24 août 1970 1 24 /08 /août /1970 21:59
Pour lutter contre l'intégrisme, faut-il commencer par baisser les bras ?
Réponse à l'article de Farhad Khosrokhavar « Ce que la burqa nous voile » (Le Monde 1er août 09)
par Catherine Kintzler

En ligne le 3 août 2009

Pendant la suspension estivale des travaux de la Commission d'information parlementaire sur le port de la burqa, une campagne "progressiste" de soutien à l'intégrisme islamiste commence à se répandre dans la presse. Après avoir minimisé le nombre de burqas en France (on s'alarme pour si peu !), elle a trouvé en l'article de Farhad Khosrokhavar "Ce que la burqa nous voile" un argument que les connaisseurs en dialectique apprécieront : l'antidote contre la burqa serait la banalisation et l'approbation du port du voile !



Une "loi sur la burqa" est-elle pensable ?


La campagne pro-burqa qui se déploie cet été se contentait jusqu'à présent de recourir à la minimisation. A quoi bon s'alarmer pour "367" burqas (1) ? A supposer que le port du voile intégral soit marginal (ce qui reste à prouver autrement qu'en sortant un chiffre du chapeau des RG) on en reste pantois : est-ce sur le nombre que le législateur doit décider de l'illégalité ? A ce compte, il faudrait abolir bien des délits ou infractions au motif de leur rareté. D'ailleurs, si les chiffres étaient à l'opposé de ceux qu'on nous sert, la conclusion n'aurait pas manqué d'être la même : si des dizaines de milliers de masques étaient portés sur la voie publique, une loi qui les interdirait serait présentée comme contraire aux moeurs établies, impopulaire et inutile.


Cette piètre argumentation vient d'être surclassée par Farhad Khosrokhavar dans un texte publié par Le Monde le 31 juillet (daté du 1er août) sous le titre "Ce que la loi sur la burqa nous voile". En parlant de "loi sur la burqa", le titre est déjà savoureux. L'auteur sait bien qu'il n'y a aucune loi sur la burqa, et qu'il ne saurait y en avoir. La loi est générale et si la burqa venait à être interdite, ce ne pourrait être qu'en vertu d'une disposition qui ne la vise pas en particulier - par exemple l'interdiction du port du masque sur la voie publique vaudrait aussi pour une cagoule type KKK. Mais peu importe, surtout dans un titre, de choisir le mot vrai : il faut choisir le mot accusateur, celui qui a déjà décidé que le législateur a des intentions "islamophobes".



Lamentation moralisatrice sur le succès de la loi de 2004

Cependant, la première phrase du texte revient au réel : "La loi sur les insignes religieux de 2004 a établi la paix dans l'école publique". On a bien lu, la loi de 2004 est un succès. Ce succès juridique ne peut être que moralement suspect : "elle a totalement délégitimé le foulard dans tout l'espace public, y compris dans la rue", regrette l'auteur. On lui répondra que c'est faux, l'issue du procès Truchelut l'a amplement montré : le port de signes religieux est licite dans l'espace civil et n'est interdit que dans les espaces participant de l'autorité publique. Farhad Khosrokhavar ne l'ignore pas, et il précise sa pensée en invoquant la différence entre légitimité et légalité : légal certes, le port du voile souffre cependant d'un discrédit social diffus, c'est ainsi qu'il fallait comprendre le terme de "délégitimation".


Traduisons cette pleurnicherie moralisatrice en termes vulgaires : le voile porté dans la rue se fait parfois regarder de travers, et ce n'est pas bien. Il ne suffit pas à Farhad Khosrokhavar que le port du voile soit légal dans l'espace civil : il faudrait encore qu'il soit valorisé. Il ne lui suffit pas que la loi autorise une chose en ne l'interdisant pas : il faudrait encore que cette autorisation soit expressément l'objet d'un discours approbateur, il faudrait encore que la population, incitée par un discours public bienpensant, encense ce qui est autorisé. On est en plein ordre moral.


