18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 09:38

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Appel au meurtre entendu sur France-Info ? Non : j'ai rêvé

En ligne le 18 septembre 2012


Mardi 18 septembre, entre 7h15 et 7h30, j'ai cru entendre sur France-Info - mais j'ai sûrement rêvé - la diffusion de l'interview d'un jeune militant salafiste français ou résidant en France dans laquelle ce dernier déclarait : « Ceux qui insultent le prophète, il faut les tuer ».

Mon rêve (j'étais debout devant mon lavabo, mais on peut rêver éveillé) s'est poursuivi ainsi: le journaliste conduisant l'entretien lui faisant remarquer que « cela est très violent », il a répondu que oui, c'est violent, mais « on n'insulte pas le prophète », et d'ajouter que les lois de la République n'existent pas à ses yeux.


Ensuite je me suis dit, toujours en rêve, que cet interview effrayante est pourtant très utile et qu'on peut féliciter France-Info de l'avoir diffusée (dans ce que j'ai entendu - ou cru entendre - l'appel au meurtre était clairement présenté comme un contenu d'info et en aucune manière assumé par l'intervieweur). Utile par la charge d'information (pardon  : de ce que j'ai rêvé comme information) qu'elle contenait bien sûr. Utile au plan judiciaire car, me suis-je dit toujours en rêve, elle va permettre au Ministère public de poursuivre la personne interviewée pour appel au meurtre. Mais utile aussi sur le plan politique car une telle information, si elle était avérée, donnerait une occasion à la plupart des musulmans vivant en France, qu'ils soient ou non français, de condamner de tels propos sans équivoque - ce qu'on fait d'ailleurs nombre de dignitaires religieux à propos des violences meurtrières de ces derniers jours au prétexte d'un film hostile à l'islam.

Je pense en effet que ce qui permet de rompre la trompeuse homogénéité de ceux qu'on appelle (en un amalgame peu regardant) « les musulmans », tout ce qui permet de produire, de révéler et d'attiser le débat en leur sein, tout ce qui leur permet de rejeter les dérives fascisantes qui ont trop longtemps prétendu parler en leur nom est bon. Et cela, il est vrai que je le pense, que ce soit ou non en rêve n'y change rien. Comme le dit Descartes, on sait qu'un triangle a trois côtés même quand c'est en rêve, et quand on rêve qu'on est triste ou effrayé, il est très vrai qu'on est triste ou effrayé.


Quant à l'interview, c'est sûr, je l'ai rêvée, en particulier cet appel au meurtre. En effet, il m'est impossible de retrouver cette diffusion sur le site de France-Info, impossible de la réécouter et impossible donc de donner la moindre preuve de ce que j'ai cru entendre. Oui, j'ai dû rêver. Il faut donc conclure que cette interview n'a jamais été diffusée, qu'elle n'existe pas, et que les propos que je crois avoir entendus ne sont rien d'autre qu'une fiction ou si l'on préfère une hallucination dont j'ai été victime.

J'affirme cela haut et fort, sinon c'est moi qui serai passible de poursuites pour « propagation de fausses nouvelles », et quelles nouvelles : un appel au meurtre ce n'est pas rien, et il faut avoir l'esprit tordu pour en faire état sous forme de citation, entre guillemets, et même en incluant ces guillemets dans les guillemets d'un rêve. Mais enfin, ce n'est pas un délit d'avoir l'esprit tordu ni de raconter un mauvais rêve et ce qui s'y est dit.

 

[Edit 18 sept. 13h14]. Eh non, je n'ai pas rêvé ! Comme le signale un commentateur ci-dessous, et comme je l'ai appris aussi de quelques amis par téléphone, l'interview a été diffusée aujourd'hui sur France-Inter notamment au journal de 13h, et elle est audible aujourd'hui sur le site de France-Inter (Interview par Nasser Madji, France-Inter 18 septembre, 8h00). Je m'empresse de mettre cet Edit rectificatif en ligne : car je crains maintenant d'être poursuivie pour « propagation de fausse nouvelle » pour avoir écrit que cet entretien n'existe pas ! Il existe bel et bien et voici la preuve enregistrée :

 

 

 


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commentaires

Caspard Annette 19/09/2012 23:16


"un visage d'enfant", et une pensée simpliste donc infantile - rien que de très logique!


