26 mai 1970 2 26 /05 /mai /1970 18:47

Le droit des riches
par Jean-Michel Muglioni

En ligne le 28 janvier 2008


Dans le sillage de son précédent article Sur un mot de Laurence Parisot..., Jean-Michel Muglioni poursuit son analyse de la réduction libérale de la société au marché, et montre en quoi, contrairement à l’idée républicaine, elle implique la négation de la justice, de l’éducation, et même de la sécurité.


"Il faut des riches pour faire des pauvres"
Les philosophes soutenaient autrefois qu’il faut des riches pour faire des pauvres. Si tous disposaient d’un carrosse ou d’un vison, à quoi bon se montrer en ville en carrosse ou en vison ? Et les pauvres admirent les carrosses et les visons. Les passions qui poussent à s’enrichir ou à envier les riches ne peuvent donc que creuser toujours plus les inégalités. Pour qu’elles contribuent à la prospérité générale et par là au bien-être de tous et non à l’oppression universelle, il faut compter sur la Providence divine, Adam Smith l’a bien compris. Remplacer la Providence par la nature humaine, c’est changer seulement de dénomination. Mais, chrétien ou non, est-on tenu de croire que la Providence se soucie d’économie politique ? L’expérience ne montre pas que sur la terre Dieu ou la nature prenne grand soin du sort des pauvres. Dire que les premiers seront les derniers est une façon d’entériner ce fait. La religion, selon Marx, est le cri de la créature opprimée et l’opium qui lui permet de supporter l’oppression.

Loi de la jungle et loi civile
Il n’y a pas de Providence, et du libre jeu des passions résulte la guerre de tous contre tous, qu’on appelait naguère état de nature : absence totale d’ordre, qui est le contraire de l’état de nature où vivent les animaux, de part en part réglé par la nature. La loi de la jungle est réellement une loi, la loi d’un écosystème. Au contraire entre des hommes vivant ensemble, la nature ne peut plus rien régler, pas même leur rapport au monde et au climat. Leurs passions insatiables et sans mesure sont à la fois le moteur de grandes entreprises et la source des pires oppressions et des désastres écologiques. La loi de la jungle, entre les hommes, c’est, selon l’usage ordinaire de la langue, l’absence de loi. D’où la nécessité de donner à la société des lois, de fonder et de maintenir l’état civil, qui n’est pas un état social abandonné à la nature, mais l’état social pris en main par des hommes à eux-mêmes leur propre Providence, citoyens. La politique est affaire de volonté.

Libéral et libertaire
Ce discours républicain est démodé. Il repose sur l’idée antique de l’éducation et de la politique selon laquelle l’humanité en l’homme requiert que la raison et la loi adoucissent les passions, sans quoi c’est la bestialité. Au contraire, selon certains modernes, l’intérêt s’opposant à l’intérêt, la concurrence suffit à le modérer. La liberté de chacun, entendue comme le désir d’améliorer sa condition et de s’enrichir, trouve naturellement sa limite dans celle des autres, car tous ont intérêt à s’entendre. Il y a donc une réalité sociale, le marché, indépendante de l’association politique, et son principe est l’intérêt, non la loi. Cette thèse libérale a une vérité critique qu’on retrouve dans l’anarcho-syndicalisme : l’Etat est mauvais gestionnaire, surtout, il administre les hommes comme des choses. Mais, si certains libéraux surent défendre la liberté politique, la thèse libérale n’est-elle pas en fin de compte la justification de l’hégémonie des puissances économiques et financières, et ainsi de l’oppression qui en résulte ? Il n'est pas vrai que l’intérêt se distingue des passions et que le désir d’améliorer sa condition, son bien-être ou son confort, ne soit pas un appétit insatiable et sans mesure. La société civile sans l’Etat, l’économie sans la politique, c’est l’injustice. Ainsi la réduction de la société au marché a pour conséquence nécessaire l’oubli et même le refus de l’éducation, contre nature comme l’interventionnisme de l’Etat : le marché produit la doctrine de l’enfant roi, enchaîné à son bon plaisir de consommateur.

