Pourquoi l'éducation civique à l'école primaire ?
La « démocratie participative » scolaire : une mystification
par Tristan Béal
« A quels enfants allons-nous laisser le monde ? » : voilà la question inquiétante et amère que pose Jaime Semprun dans L'Abîme se repeuple.
Grâce aux pieux efforts du ministère de l'Education nationale, nous savons que ce ne sera certainement pas à des enfants comme ceux dont William Golding nous conte la préoccupante histoire, ces
enfants dont l'avion s'est écrasé sur une île déserte et qui, sans la présence tutélaire des adultes, sombrent dans une violence régie par le seul rapport de force et la manipulation.
Quoique... Car cette école démocratique qui s'enfle devant nous, sous couvert de « responsabiliser » les élèves, de les rendre « autonomes », en leur intimant de donner leurs
avis sur presque tout et n'importe quoi, une telle école du désastre républicain ressemble bel et bien à l'île de Sa Majesté des mouches, un lieu où l'adulte et sa vertu protectrice et
rectrice ont disparu, un lieu où la jeunesse livrée à elle seule, éclairée par de fausses lumières et habituée à une parole sans frein, risque de très vite se vautrer dans la barbarie. C'est une
mauvaise action que de charger des enfants d'un poids qu'ils n'ont pas la force de soulever et qui va les écraser : travaillons plutôt à leur donner de la force !
Sommaire de l'article
Voilà ce qu'on peut lire dans le Bulletin Officiel de l'Education nationale spécial n°7 du 26 août 1999 :
« L'un des objectifs principaux de l'éducation civique (1) est de revaloriser la civilité (dans ses manifestations concrètes) et la politique (au sens élevé du terme). Elle est particulièrement nécessaire dans les périodes où ces formes du lien social semblent ne plus aller de soi ni suffire par elles-mêmes à inspirer le respect : écoles gagnées par la violence ; désaccords persistants sur la bonne manière d'exercer l'autorité ; apparente désaffection pour ce qui touche l'intérêt général ou la conduite des affaires publiques. »
Derrière de telles louables intentions, le remède n'est-il pas pire que le mal ? Cette école de la démocratie participative voulue par le ministère de l'Éducation nationale ne conduit-elle
pas en son principe à une école manipulatrice et pourvoyeuse de futurs citoyens influençables car dans un état psychologique d'indifférence ou de désintérêt ? Toute leur scolarité durant, on
aura sollicité les élèves à donner leurs avis et à émettre leurs désirs, généralement avec à la clé un sentiment d'avoir été mystifiés : on les laisse s'exprimer mais une instance (invisible
ou peu assignable) leur annonce souvent une fin de non-recevoir.
1 - Le désarroi de l'élève S.
Une anecdote m'a été rapportée dernièrement...
A mon grand regret, S. a été élu délégué de sa classe de CP (!!!). Comme il n’avait pas compris de quoi il s’agissait (il m’a dit : « Mais si on a voté, ça
doit bien servir à quelque chose ! »), je suis allée voir sa maîtresse avec lui. Elle était fière de me dire qu’ils avaient voté avec de vraies urnes, de vrais isoloirs, et qu’elle
avait dit « A voté ! » à chaque fois. Elle a voulu me rassurer : « Ne vous inquiétez pas, il va finir par comprendre ! » Puis, elle lui a expliqué à
nouveau : « Comme ça, si vous voulez par exemple des paniers de basket dans la cour, c’est vous qui irez en parler à la Directrice, et s’il faut de l’argent, on demande à la
mairie ! » J’étais verte, je l’ai dit à la maîtresse, gentiment car c’est une bonne maîtresse. Évidemment nous ne sommes pas tombées d’accord…
Plus tard, à la maison, S. m’a dit qu’il irait demander à la Directrice que les récréations durent plus longtemps. Quand je lui ai dit que je doutais de la pertinence et
du résultat d’une telle démarche, il s’est mis en colère : « La maîtresse nous a dit n’importe quoi si ça sert à rien d’être délégué ! » On ne saurait mieux
dire !