Sous la lamentation, l'analyse politique me semble juste. L'un des effets de la loi de 2004 a été, au-delà de son strict champ d'application, de stopper la banalisation du port du voile et de transformer celles qui le portent en militantes d'une pratique particulière de l'islam. Que les musulmanes ne portant pas le voile puissent être perçues comme majoritaires, banales, ordinaires, que les "grands frères" qui les accusent de légèreté soient à leur tour montrés du doigt, voilà effectivement une "délégitimation" déplaisante pour ceux qui approuvent le port du voile et qui veulent le re-banaliser en le présentant comme norme. Farhad Khosrokhavar ne se prive pas du plaisir de rappeler que, dans cette approbation et ce voeu de normalisation, il est en bonne compagnie : le président Obama, qui a pris une femme voilée comme conseillère, n'a-t-il pas compris, lui, que le voile est un phénomène religieux strictement individuel et nullement communautaire, encore moins fondamentaliste ? - il faut vraiment avoir mauvais esprit pour croire autre chose, et pour refuser de "bâtir un foulard républicain" (sic), un foulard "transformé" qui serait "affirmation de soi plutôt que soumission au patriarcat" (re-sic)! 


La fuite des cerveaux voilés et l'appel à une laïcité submersible


Vient alors la plainte sur la fuite des cerveaux et des compétences. On ne sait pas ce qu'on perd en poussant hors de France "beaucoup de femmes portant le voile", parce qu'on rend "leur vie religieuse et professionnelle infernale" (on se demande par quelles persécutions). L'auteur nous apprend que ces exilées sont les plus intelligentes, les plus diplômées et les plus riches. Dire de celles qui sont toujours en France qu'elles sont de pauvres idiotes serait injurieux, aussi Farhad Khosrokhavar use d'une circonlocution plus élégante : "Celles qui sont restées l'ont fait par manque de ressources intellectuelles ou économiques".

Il poursuit sa lamentation : si seulement on pouvait reconnaître les mérites d'intellectuels "ambivalents" qui, comme Tariq Ramadan, savent concilier la carpe et le lapin, le fondamentalisme et l'anti-intégrisme ! Mais non, en France les musulmans en sont réduits à être soit fondamentalistes soit républicains ! Cela nous empêche de voir que la laïcité pourrait "être la figure de proue" d'un "nouveau système de valeurs" pourvu qu'elle accepte, bien entendu, de voir l'islam de l'intérieur.

Cela me fait voir en revanche clairement que Farhad Khosrokhavar est bien plus innovant qu'un militant de la "laïcité nouvelle" ou "plurielle" ou "positive" : il propose la laïcité noyée par une vision intériorisée des religions, figure de proue submersible sous un océan religeux "modernisé".  [ Haut de la page ]



Le voile, antidote contre la burqa : la maxime munichoise de la résistance molle à l'intégrisme et ses variations


Ceci n'est rien à côté de l'argument principal qui irrigue constamment l'article : pour lutter contre la burqa, rien ne vaut le port du voile. Au fil du texte, le raisonnement s'affine en une forme qui serait comique si elle n'était pas effarante : pour lutter contre le port de la burqa, il faut le tolérer, car l'interdire serait un signe d'arrogance franchouillarde. Superbe dialectique qui, à défaut de validité logique et de portée politique, s'offre sous des aspects variés.


Première variation, c'est l'invention d'un personnage rassurant : la femme voilée médiatrice auprès de la femme en burqa. On la retrouve un peu plus loin, déguisée en militaire résistant : "bastion contre ce type de religiosité sectaire". L'auteur ne doute pas que la première puisse convaincre la seconde de quitter son masque et sa prison volontaires. Le raisonnement inverse n'est jamais évoqué : que la burqa puisse séduire des voilées en quête de pureté abnégatrice et de radicalité, que la banalisation du voile puisse "légitimer" l'extension de phénomènes de plus en plus sectaires, cela est exclu... et cela ne s'est jamais vu - j'ose à peine citer le contre-exemple des pays qui ont misé sur cette stratégie communautaire en laissant se développer une contagion réputée devoir s'éteindre d'elle-même. On ose à peine rappeler à Farhad Khosrokhavar que, effrayés par les effets de cette politique de laisser-aller, certains n'ont pas hésité récemment aux Pays-Bas à se tourner vers l'extrême-droite ; on préférerait qu'ils se tournent vers une solution de laïcité franchouillarde et arrogante.


