1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 16:58

Bloc-notes actualité
L'école sans couac de Jean-Marc Ayrault

En ligne le 1er novembre 2012


Le fameux entretien du Parisien daté du 30 octobre, où le Premier ministre a gaffé sur les 35 heures, est vraiment intéressant. On est en réalité très injuste avec Jean-Marc Ayrault : interrogé sur l'éducation et sur la violence à l'école, loin de gaffer, il a au contraire réussi un parcours sans faute dans la droite ligne d'une politique scolaire remarquablement stable et claire.

L'exercice était difficile, vu sa brièveté. Page 3, en trois petits paragraphes, trois points culminants du parcours offrant une vue générale sur l'école parfaite sont brillamment honorés.


On commence par le cours préparatoire. « Il faut que dès l'école primaire, en CP, on puisse aller voir les entreprises, recevoir un ouvrier qui a appris un métier formidable et qui a envie de transmettre sa passion. »Il ne s'agit pas, comme dans une scène du beau film de Stéphane Brizé Mademoiselle Chambon, de recevoir un professionnel pour enrichir ce qu'on appelait autrefois une « leçon de choses », mais de préparer les élèves de 6-7 ans au monde de l'entreprise, et cela en faisant appel aux sentiments (1). Il faut bien le reconnaître : c'est tout aussi urgent que la lecture, l'écriture et le calcul, et puis c'est le bon âge, le cerveau est encore malléable (ça c'est moi qui le dis, car j'ai mauvais esprit et d'ailleurs le Premier ministre ne parle jamais de la lecture, de l'écriture, du calcul).

L'entretien se poursuit avec une question sur la « réussite des enfants ». Pour l'améliorer, il faut notamment former les enseignants « de façon professionnelle pour s'adapter aux jeunes dont ils auront la charge » (c'est moi qui souligne).
Ce passage m'inspire encore un commentaire malintentionné. On sait que pour s'adapter aux « jeunes », il est indispensable de faire du relationnel, et d'apprendre par exemple à gérer les conflits (traduction en mauvais esprit : apprendre à se coucher et surtout à ne pas faire de vagues dès qu'un mioche parle un peu fort et roule des mécaniques - en novlangue on parlera plutôt d'écoute et de respect).
Cela me fait penser en outre que cette adaptation du maître à l'élève (pardon, de l'adulte au jeune) devrait normalement s'accompagner d'une adaptation de la grammaire, de la lecture, du calcul, de l'écriture, de l'histoire, de la géographie, etc. - je ne parle pas d'une question d'âge et de niveau, mais d'une adaptation vraiment respectueuse de ce que réclament les élèves, prenant en compte leurs demandes. Non ?

Mais le moment le plus fort, c'est la question sur la violence. Alors là, on sera très vigilant, et même inflexible : il n'est pas exclu de mettre des policiers à l'entrée des écoles, scrogneugneu.

Rassemblons les trois pièces de ce qui n'est même pas un puzzle : les trois paragraphes s'enchaînent tout naturellement.
De ces gentils animateurs bien adaptés aux jeunes d'aujourd'hui (lesquels sont si différents de ceux de naguère), formés à subir le chahut et les insultes sans faire d'histoires - et pour cela méprisés de tous - dans des classes transformées en champs de bataille, on se demande bien comment ils vont pouvoir faire l'éloge du travail en entreprise. C'est ici que la troisième pièce du dispositif révèle son utilité : si ça fait trop de casse, on mettra des flics autour. Circulez ! il n'y a rien - ou si peu - à enseigner, rien - ou si peu - à apprendre, et tout à adapter.

Cela est en parfaite continuité avec les politiques scolaires qui se succèdent depuis 30 ans. S'agissant de l'ouverture de l'école au monde de l'entreprise, M. Ayrault prend soin de préciser que « ce n'est pas un sujet tabou » :  là il exagère un peu, on le savait déjà ! On savait déjà aussi que, s'agissant de l'école, l'instruction des élèves, la discipline (au deux sens du terme) et l'autorité des professeurs sont des sujets tabou. D'ailleurs le Premier ministre n'en parle pas : pour aborder en quelques points la question de l'école, il fallait bien se limiter à l'essentiel.
Et on dit que Jean-Marc Ayrault fait des couacs ?