Dans un premier temps, en me mettant à la place d'un zélateur à tout crin des conseils de délégués, j'ai fait une lecture symptomale de ce propos : la déception de l'enfant n'est que le
reflet du discrédit porté par la mère au sujet de cette pratique démocratique qui fait florès dans nos écoles émancipatrices (2). Puis je me suis dit, la parole de l'enfant
étant sacrée (c'est ce dont ma formation teintée de spontanéisme a voulu me convaincre), il se peut qu'il y ait quelque chose d'inutile dans le statut de délégué.
Je me suis du coup plongé derechef dans les instructions et autres recommandations officielles et, comme nous le demande notre hiérarchie, j'ai interrogé ainsi ma pratique pédagogique. Le tournis
m'a alors saisi : et si, en défendant aussi chaleureusement l'élection des délégués au sein de la classe, dans l'idée de servir par là la juste cause de la démocratie et de faire germer des
dispositions critiques dans l'esprit des élèves, le maître ne leur faisait pas miroiter une pseudo-liberté et ne leur apprenait pas à se croire libres alors qu'ils sont largement déterminés par
une tyrannie certes molle mais ô combien efficace ?
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2 - Démocratie ou tyrannie du peuple ?
Lorsque, à la suite de la révolution de février 1848, a été décrété le caractère universel et non plus censitaire du suffrage, des militants socialistes trouvèrent qu'il était trop précipité de
donner le droit de vote à un peuple qui n'aurait pas été au préalable instruit suffisamment (3).
La démocratie, en effet, c'est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple ; or le peuple ne peut exercer un tel pouvoir que s'il sait ce qui vaut réellement la peine de vouloir,
donc que s'il sait ce qui est un vrai bien et ce qui est un faux bien. Dit autrement, le sens politique est une conséquence du sens métaphysique (4). Et quel est le chemin
menant à la distinction du vrai et du faux, sinon l'instruction populaire ? Où l'on voit le lien de principe entre démocratie et instruction : que le pouvoir du peuple ne soit pas
éclairé et la démocratie sombre très vite en tyrannie, dévoyée qu'elle est par les trompeurs publics et les flatteurs du sens commun. Du reste, la vérité de décembre 1848 n'est-elle pas le coup
d'État de décembre 1851 ?
3 - Ce que disent quelques directives officielles
Soucieux d'éviter une telle désastreuse répétition, le ministère de l'Éducation nationale s'est fait le chantre de la démocratie active dès l'école primaire.
Ainsi, les programmes de 2004-2005 mettaient en place un débat hebdomadaire d'une trentaine de minutes dès le cycle 2 (c'est-à-dire dès la dernière année de l'école maternelle), débat
s'inscrivant dans le domaine plus large du vivre ensemble et ayant pour fin que l'élève trouve ses repères et sa place dans la vie en collectivité régie par des règles et qu'il constate
que l’on peut s’aider, coopérer en vue d’un même objectif, cette situation lui permettant de construire sa personnalité (5).
Au cycle 3, l’éducation civique prend le relais du vivre ensemble en visant trois buts (comme nous le rappelle le Bulletin Officiel spécial n°7 du 26 Août
1999) :
• Donner aux enfants les repères qui leur permettront de savoir comment se comporter avec autrui et d'acquérir, si ce n'est déjà fait par ailleurs, le sens des valeurs
fondamentales qui traduisent le respect de la personne humaine ;
• Amener les élèves à mesurer l'intérêt des projets collectifs et à s'y investir (ce qui suppose qu'on leur fasse acquérir les moyens d'expression et d'argumentation
adéquats) ;
• Éclairer par ces activités une première approche de l'organisation politique et judiciaire de notre pays.
Où l'on voit en creux le lien entre les compétences du vivre ensemble et les compétences de la maîtrise du langage, puisque l’élève doit être capable d’exprimer avec ses propres mots les
règles de vie infrangibles de l'école, les justifier consciencieusement, relater un conflit accablant et pénible dans le but de trouver d'efficaces solutions pour y mettre fin... L'objectif est
clairement d'éviter toute forme de violence : la pacification doit se faire par le dialogue, les élèves s'entretenant mutuellement (la commune parole nous fait tenir droits pour éviter
l'avachissement menant à la violence) au lieu de recevoir passivement les règles selon le bon plaisir du maître. Faisons donc crédit à notre ministère qui voit dans la parole cultivée à la fois
l'avènement de l'humanité en chacun de soi et la condition d'une humanité en paix avec elle-même. Inversement, une école qui aura sciemment choisi le parti de ne pas instituer la langue chez les
élèves versera dans la barbarie.
