Le Stade de France pour les nuls
antithétique et dialectique de deux passions pédestres
par Catherine Kintzler
En ligne le 21 août 2008
"Les nuls" : je parle bien entendu de moi, archétype de ceux qui débarquent dans ce haut lieu.Randonneuse
acharnée autant que citadine fanatique, les préparatifs de mon baptême au Stade de France (qui eut lieu le 13 mai 2007 pour une rencontre de rugby Stade français Paris-Perpignan USAP) ont
ravivé et parfois bizarrement accommodé ces deux passions pédestres antinomiques dans la solution de quelques angoissants problèmes : quelle orientation choisir et surtout que mettre dans le sac à
dos ?
Première chose, réflexe vital : regarder la météo. Et là, première antinomie. Si le temps (celui qu'il fait, qui, comme celui qui passe, est hors de notre contrôle) est incertain : k-way ou
parapluie ? j'opte pour le parapluie, le pliable, en plus aux couleurs de ma ville bleu et rouge.
Mauvaise pioche. Le parapluie, s'il parvient, au fond du sac, à passer la fouille réglementaire, n'est d'aucun secours : on ne peut tout simplement pas l'ouvrir s'il pleut, de crainte d'éborgner
les voisins (1). Bon c'est décidé, j'achète un k-way bleu fluo très voyant. Pourra servir pour soutenir aussi bien mes chouchous du Stade français que le XV de France : le principe fondamental du
sac à dos (chaque chose doit pouvoir servir au moins à deux fonctions) sera du moins respecté. Que dis-je deux fonctions : on peut aussi s'asseoir dessus après l'averse. Un k-way
drapeau-imper-tapis-de-cul c'est indispensable (quoique, comme me le suggère une habituée astucieuse, le morceau d'emballage à bulles soit plus confortable). Quelques morceaux de sopalin seront
bienvenus pour essuyer le siège après la pluie.
Il faut aussi regarder l'itinéraire. Ici on est en terrain ferroviaire, la boussole est inutile, donc pas d'antinomie entre piéton montagnard et piéton sur le bitume. Mais la contradiction est
interne à la cité: il faut choisir le bon RER car trompeusement le Stade de Fance est desservi par la ligne D et par la ligne B. Et entre les deux, il n'y a pas photo.
Si vous prenez la ligne D, il y a "cinq à six minutes" de marche , c'est du moins ce que disent les habitués. Comme je suis parisienne, je sais très bien qu'il s'agit d'un euphémisme : chaque fois
qu'un Parisien vous dit que c'est tout près à pied, suivi d'un chiffre en minutes, il faut multiplier par 3. C'est-à-dire ici un gros quart d'heure. L'itinéraire pédestre ensuite ne présente aucune
difficulté, ce n'est pas indiqué, mais il suffit de suivre les autres. En revanche la ligne B possède une station tout près (La Plaine Stade de France), vraiment tout près : une minute en
chrono parisien piéton, c'est-à-dire 5 minutes de chrono normal.
Pour la bouffe ne pas s'encombrer de poids inutile : on trouve tout sur place et un porte-monnaie modestement garni suffit. Bannissons les barres de céréales, les concentrés chichiteux écolo
bien-pensants et autres figolu de boy-scout. J'adore la malbouffe dans ces circonstances, quel luxe de pouvoir manger un kebab qui sent la graille avec plein de ketchup et une portion de frites
bien salée ! "Deux minutes dans la bouche, vingt ans dans les fesses" ? je m'en contref... car j'ai passé la soixantaine et 20 ans encore, même avec de grosses fesses, je suis preneuse. J'ai connu
un bonheur comparable aux US lors d'un match de baseball où j'ai mangé le "sandwich" (c'est comme ça qu'ils appellent le hamburger) le plus horrible de ma vie avec délices, dégoulinant de sauce
sucrée.
La boisson maintenant. Me voilà face à un choix difficile : gourde (côté randonneuse) ou petite bouteille plastique (côté citadine) ? J'opte pour la petite bouteille. Bonne pioche. Même que le
contrôle vous la débouche et jette le bouchon, des fois qu'il vous viendrait l'idée de la lancer sur la pelouse : elle se videra et ne fera pas mal. J'ose à peine imaginer ce qui serait arrivé à ma
gourde Tetras toute cabossée de souvenirs pyrénéens... il aurait fallu la laisser à la consigne ?
Appareil photo, caméscope ? Mmouais, c'est bien lourd... Et si vous n'avez pas un téléobjectif confortable, vous resterez limité à la photo de famille dirigée vers les tribunes, parce que
côté pelouse, les joueurs auront l'air de fourmis. Alors on se contentera de l'appareil du téléphone portable... Jumelles, évidemment. De randonnée ou de théâtre ? Mais c'est pareil maintenant.
Couvre-chef indispensable. J'exclus le bonnet : pas de visière, et puis ça va me donner une tête d'idiote. Je ne pousse pas le ridicule jusqu'à emporter un mol chapeau de randonnée dissymétrique à
impression "camouflage". Quant à la visière style golf ou tennis, n'y pensons pas : c'est carrément impertinent et trop mariechantal ; déjà que pour confondre Roland Garros et Jean Bouin il faut le
faire, alors le Stade de France.... Je me retrouve du coup devant une nouvelle antinomie : casquette ou béret ? Le béret c'est quand même plus chic, et puis c'est une coiffure dialectique qui
résout tous les problèmes : symbole rural, il se métamorphose instantanément en accessoire urbain branché par la grâce d'une rotation à 180° (version hip hop verlan) ou d'un geste bouffonnant
(version minette pastel), il protège du soleil et de la pluie, du froid et du chaud.
Maintenant le fin du fin. Des lingettes démaquillantes : ça c'est top et en plus c'est dans le sac de toute façon, qu'on soit randonneuse ou citadine. Comment en effet éviter le stand de maquillage
? On vous barbouille si gentiment que c'en est un plaisir. Mais le problème c'est le retour. Le maquillage vire, tout le monde vous regarde dans le métro, vous avez l'air d'un plouc, et je ne vous
dis pas en plus si votre équipe a perdu : le drapeau passe encore on a sa fierté, mais du rose ou n'importe quoi d'autre dégoulinant sur la tronche c'est pire qu'une gueule de bois. Essuyez moi-ça
mesdemoiselles et tenez-vous droites.
Ah juste un truc qui m'a vraiment étonnée, si on compare avec l'opéra ou le théâtre (car sur ce plan la comparaison avec la randonnée n'a aucun sens) : le Stade de France est le seul endroit où à
l'entracte (à la mi-temps) ce sont les hommes qui font la queue pour pisser, tellement ils sont nombreux et tellement ils ont bu de bière free à 0°. Ici, même avec les mômes à bretelles qui entrent
dans la cabine avec maman, ça va plus vite chez les dames !!! C'est sûr j'y retournerai !
© Catherine Kintzler, 2007 sur La Choule
1 - Et ce 13 mai 2007, copieusement arrosé d'une pluie orageuse, j'ai béni mon amie Marie qui avait eu la sagesse d'emporter un
poncho supplémentaire dans son sac. Le piquant de l'affaire c'est que ledit poncho était jaune. Sachant que j'avais un béret "Coupe du monde" rouge, me voilà, le temps d'une averse, aux couleurs de
l'USAP... mais finalement assez contente d'arborer l'oecuménisme avec mon drapeau rose.
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