Seconde variation, c'est une figure politique connue : la complicité des extrêmes. La "version dure de la laïcité" rend l'hyper-fondamentalisme plus attractif, prétend l'auteur. On aimerait savoir ce qu'il entend par laïcité "dure" et on voudrait rappeler encore une fois l'issue du procès Truchelut : la laïcité ne s'oppose pas aux manifestations religieuses dans la société civile. En revanche on comprend très bien qu'il propose une laïcité molle, douce pour l'intégrisme islamiste qu'il faut toujours commencer par accueillir sans broncher en attendant qu'il disparaisse de lui-même, aidé en cela par la bienfaisante action des médiatrices voilées. Méthode suivie avec le succès que l'on sait notamment par le Royaume-Uni et les Pays-Bas ; méthode testée pendant 15 ans en France pour le port des signes religieux à l'école publique approuvé par Lionel Jospin en 1989, au point qu'il a fallu voter une loi en 2004 pour en stopper la prolifération.


On comprend finalement très bien que, en proposant l'extension et l'approbation du voile comme antidote contre la burqa, Farhad Khosrokhavar révèle la troisième variation de son argumentation, ou plutôt sa forme fondamentale : c'est que pour lutter contre l'intégrisme religieux à visée politique hégémonique, il faut l'accepter avec bienveillance et en faciliter la propagation. On rappellera la maxime générale, de type munichois, de cette désastreuse stratégie : pour lutter contre un fascisme, il faut commencer par le méconnaître et par baisser les bras - toute forme directe de résistance relevant ici de l'arrogance franchouillarde. 
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© Catherine Kintzler, 2009

Notes  
1 - Voir notamment l'éditorial du Monde "La loi et la burqa" 29 juillet 2009.

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par Catherine Kintzler - dans Politique - société
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commentaires

PH 19/09/2009 13:39

Les sociétés savantes américaines réunies dans la "National Coalition Against Censorship" répondent, sobrement mais fermement, aux Presses Universitaires de Yale :
http://ncac.org/images/ncacimages/Yale%20Letter%20Sept%202009.pdf
Tous ne sont pas d'accord pour bazarder le premier amendement, et c'est tant mieux.

Mezetulle 19/09/2009 18:25


Merci pour le suivi de cette affaire (voir le commentaire qui précède, n° 12).
Je donne le lien sous forme cliquable :
http://ncac.org/images/ncacimages/Yale%20Letter%20Sept%202009.pdf


PH 25/08/2009 10:53

re-bonjour,
Je poste ici, comme c'est le fil le plus récent, même si le sujet est assez éloigné. Peut-être avez-vous pris connaissance de cette affaire :
http://www.nytimes.com/2009/08/13/books/13book.html?_r=1
Les Presses universitaires de Yale ont censuré un livre consacré -- justement -- aux réseaux de censure islamistes tels qu'ils se sont activés lors de l'affaire des caricatures. Il s'agit d'une étude académique tout ce qu'il a de plus sérieuse : rien à voir avec un brûlot islamophobe. De plus, non seulement ils ont interdit la reproduction des caricatures (publiées uniquement à fins d'étude universitaire, répétons-le), mais aussi la reproduction de toutes les images de Mahomet.
Peut-être que Mezétulle devrait lancer un petit signe à destination de cette universitaire, qui doit se sentir quelque peu abandonnée. Vous savez bien : dans ces cas là, par une étrange variation du syndrome de Stockholm, c'est la censurée qui devient suspecte.
J'ai une certaine admiration pour Obama. Néanmoins, il semble qu'il soit prêt, par pure condescendance à l'égard d'une "vieille Europe" conçue comme rétrograde -- sinon raciste -- à répéter les mêmes erreurs que celles commises ici par des gens comme Ken Livingstone. Et il ne s'agit par de demi-erreurs, comme vous le savez. Les démocrates américains, de même que les intellectuels "liberals," gagneraient à prendre notre expérience en considération avec  un peu moins d'arrogance. J'espère que vous avez été écoutée à Princeton. Parce qu'à Yale, apparemment, ils sont loin d'avoir compris.

