4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 14:09

Bloc-notes actualité
Novlangue : comment dit-on « la victime » au masculin ? 
Un-e sot-te trouve toujours un-e plus sot-te...

En ligne le 4 août 2014. Modifié le 12 août 2014

 

Aux États-Unis un professeur aurait été renvoyé de son école pour avoir écrit sur le blog de celle-ci un article consacré à l'homophonie. Motif : il y a homo dans le mot homophonie, cela fait penser à homosexualité, ce qui est mauvais pour la réputation très clean de l'école....  .
On reste confondu en lisant le récit qu'en fait l'intéressé, à tel point qu'on peut penser que c'est un canular. 


Que ce soit ou non un canular, cela fait certes une grosse différence pour l'intéressé et pour le niveau d'instruction de son ex-employeur, mais cela n'en fait aucune pour le mécanisme qui soutient la normalisation de la langue politiquement correcte, parfaitement mis en évidence ici. À savoir une vision morale du monde qui, pour exercer sa tyrannie, non seulement s'autorise de l'ignorance mais encore impose l'ignorance et son extension comme des normes. Car à ce compte, il faudra aussi soupçonner l'usage d'autres mots comme homologue, homothétie, homonyme, et pour faire bonne mesure on pourrait songer à interdire l'usage des racines grecques (hum... pédagogie, cela ne sonne pas tellement bien non plus). De proche en proche, on sera bien inspiré de surveiller aussi celui des racines latines : on n'est jamais trop prudent avec l'étranger. Ce qui nous ramène à une vérité : toute connaissance est par essence étrangère, venant d'ailleurs ou conduisant ailleurs ; il faudra donc s'en méfier.

Mais cessons de moquer cette version made in USA de ce que les États-Uniens appellent l'illiteracy. N'est-ce pas en vertu d'un mécanisme analogue qu'il est mal vu, en France, de rechigner à employer la féminisation forcée qui parle d'écrivaines, de professeures (au fait, comment ça se prononce ?), d'auteures, de procureures... j'allais oublier les chercheures scientifiques et les entraîneures de football ? Et si encore cela ne touchait que le lexique ! Mais non, le politiquement correct ordonne parfois de commettre des fautes d'accord : à propos d'une femme qui a gaffé, on dira qu'« elle s'est prise les pieds dans le tapis ». Et si je m'achète un bouquet de fleurs, faudra-t-il que je dise « je me suis offerte » ... des fleurs ?
Le comble du machisme, paraît-il, consiste, en écrivant, à noter la forme féminisée sous forme d'option entre parenthèses - par exemple « tou(te)s ». On ne sait ce qui est le plus coupable : user de parenthèses humiliantes en croyant bien faire ou rester droit-e dans ses bottes en écrivant sobrement et inclusivement « tous ». Prière d'utiliser les tirets. À l'oral on sera de toute façon tenu de congédier la sobriété et de proférer précautionneusement la déclinaison bienpensante « toutes et tous ». Même là on n'échappera pas à la culpabilisation. Car si vous dites « toutes et tous », vous reproduisez le vieux schéma macho galant « les femmes d'abord ». Et si vous dites « tous et toutes », eh bien ce n'est pas mieux car vous dépréciez les femmes comme secondaires.

Bon, à ma connaissance, on ne se fait pas encore virer pour non allégeance à la novlangue qui s'acharne à diviser l'humanité en deux, qui ignore la différence entre le genre d'un mot et celui d'une personne, et qui oublie que la forme dite masculine est fort souvent un neutre du fait qu'elle ne porte pas de marque. Mais ça pourrait venir. Je suggère alors, à des fins d'équité, de prévoir la même sanction pour ce-lles-ux qui continueront effrontément, en parlant d'un porteur de couilles, à dire, selon les cas : une victime, une excellence, une sentinelle, une personne. Pourquoi, pendant qu'on y est, ne pas revoir les expressions comme « il pleut », « il se trouve », « il y a », etc. ? Ou encore inventer quelque chose de plus discriminant (oops j'allais écrire discriminatoire) pour éviter la forme unique (tellement macho) du pronom au cas datif comme dans « je lui donne » ? Mais il n'en restera pas moins que pour être une nullité il n'est pas nécessaire de porter des nichons. 

