24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 12:30

Bloc-notes actualité
Penser la laïcité : revue et interventions

En ligne le 20 janvier 2014. Mise à jour du 28 octobre 2014.

 

Ce Bloc-notes réactualisé est consacré aux recensions et interventions autour de Penser la laïcité (Paris : Minerve, 2014).

Avec un petit extra : lire la table des matières format pdf.

 

- Education et socialisation, les Cahiers du CERFEE. Recension en ligne par Sébastien Urbanski.

     " L’auteure avance des arguments décisifs qui rendent vraiment difficile d’affirmer que le républicanisme classique à la française, associant laïcité et véritable instruction scolaire, est une conception « dépassée », « fermée », ou « dogmatique »."

 

- L'Humanité 26-27-28 septembre p. 16-17 grand entretien en double page par Jérôme Skalski.

 

- La Nouvelle Quinzaine littéraire n° 1112, 16-30 sept. 2014,  p. 27  article « Lumières sur la laïcité » par Jean M. Goulemot.

Extrait :

«  Si ce livre ne trouve pas la place qui lui est due, il faudra en conclure que l'opinion et ceux qui l'inspirent se contentent du confort des idées reçues sur la laïcité, et ne perçoivent pas qu'à travers elle une liberté essentielle est en jeu. »

 

 

- Cahiers rationalistes, n° 630 mai-juin 2014, p. 53-55 recension par Pierre Hayat.

extrait : 

« ... ce livre spéculativement vigoureux d'une grande probité intellectuelle sera très utile à qui veut disposer de ressources analytiques et polémiques pour réfléchir à une des questions décisives du XXIe siècle. »

 

 

- Ecouter l'émission La Grande table (France Culture) du mercredi 25 juin "Faut-il repenser la laïcité?".

 

 

- Le Point daté du 3 juillet : interview de CK par Elisabeth Lévy.

 

 

- Le Figaro daté du 11 avril p. 10-11, interview de CK par Caroline Beyer, accessible en ligne sur le site du Figaro.

 

- mercredi 2 avril CK invitée par Jean-Michel Dhuez à la Matinale de France Musique - on peut écouter l'émission sur le site de La Matinale.

 

 

- A lire dans le numéro 78 de Philosophie magazine (avril 2014) un entretien entre CK et Jean-Marc Ferry, dans le cadre du dossier annoncé en couverture : « Peut-on fonder une morale sans Dieu ? », alimenté par bien d'autres textes.    

Le débat porte essentiellement sur la conception de l'association politique . Comment y penser non seulement la coexistence des libertés, mais aussi le débat entre les citoyens, le rapport entre la raison publique et ce qu'il est convenu d'appeler les « problèmes sociétaux »? Et si l'association politique s'interdit la question de la transcendance, peut-on en conclure pour autant que toute morale lui est étrangère ? Bien d'autres questions sont abordées dans cet entretien très substantiel, à l'image de l'ensemble des numéros que Philosophie magazine propose chaque mois (voir le site Philomag.com)

C'est aussi l'occasion pour moi d'un pan sur le bec ! A la fin de l'entretien p. 65, je lâche une bourde en disant que Descartes, dans Les Passions de l'âme, « n'emploie pas une seule fois le mot Dieu ». Ce qui est faux ! Dans le contexte d'une question sur les fondements de la morale, j’entendais dire : « n'emploie pas une seule fois de manière fondatrice le mot Dieu ». Cette bévue m'est entièrement imputable, car Philosophie magazine, conformément aux usages de la profession, m'a soumis le texte pour relecture avant publication - je n'y ai vu que du feu, prenant mon désir pour réalité comme il arrive parfois lorsque nous parlons de ce qui nous importe. Je présente donc mes excuses aux lecteurs et à Philosophie magazine. Allez je mets ça en petits caractères tellement j'ai honte...

