12 septembre 1970 6 12 /09 /septembre /1970 15:49
Qu'est-ce que la république laïque? Première partie
(Cours à l'Université conventionnelle)
par Jean-Marie Kintzler

En ligne le 22 janvier 2010

Ce cours a inauguré le 12 janvier 2010 la série de l'atelier La république pour quoi faire ? organisé conjointement par l'Université conventionnelle et par l'UFAL. Cette série se poursuit jusqu'en avril 2010, on peut consulter le programme et les informations pratiques sur le site de l'Université conventionnelle. Mezetulle le publie en trois parties.

La cité moderne a pris la forme de l'État. Ce dernier se présente sous deux figures opposées : l'État de droit d'une part, l'État totalitaire de l'autre. Une grande partie de notre histoire est marquée par les conflits opposant l'État de droit à l'hydre totalitaire. Elle a pu prendre la forme de la monarchie absolue, celle du stalinisme, celle du national-socialisme. Aujourd'hui l'intégrisme islamiste s'accommode très bien de l'État et s'en empare volontiers.
Certes, l'État de droit s'est constitué par rupture avec la cité totalitaire, mais il l'a fait sous la forme de deux configurations disjointes : celle de la démocratie communautaire d'un côté ; celle de la république laïque de l'autre. Rushdie, Redeker, l'affaire des caricatures : toutes ces affaires ont permis de mettre le doigt sur cette différence dans la mesure où elles soulevaient toutes la question du blasphème. Au sein d'un État de droit, les fondamentalistes peuvent-ils se prévaloir d'un « délit de blasphème » ? On sait qu'un tel délit est un non-sens dans une république laïque, à cause d'une séparation absolue entre la sphère religieuse et la sphère politique. Il n'est pas complètement dépourvu de sens dans une démocratie communautaire, et par exemple au Royaume-Uni où il est inscrit dans la loi : c'est que dans les démocraties communautaires la séparation du lien politique et du lien religieux n'est pas totalement réalisée.
Le cours propose une mise en place et une étude morphologique
  • des marqueurs qui permettent de situer la rupture de l'État de droit avec l'État totalitaire
  • des propriétés qui caractérisent la disjonction entre les deux figures modernes de l'État de droit : démocratie communautaire et république laïque

Sommaire général


Première partie. Conceptualiser l'État moderne

Deuxième partie. La rupture État totalitaire / État de droit. Le concept de révolution démocratique [lire cette partie]

  • 1 - Marqueurs totalitaires et marqueurs démocratiques
    • 1.1- La notion de marqueur. Construction du schéma n°2
    • 1.2 - Commentaire du schéma n°2
  • 2 - La révolution démocratique
    • 2.1 - Le point de vue structurel. Putsch ou révolution ?
    • 2.2 - De la révolution philosophique à la révolution politico-juridique
    • 2.3 - La révolution philosophique : un travail de défétichisation
Troisième partie. État démocratique communautaire et république laïque [ lire cette partie ]
  • 1 - La question du théologico-politique
    • 1.1 - Tolérance et laïcité : vers deux figures disjointes de l'État de droit   
    • 1.2 - De la démocratie communautaire à la république laïque
  • 2 - La république : un corps politique séparé de la société civile
    • 2.1 - Le face-à-face entre société civile et État
    • 2.2 - Trois symptômes de la présence invisible du corps politique
Conclusion générale : commentaire du schéma 3


Première partie. Conceptualiser l'État moderne

1 - L'État moderne et ses figures

La cité moderne a pris la forme de l'État. Ce dernier se présente sous deux figures opposées : l'État de droit d'une part, l'État totalitaire de l'autre. Une grande partie de notre histoire est marquée par les conflits opposant l'État de droit à l'hydre totalitaire. Coupez une des têtes de l'hydre et aussitôt une autre repoussera. L'hydre a pu se présenter sous la forme de la monarchie absolue, avec l'hégémonie de l'Église catholique. Elle a pris la forme du nazisme et du stalinisme. Aujourd'hui l'intégrisme islamiste s'accommode de la forme de l'État et s'en empare volontiers. Les affaires Rushdie, Van Gogh, l'affaire Redeker, ne sont que les symptômes d'une confrontation récurrente entre la pieuvre totalitaire et l'État de droit.