L’ordre injuste
Les anciennes apologies de la violence n’en sont pas pour autant oubliées, qui prétendent que le droit ou la loi sont destinés à brider les forts. Qu’il faut en finir avec les discours contempteurs des riches. La hiérarchie sociale, telle qu’elle est, est juste. Les inégalités sont naturelles. Les pauvres sont paresseux. La seule injustice est que les riches ne sont pas assez riches car ils méritent plus. Laissons faire la nature et réduisons la loi au strict minimum : qu’elle protège les biens et les personnes, c’est-à-dire assure la sécurité des propriétaires. Le libéralisme économique se nourrit de tels préjugés.
Il est dans la nature des choses qu’un gouvernement qui prend le parti des riches soit obsédé par la sécurité et que la place Vendôme où les vitrines regorgent d’or et de diamants soit sûre, quand certaines banlieues sont interdites à la police et que les voitures y flambent. Cela ne s’explique pas par l’incompétence des gouvernants. Il est compris dans la nature du triangle que la somme de ses angles est égale à deux droits. En vertu de la même nécessité absolue, d’un côté les « quartiers » sont abandonnés aux caïds de la drogue et aux prêtres chargés d’y apporter de l’espérance, et de l’autre le droit pénal est réformé pour mieux enfermer les méchants par nature. Il faut défendre l’ordre, c’est-à-dire l’injustice, au nom des valeurs, c’est-à-dire de l’argent, et glorifier la loi naturelle, seul vrai droit. Au moins, dire que les premiers seront les derniers, c’était opposer le droit au fait. Il y a quelque chose de subversif dans ce cri.

Caricature
Un triangle vraiment triangulaire est une utopie, mais personne ne tient les lois physiques, qui sont mathématiques, pour des caricatures de la nature. Ce propos formule des rapports inhérents aux choses. Ces rapports ne se rencontrent jamais dans le monde avec la pureté que leur confère le discours, mais ils ne sont pas pour autant imaginaires.

© Jean-Michel Mulgioni et Mezetulle,  2008

Du même auteur sur ce blog :
- Sur un mot révélateur de Laurence Parisot... 
- Réflexions d'un sondé sur le despotisme démocratique 


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par Jean-Michel Muglioni - dans Politique - société
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commentaires

Duforet 24/04/2012 00:39


Comme réponse plus profonde à cette fable anglo saxonne qui se veut construite comme un raisonnement analogique rigoureux, mais qui est en fait très obscure ( car que représente la baisse du prix
de la bière généreusement donnée par le patron? Une baisse de l'impôt, ou des biens collecitfs produits par l'impôt?), voici un texte écrit en 1814 :


"Le commerce donne à la propriété une qualité nouvelle, la
circulation ; sans circulation, la propriété n'est qu'un usufruit, l'autorité peut toujours influer sur l'usufruit, car elle peut enlever la jouissance ; mais la circulation met un obstacle
invisible et invincible à cette action du pouvoir social. Les effets du commerce s'étendent encore plus loin : non seulement il affranchit les individus, mais, en créant le crédit, il rend l'autorité dépendante.
L'argent, dit un auteur français, est l'arme la plus dangereuse du despotisme, mais il est en même temps son frein le plus puissant ; le crédit est soumis à l'opinion ; la force est inutile :
l'argent se cache ou s'enfuit ; toutes les opérations de l'Etat sont suspendues. Le crédit n'avait pas la même influence chez les anciens ; leurs gouvernements étaient plus forts que les
particuliers ; les particuliers sont plus forts que les pouvoirs publics de nos jours ; la richesse est une puissance plus disponible dans tous les instants, plus applicable à tous les intérêts,
et par conséquent bien plus réelle et mieux obéie ; le pouvoir menace, la richesse récompense : on échappe au pouvoir en le trompant ; pour obtenir les faveurs de la richesse, il faut la servir :
celle-ci doit l'emporter.
Par une suite des mêmes causes, l'existence individuelle est moins englobée dans l'existence politique. Les individus transplantent au loin leurs trésors ; ils portent avec eux toutes les
jouissances de la vie privée ; le commerce a rapproché les nations, et leur a donné des mœurs et des habitudes à peu près pareilles ; les chefs peuvent être ennemis ; les peuples sont
compatriotes ; l'expatriation, qui, chez les anciens, était un supplice, est facile aux modernes."

Benjamin CONSTANT 1814


 


Je
salut au passage mon maître JM Muglioni, et je lui demande de croire qu'il n'est pas aisé, aujourd'hui, d'être professeur de philosophie, et de surcroît dans le Gard...

Guy Leboutte 22/02/2009 22:34




Moi j’ai tout compris et je mets tout à la poubelle.

