30 juillet 1970 4 30 /07 /juillet /1970 10:52

La lecture en bibliothèque publique, plaisir solitaire
par Catherine Kintzler

En ligne le 7 mars 2009 [Vous pouvez lire cet article sur le nouveau site Mezetulle.fr]


Mezetulle souffre d'une bienheureuse maladie qui n'est pas tellement rare : la fréquentation compulsive des bibliothèques publiques. Lieu à la fois collectif et intime, la salle de lecture publique est un paradigme du concept républicain tel que je le rêve : on y fait ce que font les autres, dans les mêmes conditions, et chacun cependant se trouve là en vertu de sa propre singularité incommunicable et y exerce ses talents dans la plus libre inégalité

En croisant le regard du lecteur qui me fait face, je partage un plaisir que l'autre éprouve aussi, mais du point d'une totale altérité : nous sommes métaphysiquement absolument identiques et empiriquement absolument différents. Il y a des choses qu'il faut faire soi-même tout seul, des activités indélégables, et que pourtant on accomplit mieux plus vite et plus intensément dans le même lieu que les autres et en même temps qu’eux.

 


Je distingue trois espèces de lecteurs - je devrais plutôt dire de lectrices car les femmes sont en général, pour des raisons que j'ai abordées ailleurs, plus "accro" à la lecture (celle des livres) que les hommes, et elles s'y adonnent plus tôt. Première espèce, romanesque et volontiers crépusculaire : celle du boudoir, recroquevillée avec un livre chéri sur le sofa d'une éternelle chambre de jeune fille à l'abri du tumulte. La deuxième espèce est urbaine, diurne mais plutôt vespérale : accoudée à une table cerclée de zinc couverte de papiers en désordre recouvrant la tasse d'expresso, la cigarette "littéraire" entre les doigts, il lui faut au contraire le bruissement de la ville pour jouir de son face-à-face avec le livre. J'appartiens à une troisième espèce, pathologique et dépendante des jours et heures ouvrables : celle qui ne peut lire avec profit que les livres appartenant à tous, qui supporte mal l'idée même de "prêt à domicile" car c'est priver trop longtemps l'humanité entière de la présence d'un volume qui lui appartient...


Pour cette espèce-ci, la possession d'un livre n'est effective que le temps de l'effectuation de sa lecture et ne peut donc jamais coïncider avec sa propriété ; davantage, ces deux formes d'"avoir", elle les vit comme contraires. Elle ne peut pas devenir bibliophile : elle aime trop la lecture pour faire main basse sur un livre. Elle a horreur de déposer des traces : ce territoire est à ses yeux trop public pour être marqué, et la moindre pliure de repérage, la moindre trace de crayon témoigne d'une autre lecture (même si c'est moi qui l'ai faite) et défraîchit toujours celle qu'on fait ou refait, ici et maintenant. Non que le livre doive toujours être neuf (car la passion de la virginité est une passion de propriétaire) : il faut au contraire qu'il ait été "fait" et patiné par des lectures innombrables mais anonymes - un livre fatigué par les lectures qui s'en sont emparées, mais non pas signé par elles. Une tache, un brin de tabac, un ticket de métro ancien (tiens, ils étaient de cette couleur-là ?) retrouvé entre les pages sont plutôt émouvants ; un soulignement ou une croix dans la marge sont inconvenants et relèvent du rapt. La grossièreté n'est pas de salir le livre par accident, elle est de se l'approprier comme une chose. Celui qui laisse tomber un cheveu dans un livre public n'est qu'un maladroit. Celui qui le marque est un chien : il pisse dessus.


Oui, c'est une maladie qui me fait courir des salles luxueuses et souterraines de la BnF jusqu'au petit carré des "usuels exclus du prêt" que préserve jalousement la plus minuscule bibliothèque municipale, poussant même la folie jusqu'à aller y lire un livre que pourtant j'ai déjà chez moi. Des trois espèces c'est bien la plus étrange, la plus difficile à comprendre, et je ne peux pas relire La Nausée de Sartre, qui en exhibe un spécimen pervers, sans un pincement au coeur.

