6 novembre 2014 4 06 /11 /novembre /2014 18:57

Bloc-notes
L'accompagnement des sorties scolaires
est-il confié à des « mamans » ?

En ligne le 6 novembre 2014

 

La question de l’affichage de signes religieux par des accompagnateurs de sorties scolaires est envenimée par une déclaration récente de la ministre de l’Éducation nationale. Contrairement à ses prédécesseurs Luc Chatel et Vincent Peillon, Najat Vallaud-Belkacem avance que, en matière d’accompagnement scolaire, la « règle » doit être l’acceptation de l'affichage de signes religieux par les bénévoles accompagnateurs, et l’exception le refus de cet affichage [1]. Il est significatif, ce faisant, qu’elle ait tenu à parler de « mamans », invitant à déplacer la question sur le terrain compassionnel.

 

 

La récurrence du terme « maman » [2] attire mon attention et fait refluer des souvenirs... de 1989. Lorsque éclata l’affaire dite « de Creil », un vocabulaire analogue « de proximité » et de banalisation fut alors manié par les tenants de l’affichage religieux à l’école publique. Plutôt que d’élèves, ils préféraient parler de « petites filles » ou de « jeunes filles » ; plutôt que voile islamique, ils utilisaient l’expression « petit fichu ».

Le film, on l’a déjà vu. Il s’est déplacé, tout simplement. Son enjeu demeure : la tendance la plus rétrograde de l’islam entend banaliser le port du voile et l’introduire particulièrement à l’école publique. Ainsi s’accentue, plus généralement, la pression sur les femmes musulmanes qui ne le portent pas.

 

L’accompagnement des sorties scolaires [3] est-il forcément confié à des « mamans » ? Non !

Un citoyen quelconque peut assurer cette tâche, à condition d’être agréé par le chef d’établissement [4]. Bien sûr, les parents d’élèves sont au premier chef concernés et sollicités, ce qui est une très bonne chose.

 

Une mère d’élève accompagnatrice reste-t-elle une « maman » ? Non !

L'usage insistant du mot « maman » pour dire « parent d’élève » ou en l’occurrence « mère d’élève » suggère une importation de l’intime au sein de l’école. L’école est-elle destinée à prolonger l’intimité du cocon maternel ? N’est-elle pas, par définition, destinée à en faire sortir l’enfant qui, de « gamin », devient alors un élève ? En devenant élèves et en fréquentant l’école les enfants accèdent au luxe d’une double vie. Et les mères d’élèves qui accomplissent cette démarche effectuent un pas remarquable vers l’extérieur du monde des « mamans » duquel on peut imaginer qu’elles souhaitent sortir.

 

Il faut en outre rappeler une évidence. L’accompagnateur scolaire accompagne, par définition, les enfants d’autrui que sont les élèves – et cela sans exception, y compris lorsque ses propres enfants sont au nombre des accompagnés. L’accompagnateur n’a donc pas à traiter les élèves comme s’ils étaient ses propres enfants. Réciproquement il doit traiter ses propres enfants, dans ce cadre scolaire, comme s’ils étaient ceux d’autrui.

 

Que se passera-t-il si des parents se plaignent qu’un affichage religieux indiscret a été imposé à leurs enfants par un responsable dans le cadre scolaire [5] ? Faudra-t-il que les parents rappellent à l’école son obligation de laïcité ?

On m’objectera qu’une sortie hors de l’école mettra les élèves en présence de tels affichages – églises, tenues religieuses, etc. Raison de plus pour rendre claire et pratiquer concrètement la distinction entre ce qui relève de l’école et ce qui n’en relève pas, entre les responsables qui encadrent et les rencontres extérieures, entre l’institution publique et la société civile : voilà qui serait une éducation à la tolérance autrement plus efficace et plus élevée que celle dont on nous rebat les oreilles.

 

Continuons la projection du remake d'un film vu durant les quinze ans qui ont précédé le vote de la loi de 2004 prohibant le port de signes religieux à l’école publique. Un second thème compassionnel est avancé ad nauseam : celui de l’humiliation, de la stigmatisation et de la maltraitance par les méchants laïcards... On aura reconnu le thème condescendant, plein d’onction et de violence, de l’intouchable. Car croire qu’une femme, parce qu’elle est voilée, serait incapable de comprendre qu’il existe des espaces et des situations distincts, relevant de réglementations différentes, c’est la mépriser. La demande qui lui est alors faite de s’abstenir d’affichage religieux, loin de l’humilier, la met à la même hauteur que le professeur dont elle partage momentanément la tâche ; loin d’être un impératif blessant et réducteur, elle est un honneur et une marque de considération.

 

En écrivant ces lignes, j’ai bien conscience de leur étrangeté. Elles supposent une conception de l’école que les réformes qui se sont succédé depuis quelque trente ans ont ruinée. Dans une école « lieu de vie » que la sempiternelle réforme ne cesse d’imposer, on se soucie moins d’instruire que d’accoutumer à la réalité sociale telle qu’elle est et de la banaliser. Aussi préfère-t-on y convier des « mamans » pour s’occuper d’« enfants » plutôt que des citoyens, pères et mères, pour assister des élèves et contribuer à les conduire à la hauteur qui leur est due.

 

[Edit du 14 novembre. Voir les autres éléments du dossier :

Le témoignage d'un «papa» par Jean-Dominique

Argumentaire juridique par Charles Arambourou ]



[1]    Déclaration lors d’une audition à l’Observatoire de la laïcité le 21 octobre 2014. Mme Vallaud-Belkacem s’appuie sur une étude du Conseil d’État rappelant notamment qu’il n’existe pas de catégorie juridique désignant les collaborateurs temporaires d’un service public : les « mamans » voilées resteraient donc des « usagers » du service public durant l’accompagnement des élèves. Mais la même étude rappelle (p. 32 et suiv.) que ces « usagers » lorsqu’ils collaborent au service peuvent néanmoins être soumis à l’exigence de neutralité d’affichage religieux, et cite expressément le cas de l’Éducation nationale. Ce qui confirme la « circulaire Chatel » du 27 mars 2012 ainsi que l’a précisé le ministre V. Peillon en décembre 2013. Voir l'analyse des textes dans cet article de Charles Arambourou.

[2]    Réitéré notamment par la ministre lors de la réponse à la question d’un député à l’Assemblée nationale le 5 novembre, en une formule significative : « Hors ces comportements prosélytes, faut-il interdire par principe à une maman portant le foulard d’accompagner ses enfants en sortie scolaire ? » [c’est moi qui souligne]

[3]    En plus du professeur dont la présence est obligatoire.

[5]    Voir par exemple cet échange de courrier sur le site de l’Union des familles laïques (UFAL).

 

 

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par Catherine Kintzler - dans Bloc-notes actualité
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commentaires

MILAVEAU 06/12/2014 08:10


Bonjour,


Merci pour votre réponse,je m'aperçois que la lettre que j'ai envoyée a été tronquée certainememnt en raison d'un copier-coller, votre recommandation de ne pas y recourir m'a échappé,
excusez-moi, je reprends donc à la coupure:


......Faudra-t-il de nouveau constater que " parce que nous avons été tétanisés à l'idée que nous risquions d'être intolérants, nous avons toléré l'intolérable"?(rapport de la mission
d'information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national, propos d' Elisabeth Badinter, audition du 9 septembre 2013, page 338)? Certes le sujet de cette commission
était différent, mais le questionnement d' Elisabeth Badinter garde tout son sens.