 

[Edit du 12 août 2014]. Entendu aujourd'hui au Journal de 13 heures de France 2, pendant un reportage sur le Musée d'histoire de la médecine : « la visite n'a rien de traumatisante ».

 

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commentaires

Irène Kaufer 05/10/2014 16:38


vous semblez ignorer que les règlres de grammaire ne viennent pas de "nulle part"... Je vous livre ceci : "La règle précisant que le masculin l'emporte sur le féminin finit par s'imposer au XVIIIe pour des raisons qui ne doivent pas grand-chose à la linguistique : à cette époque, la supériorité masculine va tout
simplement de soi. "Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l'emporte", affirme l'abbé Bouhours en 1675. "Le genre masculin est réputé plus noble que le
féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle", complète élégamment, en 1767, le grammairien Nicolas Beauzée." Les féministes n'ont donc rien de "ridicule" à vouloir remettre en causes des règles basées sur
ce genre de considération, dans un pays qui n'hésite jamais à faire la leçon aux autres quant à l'égalité entre hommes et femmes...


Source : http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/01/14/genre-le-desaccord_1629145_3246.html

Mezetulle 06/10/2014 18:39



Vous semblez considérer que ces déclarations de Bouhours et de Beauzée attestent l'origine d'une règle de grammaire et en fournissent la base. Or ces décarations ne sont rien
d'autre que des justifications, avancées par eux, d'une règle qu'ils observent et qui, contrairement à ce que vous prétendez, leur préexiste. Mais les justifications peuvent être fausses et la
règle qui leur préexiste peut donc n'avoir aucun rapport avec elles. Pour que ces justifications soient vraies, il faudrait qu'elles passent toutes les épreuves de falsification qu'on exige des
hypothèses scientifiques, et qu'elles deviennent des explications ce qui en l'occurrence n'est pas le cas.


Même un grand grammairien comme Beauzée n'est pas à l'abri d'une projection idéologique. Le grand Aristote connaissait le phénomène de la chute des corps et le justifie par une théorie finaliste
(le lieu naturel) : il ne s'ensuit nullement que la chute des corps obéit à une finalité et Galilée a prouvé le contraire. Mais sur l'histoire de la linguistique, il serait utile de consulter
l'un de ses éminents spécialistes Sylvain Auroux : je suis sûre qu'il pourrait nous indiquer bien des exemples de différences entre le moment explicatif et le moment projectif, différence qui
traverse toute l'histoire des sciences. Le fait que Beauzée ait cédé à un moment projectif ne diminue en rien d'ailleurs son mérite de grand grammairien, de même que le fait que Rameau ait
prétendu que le majeur et le mineur représentent les deux sexes ne diminue en rien son mérite de grand théoricien de la musique, de même que le fait que Newton ait cru à l'harmonie des sphères ne
l'empêche pas d'être un grand novateur en mécanique céleste. Descartes croyait que les corps célestes étaient mus par des tourbillons, mais il a trouvé le principe de l'inertie et jeté les bases
de la mécanique.


La justification avancée n'explique en effet rien : elle fait plaisir aux machos et aux féministes pour des motifs opposés, mais la linguistique moderne montre qu'elle ne vaut pas comme
explication et il suffit d'un peu d'attention et de quelques exemples pour s'en rendre compte. L'une des différences entre une projection idéologique et une explication est que la première
n'explique pas le détail du phénomène : ce n'est pas en effet en prétendant que "le masculin est plus noble que le féminin et que c'est pour cela qu'il l'emporte dans les règles
d'accord" qu'on explique l'intégralité des accords, lesquels comprennent aussi des accords au féminin (comme le montre le titre de cet article, s'agissant d'une victime de sexe mâle, on
accordera les pronoms, les adjectifs et les participes au féminin !), et qu'on expliquera les variations entre pluriel et singulier qui nous apprennent bien des choses sur la faiblesse
explicative de l'identification entre genre grammatical et sexe : voir par exemple la lettre de Voltaire à Mme Du Deffand au sujet des pronoms publiée dans le bloc-notes La langue est-elle sexiste ? 


