4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 18:48
Bloc-notes
Mort programmée de l'histoire-géo en Terminale scientifique

En ligne le 4 décembre 2009

Mezetulle soutient l'appel de l'Association des professeurs d'histoire et de géographie qui alerte l'opinion au sujet de la disparition programmée de l'enseignement de leur discipline en Terminale scientifique et invite ses lecteurs à signer cet appel (voir texte et lien pour la signature ci-dessous).
A ce sujet, elle a reçu de Jean-Michel Muglioni le texte suivant, qui situe parfaitement ce projet dans un ensemble de remises en cause de l'enseignement. Elle s'empresse de le publier en s'y associant.

En février dernier (Sur les concours de recrutement, en ligne le 20 février  2009),j'ai dit pourquoi remplacer l’Agrégation ou le Capes par un Master pour baisser les coûts, c’était aussi décider que l’enseignement secondaire n’exige pas une compétence de même nature que l’enseignement supérieur..
De même vouloir qu’un professeur de collège ou de lycée, au lieu d’avoir un service de 15 ou 18 heures de cours, soit présent 35 heures dans son établissement (ou seulement 27 comme il semble qu’à gauche on vienne de l’envisager à Dijon), c’est considérer que le contenu scientifique de l’enseignement n’exige pas qu’un professeur du second degré prépare ses cours.

De tous les côtés, la nature même de l’enseignement est donc remise en cause.
Ces jours-ci, la suppression de l’enseignement de l’histoire et de la géographie dans les classes terminales scientifiques est envisagée. Certes, on ne nous dit pas « suppression », on dit que cet enseignement deviendra optionnel, comme si les élèves de ces classes allaient choisir cette option !
Il importe en effet que les futurs cadres techniques et scientifiques de la nation ignorent l’histoire et la géographie, disciplines critiques où l’on apprend à ne plus croire sur parole les politiques. Il importe qu’ils ignorent les disciplines réflexives qui envisagent les choses humaines dans leur généralité, c’est-à-dire en prenant en compte tout ce qu’elles ont de substantiel et de profond, tandis que l’économie les considère et doit les considérer abstraitement. Il importe de produire des économistes qui n’aient aucune idée des luttes syndicales. Il importe que les « élites » ignorent le tragique de l’histoire humaine.

La seule leçon de l’histoire, disait Hegel, c’est qu’il n’y a pas de leçon de l’histoire – et si tout est fait pour que ceux-là même qui auront à décider du sort des peuples ignorent l’histoire, on peut être sûr que le XXI° siècle répétera à sa manière les catastrophes du XX° siècle.
Jean-Michel Muglioni

Texte de l'appel :
" L'Assemblée Générale de l'Association des Professeurs d'Histoire et de Géographie (APHG), réunie le dimanche 29 novembre 2009 au Lycée Saint Louis à Paris :
- Condamne et rejette tout projet de réforme des Lycées aboutissant à la disparition de l'Histoire et de la Géographie dans les classes de Terminale scientifique
- Exige le maintien d'un enseignement obligatoire en Terminale scientifique (TS) débouchant sur une épreuve au Baccalauréat
- Souligne combien l'Histoire et la Géographie éclairent fondamentalement les débats contemporains sur les identités, les cultures, les territoires et la mondialisation.
L'APHG invite toutes celles et tous ceux qui approuvent cet appel à le signer et à le faire signer."

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par Mezetulle et JM Muglioni - dans Bloc-notes actualité
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commentaires

Mezetulle 10/12/2009 22:28


Les commentateurs trouveront une analyse plus ample et d'autres réponses dans l'article de Jean-Michel Muglioni Les horaires d'histoire et la sempiternelle "réforme" des Lycées, publié le 10 décembre
2009.

Merci de vous reporter à cet article, aucun commentaire supplémentaire ne sera publié sur ce bloc-notes.


Ici ou Ailleurs.net 08/12/2009 15:42


Je vous rejoins sur l'interrogation quant à une volonté délibérée de faire des futurs cadres, des spécialistes incultes.