Cette fable faussement pénétrante (et faussement attribuée à D. R. Kamerschen qui dément en être l’auteur sur le site de l’université qui l’emploie, http://davidk.myweb.uga.edu/ ) ne convaincra en effet que les convertis. Une des impasses logiques de base est la croyance libérale officielle qui construit une macro-économie en-dehors de toute analyse de la société ou de la culture, en postulant un individu séparé du social mais au psychisme porteur par essence (d’une manière inexpliquée et inexplicable) de toute la culture de la classe dominante.

Autrement dit, allez trouver dix amis dont les revenus se distribuent conformément aux revenus postulés par l’histoire et qui se voient autour d’un verre une fois par jour. Ce groupe n’existe pas.

Même les quatre ou les cinq qui pourraient être de bonne entente, puisqu’en toute hypothèse ils partagent une certaine communauté de condition, n’existent pas en termes statistiquement pertinents, en raison de la guerre qui règne entre les pauvres eux-mêmes. Les appointés contre les salariés, les titulaires de CDI contre les temporaires, les retraités contre les actifs, les actifs contre les chômeurs (ces deux dernières guerres étant postulées notamment par le système de retraites par capitalisation), les hommes contre les femmes, tous contre les immigrés, européens, non européens, sans papiers...

Par ailleurs la progressivité de l’impôt, prise comme cible et considérée implicitement comme injuste ou inefficace par le docteur K., ne s’applique qu’au revenu des personnes physiques (IPP), et pas aux autres financements de l’Etat. La TVA, qui représente un volume de deux à quatre fois la recette de l’IPP, selon les pays, fonctionne elle comme un impôt « dégressif », avec un taux, rapporté au revenu, qui s’accroît inversement à ce dernier ! Un pauvre paie plus de TVA, en pour-cent de son revenu, qu’un riche. Et l’impôt sur les sociétés est proportionnel - en-dehors bien entendu d'une série de cadeaux aussi variables de pays à pays que nécessaires aux devoirs de l’amitié universelle : « bouclier fiscal » en France, « intérêts notionnels » - un chef d’oeuvre de créativité – en Belgique, etc.
N’oublions pas que les possibilités d’éluder l’impôt sont réelles, légales, et immensément plus que proportionnelles aux revenus. En particulier, les abattements octroyés à ceux qui ont la douleur d’être propriétaires de biens mobiliers et immobiliers sont légion, la plus-value boursière est exonérée d’impôts, l’ingénierie fiscale, locale et internationale, n’est pas encore un privilège des pauvres et j’en passe.

Une milliardaire étasunienne dont le nom m’échappe se plaisait à dire : « L’impôt, je ne le paie pas, c’est pour les pauvres ».

Il faut donc une myopie certaine, non traitée et souvent incurable, pour considérer que la fable des dix amis présente « le strict reflet de notre système d'imposition ».

La petite histoire du docteur K. fait preuve de contradiction interne avec la confusion entre réduction en termes (non) relatifs et réduction en termes absolus. De la sorte les amis fictifs, qui acceptaient de partager la première note selon le mode des taux, ou pourcentages, « progressifs », càd croissant avec leurs revenus respectifs, ne l’acceptent plus et en viennent aux mains quand le montant est revu à la baisse, en raisonnant d’une manière absurde sur les gains en euros et non sur la grille des taux appliqués. On pourrait aussi bien en déduire qu’une baisse d’impôt est source de conflits sociaux et qu’il faudrait, pour assurer la paix sociale, soit maintenir inchangée l’imposition, soit l’alourdir !

Mais telle n’est pas la conclusion de l’histoire. Car la fable n’exprime en réalité rien d’autre que l’acharnement du camp de la richesse à n’en avoir jamais assez, et à menacer de priver la nation de la présence supposée bénéfique de leur fortune aux origines non précisées. Cet acharnement, en réalité, ne connaît aucune « auto-régulation », et la ruine générale elle-même, à laquelle il mène de façon récurrente, ne peut le modérer. Seuls le krach majeur en 1929, une guerre mondiale, la menace de l’épouvantail communiste expropriateur et la grâce d’une croissance propre à un nouveau cycle d’accumulation ont pu pendant les « trente glorieuses », d’une façon exceptionnelle et provisoire, humaniser hors Tiers Monde le capitalisme occidental.