Je repose donc la question contenue dans le titre de cet article, elle porte sur un détail que la thèse idéologique n'explique pas : "Comment dit-on "la victime" au masculin ?" Car quand
une victime est de sexe masculin, si on adoptait la thèse idéologique, on ne devrait pas utiliser le féminin, et pourtant la langue nous enjoint bien de dire, même s'agissant d'un mâle :
"elle a été trouvée en état d'hypothermie, les pompiers ont eu du mal à la ranimer" etc.". Et de même au pluriel "elles ont été trouvées en état d'yhpothermie". Les cas
ne sont pas rares où "le féminin l'emporte sur le masculin". Cette question donc à proprement parler n'a pas de sens : car le genre grammatical de "victime" ("altesse", "éminence", "excellence",
"estafette", "vigie", "sentinelle"...) a autant de rapport avec le sexe de celle-ci que le chien constellation céleste en a avec l'animal aboyant. 


Une autre question sur le détail des phénomènes. Moi qui suis une femme, dois-je dire "j'ai été très malade et je la suis encore" comme le voudrait la thèse idéologique
prétendument féministe plutôt que, en français correct et nullement sexiste : "J'ai été très malade et je le suis encore" ?  Une petite variation par le pluriel permet d'écarter la
thèse idéologique. On ne dit pas au pluriel "Nous avons été très malades et nous les sommes encore", on dit "Nous avons été très malades et nous le sommes encore". Ces exemples
montrent que "le masculin l'emporte" ici non pas comme "masculin" mais en tant que non-marqué. 


 



Pincio 09/08/2014 14:37


Eh non, il semble que cela ne soit pas un canular ( Salt Lake City Tribune , Newsweek ...). Précisons que cette histoire a eu lieu dans l'Utah, où les Mormons de
l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers jours (à vos souhaits) sont particulièrement et gravement influents...


Pour le reste, vous rappelez que les mots ont un genre, pas de sexe. Assûrément, qui en
doute ? Mais la langue est parfois chargée de représentations qui ne sont pas neutres, quand bien même les mots le sont. Si les genres respectifs de
« lune » ou « soleil » n'ont pas d'importance (et ça fait de jolies chansons), ceux d'autres mots ont des incidences morales, agissent sur nos modes de pensée, entretiennent
l'ordre phallocratique dans lequel nous vivons. Alors pourquoi ne pas écrire « la professeure » comme on écrit « la députée », cela conserve l'euphonie et les règles d'accord. Il existe
depuis longtemps « charcutière », alors pourquoi pas « charpentière » ? « Colette est un écrivain », n'est-ce pas franchement dissonant
?


Pourquoi ne pas inscrire les évolutions sociales dans la langue même, en infléchissant le
cours de choses, si nécessaire ? La Commission générale de terminologie et de
néologiepour l'emploi du français en informatique est un acte de volonté politique, et ça marche plutôt bien... 


En passant, une hypothèse : si les praticiens se disent « sage-femmes », c'est
peut-être parce que ce nom signifie « qui connait les femmes (parturientes) ». Dans cette hypothèse, qu'il y ait aussi des hommes sage-femmes est simple logique de la
langue.





 


 

Mezetulle 11/08/2014 23:52



Merci pour les références.


 


Votre proposition suppose une police morale de la langue. Il faudrait faire la chasse à ce qui a une incidence morale et à ce qui n'en a pas ; qui sera autorisé à le faire ? Et quelle "sanction"
pour ceux qui ne s'y plieront pas ? A supposer que cela soit possible, il faudrait aussi imposer des règles différentes pour ce qui a une incidence morale et ce qui n'en a pas - par exemple on
continuera, je suppose, à appliquer la règle de la neutralisation par le "masculin" au pluriel, mais pas partout... et cela sur critère moral et non sur critère linguistique. On devra donc, pour
pratiquer l'orthographe, se référer à des lois linguistiques, lesquelles sont déjà plutôt complexes, et à des normes extra-linguistiques... On m'objectera qu'il existe des régimes de langue
permettant de déceler l'origine sociale du locuteur, alors pourquoi ne pas en ajouter un supplémentaire permettant de juger ceux qui pensent bien et ceux qui pensent mal en la matière ? La
différence est que les régimes de langue ne sont pas régis de manière extérieure et volontariste, ils sont issus de l'usage et non d'un décret. Alors que ce "régime" supplémentaire n'en serait
pas un : il relèverait plutôt d'une novlangue au sens orwellien.