1.1 - Les deux figures de l'État de droit

L'État de droit s'est constitué par rupture avec la cité totalitaire sous la forme de deux configurations disjointes : celle de la démocratie communautaire d'un côté ; celle de la république laïque de l'autre. Rushdie, Redeker, l'affaire des caricatures : toutes ces affaires ont permis de mettre le doigt sur cette disjonction dans la mesure où elles soulevaient toutes la question du blasphème. Au sein d'un État de droit, les fondamentalistes peuvent-ils se prévaloir d'un « délit de blasphème » ? On sait qu'un tel délit est un non-sens dans une république laïque, à cause d'une séparation absolue entre la sphère religieuse et la sphère politique. Il n'est pas complètement dépourvu de sens dans une démocratie communautaire, et par exemple au Royaume-Uni où il est inscrit dans la loi : c'est que dans les démocraties communautaires la séparation du lien politique et du lien religieux n'est pas totalement réalisée.
Sur cet inachèvement, les exemples fourmillent : l'inscription In God We Trust sur le dollar US, l'investiture du Président des USA avec le serment sur la Bible, l'enseignement public laissé à l'Église catholique en Pologne, le partage de la souveraineté en fonction de quotas religieux au Liban... De façon générale, dans une démocratie communautaire la normalité sociale veut que chaque citoyen déclare une appartenance, souvent inscrite dans les documents officiels : l'incroyance, bien que tolérée, est considérée comme hors-norme.

Alors que la république laïque est un État de droit où la séparation du politique et du religieux est totale, la démocratie communautaire est un État de droit où cette séparation n'est pas entièrement effectuée. Cette différence est inscrite dans le droit. En effet, la démocratie communautaire garantit la liberté religieuse. Mais dans une république laïque, la liberté religieuse est un cas particulier de la liberté de conscience, qui est une forme plus large de liberté. Car on peut parfaitement garantir la liberté religieuse sans pour autant garantir la liberté de conscience. Ainsi Locke propose un modèle politique fondé sur une forme restreinte de tolérance : la liberté religieuse y est garantie, mais pas la liberté de conscience puisque on n'y tolère pas les athées. Il faudra attendre Bayle pour proposer un modèle de tolérance plus large, où les non-croyants sont admis dans l'État de droit. En garantissant d'abord la liberté de conscience, la république laïque accueille aveuglément croyances et incroyances : elle ne fait pas de la question de la foi une question politique comme c'est le cas de la tolérance restreinte à modèle lockien.

Du fait de cette différence, la notion de « respect des religions » n'a pas exactement le même sens dans la bouche d'un communautariste et dans celle d'un républicain laïque.
Pour le communautarisme, toucher au religieux en général c'est s'en prendre à quelque chose d'inaliénable, de sacré. Toucher au religieux et toucher au lien fondamental du politique sont une seule et même chose, car le lien qui fonde le droit est pensé sur le modèle du lien religieux.
Pour la république laïque, respecter les religions, ce n'est pas nécessairement s'incliner devant le phénomène de la croyance, c'est respecter la liberté de culte. Cette dernière n'est qu'un effet de la liberté de conscience, laquelle inclut le droit de croire et celui de ne pas croire. Les religions prennent la forme juridique d'une association loi 1901, ce qui, même si le régime est très favorable aux religions (notamment en matière fiscale), n'a rien de sacré. Aussi est-il parfaitement licite de critiquer une religion, et même de s'en prendre à elle (caricatures par ex.), pourvu bien entendu qu'on respecte le droit commun.