 

Contractée à l'âge de 10 ans à la bibliothèque de la Ville de Saint-Denis (93) où j'ai passé mon âge scolaire de l’école élémentaire jusqu’au bac, la maladie a pris du jour au lendemain une forme virulente et, je le sais maintenant, incurable.

A la fin des années cinquante, cette bibliothèque municipale était l'une des rares à proposer déjà une grande partie de ses collections en accès libre. En voyant ces rayons garnis abondamment, en respirant ce parfum de vieux papier et de reliures, en feuilletant tout ce que je pouvais atteindre, j'ai conclu très vite : jamais personne ne peut posséder cela, en être propriétaire. Seule une puissance publique peut accumuler au fil des siècles un tel trésor et le déployer en présence réelle dans toute sa magnificence, déploiement que seul rend disponible un savoir de la classification, et qui réalise vraiment la coexistence des vivants et des morts.

Lorsque je découvris qu'il y avait, au-delà des rayons visibles déjà imposants, un magasin dérobé auquel un sybillin bulletin de "demande de communication" (interdit alors aux moins de 12 ou 14 ans, je ne sais plus mais il m'a fallu patienter...) donnait un accès codé et filtré par des cerbères attentifs au moindre trait d'union, ce fut un ravissement : il y avait même un trésor enfoui, requérant une approche virtuelle au radar, représenté par une cartographie avec ses latitudes, longitudes et altitudes, ses heures d'ouverture comme des marées imposant une navigation périodique ciblée sur la bonne fenêtre de tir.

Le plus grand plaisir n'était donc pas de rapporter à la maison quelques ouvrages cartonnés reliés de toile - le prêt, hum, je le trouvais déjà suspect, mais enfin le livre "à rendre dans 3 semaines" avait tout de même à mes yeux une plus grande valeur que ceux qui figuraient dans la bibliothèque de mes parents - ce fut bien d'obtenir le droit d'accéder à la salle de lecture réservée aux ouvrages du magasin, de s'installer dans un fauteuil, devant une table garnie d'un sous-main vert, sur un parquet délicieusement grinçant, et de recueillir le livre qu'il fallait précautionneusement lire sur place, et qui, inachevé et rappelé le soir à son rayon obscur (ou à quelque casier secret de "mise de côté"), imposait mon retour.

Je n'en suis pas encore revenue.


© Catherine Kintzler,  2009

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par Catherine Kintzler - dans Mélanges - sport
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commentaires

hervé 26/05/2009 01:50

votre portrait en lectrice, tout bonnement, superbe. Merci

piquet michel 15/05/2009 18:25

 
 A propos de la lecture publique aussi bien qu'à propos de l'oeuvre de M. Perrault.   
 
 
GALLICA & GOOGLE
 
 
Un jour Google annonça avoir décidé de ralentir pendant quelques semaines le rythme de sa numérisation des ouvrages couverts par le droit d’auteur. Qu’il se soit agi là une manœuvre de négociateur ou de l’amorce d’un renoncement, cette offre Google Print a fonctionné comme un révélateur : ce qu’elle a mis à l’ordre du jour y demeure.
 
En effet, ce n’est pas à Google que la BnF et les chercheurs restent aujourd’hui confrontés. Google est un commerçant qui ne fait que son métier.
Leur véritable adversaire ce sont les décideurs et les réalisateurs complaisants du projet BnF. Tous ceux qui, voici une dizaine d’années, ont poussé l’Etat à commettre la bourde majeure d’investir massivement dans l’accès sur place et le « geste » architectural. Espérons maintenant que l’Union européenne compensera financièrement les lourdes fautes que la direction et le personnel de l’établissement s’efforcent d’assumer (avec d’autant plus de mérite que ce ne sont pas les leurs). Ce constat ne vaut pas délectation morose. C’est l’énoncé les conditions actuelles du problème.
 