 


"Colette est un grand écrivain" (ce qui est vrai) : cela ne sonne pas plus mal que "Ibrahimovic est une excellente recrue pour le PSG". Mais je vous propose une petite variation sur le sujet en
passant par le pluriel.


"Colette est un des plus grands écrivains du XXe siècle" (ce que je pense !). Transposons cette dernière proposition en novlangue : "Colette est une des plus grandes écrivaines du XXe siècle" -
la transposition restreint la portée de la proposition en excluant de la comparaison les écrivains de sexe masculin et en la limitant uniquement aux "écrivaines" (terme marqué), ce qui revient à
déprécier Colette. Car même si "écrivaine" passe dans l'usage, la dissymétrie entre les deux propositions existera toujours le pluriel "écrivains" n'étant pas marqué par un genre et de ce fait
englobant toujours les personnes des deux sexes.
Donc, des deux propositions "Colette est un des plus grands écrivains du XXe siècle" / "Colette est une des plus grandes écrivaines du XXe siècle", laquelle est la plus généreuse (puisqu'il faut
regarder les incidences morales) ? laquelle enferme les femmes dans un monde séparé ? 


 


Les propositions des commissions marchent bien lorsqu'elles s'accordent avec le génie de la langue à un moment donné. C'est le cas, par exemple, du terme "logiciel", parfaitement formé. Mais
elles ne parviennent pas à infléchir le cours des choses de manière volontariste, car c'est impossible, les langues étant des objets quasi-naturels. Je faisais remarquer dans une réponse à un
commentaire ci-dessus que les féminisations passent très bien en français lorsque, par exemple, il s'agit de mots à rime dite "féminine" (par ex : ministre), ou lorsque la formation du féminin ne
coïncide pas avec un terme existant ayant un autre sens ou dépréciateur (rapporteuse, entraîneuse...) ; donc avec charpentier / charpentière, je ne vois pas pourquoi on se priverait du féminin,
facile à former et sans équivoque ; mais je ne vois pas non plus pourquoi on devrait bannir l'usage "ancien" du masculin non-marqué et non discriminant. Pour "professeur", ce -e ajouté à l'écrit
sert principalement à montrer que la personne qui l'emploie est bien "dans les clous" de la bonne conduite. Pour ma part, je n'ai jamais utilisé ce -e : personne ne m'a mis zéro pour mauvaise
langue macho.


 


Pour les sages-femmes, je pense que vous avez raison sur le sens du terme. Mais cela ne change pas son genre, qui est féminin et qui peut très bien rester féminin lorsque le terme désigne une
personne de sexe masculin, comme recrue, victime, sentinelle, estafette.. 



Zaza 07/08/2014 07:06


J'envoie le commentaire suivant pour la deuxième fois, craignant d'avoir fait une erreur de transmission la première fois. Veuillez m'excuser s'il apparaît deux fois.


Zaza


Evidemment, on rit beaucoup (pour ne pas
pleurer), de l’ignorance de ce directeur d’école américain qui ne connaît pas le sens du mot « homophonie » et le confond sans doute avec « homophobie ». Et on ne rit plus du
tout, tant cela est consternant, en lisant avec Alain Champseix, « femmage » pour « hommage »… Oui, on peut se livrer à tous les effets comiques avec la victime, l’excellence, la sentinelle, la sainteté, quand ces mots désignent des
« porteurs de couilles ». En son temps, on a ri avec Desproges de son « Françaises, Français, Belges, Belges ».