1.2 - Du point de vue diachronique au point de vue synchronique

D'un point de vue historique, l'État de droit s'est constitué à la fois en rupture avec l'État totalitaire et sous deux formes distinctes. Au XVIIe siècle, les Pays-Bas ont inventé la figure communautaire. De la Révolution à la IIIe République, la France a mis en place la configuration laïque.
Le modèle hollandais porte la marque du XVIIe siècle. On pensait alors que tout lien social, y compris le lien politique, était d'essence religieuse. En France s'est mis en place un autre modèle principalement du fait qu'une longue lutte contre les prétentions hégémoniques de l'Eglise catholique a contraint la République à disjoindre entièrement lien religieux et lien politique : cette disjonction fonde la laïcité. Ainsi l'association politique laïque coupe toute relation avec le théologico-politique. La démocratie communautaire, même si elle est un État de droit, reste néanmoins dans l'orbite du théologico-politique.
Ce processus historique peut être ramené à une représentation synchronique qui en consigne les résultats. Cela donne lieu à un schéma en forme d'arborescence :

[schéma 1]  [Télécharger la totalité des 3 schémas en pdf]
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L'avantage de ce schéma est de situer d'un coup d'œil l'objet qui nous intéresse, à savoir la république laïque. Or cet objet n'est pas isolé. D'abord il entre dans une comparaison réglée avec les deux autres figures de l'État moderne, la démocratie communautaire et l'État totalitaire.
Avec la démocratie communautaire, la république laïque partage une même topique, un même champ, celui de l'État de droit. En ce sens elles s'opposent toutes deux à l'État totalitaire, lequel est en dehors du champ de la démocratie.
Le fait de pouvoir situer le concept de république laïque dans le cadre d'une arborescence déclinée par le schéma montre que nous avons affaire ici à une structure, c'est-à-dire à une famille d'objets articulés entre eux par des rapports de similitude et d'opposition. Répondre à la question « Qu'est-ce que la république laïque ? » revient à trouver les articulations pertinentes qui nouent la république laïque aux autres objets présents dans l'arborescence.

On montrera qu'il est possible de mettre en évidence trois marqueurs permettant de distinguer l'État de droit et l'État totalitaire. C'est ici qu'apparaît le paradoxe de la république laïque. Alors qu'elle partage avec la démocratie communautaire les marqueurs propres à tout État de droit, elle s'en sépare néanmoins par une série de ruptures.
D'un point de vue structurel on ne peut pas répondre à la question « Qu'est-ce que la république laïque? » sans visiter ou revisiter tout le champ du politique.
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2 - Théorie de l'État

2.1 - Du point de vue moral au point de vue structurel

Faisons une fiction à la manière du XVIIe siècle, et supposons un observateur issu d'une autre planète, par exemple Sirius. Supposons aussi notre Siriusien doté, comme nous, d'une raison pratique et d'un entendement..
Doté de raison pratique, ce Siriusien serait sensible à la dimension morale et dans cet ordre d'idées, il serait frappé par la radicale division séparant les deux grandes figures de l'État - la cité totalitaire et l'État de droit ; il ne pourrait qu'être saisi d'horreur devant le caractère fondamentalement immoral de l'État totalitaire.
« Voilà, pourrait-il dire, un dispositif qui, de génération en génération, piétine sans vergogne la dignité due à tous les êtres rationnels (donc libres). Voilà un rassemblement qui, à travers ses membres, segmente l'humanité, la divisant en surhommes et en sous-hommes en fonction de leur sexe, de leur couleur de peau, de leur appartenance ethnique ou religieuse, de leur pauvreté et de leur richesse. »
Mais il constaterait aussi que le dispositif de l'État existe aussi sous la forme de l'État de droit. Certes ce dernier n'est pas parfait, mais notre Siriusien constaterait que l'État de droit a un certain souci de la dignité morale de ses membres, leur accordant une certaine liberté de conscience et d'opinion. Il constaterait aussi que l'État de droit s'appuie sur une figure du pouvoir dans laquelle la souveraineté sollicite le débat et que, à intervalles réguliers, les citoyens sont consultés par voie électorale, et qu'un minimum de circulation du pouvoir est assuré.