L'argument que le prosélytisme est minoritaire n'est pas recevable car la Laïcité- comme vous le soulignez vous même au début de votre discours- n'est pas élastique aux circonstances.


Ne voyez-vous donc pas que votre position va à l'encotre de votre déclaration selon laquelle " la pédagogie de la laïcité, ce sont des pratiques de sens à la fois pour l'institution et pour ses
usagers, élèves, familles, partenaires associatifs et collectivités locales"?


Il faut donner à la Laïcité les moyens dont elle a besoin pour échapper à l'instrumentalisation des extrémistes de tout bord, au FN, qui n'ont plus qu'à se baisser pour la ramasser.


Il faut donner les moyens à la Laïcité d'échapper à l'hypocrisie sans limite de Nicolas Sarkozy qui, alors qu'il a nommé en 2004 le préfet Aïssa Dermouche en le qualifiant de " préfet musulman",
vient de déclarer lors d'une réunion publique le 7 novembre: " je conteste la décision récente du ministre de l'éducation nationale d'autoriser les femmes voilées à accompagner les sorties
scolaires au nom de l'idéal républicain français" alors qu'il a osé , en sa qualité de Président de la République, déclarer à Latran en 2007: " un homme qui croit c'est un homme qui espère. Et
l'intérêt de la république, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent ".


Face à cette déclaration qu' Henri Pena-Ruiz a qualifié dans le figaro du 3 janvier 2008 de " faute politique" car " tout se passe comme si Nicolas Sarkozy était incapable de distinguer ses
convictions personnelles de ce qui lui est permis de dire publiquement dans l'exercice de ses fonctions, celle d'un Président de la République qui se doit de réprésenter tous les français, à
égalité , sans discrimination ni privilège", la gauche s'est rendu coupable à l'époque d'un silence assourdissant dont elle peine encore à se remettre.


Que peut répondre la gauche qui a commis la même faute politique lorsque Manuel Valls a fait cette désastreuse déclaration le 19 mars dernier lors d'un rassemblement organisé par le CRIF en
mémoire des victimes de Mohamed Merah: " les juifs de France sont plus que jamais à l'avant garde de la République et de nos valeurs" car,en désignant ainsi des  francais à l'avant-garde, il
en désigne d'autres à l'arrière- garde.


Qu'allez-vous répondre?


La puissance publique doit légiférer pour mettre fin aux circonvolutions ministérielles car les circulaires n'ont pas la force juridique suffisante pour dire le droit, et pour mettre fin aux
tergiversations des juges administratifs et  judiciaires, car si le juge dit le droit, c'est la loi qui fait le droit.


Vous dites: "Tout doit être mis en oeuvre pour éviter les tensions": or, c'est bien le communautarisme qui en stigmatisant la singularité de tout être humain est source de tensions et c'est au
contraire à des fins non-discriminatoires que l'école doit appeler la Laïcité.


C'est pourquoi le principe doit être que les mamans accompagnant des sorties scolaires sont soumises à la neutralité religieuse et en conséquence le refus de la présence à ces sorties scolaiires
de celles qui portent des signes religieux doit être la règle.La loi s'applique à tout le monde et si elle peut contraindre une maman à retirer son voile lorsqu'elle accompagne les enfants en
sorties scolaires, c'est aussi pour protéger cette maman du prosélytisme qui conduit d'autres personnes à refuser certains cours, récuser les enseignants d'un autre sexe ou les dates d'examen
pour des considérations religieuses.


Vous justifiez votre position par votre volonté de " renouer le lien de confiance, qui s'est distendu, entre les parents et l'école". Si on suit votre raisonnement, on doit conclure qu'émettre un
avis opposé porte en lui-même la volonté contraire à la vôtre de ne pas vouloir dialoguer en confiance avec les familles, ce qui est parfaitement infondé.


Madame la Ministre, vous terminez votre discours en voulant " renoncer à l'incantation et agir" : si vous en êtes convaincue, allez au bout de vos convictions!


Je vous prie d'agréer, madame la Ministre, mes trés respectueues salutations.

MILAVEAU 04/12/2014 00:30


Bonjour,


J'ai découvert votre site il y a quelques mois et c'est toujours avec un grand
intérêt que je prends connaissance de vos articles qui ont pour moi une grande rigueur pédagogique.


 Le témoignage du "papa" accompagnateur Jean-Dominique a forcé mon admiration par la mise en
situation concrête des principes qu'il défend.


Mon désaccord avec la position de la Ministre de l'Education Nationale m'a
amené à poster sur le site de son Minstère le courrier ci-dessous :





 


                     
                                                 Mions, le
10 novembre 2014


 


 


Madame la ministre


 


 


J’ai pris connaissance de votre discours lors de votre audition par l’Observatoire de la Laïcité
et je souhaite vous faire part de ma désapprobation quant à votre position sur les accompagnatrices de sorties scolaires voilées, car elle me parait affaiblir considérablement la portée de votre
conviction pourtant clairement énoncée au début de ce discours.





En déclarant que « Le principe, c'est que, dès lors que les mamans (les parents) ne sont pas
soumises à la neutralité religieuse, comme l’indique le Conseil d’Etat, l'acceptation de leur présence aux sorties scolaires d oit être la règle et le refus l'exception», vous inversez le principe et les effets qui y sont
attachés.  


 


Vous ne vous n’interrogez pas pour savoir si les mamans voilées accompagnant les sorties scolaires sont soumises ou non à la neutralité
religieuse, comme si la question ne se posait même pas, alors qu’il s’agit, en amont,
 du préalable indispensable d’où découle la décision d’admettre ou non comme règle leur présence aux sorties scolaires. 


 


En choisissant de ne pas poser cette question de fond, vous participez à la démission du débat
politique. Votre position n’est-elle pas un de ces « petits reculs ou compromis successifs » que vous dénoncez vous-même au début de votre discours ? « Comme l’indique le
Conseil d’Etat » dites-vous : pourquoi s’en remettre, comme Lionel Jospin en 1989 alors qu’il était Ministre de l’Education Nationale, à l’avis du juge administratif ? 


 


Pourquoi ce renoncement politique? 


 


Faudra-t-il de nouveau constater que « parce que nous avons été tétanisés &ag

Mezetulle 04/12/2014 12:15



Merci pour cette lettre, vous avez raison de dire qu'il y a inversion dans le raisonnement : on fait passer pour cas particulier ce qui relève du principe.


On peut ajouter aussi que Mme Najat Vallaud-Belkacem n'a même pas lu jusqu'au bout l'étude du Conseil d'Etat sur laquelle elle prétend s'appuyer et qui indique bien que la circulaire Chatel est
parfaitement légale... Je vous invite sur ce point à consulter l'argumentaire de Charles Arambourou publié dans cet article.



pouyet marc 14/11/2014 19:27


Les parents accompagnateurs ne sont pas fonctionnaires et donc ne sont pas soumis à la laïcité.


En général, ils le font pour rendre service aux enseignants.


Pour ma part, je soupçonne derrière cette ''affaire''une nouvelle instrumentalisation visant à stigmatiser une population ''différente'' :C'es vrai qu'une croix au bout d'une chaînette, est guère
''ostensible'', quant au foulard...