Mezetulle 25/08/2009 21:35


Merci pour cette information.
Je redonne le lien sous forme cliquable :
http://www.nytimes.com/2009/08/13/books/13book.html?_r=1


PH 24/08/2009 11:45

367 burkas, ou de l'art du chiffre symbolique... une par jour, finalement, c'est si peu. A ce sujet, j'invite à lire le billet de Mohamed Sifaoui :
http://www.mohamed-sifaoui.com/article-34417631.html
 

Mezetulle 24/08/2009 16:03


Merci. Je me permets de redonner le lien sous forme cliquable :
http://www.mohamed-sifaoui.com/article-34417631.html

A lire également cette tribune de Christian Godin
http://www.humanite.fr/Burqua-l-art-de-se-voiler-la-face-une-tribune-de-Christian-Godin-philosophe


Achile 14/08/2009 13:14

billet posté, désolé pour le délai, et merci pour le lien, j'en suis honoré.http://reflexionzero.over-blog.net/article-34890279.html

polluxe 11/08/2009 14:34

"Rien n'empêche les lecteurs de signaler cette réponse sur le site du Monde en ligne  en plaçant un commentaire avec lien au bas de l'article de F. Khosrokhavar !  Rien ne les empêche non plus de faire un "buzz" sur le web !"Pour écrire sous les articles du Monde il faut être abonné, ce qui n'est pas mon cas.Alors je fais du buzz sur le web : http://polluxe.wordpress.com/2009/08/06/pour-lutter-contre-la-burqa/

Mezetulle 13/08/2009 08:47


Merci Polluxe. Voici le lien sous forme cliquable :
http://polluxe.wordpress.com/2009/08/06/pour-lutter-contre-la-burqa/


Achile 10/08/2009 11:04

A la lecture du Monde je m'étais trouvé très décontenancé tant je trouvais à cet article des "étrangetés" que je n'arrivais pas à verbaliser.Comme votre prose est bien plus intéressante que la mienne je vais le relayer car il mérite d'être lus par le plus grand nombre.Merci pour cet excellent article donc.

Mezetulle 10/08/2009 11:36


Merci pour votre accueil et le relais.
Et je saisis l'occasion pour mettre Réflexion zéro dans les liens de Mezetulle !


dedalus 07/08/2009 11:53

Merci de votre réponse, qui me semble un peu courte. Qui me renvoit à une précédente réponse où vous écrivez : "mais à quoi bon la liberté si elle ne vaut que pour ce qui me plaît ?"Or justement la question que je pose dans mon billet est : Qu'est-ce qui ne vous plaît pas dans le port de la burqa ?Sous la cagoule du KKK, il y a un membre du KKK. Qu'y a-t-il sous la burqa ? Vous ne répondez pas précisément à cette question. Une intégriste dangereuse ? La femme d'un intégriste dangereux ? Ou simplement une illuminée de Dieu - ou la femme d'un... ?Vous dites que "J'espère bien que la loi ne s'intéressera jamais à ma riche intériorité, à mes intentions, à mes pensées secrètes, ni à celles de quiconque, et qu'elle s'en tiendra à l'extériorité". Mais de quoi l'extériorité est-elle le signe, sinon des intentions et des pensées secrètes que vous lui prêtez ?Ou bien la burqa ne pose que le problème de l'identification de la personne... comme une barbe et des lunettes noires.

Catherine Kintzler 08/08/2009 10:22


Cher Dedalus,

Je réponds brièvement, parce qu'il me semble que bien des éléments de réponse ont déjà été mis en place sur ce blog.