 

- Le petit (mais non pas mince) dernier (mais non pas moindre) daté du 14 mars, un article bref et bien senti de Sébastien Fath sur son blog « Religion et laïcité ».

 

- Un excellent article par Jorge Morales dans le numéro 302 de la revue Humanisme. Repris par Jo sur son blog L'Abeille et l'architecte.

 

- Un excellent article par Gilles Poulet sur le site de l'Association des libres penseurs.

 

- Recension dans L'Enseignement philosophique (64e année, n°2)

 

- Recension par Philippe Foussier dans le n° 151 de Communes de France.

 

- La recension par Bernard Teper dans Respublica n° 738 (30 janvier 2014)

 

- Un bel article de Jérôme Skalski paru dans L'Humanité daté des 24, 25 et 26 janvier : lire « La laïcité de fond en comble ».

 

- Synopsis sur le site du Furet du Nord  . Franchement, je trouve ce résumé analytique très bien fait... Réflexion faite, je me rends compte que c'est moi qui l'ai écrit à la demande de mon éditeur pour alimenter le dossier de diffusion ! Merci au Furet du Nord de l'avoir utilisé : c'est fait pour cela !

 

- Écouter l'intégralité de l'émission Répliques du 18 janvier sur le site de France-Culture, ou en utilisant le lecteur ci-dessous.

 

 

 

Couverture du livre - pour lire le texte, cliquer sur l'image :

CKLaiciteCouv

 

 

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commentaires

Michel Dalmazzo 13/04/2014 11:34


Bonjour Catherine,
Je trouve formidable et essentielle la réflexion puissante que vous menez sur la laïcité. Je vous en remercie sincérement..
Le vieux philosophe que je suis ne cesse de s'interroger sur cette question: est-il possible de convaincre un intégriste (je prends ce mauvais mot pour aller au plus vite) de défendre la laïcité?
Les postulats conceptuels, les prérequis de comprehension et d'acceptation mutuelles (valeurs, références,..), bref les langues et les langages sont tellements différents que cela semble
impossible. A moins que convaincre inutile (convaincre serait entrer dans le débat et donc la négociation), voire contradictoire (ce serait faire du prosélytisme laïque) ?
Je ne crois pas: le débat est dialogue, communication, et il me semble qu'il ne peut y avoir compréhension sans communication (je pense à la jeunesse)..  En conséquence, ai-je tort de penser
que la réflexion sur la défense de la laïcité nécessite une analyse sémantique et philosophique du débat avec l'intégrisme? 


 

Monique LEMOINE 11/04/2014 21:00


Chère Catherine,


Merci d'avoir répondu à mes remerciements. Je veux préciser le sens de mon intervention mal formulée dans le débat d'Orléans. Pour moi le voile  ou la barbe de mes élèves ne sont que des
signes arborés du refus de l'égalité dans notre société civile et politique française. Le masque que nous lui donnons est la religion. Pour moi cela n'a rien de religieux, car ils et elles ne
connaissent rien de leur religion à part les contraintes affirmées par les imams. Que nos représentant-es politiques ne veuillent pas considérer nous amène dans le communautarisme. C'est en
dehors de la religion qu'il faut creuser la question. J'utilise le concept de genre pour cela. D'où ma question par rapport à l'égalité des femmes et des hommes. Tant que nous ne remettrons pas
en cause le système patriarcal et de domination masculine pour écrire le droit, il ne sera pas possible d'inscrire l'égalité dans les fondements de notre société. Pourtant le droit européen,
transposé dans le droit français impose cette égalité femme homme. Pourquoi la laïcité resterait-elle extérieure à ces principes ? Les inégalités en France sont connues et reconnues. Pour moi la
laïcité devrait être un déterminant de l'égalité, un outil pour cette égalité introuvable. Ces signes religieux proclament l'impensé de l'inégalité. Je ne condamne personne, je dis qu'on ne les
instruits pas de cela. Resterons-nous toute notre vie (elle est déjà bien avancée) des marginales reconnaissantes ! comme disent avec humour les anglaises ? Le concept de genre est renvoyé d'un
revers de mots aux qualificatifs de fragile et inefficace. C'est à mon sens ce qui nous manque. Des chercheur-es comme vous rompus à l'étude des évolutions pour amener le corps social et
politique à évoluer vers de nouveaux outils de mesure de notre société. J'essaie de montrer les résistances inconscientes d'une grande majorité de chercheur-es refusant d'envisager de remettre en
cause l'ordre établi. Car à mon sens l'égalité des femmes et des hommes renverse nos convictions profondes. Des convictions non apprises à l'école mais bien impensées ou comme le dit mieux que
moi Gaston BACHELARD l'apprentissage de savoirs se heurte à des "obstacles épistémologiques". Je vous propose, chère Catherine,  vous la chercheuse de vous pencher sur cette question  :
Laïcité et genre, entre réticence et résistance. Avec toute mes amitiés et le plaisir de parler avec vous. Monique Lemoine