En ce qui concerne le mot « personne», écoutez bien comment les gens parlent (ou écrivent) : ils disent « les
personnes », mais à la phrase suivante, ils disent « la personne…Il… ». Or, le « politiquement correct » ne porte pas sur la faute d’accord, mais sur l’emploi du mot « personne » : « les personnes en
situation de handicap », etc. Alors, ils disent ensuite « ils » parce qu’en prononçant « personnes », ils ont pensé, évidemment, « handicapés » ou
« gens », c’est-à-dire, des mots masculins.


Malheureusement, les règles d’accords sont en train de disparaître de la langue française. Tous les accords : l’adjectif
avec le substantif, le pronom avec son antécédent, etc. Un exemple : le mot « lequel » est en passe de devenir un neutre. Si vous ne l’avez encore jamais remarqué, tendez
l’oreille, y compris sur France Culture, y compris chez des gens censés parler un français irréprochable : vous entendrez dire sans sourciller « La table sur lequel j’écris » ou
équivalent. Le politiquement correct de genre n’y est pour rien ; vraisemblablement, c’est la contamination par l’anglais.


Quant à « elle
s'est prise les pieds dans le tapis », il s’agit de l’accord du participe passé, le plus mal maîtrisé par nos contemporains. Là encore, impossible
d’incriminer le politiquement correct de genre car les fautes se font dans tous les sens. Exemple (entendu sur France Culture) : « La grammaire qu’elle m’a appris » (bien mal de toute évidence). Ces fautes portent d’ailleurs sur le genre et sur le nombre
(« Les livres que j’ai lu »). La cause la plus probable est sans doute que l’école a renoncé à enseigner les règles d’accord du participe
passé.


Dans son excellent billet sur « Bibliothécaires ou
documentalistes », JM Muglioni dit : « On ne saurait penser vraiment sans une certaine superstition des mots ». On peut dire que certaines féministes poussent la superstition
des mots jusqu’à l’absurde, et j’en ris de bon cœur avec Catherine Kintzler, mais je suis d’accord avec le commentaire de Sisyphe : une langue où le masculin, grammaticalement, l’emporte sur
le féminin (c’est ce qu’on m’a appris à l’école dans ces termes exacts) est une langue qui rend invisible le féminin, et c’est la langue d’une société qui organise la domination masculine et
l’invisibilité des femmes. Avec « une certaine superstition des mots », je pense aussi qu’il faut un peu bousculer la langue. Cela pose moins de problèmes aux Québécois, ça en pose
moins aussi aux Espagnols qui disent sans difficulté « la doctora » ou même « la medicina », la profesora, etc.  Et puisqu’ici
nous rions, je propose, à des fins d’équité, que nous nous esclaffions devant la sottise de cette pharmacienne s’écriant « Ah non, je ne suis pas pharmacienne : la pharmacienne est la
femme du pharmacien ; moi je suis pharmacien ! » (entendu dans le poste). Quant à la
femme recteur qui ne supporte pas qu’on l’appelle « Rectrice », appelle-t-elle, à des fins d’équité, « infirmier » la jeune femme qui vient lui prodiguer des soins à
l’hôpital ?

Mezetulle 07/08/2014 16:15



J'avais oublié le mot de Desproges, merci !


 


Je pense avoir répondu à l'essentiel de votre propos dans ma réponse à Sisyphe ci-dessus (com. n°1).


Notamment au sujet de la prétendue règle "au pluriel, le masculin l'emporte sur le féminin" : ce n'est pas la langue qui est macho ici (car ce pluriel dit masculin est le cas non-marqué et vaut
comme neutre), mais la manière d'en parler et d'inculquer une idéologie à travers une grammaire déguisée en rôles sexuels.


 


Oui vous avez raison pour les accords, en particulier de certains pronominaux ("il se sont donnés à cette tâche" / "ils se sont donné du mal"), etc., où le se est parfois un accusatif,
parfois un datif, ce qui change bien sûr l'accord . Les fautes ne sont pas uniquement à mettre sur le dos d'une idéologie !