"une conscience politique aiguisée" - je pense que cette remarque se veut ironique de la part du présentateur ... (Comment ça, je tombe moi aussi dans l'irrespect ???)


Si ce fait n'avait pas été véridique, chère Catherine, je l'aurais qualifié de "cauchemar", et non de rêve ...


Ce soir mercredi 19/09, dans l'émission "28 minutes" (qui maintenant en dure à peu près 40 !), animée par Elisabeth Quin, le sujet portait justement sur l'initiative prise par "Charlie Hebdo", de
republier quelques caricatures, inédites. (Il paraît que ce journal était en rupture de stock avant la fin de la matinée, il y aura un nouveau tirage).


Etaient invités :Luz, dessinateur au journal, Chems-Eddine Hafiz, vice-président du CFCM, et l'épatant Abdelwahab Meddeb. Il est regrettable que Luz se soit montré hésitant et un peu décousu dans
son élocution. M. Hafiz, bien entendu, quoique courtois et relativement modéré, affirmant
comprendre la nécessité de la liberté d'expression, a condamné l'acte du journal, l'estimant insultant, et surtout inapproprié dans le contexte explosif actuel. Eh! bien je ne peux que remercier
vivement M. Meddeb, le seul a avoir  analysé clairement la situation : une provocation débile (le film), qui semble avoir eu sciemment pour
but de mettre le feu aux poudres, à laquelle ont répondu les prévisibles manifestations coutumières (vociférations, drapeaux brûlés, menaces de
mort envers ... qui, au fait ? Bof! quand on hait, on ne compte pas : envers l'Occident et les Américains, faisons bonne mesure !!!).C'est mathématique : ON tombe dans le panneau ! ON, par
ailleurs, représente je pense moins de monde que ce que les médias veulent bien nous montrer ... Et au fait, si les médias avaient décidé de
passer toutes ces c-------- sous silence, que se serait-il passé ? RIEN, NADA,NOTHING ... ou pas grand-chose ...


En fait, M. Meddeb a expliqué cela plus succinctement (j'en profite ici pour m'exprimer à ma façon !), mais c'est exactement ce qu'il voulait exprimer. Aux questions ou louvoiements, il a
réaffirmé à plusieurs reprises que pour lui, la liberté d'expression n'était pas négociable, et que se sentir blessé dans ses croyances ne justifiait en aucune façon destructions et appels au
meurtre!


Il a dit malgré tout que les nouveaux dessins étaient fort mauvais. Possible, mais le principe même des caricatures est l'outrance, la question de leur qualité est hors sujet!


Quoi qu'il en soit, tout mon respect à A.Meddeb.


Et, pour ma part, je salue "Charlie Hebdo", celui qui OSE ... et qui peut-être contribue à retarder l'heure funeste où le délit de blasphème serait rétabli ...


 


 

silversamouraï 19/09/2012 14:05


je ne pense pas que vous ayez rêvé...les pseudo-manifestants devant l'ambassade américaines ont scandés à plusieurs reprises :" égorgez les juifs"...en arabe...

Muglioni 18/09/2012 19:24


J'ai moi-même entendu des journalistes français sur je ne sais quelle radio dire qu'il y avait un mouvemernt de protestation violente contre, je cite "un film blasphématoire". Ils ne savent pas
que le blasphème n'a aucune réalité juridique et que ce qu'un fidèle considère comme un blasphème n'est au regard de la loi qu'une opinion, qu'on est libre de publier ou de critiquer.


Je ne doute pas de l'inanité de ce film. Mais les navets ne tombent pas sous le coup de la loi s'ils ne contiennent pas d'appel au meurtre.


Lors de la profanation de la mosquée, odieuse en effet, et qui tombe sous le coup de la loi, la maire de Montauban a parlé d'un "acte odieux et blasphématoire". Les intégristes ne sont pas les
seuls à ignorer la loi.

