27 février 1970 5 27 /02 /février /1970 00:10
Pourquoi survalorisons-nous l'interprétation en musique ?
par Catherine Kintzler (mise en ligne du 25 novembre 2005)

Et si l'idéal de l'interprétation musicale était de se rapprocher du modèle alphabétique pratiqué dans la lecture : faire en sorte que la pensée y ait le moins de part possible... ?
Contre l'exhibitionnisme et le spiritualisme de l'interprétation en musique. Une réflexion minimaliste sur les textes du pianiste Glenn Gould.


Article accessible en ligne dans la revue électronique Demeter
(version intégrale en PDF)

Résumé :

La lecture alphabétique offre le modèle d’une interprétation immanente qui rend le lecteur totalement autonome. Le lecteur s’y trouve pour ainsi dire investi de l’autorité de l’auteur : parce que le déchiffrage est purement mécanique et exige un minimum de pensée, l’énergie intellectuelle du lecteur peut se consacrer davantage à la reconstitution vivante du texte, la lecture intelligente. Le sens du texte ne dépend donc jamais d’une interprétation transcendante : il peut être intégralement redécouvert par le lecteur. L’interprète musical pratique en revanche un déchiffrage qui par définition échappe à l’auditeur et a quelque chose d’aliénant pour ce dernier. L’interprétation musicale pâtit de ce modèle, qui est volontiers étendu à son ensemble. Elle se trouve alors investie par un modèle transcendant (ou interprétation inspirée) qui, au lieu d’effectuer par voie matérielle et immanente le point de coïncidence entre musicien, interprète et auditeur, prétend l’atteindre sous une forme fusionnelle et extatique (forme courante de la mélomanie) qui congédie la pensée mais qui en réalité reste marquée par la pure extériorité et l’aliénation : la sacralisation de l’interprétation musicale serait donc une forme d’idolâtrie. Telle est la thèse à la lumière de laquelle on propose de relire les célèbres prises de position du pianiste Glenn Gould, qui peuvent se comprendre comme une critique classique du spectaculaire – lequel n’est pas nécessairement constitutif du concert public ni nécessairement exclu de l’enregistrement monté, comme le croyait Gould. A l’horizon de ces critiques contre l’exhibitionnisme de l’interprétation musicale, on suggérera que le modèle gouldien d’interprétation peut se comprendre en analogie avec celui de la lecture alphabétique et qu’il est intéressant de l’envisager d’un point de vue matérialiste et minimaliste.


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commentaires

Laurent Babicz 23/09/2007 14:03

Il est vrai que tout acte musical comporte inévitablement une forte teneur en subjectivité. C'est pour cela que l'on parle d'interprétation en musique. Néanmoins, le compositeur Maurice Ravel exigeait une exécution, et non une interprétation. La personnalisation à l'extrème (un peu romantique) l'exédait. Mais puisque l'interprète est un être humain tout à fait unique, son jeu en est de même ; alors comment jouer Ravel? Je cherche en quoi Ravel prend un contrôle total de l'interprète à travers son écriture. Passionnant !!

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