 


Pour infirmier, je ne vois pas le pb : le féminin existe dans l'usage et a le même sens. Il n'y a donc aucune raison de s'en priver. "Rectrice" me semble formé comme "directrice". Ce
n'est pas le cas lorsque le féminin existe mais a un autre sens et/ou peut être employé à des fins d'abaissement (maîtresse, entraîneuse, rapporteuse..). J'ai indiqué dans ma réponse à Sisyphe le
cas des sages-femmes qui peuvent être de sexe masculin ; on a voulu doctement leur imposer "maïeuticien" et à ma connaissance certains résistent et veulent qu'on continue à parler d'eux comme des
"sages-femmes" et au féminin - ce qu'ils (ou elles si on parle de la fonction !) sont en effet. 


 


J'ai donné dans ma réponse à Sisyphe des exemples dans d'autres langues. IL faudrait voir, dans les exemples que vous donnez, si le "masculin" a autant ou moins d'étendue que l'homologue
"masculin" en français, ce qui ne me semble pas évident. "Docteur" en français, nom masculin, peut désigner des personnes d'un autre sexe que masculin, tout simplement parce que, généralement, il
n'y a pas de marque du masculin en français, ce "masculin" est un cas non-marqué, ou si l'on veut marqué par une absence.


 


Bon j'arrête là car je ne suis pas spécialiste de linguistique et je devrais ici recourir à quelques "docteurs" plus autorisés que moi !



desaint claire 05/08/2014 17:47


Pour répondre au commentaire disant que la langue "ne pourrait être modifiée à l'envie" et qu'elle serait "le patrimoine de tous" et toutes ?!!, une langue vivante évolue sans cesse, sinon elle
devient morte. Elle doit aussi refléter la société qui l'utilise, cf les nouvaux mots issus de l'informatique.


Le féminin a disparu de la langue française en même temps que les femmes étaient exclues des métiers - le féminin des métiers existaient au Moyen Age - exclues de l'éducation et de la production
du savoir. Il est donc temps de revenir à l'état antérieur et de refléter les évolutions sociales. La moitié des français - les françaises -  ne peut être exclue de la langue.

Mezetulle 07/08/2014 16:14



Une langue ne peut pas être modifiée à l'envi et par décret. Les langues évoluent, changent, indépendamment de la volonté de ceux qui les parlent, et c'est pourquoi les linguistes parlent de
langues naturelles. Elles se comportent comme si elles étaient des objets naturels. Cela fait que mes remarques, comme les vôtres, sont des commentaires qui n'ont aucun pouvoir sur ce
qui sera l'usage dans 10,20, 50 ans... 


 


Le féminin n'a pas disparu de la langue française - j'ai même donné des exemples d'usage très résistant du féminin. Mais mon article invitait précisément à distinguer genre des mots et sexe des
personnes. Ce qui a disparu (ou plutôt qui n'est jamais vraiment apparu), ce sont les droits des femmes, et exhiber leur sexe, les épingler à ce sexe, les rendre visibles en tant que
femmes n'est pas forcément la meilleure manière de faire respecter ces droits. Je me permets de vous renvoyer à ma réponse à Sisyphe (commentaire n°1).


 


Pour ce qui est de "revenir à l'état antérieur et de refléter les évolutions sociales", il y a un exemple intéressant, celui des sages-femmes (j'en parle dans ma réponse à Sisyphe). Les hommes de
sexe masculin qui exercent ce métier revendiquent l'appellation "sages-femmes".


 


La moitié des Français parle le français, tout comme l'autre moitié, et les deux moitiés sont tout aussi compétentes l'une que l'autre. Et cela ne vaut pas seulement pour les Français, mais aussi
pour tous les francophones ! Du reste, aucun être humain ne peut être exclu d'une langue. 