Les riches aimeraient nous faire croire que l’iniquité de l’impôt les aurait chassés depuis longtemps s’ils n’étaient patriotes. Eh bien, qu’ils s’en aillent ! Nous allons leur créer une république off-shore, la Boursoulavie, un territoire d’où tous les pauvres seront absolument exclus, et où ils pourront émigrer avec armes et bagages, une fois la totalité de leurs biens réalisés en une monnaie boursoulave qui sera, afin d’assurer la pureté de la démonstration, provisoirement inconvertible.

Cette république peuplée exclusivement de libéraux convaincus, qu’aucun système d’assistance publique n’a jamais contaminés, voués corps et âme aux bienfaits de la concurrence, donnera à l’humanité une leçon définitive de bonne « gouvernance », de réelle justice et de démocratie insurpassable, autant dire de bonheur collectif, que les peuples du monde ne manqueront pas d’adopter dans l’enthousiasme, dans un délai de vingt ans tout au plus.
Tel est du moins l’issue affirmée par ces pionniers de la nouvelle frontière historique.

Je décris les surprises de leur expérience, qui ne surprendront pas tout le monde, dans un roman à paraître en 2010. Sans lever le voile, je vous invite simplement à vous demander comment les citoyens boursoulaves réussiront à satisfaire leur soif, non seulement de justice, mais aussi de bière à quelques euros le verre, et de vin à deux cents la bouteille.

Mezetulle pour J.-M. Muglioni 23/02/2009 14:47


Réponse envoyée par Jean-Michel Muglioni à Mezetulle:


Il est vrai que la fable du professeur d’économie qui m’a été racontée en guise d’objection à mon propos sur le droit des riches est une abstraction au plus mauvais sens. C’est un exemple de
réduction de l’économie au calcul des combinaisons et aux statistiques, bref à tout ce qui en fait non pas une science mais une supercherie : même si le monde n’était qu’un casino, les
mathématiques n’y aboliraient pas le hasard et l’injustice. Et ce genre de calcul peut justifier toute l’idéologie qu’on voudra.

L’impôt proportionnel sur le revenu est une conquête républicaine essentielle qui est depuis toujours objet de haines. Or elle ne signifie pas qu’on s’en prend aux riches, mais qu’on les laisse
s’enrichir autant qu’ils le désirent, pourvu qu’ils contribuent en proportion au bien commun. Ce qui repose sur l’idée que la providence d’Adam Smith n’existe pas ou que le hasard calculé par les
économistes ne peut remplacer l’organisation du travail et la loi. Peut-être l’échec des gauches vient-il d’abord de ce qu’elles ont cru qu’il fallait que la république soit sociale pour être
juste, alors qu’il faut et qu’il suffit qu’elle soit républicaine.


C. Kintzler pour JM Muglioni 13/02/2008 10:48

Jean-Michel Muglioni m'envoie ce commentaire, que je publie avec son autorisation: Chère Mezetulle,L’histoire envoyée par Arnaud donne une très bonne idée de la rhétorique anglo-saxonne, qui domine aujourd’hui le monde universitaire. Elle cache sous l’apparence d’un jeu formel une certaine idée de l’humanité. Elle veut faire passer pour une question de logique un présupposé anthropologique, et au lieu de le formuler ce présupposé (les hommes n’ont d’autre mobile que l’intérêt personnel), elle disqualifie par avance toute discussion théorique qui sortirait de ce cadre formel. La réponse de Mezetulle me satisfait donc entièrement.Je risquerai avant de conclure une remarque supplémentaire et une question.Il doit y avoir entre la France et les Etats Unis d’Amérique une grande différence, car certains de mes amis disposent de revenus beaucoup plus considérables que les miens et payent moins d’impôts. Il est vrai qu’ils ne sont pas fonctionnaires. Dormons tranquilles : les plus riches, s’ils ne sont salariés, échappent fort bien à l’impôt chez nous sans avoir besoin de fuir ailleurs.La question concerne le folklore anglo-saxon : pourquoi l’économiste qui propose cette fiction n’y ajoute-t-il pas un autre personnage qui ferait sauter le pub ? Me rétorquera-t-il que ma pensée relève d’un autre folklore ? Son idée de l’humanité lui interdit de comprendre le terrorisme, le fanatisme religieux ou la politique de Busch et son lien avec les intégristes chrétiens. Elle lui interdit de comprendre une bagarre entre supporters lors d’un match de foot. Elle lui interdit de comprendre la colère d’un homme qui s’indigne et l’exaspération. Elle lui interdit de comprendre que l’homme devant lequel on la soutient la considère comme une injure. Bref, la dimension tragique de l’histoire disparaît. L’anthropologie qui veut que l’homme soit par nature un égoïste calculateur vient de loin. Auguste Comte, en 1826, parlait de « la prépondérance sociale accordée de plus en plus, depuis trois siècles, au point de vue purement matériel... » ou d'un « esprit essentiellement matériel » qu’il trouvait surtout en Angleterre et aux Etats Unis d'Amérique. Les philosophes, disait-il, prétendent « expliquer tous les sentiments de l'homme en les rattachant exclusivement à l'intérêt personnel ». Le fondement de cette anthropologie est la doctrine chrétienne de la corruption de la nature humaine, dont l’influence a en effet corrompu pas mal d’athées à leur insu. Relisons La Rochefoucauld pour mesurer le degré de scientificité de l’économiste américain.