Monique LEMOINE 10/04/2014 21:28


Chère Catherine KINTZLER,


Merci de cette très bonne piqûre de rappel sur la laïcité. J'étais hier soir au muséum d'Orléans pour vous écouter. Je suis intervenue en disant que je voulais vous attaquer ! En fait je voulais
vous entendre traîter de nos problèmes courants dans nos classes. Mais ce n'est pas votre tasse de thé.


Je vous remercie de tout ce que vous avez pu nous apporter comme éléments de réflexion. Maintenant c'est à nous de le mettre en musique auprès de nos élèves qui sont très normatifs et écouteurs
des imams ! Nous n'avons pas de pouvoir, car leurs idées sont déjà plus fortes que leur liberté de pensée. Ce n'est pas pour moi une question de religion, mais bien une histoire de domination
masculine et d'un système que la société tolérante pour cette domination accepte.


Bien à vous et au plaisir de vous retrouver


Monique Lemoine

Catherine Kintzler 11/04/2014 10:46



Chère Monique,


 


Les débats qui suivent une conférence ne sont pas toujours des moments où l'on s'entend véritablement. Lorsque vous dites que les problèmes courants dans les classes "ce n'est pas ma tasse de
thé", on peut le comprendre de deux manières.


 


1° Oui, il serait de ma part excessif et outrecuidant de prétendre porter "la bonne parole" sur ce qui se passe aujourd'hui dans les classes et les problèmes virulents que vivent les collègues en
exercice, alors que (même si j'ai enseigné moi-même pendant 37 ans, dont 22 en Lycée) je suis à la retraite. 


 


2° Une autre manière, moins généreuse, de comprendre cette expression est : "ce n'est pas ma tasse de thé" = "je m'en f..." !


Je crois avoir montré depuis le début de mes interventions publiques (à commencer par 1989 manifeste paru dans le Nouvel Observateur et même auparavant par la publication d'un ouvrage
sur Condorcet l'instruction publique et la naissance du citoyen), que les questions concrètes d'enseignement sont au coeur de mes préoccupations et de ma réflexion politiques. Je ne fais
pas partie de ceux qui parlent de l'enseignement, qui dispensent de doctes conseils aux professeurs, mais qui n'ont jamais mis les pieds dans une classe ou qui, s'ils l'ont fait, l'ont fait dans
des conditions "expérimentales" combinées exprès pour vérifier leurs prétendues théories. Il se trouve que je parle aussi d'expérience, car il ne s'est pas passé une seule année de mon activité
professionnelle sans que je fasse vraiment la classe de manière substantielle, avec de vrais élèves dans de vraies conditions.. ! Vous pouvez considérer qu'il s'agit là de discours d'"ancien
combattant" qui à ce titre peuvent être relativisés, mais il me semble pour le moins exagéré d'en conclure que "je m'en f..."!