En revanche, je ne suis pas d'accord sur la première idée: "un enseignement qui se réduirait aux dates est mieux que rien." A mon sens, assimiler histoire à une bête connaissance de dates, est plus
préjudiciable au fait d'être conscient que la matière ne soit pas enseignée. Le 2° a mon avis a plus de chances d'entrainer un intérêt plus tard porté vers la compréhension.

J'ajouterais que l'on ne s'agit pas de pointer des individus faisant bien ou mal leur métier, mais de dénoncer un cadre global orientant les cours dans cette direction, ce qui est bien
différent.

Je précise enfin qu'il s'agit de débats connexes, je vous rejoins, comme surement une immense majorité de gens, sur la question de fond.

Bien cordialement

Ici ou Ailleurs.net
http://iciouailleurs.net


jl schmitt 08/12/2009 13:51


Les enseignants de sciences se sont depuis longtemps du niveau des élèves en langue et surtout logique mais nos associations (APMEP) sont tombées dans le délire : apprendre à apprendre, construire
son savoir ... ce qui serait bien si on n'avait pas laissé tomber le reste.
Nous avons eu ensuite des consignes : faire du cours. Mais trop tard... Revenir à des exigences d'il y a 20 ans entrainerait une révolution.
Je viens de faire cours à des TS : cours antérieurs non sus, pas d'analyse et synthèse.
Pour le cas des cadres, il y a deux choses :
On aura toujours des élites intellectuelles. Même dans mon petit lycée, j'ai qqes élèves qui réfléchissent et qui seront des "honnêtes" gens et réussiront (j'espère).
Pour les cadres dont je pense, vous parlez, c'est à dire les dirigeants, cotoyant une "cadre" très supérieur, on ne leur demande ni culture, ni réflexion. Ils doivent mettre leur intelligence
(certaine) au service d'une pensée. Ils font de la "technique".
Il suffit de regarder leur mode d'étude et de recrutement : l'étude de cas où il faut savoir surtout ce qu'attend le supérieur hiérarchique.
Ce qui est dramatique dans les réformes depuis x années, c'est le creusement des inégalités dues à l'origine sociale. Si le système ne tire pas vers le haut, personne ne le fait pour beaucoup
d'élèves et les disciplines n'ont alors pas d'importance.
Malheureusement, toute lutte est perdue d'avance et c'est donc la destruction annoncée d'une EDUCATION NATIONALE !
JL SCHMITT (pessimiste, je sais !)


Mezetulle 08/12/2009 21:25


Je me permets de vous signaler l'article Qui a peur des humanités ?, rien de nouveau
effectivement dans les réformes depuis x années.


Bashô 08/12/2009 13:19


Puis-je souligner que la physique et la biologie ont été depuis longtemps supprimées des TL sans que les "littéraires" s'émeuvent? Alors qu'un bagage minimal mais solide de ces disciplines à la
fois dans les acquis et dans la méthode (l'intuition physique par exemple) permettrait par exemple un recul critique face à bien des évènements. Par ailleurs, je souligne que l'histoire-géo est
pour l'essentiel déplacée en première avec épreuve au bac, ce qui permettra peut-être aux élèves de se concentrer davantage sur cette matière qu'en terminal où elle n'est que secondaire.


Mezetulle 08/12/2009 21:23


Sur le premier point, j'ai moi-même bénéficié en Terminale "Philo" d'un enseignement de physique, de mathématiques et de biologie (qu'on appelait alors "Sciences nat", succinct mais très formateur.
Mais une erreur n'est pas un motif pour en commettre une autre ! Je vous renvoie d'autre part à l'article Qui a peur des humanités ? où les sciences sont explicitement abordées et soutenues dans leur dimension critique : cet article, comme vous le verrez, est issu d'un meeting tenu
... en 1992 (eh oui, les choses n'ont guère avancé depuis !) qui rassemblait des "littéraires", ce qui n'a pas empêché mon propos d'être vivement applaudi sur ce point particulier.
Sur le deuxième point (l'argument du déplacement des heures et de leur regroupement) : voir la réponse de J.M. Muglioni au commentaire n° 2.
Enfin, il me semble contradictoire d'avancer le premier point et de dire ensuite qu'il est normal de supprimer une discipline au motif qu'elle est "secondaire" à un certain moment du cursus !