Alain Champseix 05/08/2014 11:11


Lu sur un site féministe :  on ne rend pas un "hommage" à une femme mais un "femmage" (pronociation non indiquée). Certes, ici, l'étymologie est respectée mais la langue et l'idée n'en sont
pas moins violées. Un être humain qui le mérite doit recevoir un hommage qu'il soit un homme ou une femme, ce point n'a absolument aucune
importance. La notion d'hommage non seulement est ainsi perdue - c'est en tant qu'être humain qu'un individu a pu honorer l'humanité tout entière dans son essence ! - mais, en outre, cette
transformation du vocabulaire obtient l'inverse de l'effet recherché, à savoir une discrimination. Tout n'est peut-être pas bon à rejeter dans le féminisme mais tout volontarisme à l'égard de la
langue est suspect. Par définition elle ne dépend pas de l'arbitraire des individus ou de tel ou tel groupe, elle n'est pas un simple code que l'on pourrait modifier à l'envi : elle est le bien
de tous.

André Perrin 05/08/2014 09:47


L'actualité récente apporte de l'eau à votre moulin Catherine, puisque le Canard enchaîné nous apprend (30-07-2014) que Martine Aubry a traité son petit camarade Gaëtan Gorce de "vieille salope".
Ce membre viril du Parti socialiste serait bien mal avisé d'exiger qu'on le qualifiât de "vieux salaud" alors que le bon pape François n'a jamais réclamé, non plus que ses prédécesseurs, qu'on
parlât de lui en disant "Son Sainteté" sous prétexte que "duos habet et bene pendentes" comme l'attesterait l'épreuve de la sedia stercoraria, selon une légende qui remonte au IXème siècle. Et
lorsque d'aventure le ministre de la justice appartient au beau sexe il n'y a pas d'obstacle à ce que l'on dise, le cas échéant, "le garde des sceaux est enceinte" puisque aussi bien on admet
sans réticence que "la sentinelle a une belle érection" (surtout lorsqu'elle monte la garde).

Sisyphe 04/08/2014 19:33


À mon avis, la visibilité des femmes dans la langue est aussi importante que leur visibilité dans la société. Féminiser le langage qui prend le masculin comme norme, ce n'est pas de la "rectitude
politique" ("politicaly correct"), c'est un acte politique féministe. Il y a longtemps que l'Office de la langue française au Québec s'est penchée sur la question et a proposé la désexisation de
la langue. Je rois qu'il est moins pire de désexiser la langue française que de la parsemer d'anglicismes et de termes anglais, comme on en voit trop souvent. 


http://sisyphe.org/spip.php?article4190


http://sisyphe.org/spip.php?article414

Mezetulle 07/08/2014 15:30



À mon avis, la question n'est pas tant la visibilité des femmes en tant que femmes (car à ce compte il n'y a pas plus "visible" qu'une femme en burqa, et les intégristes religieux de
toute espèce n'ont de cesse de rendre les femmes très visibles et de bien mettre en avant la féminité) que celle de leurs droits (qui sont les mêmes que ceux des hommes mâles) et de la réelle
mise en application de ces droits.


Les mesures d'opérette, comme la prétendue féminisation de certains termes, ont principalement pour fonction de détourner cette question sur une scène d'autant plus voyante qu'elle est inefficace
du point de vue des droits. Et il faudrait aussi penser à celles qui ne souhaitent pas rendre leur sexe visible, qui ne souhaitent pas être réduites à leur prétendue identité sexuelle. Pour ma
part, j'aimerais bien qu'on me fiche la paix en ne me rappelant pas sans cesse mon sexe et le prétendu paquet-cadeau lourdaud qui va avec. Et je ne pense pas être la seule ! Les noms de fonction
sont presque toujours "au masculin" : il ne s'agit que de renvoyer ce prétendu masculin à sa fondamentale neutralité. Et vous savez que les sages-femmes, lorsqu'elles sont de sexe masculin,
tiennent à se faire appeler sages-femmes et non "maïeuticiens" : le féminin, lorsqu'il désigne une fonction, a droit également à la neutralité libératrice.