 


Il se trouve que la conférence à laquelle vous avez assisté en soirée au Museum a été précédée l'après-midi d'une autre conférence, à l'ESPE, où il a été largement question (à vrai dire presque
exclusivement) de l'enseignement et de ce qui se passe dans les classes. Soucieuse de varier mes interventions, sachant aussi qu'un certain nombre d'auditeurs de la soirée avaient assisté à la
première conférence, j'ai axé ma conférence de soirée sur des questions plus générales, susceptibles également d'intéresser un auditoire plus large. 


 


Enfin, en tâchant de répondre à votre question, je n'ai pas nié la problématique que vous proposez (la question de la domination masculine), j'ai simplement fait observer en quoi cette
problématique est fragile et inefficace sur la question du port de signes religieux dans le domaine de l'autorité publique - car c'est bien en tant que signes religieux que le port du voile, de
la kippa, etc. y sont prohibés. J'ai tenté (en vain) d'expliquer qu'il est impossible, dans le cas du port du voile, d'établir clairement le délit de déclaration d'inégalité homme/femme, mais
cette explication (qui suppose qu'on réfléchisse à ce que sont les droits formels) demandait un peu plus de sérénité et de temps qu'on n'en trouve dans un débat suivant une conférence. J'ai
abordé cette question (la liberté et la dignité des femmes) de manière plus générale mais explicite et très développée dans mon dernier livre (p. 77 et suiv. ainsi que p. 91 et suiv.), et plus
brièvement sur ce blog (voir cet article §2, et ce texte dont je suis co-auteur), je me permets de vous y renvoyer. 


 


En réalité, je ne peux que me féliciter de votre pugnacité. Mon dessein n'est pas de fournir des éléments à "mettre en musique" (je considère qu'une théorie est d'abord une élucidation, un effort
pour penser et faire penser et non un ensemble de préceptes), mais plutôt de proposer des armes conceptuelles supplémentaires à ceux qui comme vous combattent déjà et ont pris la mesure de
l'ampleur de la tâche. Mes voeux et ma sympathie vous accompagnent.



Jean Pierre Foirry 12/02/2014 17:45


Le combat difficile pour
la laïcité : (note post-scriptum au beau livre de Catherine Kintzler)


Face à une certaine droite influencée par un catholicisme radical et une certaine gauche
favorable à l’approche communautariste, le combat pour la survie de la laïcité à la française est loin d‘être gagné. Il n’est pas non plus perdu d’avance, mais l’on devrait pour ce faire prendre
en considération quatre éléments majeurs :


1) L’approche laïque classique était parfaitement adaptée à la période moderne qui
s’étend au sens large de la période des Lumières jusqu’à celle des Trente glorieuses. C’est une période où l’Etat-nation prend le relais du religieux et mobilise les individus autour de
l’espérance d’un avenir meilleur sur terre pour tous et les aident à s’émanciper des anciens déterminismes et à se protéger des risques de l’existence, ainsi qu’à se mobiliser voire se sacrifier
en tant que citoyens pour des idéaux nationaux. C’est aussi une période où urbanisation, technicisation, sécularisation et aggiornamento vont de pair et facilitent la transformation des individus
prémodernes obéissants et « fidèles » (géographiquement et mécaniquement solidaires autour de leurs paroisses) en individus modernes devenus sujets autonomes de leur propre histoire,
n’ayant plus la crainte du châtiment divin et ne pratiquant plus « la religion par cœur et par habitude », se livrant à de multiples activités urbaines qui échappent au
contrôle des anciens et des curés, devenant des citoyens de plus en plus éduqués. Le sacré n’est plus supérieur au profane, mais dans une société qui admet que l’on puisse d’un côté viser par la
raison le vivre-ensemble non violent et le bien-être maximum (terrestre) pour tous et de l’autre côté avoir toujours un pied dans des groupes de croyances quelles qu’elles soient (rappelons-nous
le succès des films sur le Monde de don Camillo dans les années 1950 et 1960). A l’inverse, l’Etat-nation actuel, peinant lui-même à trouver sa place dans la mondialisation, est incapable de
mobiliser les individus autour d’engagements citoyens stables et des valeurs de la République : les individus hypermodernes d’aujourd’hui sont plutôt dans une optique de fuite, de survie, de
recherche d’émotions fortes, de développement personnel et ne trouvent pas dans la communauté nationale actuelle de quoi satisfaire leurs besoins d’estime de soi, de justice, d’engagement
(militance ou aventure).