Arnaud 11/02/2008 21:51

Ce texte n'est pas de moi, mais il est assez rigolo, non ?Voici un texte reçu en Anglais et provenant d'un professeur américain qui essaye d'expliquer à ses semblables le système des impôts...  « Les impôts semblent s'expliquer par une logique simple. Mais beaucoup ne la saisissent toujours pas. Comme c'est la saison des taxes, laissez-moi vous expliquer en des termes que tout le monde peut comprendre. Supposons que tous les jours 10 hommes se retrouvent pour boire une bière et que l'addition se monte à 100 $ (Normalement 10 $ chacun). S'ils payaient la note de la façon que l'on paye les impôts, cela donnerait à peu près ceci : - Les 4 premiers (les plus pauvres !?), ne payeraient rien. - Le 5ème payerait 1 $ - Le 6ème payerait 3 $ - Le 7ème payerait 7 $ - Le 8ème payerait 12 $ - Le 9ème payerait 18 $ - Le dernier (le plus riche ?!) devrait payer 59 $. Ils décidèrent de procéder comme décrit. Les dix hommes se retrouvèrent chaque jour pour boire leur bière et semblèrent assez contents de leur arrangement. Jusqu'au jour où le tenancier les plaça devant un dilemme : « Comme vous êtes de bons clients, dit-il, j'ai décidé de vous faire une remise de 20$. Vous ne payerez donc vos 10 bières que 80$ » Le groupe décida de continuer à payer la nouvelle somme de la même façon qu'ils auraient payé leurs taxes. Les quatre premiers continuèrent à boire gratuitement. Mais comment les six autres (les clients payants), allaient diviser les 20$ de remise de façon équitable ? Ils réalisèrent que 20$ divisé par 6 faisaient 3,33$. Mais s'ils soustrayaient cette somme de leur partage alors le 5ème et 6ème homme devraient être payés pour boire leur bière. Le tenancier du bar suggéra qu'il serait équitable de réduire l'addition de chacun du même montant, donc il fit les calculs. Alors ? - Le 5ème homme, comme les quatre premiers ne paya plus rien. (Un pauvre de plus ?Ndt) - Le 6ème paya 2 $ au lieu de 3 (33% de réduction) - Le 7ème paya 5 $ au lieu de 7 (28% de réduction) - Le 8ème paya 9 $ au lieu de 12 (25% de réduction) - Le 9ème paya 14 $ au lieu de 18 (22% de réduction) - Le 10ème paya 49 $ au lieu de 59 $ (16% de réduction) Chacun des six « payants » paya moins qu'avant et les 4 premiers continuèrent à boire gratuitement. Mais une fois hors du bar, chacun compara son économie : « J'ai seulement eu 1 $ sur les 20 $ de remise », dit le 6ème, il désigna le 10ème « Lui il a eu 10 $». « ouais ! » dit le 5ème « j'ai seulement eu 1 $ d'économie aussi » « C'est vrai ! » s'exclama le 7ème « pourquoi aurait-il 10 $ alors que je n'en ai eu que 2 ? Le plus riche a eu le plus gros de la réduction …» « Attendez une minute » cria le 1er homme à l'unisson « Nous quatre n'avons rien eu du tout. Le système exploite les pauvres … » Les 9 hommes cernèrent alors le 10ème et l'insultèrent. La nuit suivante le 10ème homme (le plus riche ?!) ne vint pas. Les neuf autres s'assirent et burent leur bière sans lui. Mais quand vint le moment de payer leur note ils découvrirent quelque chose d'important : Ils n'avaient pas assez d'argent pour payer ne serait-ce que la moitié de l'addition. Et cela mes chers amis est le reflet de notre système d'imposition. Certes les gens qui payent le plus de taxes tirent le plus de bénéfice d'une réduction de taxe. Mais taxez les plus fort, accusez-les d'être riches et ils risquent de ne plus jamais se montrer. En fait ils pourraient commencer à aller boire à l'étranger où l'atmosphère est, comment dire, plus amicale ... Pour ceux qui ont compris, aucune explication n’est nécessaire. Pour ceux qui n'ont pas compris, aucune explication n'est possible » Signé : David R. Kamerschen, Ph.D. (Professeur d'économie - University of Georgia – USA)