L'Ecole de la République manque cruellement de personnels fonctionnaires, donc soumis à la laïcité institutionnelle. D'où le recours aux parents qui sont majoritairement dévoués à l'école.


Exigeons la création réelle devant les élèves des postes annoncés par le ministère!


Exigeons plus de postes d'enseignants et de fonctionnaires à l'école et les parents ne seront plus obligés de prendre des rtt pour suppléer auxcarences de l'Etat!


Les parents ne sont pas des personnels fonctionnaires de l'école

Catherine Kintzler 16/11/2014 16:02



Je vous invite à lire l'argumentaire juridique établi par Charles Arambourou, qui répond de manière très précise. Vous trouverez le lien pour le télécharger dans l'article suivant : http://www.mezetulle.net/article-sorties-scolaires-argumentaire-juridique-par-c-arambourou-125000491.html


Notamment l'auteur souligne bien que la question n'est pas celle du statut des accompagnateurs, mais celle de la nature de l'activité à laquelle ils prêtent leur concours. Ce
que confirme l'étude du Conseil d'Etat sur laquelle Mme la ministre prétend s'appuyer : mais encore faut-il la lire intégralement. En tout état de cause, c'est la circulaire Chatel qui
s'applique, les déclarations de la ministre étant de simples propos personnels et n'ayant été à ma connaissance suivis d'aucun texte réglementaire.


 


Je me permets d'ajouter, sur un autre point, que les enseignants contractuels ne sont pas fonctionnaires, ce qui ne les soustrait pas pour autant à l'obligation de laïcité pendant leur service.
Il en va de même en ce qui concerne les personnels non-enseignants, dont le statut est souvent municipal. Car comme le rappelle aussi le juriste Arambourou, c'est l'enseignement qui est laïque.


D'autre part, si les seuls fonctionnaires étaient concernés par le devoir de discrétion en matière d'affichage, la loi de mars 2004 serait impensable. Je rappelle en outre que les mesures de
discrétion et de neutralité s'appliquent indifféremment à tous les affichages, une religion n'est pas plus visée qu'une autre.



Jean-Dominique 12/11/2014 23:54


Je prends connaissance de votre article au moment où l'on vient de m'en conseiller la lecture.
Je passe volontairement sur l'aspect philosophique dont l'examen n'est pas sans intérêt mais qui, pour le coup, me parait un peu court pour résoudre cette question. Nous sommes ici sur le terrain
de l'expérience et du tatonnement empirique qu'aucune théorie ne saurait recouvrir sans faille.

Je vais me limiter à mon expérience et aux réflexions qu'elle m'inspire.
Je suis un homme, donc un papa dirait-on. J'ai accompagné, et continue de le faire, nombre de sorties scolaires des classes de mes trois enfants.
Qui suis-je à cet instant ? Je suis un auxiliaire de l'école, en l'occurrence de l'enseignant. Je me conforme d'ailleurs à ses consignes, je n'émets aucune réserve, l'enseignant est le patron de
la sortie scolaire. Je ne suis ni un papa, ni même un père d'élève, je suis un bénévole de l'école qui, il est vrai, se sent plus concerné qu'un autre mais qui admet que, pour l'instant de la
sortie, n'est plus dans la situation de parent. Je veille d'ailleurs à ce qu'on ne me confie pas systématiquement le groupe d'élèves dont mon enfant fait partie. Je ne me mèle en rien des
remarques que l'enseignant peut faire à mon propre enfant et quand son regard cherche mon soutien, mon doigt lui désigne l'enseignant ! J'observe donc une neutralité que j'estime nécessaire pour
la bonne marche de la sortie et j'avertis d'ailleurs mes enfants préalablement en conséquence.

La sortie scolaire est un déplacement de l'école, ce n'est pas un déplacement hors de l'école. L'espace scolaire est maintenu dans le groupe qui se déplace et l'on y observe d'ailleurs les mêmes
consignes que dans les locaux de l'école : on lève le doigt, on se met en rang. Il en va de même pour toutes les institutions de la République : un tribunal qui se réunit dans un gymnase pour un
gros procès reste un tribunal, un convoi militaire qui circule hors des enceintes militaires reste soumis à toutes les règles militaires. L'école qui se déplace au musée reste l'école. Pour des
raisons de sécurité, des bénévoles sont parfois nécessaires mais à la condition qu'ils restent dans le cadre scolaire et qu'ils ne se déportent pas dans le cadre intime de la famille.

Admettre une immixtion de l'intime dans l'espace scolaire au motif qu'il est dans l'obligation de recourir à des bénévoles n'est donc pas admissible pour des tas de raisons. Nous focalisons sur
le voile mais que dire d'un parent qui accompagnerait la classe cradingue et puant au motif qu'il est comme ça chez lui ? Que dire du parent qui arborerait un T-Shirt avec un message politique ?
Un logo de la CGT ? Du FN ? Une caricature du président de la République ? Tout serait dès lors permis alors qu'à l'évidence, tout ne l'est pas.

Or la tolérance dont serait l'objet un signe religieux provient d'une compréhension erronée de la laïcité : la religion ne serait pas une opinion comme une autre, les comportements qu'elle
induirait serait plus impérieux que d'autres opinions. Qui en décide ? Certainement pas la République qui "ne reconnait aucun culte". Alors qui fixe le curseur ? Pourquoi accepter le signe
religieux et pas le signe politique ? Il est donc plus prudent de n'autoriser aucun signe ostentatoire d'aucune opinion, quelle qu'elle soit. Admettre la supériorité du sentiment religieux face
aux autres opinions au point que celui-ci pourrait se placer hors du champs de la loi commune à toutes les expressions d'opinions, c'est précisément ce que revendiquent les chefs religieux. N'en
déplaise aux tenants d'une laïcité positive, la République n'embrasse pas toutes les religions, elle n'en a aucune.

Concernant les "mamans", il convient tout de même de remonter plus loin. Certes on nous sert la compassion pour mieux faire avaler la pilule amère du voile mais ce discours n'est possible que
parce qu'antérieurement, la maternalisation de l'école et sa corollaire, l'infantilisation des élèves, est un phénomène ancien et bien ancré. Il y a de moins en moins d'hommes à l'école et ils
sont priés de se conformer au maternalisme ambiant. Ce qui est encore admissible au primaire devient proprement insupportable au secondaire, davantage encore au lycée. Je me suis vu un jour, en
présence de ma fille de 17 ans dans un bureau administratif de son lycée demander à la fonctionnaire jusqu'à quel âge elle s'estimait en droit de tutoyer une élève presque majeure alors que
celle-ci ne disposait pas de ce droit. A en croire l'oeil équarquillé de la dame, je venais d'une autre planète. On materne jusqu'au bac minimum. Or cette maternalisation est parfaitement
contraire aux objectifs d'émancipation de l'esprit à l'école : elle infère qu'une autre structuration de l'espace scolaire se substitue à l'indifférenciation et au respect des fonctions, une
structuration où la maman, transposée dans le fonctionnaire, institue un arbitraire du respect, délaissant sa logique purement hiérarchique qui prévalait avant et qui prescrit qu'il n'existe pas
de hiérarchie entre les individus mais uniquement entre les statuts ou fonctions.