2) La raison nouvelle de ranimer la laïcité ne correspond plus à sa raison
historique : autrefois, il s’est agi de permettre à des croyances minoritaires (protestantisme, athéisme….) de ne pas être persécuté et d’exister face à l’impérialisme d’une croyance
dominante (en France, le catholicisme). Rappelons-nous les guerres de religions et le maintien de l’Inquisition jusqu’aux années 1780. La charia musulmane radicale s’apparente à l’Inquisition
catholique, sauf que l’on doit faire face aujourd’hui à des groupes minoritaires immigrés qui sont à la fois défavorisés socialement et intolérants culturellement : il n’est pas facile
d’arbitrer entre un souci (social) de lutter en faveur de ces minorités et une exigence (culturelle) d‘empêcher leurs actions contre la laïcité. Il reste aussi que certains groupes chrétiens
radicaux restent aussi adeptes d’une « conception religieuse totalisante de la vie » : pour eux, il n’y a pas d’éducation ni de morale possible sans religion, toute l’histoire
humaine est organisée autour de l’histoire du salut chrétien et l’histoire de France est fondamentalement  celle du christianisme.       


3) La défense des valeurs de laïcité se situe dans un monde nouveau dominé à la fois par
le relativisme postmoderniste, l’écologie radicale, les nouveaux médias (télévisuels et numériques) et le Marché néolibéral. Monde sans espoir et sans avenir qui annihile toutes les valeurs
historiques des Lumières (dont celle de la laïcité) : il n’y a plus de vrai, de beau, de bien, de juste. Des médias manipulés (c’est particulièrement vrai d’Internet) et sous influence. Des
inégalités inimaginables. Plus de modèle ni d’autorité. Un scepticisme généralisé sur les valeurs car si tout se vaut ou s’identifie à une valeur marchande, rien (de gratuit) ne vaut :
comment enseigner et vivre le vrai, le beau, le bien, le juste, le laïque ?    


4) Si dans l’espace privé et civil les religions rejettent tout compromis, tout
aggiornamento et se battent en fait pour une désécularisation de la société, la conception traditionnelle de la laïcité apparaît angélique et donne lieu à des libertés « formelles » au
sens de Marx et non réelles. On comprend bien le souhait profond de Vincent Peillon qui est d’ « arracher l’élève à tous les déterminismes familial, éthique, social,
intellectuel » mais est-ce possible et jusqu’où ? De nos jours, dans une école sans repères et sans autorité, l’enfant refusera tout simplement d’assister à un cours portant sur le
développement de son esprit critique ou scientifique (par exemple sur la théorie de l’évolution). Comment ne pas voir l’effet inverse de la laïcité transplantée telle quelle aujourd’hui et non
étendue à l’espace civil (celui des entreprises notamment) : l’absence de présence active et mobilisatrice des athées et incroyants (une inégalité flagrante de présence et de traitement
entre les croyances religieuses et non religieuses), le dressage des enfants des familles religieuses radicales dès le plus bas âge puis le  prosélytisme de mouvements hostiles à la laïcité
dans l’espace public civil conduisent à rendre de plus en plus difficile de développer la capacité de raisonnement et d’examen critique des enfants. Finalement, on se retrouve avec des individus
certes ultra-individualistes, mais immatures. En gros, si l’on applique la théorie de Kohlberg, le véritable problème à l’école est de s’assurer que les enfants passent tous des stades
pré-conventionnels et conventionnels de leur développement moral personnel (obéissance et punitions, intérêt personnel, conformité au groupe) aux stades post-conventionnels (volonté de contrat
social et de principes éthiques universels).              

