6 juillet 1970 1 06 /07 /juillet /1970 22:01
La laïcité ne doit pas plier devant Benoît XVI
Appel
En ligne le 10 septembre 2008

Appel autour de la venue du pape Benoît XVI en France du 12 au 15 septembre (texte intégral). On trouvera ci-dessous les liens pour voir la liste des premiers signataires (dont je suis), individus et associations, ainsi que pour signer l'appel.
Catherine Kintzler


"Le pape a le droit de venir en France. Loin de nous l’idée de nous y opposer parce que nous sommes laïques. Mais cet accueil officiel, sur un mode révérenciel et sur fonds publics, ne va pas de soi.

En tant que chef d’un État, Benoît XVI ne mérite guère l’enthousiasme d’une démocratie laïque et égalitaire.
À la tête d’un petit État théocrate et patriarcal, il use essentiellement de son siège d’observateur permanent à l’ONU pour faire reculer tout programme en faveur de la planification familiale, des droits des femmes, de la lutte contre le sida, ou des minorités sexuelles. Souvent aux côtés des pires dictatures de l’Organisation de la Conférence islamique.

En tant que leader religieux, Benoît XVI est un pape ultraconservateur et liberticide. Sa vision du catholicisme, promue à travers des mouvements comme l’Opus Dei ou la Légion du Christ, est dogmatique, étroite, antiféministe, inégalitaire, hostile à un véritable œcuménisme et à l’esprit moderniste de Vatican II. Il n’y a vraiment pas là matière à révérence. Mais c’est l’affaire des croyants.

En tant que citoyens laïques, notre vigilance est ailleurs. Nous tenons à profiter de cette visite en France pour dire et redire notre refus de la « laïcité positive », un terme utilisé par Benoît XVI puis revendiqué par Nicolas Sarkozy, dans son livre « La République, les religions et l’espérance », et plus encore dans ses discours présidentiels de Latran et Ryad.

Comme l’immense majorité des Français, nous sommes attachés à la laïcité sans adjectif. C'est à dire à une laïcité qui distingue bien la sphère de la puissance publique de la société civile et de la sphère privée. Cette séparation tient sagement à distance le politique du religieux, dans l’intérêt des deux.

Nous refusons l’évolution de cette laïcité vers une religion civile à l’américaine, le subventionnement public des lieux de culte, ainsi que l’assouplissement de la vigilance envers les sectes.

Nous appelons au contraire à une vigilance vis-à-vis de tous les intégrismes. Cette vigilance passe par une revalorisation du lien social sur un mode laïque, un soutien aux associations de quartier luttant pour le vivre ensemble et la défense de l’école publique. Nous le disons sans détour : dans la transmission des principes de la République, le curé, le pasteur, le rabbin ou l’imam ne pourront jamais remplacer l’instituteur.

Nous ne pensons pas, comme le chef de l’État, que le plus grand mal des banlieues soit d’être devenues des « déserts spirituels », mais d’être devenues des ghettos souffrant d’un ascenseur social bloqué, de la flambée des prix immobiliers, du recul des services publics et du manque de mixité sociale.

Nous n’avons pas la prétention de croire, comme lui, que « Dieu est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme ». Mais nous sommes sûrs d’une chose, pour fondamentale qu’elle soit, la question spirituelle ne nous semble pas relever des missions du chef de l’État, dont le rôle est plutôt de s’occuper de la question sociale.

Si le catholicisme fait incontestablement partie du patrimoine culturel de la France, la France n’est plus la « fille aînée de l’Église » depuis quelques siècles déjà, mais une République séparée des Églises. Son objectif n’est pas de veiller à ce qu’un plus grand nombre de Français croient mais vivent mieux, toujours plus libres et plus égaux, ensemble. Telle devrait être la mission que se fixe un président de la République. Telle est notre espérance."