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4 - « Aux urnes, élèves citoyens ! »
Une pratique ad hoc de la démocratie se donne à voir en chaque début d'année quand les élèves discutent du règlement de la classe que chacun d'entre eux devra respecter pour que la vie
de tous s'en trouve facilitée. Il est désarmant de voir combien, même chez les élèves les plus « difficiles », la règle est toujours connue, mais combien aussi elle est rarement mise en
pratique. Un système de peines et de récompenses est aussi instauré par les élèves, guidés sereinement par le maître en retrait.
En outre, vu que dans le courant du mois de septembre se déroulent les élections des parents d'élèves (lesquels, depuis la loi dite Jospin de juillet 1989, sont membres de la communauté
éducative), chaque école dispose alors de son isoloir et de son urne. Dans ces conditions la tentation est grande, chez nous autres enseignants, de saisir la balle au bond et de profiter de
l'occasion pour élire les délégués de classe. Quelle gravité et quelle joie contenue sur le visage des élèves quand ils montrent fièrement leur fausse carte d'électeur, quand ils prennent les
bulletins de vote et qu'ils se dirigent, hiératiques, dans l'isoloir où ils voteront en leur âme et conscience pour le copain le plus sympathique (6), qu'ils glissent
gravement leur enveloppe dans l'urne, entendant, ce qui les comble d'aise, un « A voté » qui les promeut aussitôt citoyens !
Et puis seront organisés les conseils de délégués. Tout d'abord en classe, où les deux délégués se feront les porte-parole de leurs condisciples sur des sujets aussi foisonnants que le coin
football de la cour de récréation devant être libéré à tout prix des invasions des cordes à sauter, sur la propreté plus que discutable des toilettes, sur le roulement des classes lors de l'appel
de la cantine, sur la durée des récréations, sur la méchanceté des « grands » par rapport aux plus jeunes... Les délégués de chaque classe se retrouveront lors du grand conseil des
délégués où tous parleront en essayant de s'entendre, des décisions seront prises et rapportées scrupuleusement au reste des élèves lors du retour dans les classes. Comment ne pas s'enthousiasmer
devant une démocratie pareillement en acte, devant des élèves déjà citoyens ? Comment oser dire que de tels conseils et que le noble rôle de délégué ne servent à rien ?!?
5 - L'école « freinetique »
Derrière votre présentation narquoise de cette démocratie participative au sein des écoles, on voit bien, me rétorquerait-on, que vous n’avez jamais cru à la vertu des conseils de délégués. Je le
confesserais effectivement, d’autant plus si l’on fait la généalogie de cette école de la prétendue démocratie.
Tout a commencé par un généreux dessein, celui de Freinet, lequel voulait libérer les enfants du traitement dégradant auquel ils étaient soumis dans cette école de l'arbitraire du maître où l'on
préparait la jeunesse à une vie de soumission et d’humiliation. En conséquence de quoi, il défendit une école coopérative, dont notre contemporaine école du sens (7) est
issue, où le savoir réduit à un simple accessoire scolaire laissait la place à un projet collectif dans lequel tout prenait sens du fait de la tâche à accomplir. La classe n’est plus ainsi un
lieu artificiel, coupé de la vie, où un maître maniaque impose à des élèves passifs et soumis un savoir sans aucun intérêt pratique. Et le savoir ne devant plus être autotélique mais avoir une
vertu pragmatique, la morale ne devait donc plus être imposée mais être exposée à l'occasion de situations concrètes. Apparaissent ainsi les conseils de délégués lors desquels le maître accepte
de ne plus être le seul détenteur du pouvoir disciplinaire mais une simple courroie de transmission. Il y a là comme une sorte de pédagogie négative : à celui qui a cassé une vitre de la
réparer, à celui qui a maltraité un condisciple de trouver une solution de réparation, le maître veillant seulement à ce que les conflits ne s’exacerbent pas.