Catherine Kintzler 13/11/2014 15:52



Merci beaucoup pour ce témoignage précis, et cette mise au point d'une grande clarté. Rien de tel que des idées nettes pour remettre les choses sur les rails.


Je retiens, entre autres, votre belle et simple formule "La sortie scolaire est un déplacement de l'école, ce n'est pas un déplacement hors de l'école" et la pertinence des comparaisons avec
d'autres fonctions d'Etat (convoi militaire, tribunal). Et, avec l'introduction de l'intime dans le cadre scolaire, la question de savoir si l'école est toujours une institution
nationale se pose encore une fois.



Jean-Yves Pranchère 09/11/2014 15:34


Je me rends compte seulement maintenant que le commentaire auquel vous aviez répondu avait lui-même été amputé de sa moitié. Peut-être mon commentaire précédent le sera-t-il aussi — ce qui
fausserait assez lourdement son sens…
Je n"interviendrai plus, mais je recopie la fin du commentaire amputé:
La loi a tranché en France, mais le débat international est loin d’être fini (la loi française a d’ailleurs été condamnée de facto par une décision de décembre 2012
du Comité des Droits de l’Homme de l’ONU, décision dont les attendus sont extrêmement intéressants).


Quant au débat philosophique, il me semble difficile d’ignorer les argumentaires puissants qui ont été développés ces dernières années par des auteurs par ailleurs
différents tels que Charles Taylor ou Cécile Laborde.


L’objet de mon intervention visait d’abord une question philosophique, et non la question pragmatique des mérites sociaux ou communautaires de la loi de 2004. La
difficulté générale est la suivante: les réponses que vous me donnez sont des réponses "conséquentialistes", fondées non pas sur le principe de l’égalité des libertés de conscience, mais sur la
capacité qu’a eu la loi de faire reculer une certaine interprétation intégriste de l’islam au profit d’une interprétation plus libérale, autrement dit sur les effets bénéfiques de la loi sur la
communauté musulmane. Ce sont bel et bien les mérites de la loi quant à sa capacité à modeler la communauté musulmane que vous soulignez en écrivant que la loi « a divisé » les
musulmans et montré qu’il « n'y a pas plus différent d'un musulman qu'un autre musulman, de même qu'il n'y a pas plus différent d'un catholique qu'un autre catholique » — phrase qui me
semble oublier que, dans le cas du catholicisme, il existe un magistère qui décide de ce qui est essentiel à la foi catholique et qu’il existe donc le moyen d’une définition unanime de ce que le
catholicisme tient pour un devoir religieux non négociable.


Je m’accorde entièrement avec vos constats sur les bienfaits de la loi de 2004 — en particulier quant au problème que pose la pression exercée sur les femmes qui
portent le voile —, mais ce sont là des arguments pragmatiques ou stratégiques, fondés sur le désir légitime de combattre un intégrisme anti-laïque qu’on identifie comme étant le sens d’une
demande, voire sur le désir d’intervenir sur certains groupes afin d’assurer leur intégration dans la volonté générale. Ces arguments sont très forts, mais ce ne sont pas des arguments fondés sur
le principe laïque de l’égalité des libertés compossibles.


Dans votre réponse, le cas de la femme musulmane adulte — permettez-moi de souligner « adulte » — qui tient le port du voile pour un devoir religieux est
décrété impossible. Comment cela se concilie-t-il avec le principe de l’égalité des libertés de conscience ? Comment cela se concilie-t-il avec la position selon laquelle l’Etat ne doit pas
être théologien ?


Si une accompagnatrice scolaire adulte estime, en s’appuyant sur des autorités théologiques, que sa religion lui fait un devoir de porter le voile en permanence et
que le seul fait de porter un voile n’attente en rien à la liberté d’autrui de croire autre chose ou de ne pas croire ou de manifester son incroyance dans l’espace public, que lui répond-on sur
la base du principe de l’égalité des libertés possibles ?


 

Catherine Kintzler 09/11/2014 18:01



Vous considérez que la loi de 2004 n'est pas contraire à la liberté de conscience, à la bonne heure, nous avons éclairé un point important. Je ne vais pas répondre à toutes vos questions du moins
dans leur détail. Je voudrais seulement tenter de situer où est, à mon sens, notre point de désaccord philosophique. 


 


Vous semblez considérer que mes motifs sont pragmatiques ou stratégiques du fait que j'ai avancé les effets de la loi de 2004. Dans le cadre de notre discussion, je l'ai fait d'un point de vue
conceptuel afin de récuser la comparaison que vous avez tenté d'établir entre port du voile et tabou alimentaire. Mon argument n'était nullement "ça marche, donc c'est juste", mais "si vous
soutenez la thèse x, alors on ne peut pas expliquer pourquoi ça marche" !


 


 


J'ai avancé l'idée d'espace zéro comme principiel (expression que j'ai empruntée à Philip Pettit pour caractériser le principe de laïcité par analogie avec un système de numération, le
zéro étant ici ce qui rend possible les autres opérations, ce qui ouvre le champ) ou de minimalisme politique dans une perspective philosophique. J'ai également employé cette formule : la laicité
de l'association politique assure la liberté de conscience y compris pour quelqu'un qui n'existerait pas. J'ai aussi recouru au concept de classe paradoxale où la déliaison est au
principe de la liaison.


 


 


Je pense que le fond de notre désaccord porte sur ce point : vous m'objectez des thèses, des penseurs et des analystes qui partent du "plein" (il y a des religions, il y a des gens qui mettent ce
qu'ils entendent par loi religieuse au-dessus de la loi civile, il y a des communautés, c'est dommage de penser qu'on puisse s'éviter). Ce qui est significatif par exemple est que vous considérez
que l'affichage d'une conviction religieuse - par exemple le port d'un signe - est inclus dans l'espace zéro. Non ! il n'y est pas inclus car à ce compte il faudrait énumérer d'emblée toutes les
convictions affichables et donc on aurait déjà commencé l'opération qui précisément est rendue possible par l'espace zéro. Il n'y est pas inclus : il est rendu possible par l'espace zéro, de même
qu'est rendue possible par lui une position qui n'existe pas ou pas encore. Ce faisant, vous êtes déjà passé de zéro (qui rend possible l'infinité) au dénombrement (seulement indéfini) dans une
société donnée.


 


 


Si je devais assumer une forme de rousseauisme, ce serait sur ce point - et c'est aux antipodes d'une exigence d'homogénéité : le promeneur solitaire n'est possible que s'il y a un contrat social
; réciproquement il n'y a pas vraiment de contrat social là où le promeneur solitaire n'est pas possible. Cela n'implique pas qu'il faille nécessairement vivre séparés, mais je tiens qu'une
association politique où est forclose la possibilité de "vivre séparé", de pouvoir dire "je ne suis pas comme le reste des hommes", n'est pas une association : c'est une communauté. Or à mes yeux
l'association politique n'est ni une communauté ni une association de communautés - je raisonne en termes atomiques et non pas moléculaires. Il serait erroné d'en conclure que cette conception
atomique de l'association politique fait obstacle à toute communauté, elle s'oppose seulement au communautarisme politique (je ne redonne pas les définitions des termes dont j'use ici, vous les
trouverez p. 45 et suiv de mon dernier livre). 