Voir la liste des premiers signataires / signer l'appel



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commentaires

Ovalove 21/10/2008 16:57

Moi même profondément attachée à la laïcité, je crois à la nécessité absolue de l'indépendance du religieux et du politique.  Par conséquent je suis étonnée de constater que votre lettre prône cette indépendance en énonçant les prises de position "étroites, antiféministes, intégristes" (notament) de ce pape "liberticide". Même en n'étant pas en accord avec tous les principes de Benoit XVI, j'éprouve beaucoup de respect pour l'Eglise et ses idéaux qui me semble ici résumés avec une nuance de simplification réductrice. Enfin ma remarque ne concerne en aucun cas le fond, mais la présence même de ce paragraphe sur le fond qui semble à mes yeux, une contradiction à votre discours, qui me paraissait alors très juste. De plus, je crois que Dieu est dans le coeur de chaque homme et de nouveau la lettre semble exclure sur le fond les personnes qui le pensent et c'est génant. De nombreux catholiques croient en la laïcité "sans adjectif" cadre idéal de l'épanouissement de la foi personnelle.   Je tenais juste à vous signaler mon incompréhension face cette alliance croyants non-croyants pour la laïcité que vous semblez défendre dans vos articles, que je ne perçois pas dans la lettre et à laquelle je m'allierais pourtant volontier. Juliette

Jacques Heurtault 23/09/2008 22:59

Chère Catherine,Vous explications complémentaires sont les biens venues en effet ... Elles me rassurent, en quelque sorte.Au moment des faits (la visite du Pape), je n'étais pas en France mais aux Etats Unis. Je n'ai donc pas pu apporter "mon grain de sel" au moment voulu. Tant pis pour moi! (Mais je ne regrette pas du tout d'être allé aux Etats Unis ...)Ce que j'ai vu là-bas me conforte dans ma conviction laïque dont il se pourrait bien que vous n'en ayez pas tout à fait la même approche, ce qui est votre droit le plus élémentaire.Là-bas, à de nombreuses reprises, j'ai des églises, des églises, encore des églises ... jusqu'à l'over-dose! Jusqu'à quatre ou cinq dans des villages qui ne me donnaient pas l'impression d'avoir plus de deux ou trois mille habitants.Je vous assure que je n'ai jamais rien observé qui puisse témoigner si peu que ce soit d'une quelconque intolérance des uns envers les autres ... Ni slogans critiquant l'église d'à côté, ni invectives prenant à partie telle communauté ... Rien! La paix civile, quoi!C'est ce constat qui m'a renforcé dans ma conviction que la laïcité, selon moi, c'est, avant tout, la tolérance des autres et le devoir, pour les autorités publiques, de veiller au maintien de cette paix civile par la promotion de la tolérance ... Tout simplement!La ligne, certainement pas "laïcarde", que vous défendez, pour extrêmement structurée qu'elle est, n'en est, précisément, que plus difficile à tenir! "Père, gardez-vous à droite! Père, gardez-vous à gauche!" en quelque sorte ... Le résultat est là : vous êtes critiquée, durement, de tous les côtés ...Je crois que la meilleure attitude à tenir par rapport à la visite du Pape, c'est tout simplement de ne pas réagir à chaud. Je persiste à penser que cette pétition est très mal venue (mais néanmoins parfaitement légale!) car elle ne contribue pas, dans le contexte, à la paix civile, tout simplement.Qu'est-ce que cela peut bien faire, que le pape vienne en France? Que cela plaise ou non, il est un leader "politique". Son expression publique , qu'on le veuille ou non, "pèse" dans le vaste débat général. Bien plus que mon expression publique! Je n'en suis pas spécialement "marri". Ce type n'est pas une demie-portion d'intellectuel! Vous non plus, d'ailleurs! Je vous assure que si un débat public devait être organisé entre lui et vous, je ferais le voyage pour ne pas rater ça! Loin de la polémique stérile ... Quelque chose de profond, de totalement sincère, de part et d'autre! Stimulant, au plus haut degré!Il ne faudrait tout de même pas que quoi que puisse dire le Président de la République sur ces sujets se traduise par une volée de bois vert qui ne pourrait conduire qu'à conforter les "laïcards" (dont vous n'êtes évidemment pas!) dans leur prétention au leadership de la contestation sociale!  