Le voile (non intégral) ne me plaît pas davantage que le voile intégral, et pourtant je n'ai jamais écrit aucun texte suggérant son interdiction dans l'espace civil. Et j'ai écrit la phrase que
vous citez notamment pour contredire certaines positions ultra-laïcistes qui s'appuient sur cette aversion pour réclamer la disparition de tout signe religieux dans l'espace civil. Comme vous le
savez, j'ai toujours défendu la position contraire, en disant que même si cela ne me plaît pas, on doit tolérer le port de signes religieux dans l'espace civil car la laïcité ne le prohibe que dans
l'espace participant de l'autorité publique. Donc le pb n'est pas une aversion particulière.

Il me semble déplacé de devoir répondre à la question "qu'y a-t-il sous la burqa ?". Car cela ne regarde pas la loi qui doit s'interdire au maximum de sonder les reins et les coeurs. Le point de
vue de l'extériorité est aussi celui que j'ai adopté pour contredire l'ultra-laïcisme. Si un adolescent trouve bon de porter un signe nazi, on le lui interdira parce que c'est interdit pour
tout le monde sans distinction aucune dans les intentions, on le lui interdira même s'il le fait par fascination, par goût de la provocation, et "sans penser à mal"...

J'ai donné l'exemple de la cagoule KKK pour montrer qu'il n'y a qu'une différence du point de vue de l'extériorité avec le voile intégral, c'est que la cagoule KKK est temporaire. Donc si nous
acceptons le voile intégral, il faut aussi accepter le port de cagoules KKK. Il se trouve que la cagoule KKK est porteuse d'un projet politique d'apartheid. On peut aussi se poser la question pour
la burqa et le voile intégral. Mais du point de vue de la pure extériorité, ce sont des refus d'identification. Et là nous nous retrouvons sur la conclusion.

J'ai soulevé la question dans l'article Burqa et niqab au-delà du masque, une dépersonnalisation indifférenciée, où j'écarte effectivement l'argument de la laïcité ainsi que celui de la "dignité" des femmes.

Je ne développe pas davantage pour le moment sur la question du masque et des raisons pour le prohiber dans des circonstances expressément définies etc., car il y a différentes sortes de
masques, ni sur la question du déni d'identification car non seulement la notion a besoin d'un affinement juridique sur lequel je ne suis pas compétente, mais aussi il me semble que la
burqa va au-delà.
Je vous invite à lire le prochain numéro de Philosophie magazine (en kiosque le 27 août) qui m'a accordé un entretien sur ce sujet, que je ne peux pas évidemment reproduire avant
cette publication.


dedalus 06/08/2009 15:37

Et s'il fallait d'abord s'intéresser à la femme qui se trouve sous la burqa, plutôt que d'emblée focaliser sur cette dernière dont, finalement, on préjuge la destination : Sous la burqa, l'érotisme

Mezetulle 07/08/2009 11:14


On peut aussi s'intéresser à la personne qui se trouve sous la cagoule KKK ...
Sur la 'riche intériorité' qui habite chacun sous son masque, la question a déjà été abordée sur ce blog, je me permets donc de vous renvoyer à cet article, commentaire n°1 et la réponse.
J'espère bien que la loi ne s'intéressera jamais à ma riche intériorité, à mes intentions, à mes pensées secrètes, ni à celles de quiconque, et qu'elle s'en tiendra à l'extériorité.