 


Je reprends l'exemple de l'évitement. "Je change de trottoir si ça ne me plaît pas, ou je fais vingt pas dans la forêt" : une femme comprend cela plus concrètement qu'un homme, car hélas, il est
très difficile de se débarrasser d'un harceleur ou d'une police religieuse qui vous invite à rentrer dans l'espace privé - c'est du reste la même chose ! Considérons ce que serait une société où
l'évitement ne serait pas fondamentalement possible, où il ne serait pas posé comme premier par rapport à la rencontre. Ce serait certes une société, mais pas une association politique
de sujets libres. Si l'évitement n'est pas possible, le sens même de la rencontre et de l'échange libres est aboli : c'est le zéro qui est ici fondateur. Je raisonne de manière très simple : la
thèse minimale (zéro), placée en principe ou en fonction de condition de possibilité, est plus ouverte que toute autre thèse (plein) principielle. Pour terminer par une autre référence célèbre :
un peuple de démons peut inventer la laïcité. Allez je vais me faire plaisir, encore une référence. Au sujet des libérateurs de l'Europe féodale, le poète dit : "[...] et soufflant dans des
cuivres / Ainsi que des démons". 


 


 


Quant à la question de l'accompagnement scolaire par des bénévoles, elle consiste à se demander si ce bénévolat est ou non inclus dans le cadre scolaire. J'ai voulu aussi souligner que, du fait
qu'elle est présentée de manière insistante avec un vocabulaire "de proximité", la question engage la conception de ce qu'est un cadre scolaire.


 


 


Je vous remercie pour cet échange, bien à vous



Jean-Yves Pranchère 09/11/2014 15:27


Merci beaucoup pour votre réponse.

Je ne vous embêterai pas plus (ce sera ma dernière intervention), mais afin de dissiper certaines ambiguïtés qui restent présentes, je souhaite encore une fois marquer que mes questions sont
celles de quelqu'un qui vous a beaucoup lu et qui marque une perplexité, non quant à vos définitions de principe de la laïcité, mais quant à certaines des conséquences politiques concrètes que
vous en tirez (j'ai dû trop lire Baubérot, Taylor et Laborde en même temps que je vous lisais). Je sais bien que vous répondez depuis 25 ans (et je lis vos réponses avec une certaine passion),
mais il me semble que certaines objections restent irrésolues — et cela alors même que je vous suis dans votre analyse de la spécificité de l'espace scolaire ou du statut des "entreprises de
tendance".

Je reformule une dernière fois ma gêne: je ne comprends pas comment la position de la laïcité comme un espace zéro pourrait suffire à exclure la possibilité de la musulmane qui réclame un droit
de porter le voile en permanence au titre de l'accomplissement d'un devoir, décidé en conscience, qui ne nuit en rien à l'égalité des croyants et des incroyants. Il me semble au contraire que
cette possibilité est présente dans l'espace zéro.
Ce qui, me semble-t-il, justifie l'interdiction du voile dans l'espace de l'autorité publique est bel et bien une considération "substantielle" ou conséquentailiste, à savoir: "le voile n'est pas
en fait un devoir, mais un signifiant ostentatoire", ou bien (je préfère cette deuxième version, au nom de l'espace zéro des libertés compossibles): "le voile n'est pas un devoir tel qu'il ne
doive pas céder à d'autres devoirs, tels que ceux de la neutralité de l'Etat, de sorte qu'on est en droit d'interpréter la demande d'un droit de porter le voile au détriment du principe de la
neutralité de l'espace de l'autorité publique comme une demande théologico-politique irrecevable".
J'accepte totalement cette dernière version de l'argument (ce pourquoi je ne suis pas opposé à la loi de 2004, qui ne me semble pas violer la liberté de conscience — qu'elle violerait clairement
si on l'étendait à l'université), mais
1/il me semble que son extension à de simples accompagnatrices limite la liberté de conscience au-delà de ce qui est requis, puisque ces accompagnatrices sont des bénévoles et non des agents
publics (je comprends bien votre argument, mais il me semble exagérément intransigeant pour une situation où la liberté de conscience doit normalement primer),
2/il me semble que l'argument qui fonde entre autres la loi de 2004 ne procède pas du principe de "l'espace zéro" de la laïcité, mais d'une surdétermination de celui-ci par une argumentation qui
présente une dimension "théologique" puisqu'une décision est prise quant à la signification d'un code vestimentaire qui, comme tel (je souligne "comme tel": encore une fois je partage toutes vos
inquiétudes quant à l'intégrisme qui est "l'interprétant" de ce code), n'interfère pas avec l'égalité des libertés.


Et pour vous dire toutes mes arrière-pensées: je me demande s'il n'y a pas, entre votre définition de principe de la laïcité et vos positions concrètes, le même hiatus que celui qu'on peut
observer entre le livre I du Contrat social de Rousseau, où la volonté générale n'est que la formule de la compossibilité des libertés, et l'autre définition de la volonté générale qui s'immisce
dans le livre II avec la figure du législateur et se déploie dans le livre IV, où la volonté générale s'alourdit d'une exigence d'homogénéité qui la lie à une religion civile. Je ne veux pas du
tout dire que votre défense de la laïcité relève de la religion civile; mais je me demande si une certaine matrice rousseauiste, liée à un diagnostic incontestable sur les menaces que font subir
à la laïcité les stratégies intégristes, ne vous conduit pas à trop absorber le principe de l'égalité des libertés de conscience dans le principe de la généralité de la volonté commune, fût-elle
la généralité d'une volonté qui se déploie dans un "espace zéro" (et non, comme chez Rousseau, dans la dimension d'un "caractère national").

Je vous prie de me pardonner cette intrusion sur votre blog; cela fait longtemps que ces perplexités me taraudent, malgré (ou en raison de) la lecture de vos beaux travaux. J'ai fini par croire
que le mieux était de vous poser directement les questions que suscite en moi cette lecture. Je me doutais bien que la discussion n'aplanirait pas le désaccord, mais j'ai appris de Jean-Marc
Ferry à préférer le "consensus par confrontation" au "consensus par recoupement" prôné par Rawls — ou, pire, au "consensus par évitement" qui pourrait être une mauvaise tentation de la
laïcité.
C'est pourquoi d'ailleurs j'ai beaucoup de mal avec votre idée d'un "droit" à ne pas "subir" une manifestation religieuse ou irréligieuse: un espace public où les croyants sont confrontés à
l'athéisme, et les athées à la croyance, dans le respect mutuel, me semble préférable à un espace public purement "libéral", où croyants et athées ne font que s'éviter et peuvent vivre dans des
mondes séparés (et fréquenter chacun sa propre école, par exemple). Mais c'est une question difficile.