Foirry Jean PIerre 08/02/2014 17:53


Vers une théorie générale de la société moderne


Les Lumières ont un passé et un avenir. Elles ont abouti à mettre en place une société moderne dont l’apogée se situe dans l’après-guerre : pour la première
fois, la démocratie (non réduite à des élections et à certains électeurs) et le capitalisme (devenu social et générant une grande classe moyenne) font bon ménage et créent un effet d'attraction
sur le monde entier (non ciommuniste) : une envie de liberté, croissance économique, de laïcité et de sécularisation des sociétés.


Puis vint le temps de la déconstruction théorique (des nouveaux philosophes et des économistes néolibéraux) et de changements structurels aboutissant à une
société nouvelle au sein de laquelle le capitalisme et la démocratie sont en crise et où la plupart des sociétés non occidentales se plaignent des promesses non tenues.


Penser la société actuelle simplement comme société post-moderne, c’est oublier qu’il y a dans l’histoire aussi bien des changements irréversibles que des
évolutions réversibles et des éléments stables.  


« Chaque français est né cartésien ou pascalien », écrit Allan Bloom qui déplore par ailleurs le déclin de la culture générale dans tous les
pays occidentaux. Pour Daryush Shayegan, ce dualisme entre raison et révélation, entre clarté et passion, explique les débats passionnés sur la laïcité qui perdurent jusqu’à nos jours :
« aucun pays n’a connu une querelle si persistante entre laïcité et religion ; aucun n’a tant été modelé par sa grande tradition littéraire ». Etre français, c’est
maîtriser sa langue, participer à la lecture de ses grands auteurs historiques, admirer son patrimoine culturel et surtout « avoir pour ancêtres spirituels les auteurs de la Déclaration
des droits de 1789 » (Catherine Kintzler).


Le livre de Catherine Kintzler est fondamental et lumineux. On ne pourra plus confondre tolérance et laïcité, ni réduire celle-ci à la liberté de conscience et à la séparation des églises et de
l’État. On comprend aussi que le combat pour la laïcité est latent dans une société qui résiste mal aux associations partisanes et qui confond politiques progressistes et politiques de
satisfaction (non négociable) des revendications identitaires des minorités. Alain Finkielkraut nous trouve bien impuissant face à des groupes minoritaires opposés à la laïcité qui font campagne
sous le slogan « La nation, c’est nous » (il s’agit implicitement de la nation nouvelle par opposition à la France, y compris des Lumières, supposée bonne pour le
« musée »).


Pour parvenir à une théorie générale, il reste à attaquer l’autre pilier de la société (le pilier économique). Ce qui n’était évidemment pas son propos. La laïcité de Catherine Kintzler, c’est le
versant de la politique et de la culture (sur la base de la raison et de la pensée critique valables pour les deux piliers).


Dès lors, repartons du point de départ de Catherine Kintzler et généralisons la réflexion : le lieu naturel des valeurs modernes, c’est la double pensée des Lumières (philosophique et
économique) dont les racines profondes se situent en Grèce antique (avec ses philosophes et ses poètes) et durant la Renaissance. Double pensée avec une filiation incontournable : d’un côté,
la séquence philosophique (Locke, Bayle, Condorcet), « traversée par les rapports entre tolérance et laïcité » (Catherine Kintzler), et qui aboutit à la République, l’Etat de
droit, la démocratie ; de l’autre côté, la filière économique (Turgot, Say et Adam Smith) qui promeut le libéralisme économique et l’économie de marché. Rappelons aussi qu’Adam Smith est le
double spécialiste de philosophie morale (« Théorie des sentiments moraux », écrite initialement en 1759 et largement révisée en 1790 quelques mois avant sa mort) et d’économie
politique (« Enquête sur la nature et les causes de la Richesse des nations » de 1776).


