Bloc-notes
Manifs du 19 mars, "c'est la haute marée"
Après celles du 29 janvier, les manifestations du 19 mars apportent un démenti cinglant aux corbeaux qui s'acharnent périodiquement à monter
les citoyens les uns contre les autres en désignant de faciles boucs émissaires :
- public (ces fonctionnaires budgétivores toujours en surnombre) contre privé ("otage des grévistes nantis");
- intellos (ces universitaires fainéants et chercheurs parasites) contre "vrais" productifs ;
- et, recette ancienne récemment remise au goût du jour, vieux (cette calamiteuse génération arrogante des baby-boomers polluants qui n'ont pas eu le bon goût de mourir à la guerre) contre jeunes
("qui vont payer l'énorme dette due à l'insouciance de leurs aînés").
Tout cela vole en éclats, avec la participation massive et bien visible des travailleurs du privé et des retraités, et la réunion, tous cortèges confondus, des fonctionnaires, employés, ouvriers,
chômeurs, délocalisés, enseignants, universitaires, chercheurs et étudiants.
Deux à trois millions de personnes dans la rue... les oiseaux de haine vont raser les murs quelque temps, ravalant leur dépit en récitant rageusement ces vers de
Boileau pastichant Virgile :
Suis-je donc la Discorde ? et, parmi les mortels,
Qui voudra désormais encenser mes autels ?
(Le Lutrin, Chant I)
Nul doute qu'ils reprendront du poil (ou de la plume) de la bête, si l'on en croit toujours Boileau :
La Discorde, à l'aspect d'un calme qui l'offense,(En lisant ces vers, je suis certaine que Boileau, mis aujourd'hui devant un poste de télé et regardant quelque chronique économique, ne changerait rien à sa description, parfaitement ressemblante.)
Fait siffler ses serpents, s'excite à la vengeance
Sa bouche se remplit d'un poison odieux,
Et de longs traits de feu lui sortent par les yeux.
Ecoutez ! écoutez, à l’horizon immense,(Rêverie d'un passant à propos d'un roi, dans Les Feuilles d'automne)
Ce bruit qui parfois tombe et soudain recommence,
Ce murmure confus, ce sourd frémissement
Qui roule, et qui s’accroît de moment en moment.
C’est le peuple qui vient ! c’est la haute marée
Qui monte incessamment, par son astre attirée.
Chaque siècle, à son tour, qu’il soit d’or ou de fer,
Dévoré comme un cap sur qui monte la mer,
Avec ses lois, ses mœurs, les monuments qu’il fonde,
Vains obstacles qui font à peine écumer l’onde,
Avec tout ce qu’on vit et qu’on ne verra plus,
Disparaît sous ce flot qui n’a pas de reflux !
Le sol toujours s’en va, le flot toujours s’élève.
Mallheur à qui le soir s’attarde sur la grève,
Et ne demande pas au pêcheur qui s’enfuit
D’où vient qu’à l’horizon on entend ce grand bruit !
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en ligne le 29 novembre 2011
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