Sauf que l’on voit les limites d’un tel dépérissement du maître. De même que dans nos écoles activistes, c'est aux élèves de construire leurs propres savoirs, abandonnés qu’ils sont par toute
monstration magistrale jugée trop asservissante, de même l’école des conseils d’élèves veut que les enfants décident par eux-mêmes. Même si le tableau est outré (ainsi le petit S. n’obtiendra
jamais que la récréation soit plus longue), il n’en reste pas moins qu’on laisse croire aux enfants qu’ils décident, de même qu’on leur laisse croire qu’ils créent leurs propres savoirs. C'est
les amuser d'un hochet au risque de les décevoir...
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6 - Un pouvoir du peuple sans complément d'agent ni complément d'attribution
Il faut donc arrêter de croire que l’école est un lieu démocratique où tous sont sur un pied d’égalité. Et défendre cela ce n’est pas défendre une école de la servitude. Il faut toujours en
revenir à l’étymologie : le maître d’école c’est le magister, celui qui est du côté du plus, du magis, car il détient du savoir du fait de sa propre culture. Le maître n’a
pas d’esclaves (ou alors ce n’est plus qu’un maître par homonymie, un dominus), il a des élèves qu’il cherche à élever vers un savoir qu'il maîtrise et qu’il leur désigne : à eux
ensuite de s’y élever. Si cela ce n’est pas être actif ! Et la confiance est là : l’élève doit faire confiance au maître et accepter pendant un temps de ne pas trop savoir vers où on le
mène ; non qu’on cherche à le perdre, mais il n’est pas encore en mesure de tout comprendre. Pareil pour les lois : il n'appartient pas aux élèves de les instituer, mais au maître de
justement les appliquer et de les expliquer, non pour y soumettre ses élèves ou les circonvenir, mais pour les rendre claires à eux-mêmes. Libre à eux par la suite de les critiquer. De même qu’un
citoyen peut tout critiquer sans que cette critique sans limites lui donne le droit de ne plus rien respecter. Ainsi je peux écrire que notre système d'impôts est injuste sans pour autant refuser
de payer mon écot au Trésor Public.
Du reste, laisser croire aux élèves qu’ils peuvent décider de tout, c’est les tromper doublement : en fait ils ne décident rien car, par exemple, la directrice du petit S. refusera
l’allongement de la récréation en lui montrant l’importance du savoir et en lui montrant que celui-ci rend libre et qu’une école de la récréation allongée serait une école des ânes. Mais le petit
S. est-il en mesure de le comprendre ? Lui, tout ce qu’il voit, c’est qu’on lui a donné un pouvoir de pacotille ! Il va alors se dire que ce sont toujours les autres qui décident à sa
place et que le seul salut pour lui c’est de se révolter, mais de se révolter bêtement, sur un coup de tête et violemment. C’est donc faire croire que le pouvoir du peuple doit toujours surseoir
devant des intérêts plus grands encore et qu’il faut remettre cela à plus tard. On forme ainsi de futurs adultes qui ont le choix entre ou bien contester brutalement l’ordre établi et donc
instaurer un désordre qui mènera à la tyrannie, ou bien accepter servilement un faux ordre vu qu'ils ont été persuadés que pour l’instant le pouvoir pour le peuple doit se mettre en retrait par
rapport à des intérêts (économiques, sécuritaires...) plus importants. Bien qu'elle en ait, la démocratie scolaire a implanté dans les âmes un ferment de servitude volontaire : la démocratie
se voit ravalée à un pouvoir du peuple au sens objectif du génitif, le peuple s'enchaînant lui-même sous les conseils avisés et insidieux de « spécialistes » (8).
7 - Éloge d'une docilité libératrice
Qui ne trouverait stupide et tout à fait inconscient un père qui, à son fils de trois ans se penchant dangereusement par la fenêtre, en viendrait à lui parler de la loi de la chute des
corps ? Le père sensé saisirait son fils et lui expliquerait que cela ne se fait pas car il risquerait sinon de tomber et de se rompre le cou. L'enfant prudent se contenterait de croire son
père du fait de la confiance sans borne qu'il lui porte ; plus tard peut-être, en tant qu'élève, il saura rendre raison de cette fameuse chute des corps.