Mezetulle 18/09/2012 20:09



Merci Jean-Michel, il est important de rappeler que la notion de "blasphème" n'a aucune validité juridique en France.... sauf en Alsace-Moselle où le régime concordataire est encore en vigueur!
C'est une des raisons pour lesquelles il faut empêcher François Hollande de constitutionnaliser le
Concordat.


Sur la notion de "blasphème", voir cet article sur
Mezetulle



Suzanne 18/09/2012 17:26


D'accord pour la présentation de France-Info. L'homme ne se définit pas comme salafiste, c'est tout. De ce qu'on entend de lui, on  peut facilement le qualifier d'extrêmiste.  Je me
demandais si salafiste était un synonyme acceptable d'intégriste, fondamentaliste. Par ailleurs, je n'ai jamais entendu de musulman extrêmiste se prétendre salafiste.
Je ne joue pas sur les mots, je dis extrêmiste, car j'ai du mal à saisir la nuance entre intégriste, fondamentaliste, salafiste. Ce sont toujours les présentateurs qui
le précisent. Je me demande si exprimer le désir  de tuer ceux qui critiquent le prophète peut être considéré comme  du salafisme. Dans la mesure où pour la victime et pour la
société  la nuance, s'il y en a,  est de peu d'importance,  je ne sais pas si j'ai raison de me poser la question. Ces appels au meurtre font froid dans le dos.

Mezetulle 18/09/2012 20:04



Je n'en sais pas plus que vous !



Suzanne 18/09/2012 15:11


J'ai écouté cet entretien, mais il ne me semble pas avoir entendu le mot salafiste. Il ne l'est peut-être pas.


il dit que seul l'islam est licite, que le reste n'existe pas. Il dit qu'il va tuer, qu'il pourrait tuer. Est-ce cela en fait automatiquement un salafiste, et fait des autres salafistes des
tueurs potentiels ?


Et, accessoirement, ma question sans sous-entendu n'est-elle pas une pinaillerie sans intérêt ?

Mezetulle 18/09/2012 17:06



Le mot salafiste a été prononcé dans la présentation qui précède l'interview sur France-Info. Il est écrit en toutes lettres sur le site internet de France-Inter comme vous pouvez le
voir dans la copie d'écran ci-dessous.


Si vous avez écouté l'interview, les propos du début sont très clairs, je les retranscris : "Celui qui insulte le prophète, que ce soit cet homme [ie : l'auteur du film incriminé], que ce soit
n'importe qui, il faut le tuer, moi j'espère qu'il y a des gens qui vont s'occuper de lui et qui vont l'éliminer [...]"





 



Incognitototo 18/09/2012 13:10


Non, non, vous n'avez pas rêvé, l'info vient d'être reprise aujourd'hui au 13 h de France Inter...
Ils nous fatiguent vraiment ces psychotiques en liberté.

Pocus 18/09/2012 12:40


"Il a répondu que oui, c'est violent, mais « on n'insulte pas le prophète », et d'ajouter que les lois de la République n'existent pas à ses yeux".


 


A rapprocher, toutes proportions gardées, des hurlements de Mme Boutin qui prétend que les lois de la République sont inférieures en droit à la liberté de conscience, et veut autoriser les maires
à opposer une clause de conscience pour ne pas appliquer les lois sur la famille...

Mezetulle 18/09/2012 13:32



Toutes proportions gardées en effet, et ce n'est pas seulement une question de degré.


Car d'abord Mme Boutin à ma connaissance n'a jamais appelé au meurtre.


Et quand elle parle de "clause de conscience", elle dit de ce fait même que s'il y a une loi, elle la tiendra pour valide, comme une règle générale : réclamer l'exception c'est une
manière de dire la règle et de dire qu'il y a une règle. Les propos de ce jeune salafiste sont totalement contraires à cette logique de l'exception impliquée par le concept de clause de
consiecnce : il présente ses positions comme une règle absolue à laquelle (je reprends ici un passage de son interview) il faut s'adapter. Il a dit en substance : c'est aux autres de s'adapter à
l'islam (précisons: l'islam tel que lui l'entend).


PS. L'adresse mél que vous avez indiquée n'est pas valide. Merci de bien vouloir respecter cette règle de publication des commentaires la prochaine fois svp !


 



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