2.2 - Les composants élémentaires de l'État

Mais comme notre Siriusien est également doté d'un entendement, il ne manquerait pas de déplacer son point de vue: de la dimension morale, il passerait à la dimension structurelle en considérant l'État comme une œuvre, comme une machine produite par les hommes.
Il ne manquerait pas alors de s'interroger, et se dirait qu'il doit bien y avoir dans l'État totalitaire des dispositifs qui en font une machine à secréter de la barbarie. Si tel est le cas, alors d'autres dispositifs doivent fonctionner dans l'État de droit.
Mettons entre parenthèses la dimension morale : suspendons le jugement moral pour nous placer du seul point de vue structurel. De ce point de vue, notre Siriusien verrait que, abstraction faite de la dimension morale, toute figure de l'État se présente comme une machine dont les deux composants fondamentaux sont la société civile et l'État. Les États sont des édifices institutionnels reposant sur deux piliers.

La société civile : un corps éclaté sans assise unifiée
Dans ce modèle binaire, la société civile est le lieu du réel historique et social. Il s'agit d'un réel historique qui a été façonné par l'homme et qui en retour façonne les hommes et les aliène.
En tant que la société civile contient le réel économique, elle consigne les différents modes de production. Ceux-ci organisent la division du travail et aussi la division en classes sociales. En tant que la société civile a été façonnée par différents mythes et croyances ou religions, elle se répartit en différentes communautés d'appartenance. En tant que la société civile a été façonnée par des idéologies et des préjugés, elle divise la société en secteurs raciaux, ethniques, sexuels.
Comme la société civile est une configuration du réel historique, plus une société est riche en historicité, plus elle se présente comme complexe. Cette complexité prend notamment la forme d'une segmentation de l'humanité : communautés, classes sociales, « races », groupes d'intérêt, etc. A toutes ces divisions historiques s'ajoute la division sexuelle.

D'un corps éclaté à une assise unaire étatique
Freud parle du corps de l'infans comme d'un « corps morcelé », corps sans assise unaire neuro-motrice. Réduisons la cité à la société civile. Elle se présenterait alors de manière analogue, comme un corps sans assise unaire, comme un corps morcelé par la division du travail, par les divisions religieuses, par les divisions sexuelles, de classe, etc. : un corps éclaté.
Face à la société civile comme corps éclaté, il revient à l'État de donner à ce corps une assise unaire, de telle sorte que ce corps puisse être animé par une seule et même volonté, celle du souverain. Finalement l'État comme machine institutionnelle est comparable à un corps unifié.
-    Livrée à elle-même, la société civile ne serait qu'un corps éclaté.
-    C'est à l'État de donner son assise unaire à ce corps morcelé.
-    C'est au souverain de donner sa volonté à ce corps unifié par l'État.

2.3 - Deux façons de surmonter l'éclatement de la société civile

Or il existe deux façons de surmonter l'éclatement de la société civile. La première est le propre de l'État totalitaire, la seconde caractérise l'État de droit.
Le souverain totalitaire procède par fétichisation-écrasement. Il fétichise les « bonnes » particularités (bonnes à ses yeux) et il écrase les « mauvaises », celles qui le gênent et qu'il veut écarter. Par exemple, il promeut une « race » aux dépens des autres, une croyance aux dépens des autres, une classe aux dépens des autres, un sexe aux dépens de l'autre. Il unifie la cité autour de particularités fétichisées. Il exploite ainsi l'inévitable division de la société civile par une segmentation politique de l'humanité.
Le souverain démocratique s'interdit cette voie. Il s'efforce de corriger les divisions de la société civile en les surmontant au moyen de l'égalité juridique et politique. Se constitue ainsi un corps des citoyens qui est un corps des égaux et non un corps segmenté en surhommes et sous-hommes au nom d'une fausse unité.

Parvenus à ce point, on peut revenir au Schéma 1, notamment aux deux voies disjointes que comporte à son tour l'État de droit. Il est possible de produire un « corps des égaux », soit en prenant appui sur le principe de tolérance, soit en prenant appui sur le principe de laïcité. Dans le premier cas on optera pour la démocratie communautaire, dans le second pour la république laïque.
Démocratie communautaire et république laïque sont pour le souverain démocratique deux façons différentes de surmonter l'éclatement de la société civile tout en tournant le dos à l'État totalitaire.
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3 - L'inscription de l'État dans la durée : une œuvre qui se veut pérenne

Dans l'État, les forces qui disposent de l'appareil d'État contrôlent le pouvoir politique ; on dit aussi que ces forces exercent la souveraineté.