Merci à vous, encore une fois, et bien à vous
Jean-Yves Pranchère

martine hello 08/11/2014 17:46


Un maître responsable  et expérimenté n'est  ni naïf, ni innocent . Lorsqu'il sort et , par sécurité,  préfère qu'un parent  encadre  sa classe , le  choix de 
la personne - sur les  critères que vous mentionnez  - lui incombe . Quand il débute l'année scolaire et qu'il ne connaît pas les parents, il s'informe auprès du maître précédent pour
connaître les parents fiables et  entreprend  alors une démarche pour les solliciter . Il ne viendrait donc pas à l'idée d'un maître attaché à la laïcité de solliciter  une mère
voilée. Certes, il est inadmissible que l'institution se dédouane ainsi  de toute responsabilité  et laisse  le maître se débrouiller  mais , qu'attendre , aujourd'hui , d'une
institution qui , depuis 25 ans , se  repaissant  de  sa  médiocrité , de sa lâcheté , de sa malhonnêteté,  de ses renoncements , a réussi l'exploit d'entraîner  une
majorité de maîtres dans sa décadence ? La nomination de Najat Vallaud-Belkacem  à l'éducation nationale est dans la continuité , depuis 1989,  de la  politique scolaire de
sape  de  la laïcité et de  l'instruction  qui conduit  à un  afflux  ( voulu ? ) vers le privé .
Martine Hello
Rennes

Jean-Yves Pranchère 08/11/2014 14:30



Merci pour votre réponse: je suis désolé de susciter votre lassitude. Je lis depuis longtemps vos articles et vos livres, je connais donc vos arguments et je suis déçu de voir que vous rabattez
mes questions (qui sont d’abord des questions) sur des positions que je ne défends pas — je ne plaide pas pour une intrusion de l’Etat dans les affaires religieuses, mais je pense que le refus du
port de voile aux accompagnatrices, à partir du moment où le principe des accompagnatrices est accepté, relève d’une telle intrusion puisqu’il est difficilement compatible avec le respect de la
liberté de conscience.
Il est vrai que la fin de mon commentaire a sauté. J’avais écrit : « On peut s'inquiéter
de cette limite de la laïcité et lui préférer un interventionnisme théologico-politique: un gallicanisme ou un anglicanisme, très atténué par rapport à celui de Hobbes qui accordait à l'Etat le
droit de l'interprétation ultime des textes sacrés. Pourquoi pas? On peut plaider pour un droit de l'Etat de prendre certaines décisions théologiques en intervenant au sein même du domaine des
Eglises, par exemple en décidant de la nature obligatoire ou non du voile. Peut-être même ce type de décision est-il inévitable: on pourrait soutenir que l'Etat, qu'il interdise ou qu'il autorise
le voile dans les écoles, prend de toute façon une décision qui favorise un camp théologique ou l'autre et ne peut pas être neutre.
Mais il
y a là, me semble-t-il, une difficulté qu'aiguise le cas des accompagnatrices scolaires (dont il me semble difficile de contester qu'elles peuvent tenir le port du foulard pour l'accomplissement
d'un devoir relevant de la liberté de conscience). Car le gallicanisme, même s'il s'exerce dans un domaine très restreint, n'est pas exactement la laïcité. »



Je ne vois pas en quel point j’aurais confondu les différents sens de l’espace public : ma question portait sur une phrase où vous parliez de l’espace de l’entreprise, qui ne relève pas de
l’autorité publique. Je ne confondais pas l’espace public avec l’espace étatique.



Il me semble difficile d’accepter comme réponse : « vous arrivez 25 ans après le débat ! La loi a tranché ». Je vis en Belgique, où la loi française ne s’applique pas ;
j’aurais pu aggraver mon cas à vos yeux en vivant au Canada, pays des accommodements raisonnables. La loi a tranché en France, mais le débat international est loi

Catherine Kintzler 09/11/2014 12:14



Bonjour et merci pour la suite.


Oui la fin de certains commentaires est parfois tronquée par le logiciel, quand le texte est long et surtout lorsque le commentateur fait un "copier-coller" depuis un tdt avancé comme Word ou
Open Office. C'est donc bien qu'on ait la suite...


 


Je reviens sur quelques points.



Une décision théologique ?


La puissance publique, lorsqu'elle applique le principe de laïcité (dont le champ d'application porte sur ce qui participe de cette même puissance publique), ne décide nullement de la nature
obligatoire ou non d'un signe religieux par un discours qui vaudrait pour les religions de façon interne : il les [les affichages religieux] prohibe tous de manière aveugle dans un
domaine et dans un temps bien précis, et uniquement sur leur forme. C'est pourquoi j'ai toujours écarté les arguments de type "féministe" qui s'appuient sur une signification particulière
attribuée au voile, j'ai également toujours écarté et critiqué les arguments du type "il faut expliquer aux jeunes musulmanes que ce voile n'est pas exigé par leur religion" etc., parce que là
oui il y a ingérence.


Toute la discussion juridique sur les accompagnateurs scolaires consiste à se demander si ceux-ci sont, le temps de leur charge, inclus ou non dans le domaine participant de la puissance
publique. la circulaire Chatel allait dans un sens, les déclarations de la ministre actuelle vont dans l'autre sens . J'ai donné des références de textes officiels et de commentaires
juridiques. Il y en aura d'autres, probablement.


La liberté de conscience. En régime de laïcité "à la française" elle est assurée par l'articulation entre principe de laïcité et principe de libre expression, articulation constitutive du
régime laïque : c'est précisément parce que la puissance publique s'abstient (thèse minimaliste) que la société civile est libre - dans le cadre du droit commun bien sûr - en matière
d'expression. J'ai ressassé ce point pendant des années, je l'ai répété et théorisé de manière récapitulative dans mon livre en faisant la distinction entre "principe de laïcité" et "régime de
laïcité".


Il y a d'autres manières d'assurer la liberté de conscience, mais aucune à ma connaissance ne le fait en installant un "espace zéro" qui n'implique aucune énumération de fait et qui n'implique
pas, non plus, un point moral de religion civile (je dis bien: "qui n'implique pas" ce qui ne veut pas dire que la tentation de religion civile n'existe pas... elle est même très forte en ce
moment avec l'appel aux "valeurs", etc.). C'est par cet examen que je commence mon livre, en distinguant régimes de tolérance, sécularisation, et laïcité. 




Sur l'ambivalence du terme "espace public", merci pour la précision que vous apportez, je vous avais mal lu.


Le droit de l'incroyant à ne pas subir des manifestations religieuses dans l'espace de la société civile (et réciproquement celui du croyant à ne pas subir de manifestations irréligieuses) est
assuré par la libre circulation : rien ne m'oblige à rester là, je n'ai qu'à changer de trottoir ou à "faire vingt pas dans la forêt". Le pb de l'entreprise est effectivement qu'il s'agit d'un
espace contraint auquel on ne peut pas se dérober de manière totalement libre et je souligne que, dans mon livre, j'ai soulevé pour les seules entreprises du secteur social (de type
"service à la personne", par ex. crèches, maisons de retraite, "colos" de vacances, etc. où la liberté de conscience de l'usager est concernée) les questions du droit d'entreprendre et du droit
d'embaucher de manière discriminante que peuvent pratiquer actuellement les seules entreprises confessionnelles. Je n'ai jamais réclamé que ce droit soit abrogé, mais seulement qu'il soit
reconnu pour d'autres entreprises du secteur social que les entreprises confessionnelles : autrement dit qu'il y ait égalité. Mais bon, je suis maintenant en train de récrire une partie du
chapitre 5 !