De la même façon que les personnes immigrées des quartiers pauvres peuvent être mal intégrées ou « incluses » (selon le nouveau vocabulaire correct) à la fois pour des raisons
culturelles (langue….) et pour des motifs socio-économiques (chômage…), il faut tenir compte de la dualité de l’apport des Lumières : l’individu citoyen et l’individu économique doivent
avoir des libertés et de vrais droits au départ en tant que souverains et non en tant que membres de communautés ou de groupes.


Dans les deux cas, le point de départ est abstrait et universaliste : que feraient sous voile d’ignorance des individus raisonnables et rationnels qui réfléchiraient en abandonnant leurs
caractéristiques et leurs intérêts propres pour prendre les décisions publiques ? Dans le cas du citoyen, ils imagineraient la bonne politique publique à choisir pour le cas où ils seraient
des marginaux n’ayant pas la même culture que la majorité de population : la (seule) solution pour défendre ses droits est celle de Catherine Kintzler. Dans le cas de l’individu économique,
ils imagineraient le cas où ils pourraient être les personnes les plus pauvres et les plus défavorisées de la société : c’est la solution de Rawls (autrement dit, des droits absolus à des
biens  et services de base, même si par ailleurs une certaine forme d’analyse coûts-bénéfices de type utilitariste est nécessaire pour éviter les inefficiences, les gaspillages et les
passagers clandestins.



Promouvoir un mixte Kintzler/Rawls, c’est d’une certaine façon façonner des Lumières adaptées au 21ème siècle en admettant certaines de leurs faiblesses historiques (comme l’absence de
prise en compte de la nature ou des générations futures), mais aussi en dénonçant aussi bien les excès des décennies passées (le postmodernisme, le relativisme culturel, le communautarisme, le
néolibéralisme économique,….) que les attaques incessantes de nouveaux militants contre l’immoralisme ou la perte de sens supposées de la laïcité (« stérilisante » selon les
mots de Paul Préaux, Communauté Saint-Martin) et de l’économie capitaliste (ici essentialsiée comme économie néolibérale et associée négativement à la laïcité).     

Il Rève 25/01/2014 07:45


A propos de Répliques. Alain fut débordé. Nacira très énervée. Catherine sereine. Normal. La seule personne n'ayany pas à défendre une idée plus qu'une autre est la troisième. Entendons nous
bien. Alain devait tenir le débat, intenable pour plusieurs raisons que je ne peux développer dans ce cadre. Nacira devait défendre SON point de vue communautaire de la laïcité. Catherine ne
défendait que le droit d'accepter les différents points de vue sauf lorsque ces derniers étaient fondés sur des propos non fondés. Sereine Catherine. Comme la laïcité qui sépare les affaires
d'Etat des affaires privées, la raison universelle des passions personnelles. Sereine laïcité.

Levasseur 24/01/2014 11:30


Seul un sourire ironique pouvait répondre à l'évidente mauvaise foi de votre interlocutrice.


Son enfermement idéologique est toxique. Il rappelle d'autres temps et d'autres sirènes qui en ont abusé plus d'un.


Courage Madame notre lutte est loin d'être gagnée 


 

Incognitototo 22/01/2014 01:16


Je ne voudrais pas faire d'attaque ad hominem, aussi un jour il faudra que je m'attelle à écrire un traité qui s'intitulerait : « psychopathologie des idées politiques et religieuses »... tant
quand j'entends certains propos, je n'arrive plus à faire la différence entre certains dires soi-disant politiques, et des pathologies qui relèvent plus de la perversion et de la paranoïa, que
d'une pensée libre.
 