Catherine Kintzler 24/09/2008 17:54


Jacques, merci pour ce second commentaire.
Je m'apprête à faire une visite aux USA ; ce n'est pas la première, j'aime beaucoup ce pays. Et figurez-vous que je suis invitée par l'université de Princeton à faire une conférence... sur la
laïcité (entre autres, car on va aussi parler d'opéra... et de rugby). Les Américains sont très intéressés par ce qu'ils appellent le French secularism.

Quant à Benoît XVI, le texte de l'appel ne critique nullement sa présence en France, mais les modalités de son invitation et rappelle quelques traits importants de sa politique - qu'il a lui-même
rappelés du reste lors de son passage à Lourdes. Nulle part il n'est fait d'appréciation méprisante sur sa qualité d'intellectuel. Bien au contraire.

Ces réactions qui vous surprennent montrent que le seuil de sensibilité aux questions de laïcité est très bas chez nos concitoyens (je veux dire qu'ils ont tendance à réagir très vite et très fort
pour des choses qui peuvent vous sembler indifférentes), et cela particulièrement depuis les discours de N. Sarkozy cet hiver à Rome et à Riyad : c'est plutôt lui qui s'est acharné à mettre de
l'huile sur le feu !
La République française a réussi à construire un espace critique commun avec ses moyens spécifiques, qui diffèrent quelque peu de ceux des régimes de "tolérance" anglo-saxons : toucher à la laïcité
reviendrait à détruire cet espace critique commun. Nous n'avons pas le même modèle politique que la tolérance à l'anglo-saxonne (qui implique souvent un consentement au communautarisme) et c'est le
principe de laïcité qui chez nous assure la tolérance dans la société. Bon je m'arrête car je sens que je vais récrire un article... !


Jacques Heurtault 20/09/2008 23:09

Il est hors de question que je signe un pareil brûlot passéiste et réactionnaire ... Je ne comprens pas comment vous, la philosphe éclairée, pouvez vous commettre avec les laïcards de toujours, ceux qui, sous couvert de séparation des églises et le l'Etat, sont, en réalité, des antireligieux forcenés qui ont, ensemble, leur propre religion (religion = religere = relier), la croyance (une croyance comme une autre, rien de plus, certainement pas la "vérité") que Dieu n'existe pas ...Ecrire les stupidités qu'on peut lire dans ce texte révèle que ses concepteurs n'ont strictement rien compris au phénomène religieux, à sa dimension psychologique profonde ...Sous couvert de lutte contre les religions, ils participent, OBJECTIVEMENT, à la promotion des intégrismes de toute nature, y compris et même surtout, le LEUR!Non, Merci!

Catherine Kintzler 22/09/2008 10:34


Cher Jacques,

Connaissant votre probité et votre indépendance d'esprit, je crois tout simplement que vous avez peut-être manqué un maillon de la chaîne et je me permets de vous apporter quelques éléments
d'information.

Caroline Fourest et moi-même, entre autres, avons dépensé beaucoup d'énergie pour maintenir une ligne intelligible et lutter contre la dérive "ultra-laïque", notamment lors de la déplorable affaire
du gîte des Vosges (affaire Truchelut). Ce point vous a peut-être échappé et il vous semble peut-être anecdotique, il est capital pourtant dans la définition actuelle de la laïcité.

Les "ultras-laïques", ce sont des gens qui veulent abolir les manifestations religieuses sur la voie publique, dans les commerces, les restaurants, etc. sous prétexte que c'est "public" : ils
jouent sur l'ambiguïté entre "sphère publique" et "espace accessible au public", ce qui n'est pourtant pas la même chose... On retrouve là une tendance très minoritaire du mouvement laïque, mais
réelle : ce que vous appelez  les "laïcards".

Je n'ai jamais cautionné une telle dérive, la jugeant à la fois infondée, contradictoire avec le concept de laïcité et contre-productive. J'ai même écrit pas mal de textes sur mon blog et ailleurs
pour la dénoncer : elle consiste à vouloir étendre à toute la société civile le principe d'abstention qui gouverne la sphère de l'autorité publique..