Je me permets de rappeler à ce sujet l'analyse publiée sur Mezetulle http://www.mezetulle.net/article-2084447.html . Mais aussi l'article sur Les Femmes savantes, si vous avez la patience de le
lire... : http://www.mezetulle.net/article-26565183.html


 


Par ailleurs, l'article ci-dessus, précisément, ne parle pas de "sexisation" mais invite à différencier genre des mots et sexe des personnes... Au fait, la dernière recrue du PSG (équipe
masculine) est bien un garçon ! Du reste, vous parlez du "langage" (et là oui je suis d'accord avec vous, le langage prend souvent le masculin, au sens d'un sexe, comme norme) et moi je parle
d'une langue. Or contrairement aux idées répandues, ce n'est pas la langue française qui "prend le masculin comme norme" (car en français on parle de "masculin" lorsqu'il n'y a justement pas de
marque), mais la manière dont on en parle. Par exemple dire que au pluriel "le masculin l'emporte sur le féminin" est  un langage, une manière de parler qui invite à confondre "absence de
marque" (= genre des mots)  et "sexe masculin". Or au pluriel, ce qui l'emporte dans la langue ce n'est pas le masculin comme sexe, mais l'absence de marque de genre pour ne garder que la
marque du pluriel : ce qu'on prétend être ici un "masculin" (en entretenant soigneusement la confusion entre genre d'un mot et sexe d'une personne) n'est autre qu'une absence de marque de genre.
Le pronom "il" peut indifféremment renvoyer à un mot de genre masculin (ce qui, lorsqu'il s'agit d'une personne ou d'un animal sexué, n'est pas forcément coïncident avec son sexe - exemples la
girafe, la recrue, la victime..), ou un ensemble (pluriel) dont le genre est indéterminé. Le pronom "elle" en revanche est marqué. Mais les autres langues ne sont pas en reste, je me permets de
rappeler que, en allemand le mot qui désigne "la femelle" par opposition au "mâle" dans les epèces sexuées est de genre neutre... ainsi que celui qui désigne "la petite fille" ; en italien la
forme de politesse est au féminin (car on s'adresse à une Altesse). 


 


J'ai donné l'exemple du pronom dans des cas-régime : le (accusatif), lui (datif). Autre exemple, toujours sur le pronom : "Etes-vous une vieille dame ? " - "Je le suis"  = je suis cette
qualité-là / "Etes-vous la vieille dame que j'ai vue hier dans ce café ?" - "Je la suis" = je suis elle, cette personne. Le prétendu masculin "le" renvoie bien encore ici à un élément neutre et
non à un sexe. Il y a une lettre de Voltaire à Mme Du Deffand, je crois, si mes souvenirs sont bons, à ce sujet. Je vais essayer de retrouver ce texte.


 


Maintenant, c'est bien sûr l'usage qui tranchera, comme toujours en matière de langue. Il existe déjà des termes désignant des personnes et qui acceptent parfaitement les deux genres (ex. :
enfant, secrétaire, touriste). Il est probable que d'autres substantifs leur emboîteront le pas, surtout lorsqu'ils sont à rime dite féminine (ex. : ministre). J'ai simplement voulu souligner que
la langue connaît d'autres lois et régularités que celles qu'on lui attribue faussement (comme l'énoncé inepte "au pluriel le masculin l'emporte sur le féminin") et que celles qu'on veut lui
imposer par décret et en méconnaissance de ses lois propres. Aucun décret n'a de pouvoir sur l'usage d'une langue naturelle. Et que fait-on avec ceux qui n'obéissent pas au décret et continuent à
avoir une "mauvaise langue" ? On leur met zéro ?


 


En ce qui concerne les anglicismes et les termes anglais, je pense qu'il convient de distinguer les deux cas. Un mot anglais peut parfaitement être assimilé dans l'usage en français et se plier
au génie de la langue française : c'est le cas, par ex. du mot "parking" que l'anglais n'utilise pas comme substantif (on dira plutôt "car park"), et qui se prononce à la française, avec accent
sur la dernière syllabe accentuable.. Donc là je ne vois pas de quoi s'alarmer, il s'agit d'assimilation : dans ce cas, c'est le français qui impose sa règle. En revanche un anglicisme consiste à
forcer une langue à se plier à une autre. Par exemple, dire "en charge de" au lieu de "chargé de" est un anglicisme bien qu'aucun terme lexical anglais ne soit visible... Et là je trouve qu'on
peut s'inquiéter !



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