 

1 - Dans le film (2009), l'institutrice (Sandrine Kiberlain) invite un maçon (Vincent Lindon) dans sa classe et c'est l'occasion d'un véritable enrichissement en pleine liberté sans rapport avec des arrière-pensées utilitaristes : la leçon de choses y devient une sorte de méditation philosophique, elle n'est pas un prêchi-prêcha, les élèves ne sont passionnés, émus, que par l'effet de cet enrichissement (et l'institutrice tombe amoureuse du maçon qui en réalité lui apprend que la pensée est partout !). De cet enrichissement il n'est bien sûr pas exclu que les élèves tirent librement la conclusion qu'il est passionnant d'être maçon, etc. Mais on reste alors dans une école républicaine, laquelle n'a pas à conformer, ni à dicter ce qu'est la vie heureuse, ni à faire des passions un principe moteur, mais à instruire et à élever. 

 

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commentaires

réboussié 02/11/2012 13:54


une question? certains élèves ne possèdent pas le capital "culturel" .......nonobstant la pertinence des spécificités du capital "nécessaire"( un problème certainement mais on peut procéder par
ordre de priorité ...), ces jeunes là, ne doit on pas être encore plus exigeant pour justement rattraper le retard ? On peut bien sur diminuer les exigences, ça rabaisserait le caquet au capital,
taxer les écoles libres qui ne font qu'augmenter les différences, embaucher dans les milieux défavorisés des instits illétrés issus de ces même quartiers, on pourrait continuer le sketch .....un
cas réel, un instit se vantant d'avoir une meilleure cote (AAA) auprès des parents depuis qu'il notait non pas de 0 à 20  mais de 12 à 20 , comme quoi on peut changer le système sans frais
excessifs ....


Dérision ? ou surréalisme ? Relisez "Sciences et Vie" , Sciences humaines " , pub gratuite pour des revues peu chères , depuis 20 ou 25 ans , enseigner ? on sait tout sur tout, ou presque
....autorité ? un IP me disait il y a 40 ans , soit le leader, dans la classe , c'est vous , soit ce sont eux ...Autorité ? L'ont ils prise ? ou la leur a t on donnée ?  voir résultat des
courses ....il reste heureusement des établissements ou au centre , c'est l'éducation, l'élève , élever , c'est faire  accéder à un niveau supérieur, et origine controlée ou pas , en terme
viticole , il y a des parents partout qui veulent le mieux pour leurs enfants , et d'autres qui se cachent derrière la facilité (pour ne pas stigmatiser ) de rejeter la faute sur ....ce ne sont
pas les arguments qui manquent ...( constat et non jugement, cas 1 : on peut traiter .. cas 2 : faut exécuter la peine ...)Pour le moment , d'après mes infos , en France , l'instit du 9.3 peut
enseigner en Lozère ...et réciproquement , le problème ne vient donc pas de ce coté me semble t il ...La neige l'hiver ? en Lozere ?


Les élèves sont différents ??? la bonne blague .....car poussez donc àu bout ......certains seraient inéducables? Prenez un casse pied , mais un bon, un vrai, mettez le à Mende , ? 95% de chances
qu'on ne le reconnaisse pas au bout d'un mois, prenez en 50, même opération ? Faut les CRS en Lozère pour éviter les émeutes ...Il y a un problème social qui impacte l'école, certaines écoles
.....des moyens ?? ou des méthodes ??? La politique ?? Droite ou gauche ??  obligez donc le ministre de l'éducation nationale à vivre 2 mois dans certaines cités et assister ou faire cours
dans l'école du quartier , on peut aussi nommer un comité ....le ministre , quand il lira le rapport , il aura tout compris ....pas les 50 rapports rédigés ces derniers temps , non, le prochain ,
bien sur ... ce serait risible tout ça s'il ne s'agissait de la vie future d'enfants , la culture ne fait pas le bonheur ...mais elle y participe ? non ??

Incognitototo 01/11/2012 18:59


Le plus terrible est probablement que notre Premier ministre n'est même pas énarque, qu'il est issu, du "corps enseignant"...

À sa "décharge", il a arrêté d'enseigner à peu près à l'époque, où tout a basculé (dans les années 70), il a donc probablement une vision de l'école quelque peu déformée... et se contente de
répéter les poncifs qu'on entend presque partout... À tous les niveaux, on savait qu'il n'y avait pas grand-chose à espérer de ce gouvernement... et jour après jour, on en a la confirmation. Vous
remarquerez d'ailleurs que ce gouvernement passe plus de temps à dire ce qu'il ne va pas faire, en rectifiant les "bourdes" des uns et des autres, qu'à nous proposer de vrais projets de
réformes... pitoyable et désespérant...

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