Mais je ne vais pas recommencer toute la théorie ici, ni récrire mon livre!
Je me contente de citer quelques articles de Mezetulle qui s'efforcent d'éclaircir les choses :
La laïcité face au communautarisme et à l'ultra-laïcisme
(la discussion assez rude qui suit cet article dans les commentaires vous donnera une idée de la dérive ultra-laïciste et de la manière très ferme dont je la combats)
A propos de l'affaire du gîte d'Epinal : non à la politique du soupçon
Laïcité et référence religieuse dans les textes constitutifs de l'association politique
Université et laïcité : note sur la question des signes religieux
Vous trouverez également sur le site du journal Respublica un dossier éclairant sur la question

Après avoir lu cela, je vous mets au défi de me ranger parmi les sectaires anti-religieux. Je vous mets généralement au défi de trouver une seule ligne de sectarisme anti-religieux dans tout ce que
j'ai écrit. Entendons-nous bien : un anti-religieux ce n'est pas quelqu'un qui critique la foi religieuse (cela c'est un droit, encadré par les lois sur la liberté d'expression), un anti-religieux
c'est quelqu'un qui veut éradiquer de l'espace civil les religions et leurs manifestations paisibles, qui veut qu'aucune religion ne puisse s'exprimer. Autrement dit, c'est quelqu'un qui se
comporte comme un religieux intégriste sectaire, qui ne supporte l'expression d'aucune autre opinion que la sienne !

Je ne suis pas religieuse, je ne crois à rien, c'est mon droit et je le dis, mais je n'en tire aucune conclusion défavorable aux libertés publiques religieuses, bien au contraire : car ce droit que
j'ai, les autres l'ont aussi. J'ai écrit d'autres textes, très critiques à l'égard de la foi religieuse, mais dans aucun de ces textes je n'ai dit ou même laissé entendre qu'il fallait interdire
les religions ou leurs manifestations : la laïcité consiste au contraire à exiger le silence et la réserve dans la sphère de l'autorité publique afin que la coexistence des libertés soit possible
dans la société civile. Et dans l'appel qui vous irrite, il y a une critique des modalités de l'invitation de Benoît XVI, mais pas de sa présence en France ; il y a une critique de ses positions,
mais il n'y a aucun mot d'ordre visant à exclure l'expression religieuse. Ce texte peut vous irriter certes pour des raisons d'opinion, mais il ne dit pas que les religions sont à bannir de la vie
civile et de l'espace accessible au public. Bien au contraire: il fait la différence entre trois espaces, l'espace de l'autorité publique (astreint au silence et à la réserve), l'espace de la
société civile (où les manifestations religieuses sont licites) et l'espace strictment privé. Or l'ultra-laïcisme méconnaît la distinction entre les deux premiers, et voudrait rejeter les
manifestations religieuses dans l'espace strictement privé : ce n'est pas du tout ce que défend ce texte.
Je n'ai jamais écrit un texte hostile à l'expression libre (dans le cadre du droit commun évidemment) des religions dans la société civile. Je n'ai jamais proposé une telle position à l'approbation
de mes lecteurs.
Il y a une nette différence entre critiquer les conditions de réception d'un chef religieux par la République et être hostile aux manifestations religieuses...

Résultat prévisible : je me fais traiter de sous-marin de l'intégrisme musulman et des sectes par certains ultras-laïques, qui vont jusqu'à dire que je suis favorable au voilage des femmes, alors
que j'ai été parmi les premiers en 1989 à réclamer l'interdiction des signes religieux à l'école publique - j'ai simplement dit que dans l'espace civil, les manifestation religieuses ne peuvent
être interdites (sauf bien sûr si elles contreviennent à la loi), ce qui me semble la moindre des choses et une conséquence élémentaire de la laïcité ! Quant à Caroline Fourest, elle se fait
injurier par ces mêmes ultras : figurez-vous que ce sont là des positions de bourgeoises intellos...
Alors quand vous parlez ici de "brûlot" anti-religieux, je me dis qu'il y a de quoi désespérer... Si vous, vous ne voyez pas l'enjeu, je me dis que personne ne le verra... !!

Vous trouverez peut-être que ce sont des débats bien ténus, "internes" aux "laïcards" mais ces débats sont très importants à mon sens pour que la laïcité ne tombe ni dans la dissolution
communautariste comme semble le vouloir notre président, ni dans le contresens sectaire et liberticide de l'ultra-laïcisme que je combats avec énergie.


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