rimbus 06/08/2009 14:07

Bonjourje ne suis pas d'accord avec vous. Ce n'est pas en interdisant le voile intégral que vous lutterez contre l'intégrisme. Premièrement, personne ne réfléchit à la manière de concrétiser cette interdiction (quelle sentence, quelle punition ou sanction ?). Deuxièmement, l'histoire nous montre que la répression même violente n'empêche pas le fanatisme (regardez les premiers chrétiens martyrisés par l'Empire Romain, ils ont finit par convertir l'empereur) et 8 ans de guerre coloniale en Afghanistan n'ont pas diminué l'influence des talibans. Troisièmement, la différence entre le niqab et le tchador est bien minime, et il y a une infinité de manière de se voiler pour une musulmane. Où placer le seuil de tolérance ? Faut-il interdire l'islam ? Faut-il interdire toutes les religions ? Effectivement il serait souhaitable que l'esprit de Voltaire puisse dominer le monde, mais que faire des obstinés superstitieux qui croient en Dieu, doit-on les sanctionner en leur expliquant que notre pensée vaut mieux que la leur ? Objectivement, on doit reconnaître qu'ils pourraient nous opposer la même argumentation.Enfin, ce débat est avant tout politique. Le mettre en avant pendant le congrès de Versaille, comme une question fondamentale de la vie française est un joli coup d'esbrouffre de Sarkozy. En effet, quel meilleur moyen que de vendre des armes à l'arabie saoudite pour soutenir son régime ? Un régime qui est le principal soutien au wahhabisme, promoteur de ce niqab qui n'est ni traditionnel ni coranique. Je crois qu'il faut réfléchir à ce que c'est que l'intégrisme musulman et où sont ses origines. Le niqab n'est qu'un des symptômes visibles de ce mal. Et faire disparaître un symptôme ne guérit pas forcément la maladie.http://rimbusblog.blogspot.com/2008/08/lutte-contre-le-socialisme-et-origine.html

Catherine Kintzler 06/08/2009 15:51


Je crois que vous n'avez pas pris connaissance des nombreux articles consacrés à la laïcité sur ce blog, sinon vous ne me feriez pas une grande partie des objections dont vous faites état ici. Je
ne reprendrai donc pas le détail de ces textes assez nombreux et circonstanciés, vous laissant le soin de les lire - vous en trouverez un récapitulatif sous forme de FAQ ici, avec les références, et vous trouverez plus de détails dans le Sommaire du blog. Je me contente juste de quelques remarques directement liées à la critique du texte de F. Khosrokhavar.

Je n'ai jamais parlé d'interdire la burqa au motif d'un signe religieux : car effectivement il est contraire à la laïcité de vouloir "nettoyer" l'espace civil de toute manifestation religieuse.
Aussi ai-je avancé d'autres arguments dans cet article.

J'ai principalement critiqué dans le texte de F. Khosrokhovar le fait de vouloir banaliser le voile (non intégral) et de le présenter comme quelque chose de "normal" pour une musulmane, ce qui
fragilise celles qui ne le portent pas. J'ai critiqué l'idée selon laquelle il faut réintégrer la vision religieuse à l'intérieur de la conception de l'association politique - ce qui consiste à
ruiner la laïcité purement et simplement. Mais je n'ai jamais, bien entendu, parlé d'interdire le voile dans l'espace civil, encore moins parlé d'interdire les religions. Et la laïcité ne
consiste pas en une "pédagogie" destinée à éradiquerles religions. Dans mon livre Qu'est-ce que la laïcité ? je consacre quelques pages à cette question, en m'inspirant d'un argument
développé par Locke.
Vous parlez de symptôme et de maladie, mais considérer les religions comme des maladies à guérir serait, de la part de la puissance publique, une ingérence dans la liberté de
conscience.

J'ai également critiqué une attitude générale face à l'intégrisme et au sectarisme, qui consiste à décider d'avance qu'il ne faut surtout pas les affronter. C'est là probablement que vous n'êtes
pas d'accord avec moi. A l'appui de ma thèse, j'ai cependant avancé quelques exemples récents.

Pour l'argument de la diversion politique, il me semble lui-même un argument de diversion : on ne peut pas différer indéfiniment un combat sous prétexte qu'il y en a d'autres plus importants à
mener. De même qu'on ne peut pas fermer les yeux sur une injustice au prétexte que d'autres injustices sont à combattre, etc.


Viviane 05/08/2009 10:01

Remarquable article, m'autorisez vous à le reproduire in extenso sur mon blog en l'assortissant d'un lien vers le vôtre et en mentionnant le copyright?Il est capital de diffuser le pluslargement possible des voix comme la vôtre.