Mezetulle 13/02/2008 10:36

Pour ma part, je trouve cette fiction amusante, elle illustre l'adage "trop d'impôt tue l'impôt". Vous n'allez sans doute pas me croire, mais je me reconnais assez bien... dans le 10e personnage. Sauf que, ayant été salariée pendant toute mon activité professionnelle (et de plus fonctionnaire... quelle horreur !!!) il ne m'a jamais été possible de me "tirer" pour échapper à l'impôt et que contrairement au petit malin de l'histoire j'ai dû boire la bière amère chaque soir. Je crois que j'aurais même porté la bêtise jusqu'à rester fidèle à mon pays au cas où j'aurais eu la possibilité de m'en aller : hypothèse que votre économiste n'envisage pas une seconde, puisqu'il semble penser que les hommes n'agissent que par intérêt personnel, ah oui la fameuse main invisible. ... Aussi j'ai fait partie des imbéciles - ou des archéo-patriotes ringards, comme vous voudrez - qui paient pour les autres, y compris pour d'autres riches qui eux échappent à l'impôt du fait de la nature de leurs revenus. Ma naïveté était telle que j'ai appris avec étonnement que les stock options n'étaient pas taxés jusqu'à une très récente date... !Donc je suis d'accord avec cette petite fiction dans la mesure où elle montre qu' il y a un seuil au-delà duquel l'impôt tue l'impôt et qui encourage la dissimulation, la fuite, toutes sortes de fraude. Mais elle ne met en scène qu'une partie des citoyens et administrés : d'une part ceux qui sont trop pauvres pour payer des impôts, de l'autre ceux dont la "richesse" est de telle nature qu'elle ne peut pas échapper à l'impôt (ou ceux qui ont la naïveté d'agir sur d'autres motifs que le gain), lesquels sont souvent les dindons de la farce - le gros de la troupe des vaches à lait étant constitué par les revenus salariés moyens et supérieurs.Dans cette perspective, je ne vois pas en quoi votre commentaire serait en contradiction avec l'article de JM Muglioni, qui s'en prend à un prétendu "droit de nature" des riches, à la loi de la jungle... et qui souligne aussi que les motifs des hommes ne sont pas toujours réductibles à l'intérêt : JM Muglioni parle de tout autre chose que d'un simple calcul, alors que le raisonnement que vous présentez considère que seul le calcul d'intérêt meut les hommes, ce qui est une vision réductrice et plutôt affligeante.

L'Abrincate 10/02/2008 11:36

Quelques petits compléments :http://bboeton.wordpress.com/2006/06/10/cette-reflexion-de-tocqueville-vous-aurait-elle-echappe/http://bboeton.wordpress.com/2008/01/29/quest-ce-quun-trader-dexception/http://bboeton.wordpress.com/2007/10/14/economie-informelle-une-chance-de-developpement-durable/http://bboeton.wordpress.com/2007/08/09/tas-pas-2-500-milliards-de-dollars-a-placer/http://bboeton.wordpress.com/2007/01/23/davos-2007-une-bulle-speculative-dautistes/http://bboeton.wordpress.com/2006/10/04/les-nouveaux-gangs-ideologiques/C'est promis, je ne recommencerai pas...Cordialement.

DELMOTTE Francis 31/01/2008 11:45

Professeur de lettres pendant 40 ans, j'ai la faiblesse de penser que je suis un bon juge de la qualité littéraire et pédagogique des textes. Ceux de Jean-Michel Muglioni sont les plus remarquables et efficaces que j'ai lus depuis longtemps. J'en fais profiter les amis, parents, anciens élèves et ils ont l'air de partager mon enthousisasme ! Continuez donc !

Mezetulle 31/01/2008 13:54

Je me permets de vous remercier pour lui et je ne manquerai pas de lui transmettre votre commentaire. Bien sûr, on continue !

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