25 ans : cela vaut comme citation des arguments que vous reprenez - cela fait 25 ans que je réponds à de tels arguments et donc les réponses je ne les ferai pas toutes ici, dans le cadre de ce
commentaire, c'est tout ce que je voulais dire. Le fait de vivre en Belgique ou ailleurs ne modifie pas le sujet de la présente discussion ni celui de l'article ci-dessus, qui concerne la
République française : c'est dans ce cadre que j'ai écrit l'article, et dans ce cadre que vous êtes intervenu. Il se trouve que, en France, la loi de 2004 a tranché après 15 ans de débats très
riches et que, en outre, cette loi a été validée par les instances juridiques et juridictionnelles européennes. Dire ici que "la loi a tranché" n'a donc rien à voir avec un argument d'autorité.



Jean-Yves Pranchère 07/11/2014 19:18


Permettez-moi, avant de formuler un désaccord qui vous déplaira peut-être, de vous remercier pour votre blog et de vous dire mon admiration pour sa très grande qualité argumentative.


L’admiration n’empêche pas qu’on puisse être malgré tout, en dernière instance, en désaccord: il se trouve que, sensible en matière de laïcité à certains arguments de Cécile Laborde ou de
Jean-Marc Ferry, je crains que votre argumentaire laïque, comme cela arrive dans votre présent billet, ne soit parfois contaminé par une tendance gallicane (donc par un élément de religion
civile); mais on ne peut que saluer la rigueur de votre effort pour penser philosophiquement la laïcité dans son opposition à la religion civile, et surtout pour défendre le principe de l'égalité
de droit entre croyants et incroyants et ne pas permettre la dilution de ce principe dans une tolérance vague et entachée d'inégalité.

Dans le cas présent, votre analyse de ce que révèle l'usage du terme de "mamans" est imparable; et je partage entièrement votre souci d'empêcher l'accentuation de la pression sur les femmes
musulmanes qui ne portent pas le voile. 


Mais il me semble que, à s'en tenir à une position non-conséquentialiste telle que celle qui inspire votre philosophie de la laïcité (une laïcité définie par l'égalité des libertés possibles, et
non par les conditions empiriques de la paix sociale), votre argumentaire oublie que, pour les accompagnatrices, porter le voile n'est pas exhiber un signe religieux, mais respecter un devoir de
pudeur imposé par la religion; c'est un geste comparable au refus de consommer du porc — et j'ose espérer que chacun accorderait qu'une loi qui ferait de la consommation du porc une obligation
scolaire serait une insupportable atteinte à la liberté de conscience garantie par la loi de 1905.


 


Qu'on interdise le voile à des élèves, dans le souci légitime de refuser une demande religieuse abusive qui voudrait imposer à l'école une interprétation politiquement orientée de certains
commandements religieux, c'est une mesure qui pose sur le plan du droit des problèmes redoutables (puisqu'elle implique un empiètement de l'Etat dans la sphère théologique, l'Etat décidant ce qui
est essentiel ou non à telle religion); c'est une mesure qui risque d'être plus gallicane que laïque; mais c'est une mesure qui peut s'argumenter et qui, à la limite, peut rester dans la sphère
de la laïcité en raison de la spécificité de l'espace scolaire et de la possibilité de considérer que les jeunes élèves musulmans ne sont pas obligés par là de violer ce qu'ils pourraient tenir
pour un authentique devoir religieux. Vous avez fait valoir sur ce point des arguments sérieux.



En revanche, qu'on interdise à un adulte accompagnateur le port d'un foulard dans des sorties qui se déroulent par définition hors de l'espace scolaire, je ne vois pas comment cela peut être
argumenté dans le cadre de la position laïque, fondée sur l'égalité des libertés de conscience.


 


Il ne me semble pas que l'argument de la visibilité du signe et de la nécessité de marquer la différence de l'espace scolaire soit ici un argument suffisant. Ce que votre argumentaire peut
établir, c’est qu’il ne devrait pas y avoir d’accompagnateurs venant de la société civile.


Mais du moment qu’on admet l’accompagnement des enfants par des membres de la société civile, je ne vois pas comment on peut leur refuser le droit de se vêtir conformément à ce qu’ils estiment
devoir faire en conscience, dans les limites de l’ordre public. Ils doivent assurément se taire sur la religion. Il est normal de leur interdire tout prosélytisme, et même toute explication de
leur choix de se vêtir de telle façon. Mais leur interdire le droit de porter un foulard afin de pratiquer leur religion en conscience?

Je suis d’ailleurs assez surpris par la façon dont certains arguments, disséminés sur votre blog, semblent suggérer qu'il y aurait une sorte de "droit" de l'incroyant à ne pas être exposé à des
manifestations religieuses.


Vous écriviez ainsi, à propos de l'affaire Baby Loup, en ayant l'air de déplorer une inégalité de droits (qui serait en effet déplorable si inégalité de droits il y avait): "un croyant voit ses
droits à la manifestation religieuse respectés au sein de son entreprise, mais un non-croyant a le devoir de subir ces manifestations sans pouvoir obtenir un moment et un lieu de retrait où il en
serait préservé".


Cette phrase me semble étrange. Les manifestations religieuses ou irréligieuses qui se déroulent dans l’espace public ne sont jamais “subies”: il est de l’essence d’un espace public démocratique
d’être un lieu de pluralisme où la différence visible de l'autre n'est pas comme telle une nuisance. De façon générale, il n’y a pas de convictions absolument invisibles, susceptibles d'être
reléguées dans un pur for intérieur. La liberté de conscience est aussi une liberté de pratique. Et si l'égalité des libertés de conscience passait par un droit de l'incroyant à ne pas être
exposé à des manifestations religieuses dans l'espace public, il faudrait alors admettre un droit du croyant à ne pas être exposé à des manifestations irréligieuses dans l'espace public — et un
musulman serait donc en droit de réclamer, dans son entreprise, des moments et des lieux où il ne devrait pas "subir" la présence de femmes non voilées.
Mais peut-être ne vouliez-vous pas en dire autant; je saisis cependant l’occasion pour vous poser la question, car cette phrase m’avait beaucoup intrigué par son usage du verbe "subir".


 


La laïcité, en particulier dans la formulation qu'en donne la loi de 1905, présente un côté qu'on peut trouver très désagréable: elle prive l'Etat de la possibilité d'intervenir dans la façon
dont les religions s'organisent elles-mêmes, du moment qu'elles respectent l'ordre public. De ce point de vue, la garantie qu'elle offre à la liberté de conscience n'est certainement pas l'arme
la plus efficace pour combattre les interprétations intégristes des religions existantes, par exemple “la tendance la plus rétrograde de l’islam”. On peut s'inquiéter de cette limite de la
laïcité — Renouvier déclarait la laïcité insuffisante pour cette raison même —, et lui préférer un interventio

Catherine Kintzler 08/11/2014 13:01



Merci pour votre appréciation de Mezetulle, j'y suis très sensible.


 


Je m'intéresserai à quelques points. 


 


- Sur la pudeur. Voilà un élément que j'ai oublié de mettre dans ma description du remake du film, merci ! J'ai même trouvé des gens, à l'époque, qui m'ont dit "vous voulez déshabiller
des femmes" (les mêmes trouvent normal de demander à une femme d'ôter son chapeau lorsqu'elle est devant eux au cinéma...). Le pb est que cette conception de la pudeur (laquelle peut s'étendre
sur pratiquement l'ensemble du visage) s'exerce sous forme de pression sur les femmes musulmanes qui ne portent pas le voile : du fait même de la banalisation du voile, elles sont montrées du
doigt et exposées à la critique morale - quand ce n'est pas davantage. Tout encouragement à cette banalisation accentue cette pression.