Mezetulle 05/08/2009 12:24



Chère Viviane, merci, bien sûr vous pouvez reprendre l'article in extenso ! Je souhaite qu'il soit diffusé !
D'une manière générale, et sauf mention expresse en bas d'un texte, les articles de Mezetulle peuvent être reproduits librement, il suffit de signaler l'auteur et la source avec si possible un
lien... C'est expliqué ici.



Dès l'aurore 03/08/2009 14:02

Bravo. J'espère que votre texte paraîtra dans Le Monde !

Catherine Kintzler 03/08/2009 16:07


Rien n'empêche les lecteurs de signaler cette réponse sur le site du Monde en ligne  en plaçant un commentaire avec lien au bas de l'article de F. Khosrokhavar ! 

Rien ne les empêche non plus de faire un "buzz" sur le web !


robespierre 03/08/2009 13:52

Exègèse déstructurante particulièrement efficace et réussie. (l'appel au fascisme m'énerve peu mais je vous le pardonne !).

Suzanne 03/08/2009 12:39

 Je trouve votre article excellent. Je ne peux pas mieux dire, excellent. Vous évoquez l'affaire Truchelut : je pense que cette dame n'aurait pas du être condamnée dans le sens où un gîte rural n'est pas tout à fait un espace public. Si j'ai tort sur ce point, au moins je continuerai à dire qu'elle a été condamnée trop sévèrement.Je n'arrive pas à comprendre qu'on fasse si peu de cas des leçons de l'Histoire. Qu'on ne puisse pas allumer sa télévision sans trouver au moins une fois par semaine (quand ce n'est pas par jour) un reportage, une fiction, un  témoignage, une émission historique, que sais-je encore sur le nazisme, sur la montée du nazisme dans l'Allemagne de Weimar, sur l'indifférence générale envers ce danger d'alors, et ne pas voir , ne pas avoir davantage de bon sens commun, tortiller dans tous les sens des concepts inacceptables pour quiconque a envie de vivre le plus librement possible en démocratie, tout simplement.  C'est bizarre.

Catherine Kintzler 03/08/2009 16:00


Merci pour votre appréciation.
Sur l'affaire F. Truchelut, il en a été longuement question sur ce blog, je me permets donc de vous signaler entre autres les articles La laïcité face au communautarisme et à l'ultra-laïcisme et Affaire du gîte
d'Epinal : non à la politique du souçon ainsi que les commentaires abondants qui les accompagnent.
Il faut bien voir que si une condamnation (je ne parle pas de sa sévérité, qu'on peut juger excessive, mais de son existence) n'était pas intervenue, alors F. Khosrokhavar aurait raison et beau jeu
de parler de "version dure" de la laïcité et de la mettre en miroir avec l'intégrisme sectaire. Les intégristes voudraient bien que la laïcité soit confondue avec une attitude de "chasse" aux
manifestations religieuses dans l'espace civil, ce que justment elle n'est pas.

Malheureusement, F. Truchelut a semble-t-il été fort mal conseillée car l'issue défavorable d'un tel procès était vraiment prévisible. Par cette condamnation, les juges ont notamment rappelé que le
principe de laïcité qui réclame l'absention de toute manifestation religieuse s'applique à l'espace participant de l'autorité publique. Un commerce n'est ni un espace relevant de l'autorité
publique (où les signes religieux n'ont pas droit de cité) ni un espace relevant de l'intimité, c'est un espace de la société civile accessible au public et la laïcité ne consiste pas à "nettoyer"
la société civile de toute manifestation religieuse.
Un prêtre en soutane, une religieuse en costume, une femme portant le voile islamique peuvent circuler dans un hôtel ou un gîte (même si ça ne me plaît pas, mais à quoi bon la liberté si elle ne
vaut que pour ce qui me plaît ?). Il en irait tout autrement s'ils voulaient imposer une prière à haute voix au moment du repas en guise d'apéritif car alors les autres clients seraient
importunés.



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