Il en va de même pour l'école de la République : qu’on laisse les maîtres enseigner aux élèves dans un climat de mutuelle confiance et non de suspicion généralisée ; qu’on les laisse
conduire les élèves vers le savoir émancipateur pour que plus tard ceux-ci soient réellement libres ; qu'on les laisse instituer chez leurs élèves une parole forte car raisonnée et non une
vaine parole citoyenne qui s'épuise d'elle-même faute d'être véritablement entendue et prise en compte.
N'en déplaise aux enjôleurs assermentés : l’école n’est pas une école d’élèves libres et babillards, mais une école d’élèves silencieux et dociles (9) constituant leur liberté, une école
d'élèves à protéger d'une prime parole qui est en eux sans eux, d'élèves à affermir contre les sirènes trompeuses d'une tyrannie douce mais pugnace.
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© Tristan Béal et Mezetulle, 2012
Notes
1. Dans les programmes de 2008, l'éducation civique devient l'instruction civique et morale, avec la même visée
sociabilisante, comme l'annonce le Bulletin Officiel hors-série numéro 3 du 19 juin 2008 : « L’instruction civique et l’enseignement de la morale permettent à chaque élève de
mieux s’intégrer à la collectivité de la classe et de l’école au moment où son caractère et son indépendance s’affirment. »
2. Ce dont témoignent notamment les différents blogs d'école.
3. Reconnaissons que se cachait aussi derrière cette vraie sollicitude un intérêt électoraliste, les socialistes craignant que
le résultat du vote fût en leur défaveur.
4. Le propos ici tenu pourrait passer pour dogmatique : combien de sectes ne nous assurent-elles pas qu'elles nous mènent
sur la voie du « vrai bien » ! On sait aussi à quelle terreur peut conduire la certitude d'être dans le vrai. Néanmoins, ce n'est que pour nous modernes, adeptes de
l'axiologiquement neutre, que le lien entre vérité et politique peut choquer. La question ici est bel et bien celle du jugement, donc d'une instruction minimale, c'est-à-dire de règles pour la
direction de l'esprit et d'un entraînement pour fortifier le discernement de chacun afin d'éviter le plus possible l'erreur en matière politique.
5. Se reporter aux pages 19-20 de l'ouvrage ministériel Qu'apprend-on à l'école maternelle ? - Les programmes 2004-2005
http://www2.cndp.fr/ecole/quapprend/pdf/755a0211.pdf
6. Ainsi, plus tard, ce citoyen éclairé grâce à sa scolarité effectuée dans l'école démocratique votera non
pas en fonction de l'intérêt général mais du candidat qui lui semblera avoir « une bonne tête ». C'est bien la victoire de cette double plaie apparue en même temps que la démocratie
grecque : la sophistique et la rhétorique. Les Protagoras et autres Gorgias ont bel et bien gagné...
7. L'école du sens est une école pornographique qui a sa pédagogie et son architecture propres. C'est une école où tout doit être
expliqué (rendu transparent) à l'élève qui peut ainsi se mettre au travail avec sérénité parce qu'il y voit de l'intérêt, son intérêt ; c'est une école (architecturalement) ouverte sur la
vie au risque que celle-ci, par sa violence, y pénètre sans entraves. Cela n'a donc plus rien à voir, heureusement, avec cette école surannée des hauts murs où les élèves subissaient la parole
avilissante et insensée du maître dominateur.
8. Expliquer que le recours aux « experts » est préparé par la pseudo-démocratie ne rentre-t-il pas en contradiction avec ce qui a
été dit plus haut sur la relation entre instruction et liberté ? Si un vrai bien existe en politique, ne conviendrait-il pas mieux que gouvernent ceux qui savent ce qu'est ce bien,
c'est-à-dire les « doctes » ? Sauf qu'il y a une différence marquée : si la politique vise le vrai bien, ce vrai bien doit être reconnu en toute liberté par chacun et non
imposé par de soi-disant « compétents ». Autrement dit, ravaler la démocratie à une expertocratie, c'est oublier qu'un peuple vigilant et au jugement toujours affûté ne saurait avoir un
« esprit réduit à l'état de gramophone » (George Orwell).
9. L'adjectif « docile » vient du latin docilis, de docere, « enseigner ». Littré donne comme premier sens à ce mot : Qui
a de la disposition à se laisser instruire, conduire. Avec comme exemple particulièrement éclairant : Un enfant docile aux leçons de ses maîtres.
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