 


- Sur la perception purement subjective du signe par celui qui l'émet et sur laquelle il faudrait que la réglementation s'aligne - pour ne rien faire et laisser faire. Là encore on rejoue le même
film, cela a été dit et répété mille et mille fois, vous arrivez 25 ans après le débat ! La loi a tranché, et sans faire aucun dégât. 


 


- Sur la comparaison entre le port du voile et un tabou tel qu'un interdit alimentaire.  La plupart des femmes musulmanes et de culture musulmane vivant sur le territoire national ne portent
pas le voile - et cela était vrai aussi dans les pays du Maghreb il n'y a pas si longtemps. Le fait de ne pas le porter n'a donc rien à voir avec la transgression d'un tabou. S'il s'agissait d'un
tabou, on ne voit pas comment la loi de 2004  a pu être discutée, votée, acceptée... et s'appliquer avec les effets d'apaisement qui sont bien connus. Si votre comparaison était valide,
cette loi aurait coalisé contre elle et sans aucune faille l'ensemble des musulmans vivant sur le territoire national. Or elle les a divisés et a heureusement fait apparaître d'autres tendances
que les courants les plus rétrogrades qui monopolisaient la parole au nom des musulmans, cette division a donné à ces autres tendances de la légitimité et le courage d'intervenir publiquement.
Elle a heureuseuement révélé aux yeux de tous qu'il n'y a pas plus différent d'un musulman qu'un autre musulman - de même qu'il n'y a pas plus différent d'un catholique qu'un autre catholique,
etc.


 


On peut déduire de votre commentaire que vous étiez opposé à la loi votée en 2004. Mais par ailleurs vous plaidez pour une intrusion de l'Etat dans les affaires religieuses (ce qui engagerait un
modèle concordataire par définition contraire à la liberté religieuse). J'ai répondu de manière détaillée à cette position ("il faut avoir un regard sur l'organisation des religions afin d'éviter
les dérives sectaires et la mainmise de puissances étrangères, il faut même à cet effet envisager un financement public des cultes") dans mon dernier livre, Penser la laïcité (2014)
auquel je me permets de vous renvoyer. 


 


Dans ce livre, j'aborde notamment d'autres points soulevés dans votre commentaire, par exemple :


 


- la confusion entre les différents sens du terme "espace public" évidemment présente dans votre commentaire, notamment lorsque vous parlez des manifestations qui ont lieu "dans l'espace public".
Ne pas confondre "ce qui participe de l'autorité publique" et "ce qui est accessible au public". Mais j'ai expliqué cela à longueur d'articles et de chapitres depuis de nombreuses années, à en
avoir la nausée, notamment pour combatttre l'extrémisme des "ultra-laïques" qui entendent "nettoyer" la présence de signes religieux dans la société civile.


 


- un chapitre entier consacré à l'exemple "Baby-Loup", où le problème de la référence à la laïcité dans la société civile est examiné et où j'explique un peu moins sommairement que vous ne le
faites ici la question de l'inégalité, en l'occurrence, entre croyants et non croyants, entre entreprises, entre associations - concernant le droit de discrimination à l'embauche.


 


Pour rendre ma réponse plus complète et plus détaillée, je devrais en fait recopier une bonne partie de mon livre..  Ne croyez pas que cette invitation à le lire soit de la désinvolture :
c'est simplement de la lassitude !



Courouve 07/11/2014 15:54


Mme
Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche :

"
Monsieur le député Goujon, la laïcité, garante principale du vivre ensemble, nous y tenons comme à la prunelle de nos yeux, et nous n’avons pas de leçon à recevoir en la matière ! C’est bien ce
gouvernement qui, à l’école tout particulièrement, laquelle doit en effet être préservée, a introduit une charte de la laïcité ! C’est bien ce gouvernement qui est en train de préparer un
enseignement de la morale laïque pour tous les enfants de France ! C’est bien ce gouvernement qui a installé dans chaque académie un « référent laïcité » et une formation destinée aux enseignants
pour les renforcer en la matière ! Nous faisons donc de la laïcité en pratique.

Monsieur le
député, contre le prosélytisme quel qu’il soit – religieux, politique ou philosophique –, nous agissons avec fermeté. Je confirme ici que la circulaire Chatel que vous avez évoquée continuera à
être utilisée par les personnels de l’éducation nationale lorsqu’il s’agira de s’opposer à des comportements de ce type. Hors de ces comportements prosélytes, faut-il interdire par principe à une
maman portant le foulard d’accompagner ses enfants en sortie scolaire ?

Dans
un contexte où nous voulons resserrer le lien entre l’école et les familles, il nous faut travailler avec les familles telles qu’elles sont et non pas telles qu’on voudrait qu’elles soient. Dans
la mesure où nous ne voulons pas simplement apprendre la laïcité aux enfants, mais la leur faire aimer, il nous semble essentiel, plutôt que de sembler stigmatiser leurs parents, d’accepter que
ces parents volontaires puissent coopérer avec l’école. Qui sont mieux placés pour juger de cela que les enseignants et les équipes sur le terrain ? C’est ce qu’il est demandé à ces derniers,
c’est ce qu’ils font de fait déjà : il ne s’agit pas de les laisser se débrouiller mais au contraire qu’ils puissent juger au cas par cas. Intégrer les familles populaires aux missions de
l’école, tel est mon objectif : je suis sûre que vous le partagerez. " (Assemblée nationale, 1ère séance du 5 novembre 2014).

Catherine 08/11/2014 12:45



Merci pour la référence.


J'ai bien écrit le billet après cette intervention de Mme Vallaud-Belkacem, dont je cite un passage qui m'a semblé significatif à la note 2.


L'intégralité du texte est accessible sur le site de l'Assemblée nationale (question de Philippe Goujon, 5 novembre 2004 et réponse de la ministre). La réponse commence par véhiculer les
poncifs habituels  : éloge de la laïcité en général et du "vivre ensemble", on sera intraitable scrogneugneu sur le prosélytisme. Et plus on poursuit avec le coup de pide de l'âne : c'est
précisément pour cela (parce qu'on est très ferme !) qu'on abandonne les professeurs à leur "jugement" et qu'on baisse les bras. On a déjà vu ce film aussi, mille fois.



Il Rève 07/11/2014 13:44


D'abord il y a votre prix de la laïcité 2014. Dont du bas de ma modeste personne je vous félicite. Ensuite il y a votre article relatif à l'accompagnement scolaire par des femmes portant un signe
ostensible d'appartenance religieuse et pour lequel votre subtile analyse parvient à "inverser la tendance". Permettre aux accompagnatrices, puisqu'il ne s'agit ici, non curieusement, que de
femmes, de se hisser à la hauteur du maître l'espace d'une sortie semble être un excellent moyen d'ouverture et d'émancipation. Enfin il y a votre conclusion. Avez vous vraiment conscience de
l'étrangeté de vos propos ? Peut être pour Mme la ministre. Choisissant le voile et les enfants elle indique la direction vers laquelle l'école doit se perdre. Les enseignants ne comprendront pas
vos propos avec étrangeté, ceux là même qui à chaque séquence d'enseignement s'efforcent de rester neutres dans leur discipline d'enseignement et discrets dans leur choix personnel de vie.

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