nationale - sur le concept de communautarisme politique, voir ici.



martine verlhac 29/07/2012 13:36


Cela atteint un point que je ne soupçonnais pas. C'est à hurler....


Le tweet de Trierweiler dont les médias ont fait des gorges chaudes relevait de la bêtise privée. Mais cela c'est carrément ignoble.


Dans quel monde sont-ils? Tu as raison, Catherine, de faire le lien avec la condescendance de feu  Descoing. ils ont leurs "pauvres". C'est injuste pour les pauvres qui ont été élus mais
cela attisera la haine de ceux qui ne le sont pas.


Faut-il leur faire honte? Mais ils n'ont point de vergogne...

Incognitototo 29/07/2012 12:17


Ouf, on l'a échappé belle, quand on pense qu'elle a failli être Présidente...

Ouf, "il" l'a échappé belle quand on pense qu'ele pourrait toujours être la compagne du Président...

Ouf, on l'a échappé belle, grâce à Mr Forlani... et la petite file de rital que vous êtes doit se sentir vengée...

Malheureusement, Mme Royale n'est pas seule en cause, c'est une conception de la politique et de la République très courante... notamment au PS, où seuls, ceux et celles, qui sont en capacité
d'exécuter correctement la génuflexion (j'aime beaucoup votre pointage de cette pratique) ont une "chance" d'avoir une place, à condition qu'ils continuent à se taire, cela va de soi...

Nouveau site

Depuis le 1er janvier 2015, le nouveau site Mezetulle.fr a pris le relais du présent site (qui reste intégralement accessible en ligne)

Annonces

 

Le nouveau site Mezetulle.fr est ouvert !

Abonnement à la lettre d'info : suivre ce lien

 

Interventions CK et revue médias

Voir l'agenda et la revue médias sur le nouveau site Mezetulle.fr

 

Publications CK

  • Livre Penser la laïcité (Paris : Minerve, 2014)
  • Livre Condorcet, l'instruction publique et la naissance du citoyen (Paris : Minerve, 2015)

Lettre d'info

Pour s'abonner à la Lettre d'information du nouveau site :

Cliquer ici.