On vient de voir que le souverain totalitaire ne surmonte pas vraiment les divisions inhérentes à la société civile, il les écrase : il érige l'une d'entre elles en absolu, la fétichise et l'impose aux autres. Le souverain théocratique procède à une fétichisation politique de la religion, le souverain communiste à une fétichisation politique du prolétariat, etc. Les préjugés au nom desquels une avant-garde auto-proclamée peut s'approprier la souveraineté sont légion. Mais quel que soit le point d'appui de cette opération, le souverain totalitaire segmente l'humanité par principe.

On ne peut se contenter, à ce sujet, d'une condamnation morale: il faut aussi examiner la cité totalitaire comme une machine et se demander comment elle est construite, et comment elle fonctionne. Certes, sur le plan moral, l'État totalitaire est une œuvre noire, dont la vocation est de dégrader la dignité humaine. Certes, sur le plan moral, l'État de droit est une œuvre émancipatrice qui a pour fin la promotion de la dignité humaine. Mais au-delà de leurs finalités antinomiques, les États sont d'abord des machines institutionnelles dont la fonction première est de résister à l'usure du temps, des œuvres destinées à perdurer de génération en génération. Dans la langue du droit, on dit que les États instituent des régimes politiques. Or tout régime est destiné à durer dans le temps.
L'État de droit se présente comme un régime dont la finalité est double : assurer et garantir les droits des citoyens non seulement pour la génération présente, mais ces droits et ces libertés doivent être consolidés et développés pour être légués à la génération future. Anisi l'État de droit se présente comme un régime dont le souci premier est la promotion de la dignité de ses citoyens présents et à venir.

Ce qui vaut pour l'État de droit vaut aussi pour l'État totalitaire. Lui aussi entend instituer un régime, œuvre destinée à perdurer. Hitler pensait que le IIIe Reich allait durer 1000 ans. C'est à peu de chose près aussi ce que pensent les mollahs de la République islamique, ce que pensaient les Blancs du régime d'apartheid en Afrique du Sud.
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© Jean-Marie Kintzler et Mezetulle, 2010

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par Jean-Marie Kintzler - dans Politique - société
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commentaires

REMOND JEAN FRANCOIS 03/02/2010 11:49


Bonjour,
Merci pour cette belle étude que j'ai immédiatement pillées pou donner un peu de contenu à mon propre cours.
Un élément me gêne dans les premières phrases : l'idée que le monarchie absolue soit  une manifestation de "l'hydre totalitaire". Cette hypothèse ne va-t-elle pas à l'encontre des analyses
d'Arendt qui , en mettant en avant la notion de "masses", montrent que l'Etat totalitaire correspond effectivement à deux figures historiques modernes : celle de l'Allemagne hitlerienne et celle de
L'URSS dans son communisme stalinien.
Pour le dire autrement, la monarchie absolue peut-elle être à la fois relever d'une société traditionnelle et être présentée comme une manifestation du totalitarisme ?
Quoi qu'il en soit, merci encore pour cette communication précieuse.
Cordialement,
Jean François rémond


Jean-Marie Kintzler 03/02/2010 12:32


Il est certain qu'on n'aurait pas parlé d'Etat totalitaire au XVIIe et au XVIIIe siècles. L'usage du terme est donc rétrospectif. Mais la question est de savoir effectivement si c'est faire un
contresens que d'user rétrospectifement de ce terme.
J'emploie ici une thèse structuraliste : la structure dit une vérité. Ce sont les marqueurs qui fondent les catégories que j'ai employées, et il ne fait pas de doute que les trois marqueurs de ce
que j'ai appelé Etat totalitaire sont présentes dans la monarchie absolue de droit divin. Alors que Arendt se fonde sur une analyse historique et phénoménologique et non sur une analyse
structurale.
Il faut donc peut-être en conclure aussi que le terme "Etat totalitaire" n'a pas le même sens dans mon analyse que dans celle d'Arendt et que l'usage du terme ici n'était pas une référence à
Arendt.


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