Ici ou Ailleurs 07/12/2009 15:16



Je trouve la suppression de l'histoire / géo en T°S dangereuse.

Cependant, je me méfie aussi du mouvement contraire engendré.
J'ai entendu qu'une partie (mais quel volume ?) serait rebalancée en 1°.

Et 2° point, ce n'est pas pour faire l'avocat du diable, mais un argument de JM Muglioni me fait sourire: disciplines critiques où l’on apprend à ne plus croire sur parole les
politiques.


Je rappelle quand même, pour y être passé récemment, que les cours d'histoire / géo sont plutôt une succession de faits et de dates bien peu intelligibles. Ca donne plutôt une matière première;
la phrase sur la discipline critique me fait sourire, et je pense ne pas être le seul ^^.


 


Ici ou Ailleurs


http://iciouailleurs.net



J.-M. Muglioni 08/12/2009 11:21


Réponse de Jean-Michel Muglioni reçue par Mezetulle :


On ne définit pas une discipline par l'insuffisance de ceux qui en sont chargés. Il arrive en effet que l'histoire comme les mathématiques soient fort mal enseignées, comme il arrive que n'importe
quel métier soit mal pratiqué.
Et même un enseignement qui se réduirait aux dates vaut mieux que rien: on y apprend qu'il y a eu une révolution en 89, une guerre en 14, etc.
L'horaire d'une discipline ne se définit pas seulement par la somme des heures enseignées de la 6° à la Terminale. Soit une caricature: 24 heures d'histoire/géographie de la 6° à la 3°, sans rien
ensuite, ce n'est pas la même chose que 24 heures de la 6° la terminale incluse.
La question de fond est ici de savoir s'il faut que les élèves soient spécialisés dès la terminale.
En outre, les futurs cadres du pays passant généralement par la TS, on me permettra de me demander s'il n'y a pas une volonté délibérée d'en faire des spécialistes incultes.




jl schmitt 07/12/2009 13:13


Mais il ne faudrait pas ignorer que la réforme, c'est aussi la mort programmée des sciences !!
Il ne faut pas saucissonner le rejet de la réforme et sortir de défense "corporatiste" pour ne pas faire le jeu du ministre : les matières en concurrence ! Son architecture est catastrophique par
misérabilisme. Elle n'est guidée que par la réduction des postes et les élèves (surtout moyens) paieront cher tout cela


J.-M. Muglioni et C. Kintzler 08/12/2009 11:17


Mezetulle vient de recevoir la réponse de Jean-Michel Muglioni :

Il est vrai que l'instruction fait un tout et que sans une culture scientifique, il n'y a pas de culture. Il est vrai que les réformes successives tendent à faire disparaître ce qui fait l'intérêt
des sciences, je veux dire leur rationalité, pour n'enseigner qu'à utiliser des formules dont l'élève n'a jamais appris à rendre raisons. Un lecteur de ce blog doit avoir remarqué que nous
n'ignorons pas cette dérive de l'enseignement dit scientifique. Si chaque fois qu'une partie de l'instruction est mise en cause et qu'on la défend, nous sommes traités de corporatisme, tout est
perdu. D'autant qu'on n'a pas encore vu les associations des professeurs de sciences s'inquiéter de la disparition de l'enseignement littéraire depuis trente ans au moins. Mais mes collègues
mathématiciens commencent à s'apercevoir que leurs élèves ne peuvent pas lire l'énoncé des problèmes lorsqu'il est rédigé en français.

******
Je me permets d'ajouter que d'éminents mathématiciens, notamment Laurent Lafforgue, s'alarment depuis assez longtemps sur le sort instrumental qui est fait à leur discipline dans l'enseignement. Je
renvoie au blog de Fabien Besnard sur ce sujet et sur bien d'autres : on y verra un exemple du lien très fort entre les mathématiques, la physique, les sciences en général et les humanités.
Voir le blog Math-et- physique
par  Fabien Besnard qui a aussi un site internet Mathéphysique

Catherine Kintzler


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