Mme Nacira Guénif-Souilamas n'a strictement rien compris aux fonctions des lois, pire elle pense que les lois sont spécialement faites pour nuire, en particulier à la communauté musulmane... la
pauvre...  et donc il est probable qu'il sera impossible d'arriver à lui faire comprendre que les lois (bien
pensées) « libèrent » et qu'elles sont faites pour tout le monde... y inclus pour le port du voile dans une enceinte de cours (à mon époque, aucun prof n'aurait supporté une casquette, mais là il
faudrait accepter le voile, alors que je ne vois pas la différence par rapport au respect du prof, des autres et tout également de la symbolique de la situation)...
 
Je vous bénis laïquement Catherine , vous qui représentez pour moi, ce que la République et la laïcité ont fait de
meilleur, pour que les individus ne soient pas à vie déterminés à n'être que le produit de leur histoire culturelle et familiale.
C'est terrible que beaucoup de gens ne comprennent pas que c'est la « vraie liberté » que la laïcité leur propose, celle de s'extraire de ses origines pour devenir soi-même (j’en ai bénéficié,
alors je sais de quoi je parle)... Au point que je me demande s'il ne faudrait pas revenir à la blouse pour tout le monde (c'était mon époque), et c'est tout ; pour mettre fin et couper l'herbe
sous le pied de tous ces « sodomosca » qui confondent tout.
La laïcité, c’est fait pour acquérir la liberté de s’extraire de sa condition et de ses origines. Si Mme Nacira Guénif-Souilamas n’a toujours pas compris ça, je me demande bien ce qu’elle apprend
à ses étudiants... à ressasser toute leur vie qu’ils n’ont pas d’autres choix que de subir et d’adhérer à leurs origines ? Que la seule « identité » est celle qui est donnée par les parents et/ou
les croyances ? C’est triste... et inquiétant.
 
Enfin, en tant qu’ancien chef d’entreprise, il m’est arrivé de virer une personne qui refusait à un poste d’accueil de la clientèle d’adopter une tenue et un langage corrects... Je pense que
j’aurais fait de même si j’avais eu à faire face à quelqu’un qui affiche ostensiblement un signe religieux (quel qu’il soit)... Pour une raison simple, dans mon entreprise 26 nationalités étaient
représentées, ainsi que tout le spectre des confessions religieuses, et il aurait été hors de question qu’un seul employé ne respecte pas la neutralité des autres ; point ! Au-delà des problèmes
philosophiques et politiques, c’est une simple règle de savoir-vivre ensemble, de respect des autres et de politesse ; en espérant que ces mots aient encore un sens pour ceux qui « au nom de la
liberté » s’autorisent à agresser les autres avec leurs « convictions ».
 
P.-S. : difficile de rester calme face à « ça », hein ? J'ai admiré votre self-control devant tant de mauvaise foi... Si Mme Nacira Guénif-Souilamas, qui se targue d'enseigner à Villetaneuse,
veut venir visiter quelques collèges du 93 avec moi (dans les classes de certains amis profs, si possible avant qu'ils ne partent en HP) ; juste pour voir s'il est si facile de parler, par
exemple, du sionisme, du darwinisme, de la séparation de l'Église et de l'État, de l'égalité homme-femme, de la sexualité, de l'homosexualité, ... , et même de la Shoah, sans se faire au minimum
insulter et au pire agresser.
Je lui garantis un parcours « touristique » dont elle ne sortira pas indemne au niveau de ses certitudes... Cependant, si nous faisons ce périple tous les deux en jupe au-dessus du genou (bé oui
moi aussi qui suis un homme, j'ai le « droit » de me promener en jupe, juste pour tester le seuil de tolérance de mes compatriotes), il faudra juste prévoir une ambulance suiveuse, et quelques
jours d'incapacité de travail en conséquence... du moins, si tout se passe bien.

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  • Livre Penser la laïcité (Paris : Minerve, 2014)
  • Livre Condorcet, l'instruction publique et la naissance du citoyen (Paris : Minerve, 2015)

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