Car les capitaux qui nous font défaut aujourd’hui pour numériser les ouvrages conservés par notre bibliothèque nationale, ce sont ceux consacrés depuis dix ans à la construction et à la gestion à prix d’or de quelques dizaines de places assises supplémentaires (qu’il faut depuis faire payer et néanmoins subventionner !), pour une réduction très relative des délais de communication. Alors qu’il était au contraire parfaitement concevable de proposer à la puissance publique un programme d’accès à distance (donc de numérisation, de négociations sur le droit d’auteur[1], etc.) d’une toute autre envergure quantitative que le modeste « Gallica ». Il n’y aurait pas aujourd’hui de « menace » Google. (Et c’eût été, en outre, une rentabilisation des investissements déjà très lourds effectués en cette fin des années 1980 sur le site de la rue Richelieu).
Car, surtout, l’occasion a alors été manquée de réduire au strict nécessaire le déplacement physique des chercheurs vers les documents et les fonds rares ou uniques. Ce déplacement parfois indispensable est, en effet, souvent onéreux et contre-productif pour les bibliothèques dites nationales autant qu’il peut être superflu pour leurs usagers et périlleux pour les fonds. Nul ne songe à l’interdire, mais le fait est qu’il complique toujours, contrarie souvent la liberté même d’accès à ces documents et les travaux de recherche auxquels ils sont censés servir.
Il y avait donc déjà beaucoup à faire avec les seuls « moyens du bord ». Dès ce temps-là, on le savait.
 
Mais l’offre Google Print ne souligne pas seulement que l’essentiel reste à faire en matière de bibliothèque nationale. Elle est aussi un cruel révélateur pour l’ensemble de notre lecture publique. Les bibliothèques françaises semblent appréhender subitement l’accès à distance comme une menace. Ce sentiment de vulnérabilité n’est pourtant guère surprenant, compte tenu de la précipitation des choix techniques et arbitrages budgétaires.  En quelques années, ceux-ci ont transformé en péril effectif ce qui était une chance.

piquet michel 12/05/2009 16:54

"Aucune bibliothèque publique de Rome n'était placée sous le patronage de Minerve, divinité traditionnellement associée à la culture intellectuelle" (C. Salles, Lire à Rome, Paris, 2008, p. 175).

piquet Michel 14/04/2009 17:11

Surpris voire ravi de cette affection pour les bibliothèques publiques. Tant ce qui est rare est cher au bibliothécaire que je suis; tant il est exceptionnel q'un enseignant se laisse aller à livrer son coeur en ce sens.Le "silence ciré de la bibliothèque Victor Cousin" dont palait Nizan me paraît avoir surtout glacé les enseignants. Et ce conformément  ce qui me semble bien être la tradition la plus invétérée de la philosophie. bien au delà du vieux Platon. C'est en représentant du bas clergé de l'intelligentsia que j'ai pondu un opus décisif sur le malentendu philosophe bibliothécaires que je tiens à votre disposition M. PIQUET Le philosophe et la bibliothèque, L'HarmattanMerci Michel PIQUET 

Mezetulle 15/04/2009 11:53


Effectivement, j'ai moi-même constaté cette sorte de désaffection des philosophes à l'égard des bibliothèques. Est-ce une coquetterie, une forme de mépris et de méconnaissance pour la culture
érudite des références ("nous n'avons besoin que des textes essentiels classiques, lesquels sont peu nombreux, faciles à trouver et à acquérir") ? Je n'en sais rien. Ce que je sais en revanche,
c'est qu'on a toujours intérêt à multiplier et à accroître ses connaissances, et que même s'agissant des grands classiques,  je les lis mieux, plus intensément, en bibliothèque publique que
dans l'intimité un peu trop idiote de mon cabinet d'étude...
Ce que j'ai voulu dire aussi dans ce petit article, c'est que la bibliothèque publique présente à mes yeux un schème conjuguant singularité et universalité - idée qui pourtant est familière aux
philosophes !
C'est avec plaisir que je lirai votre texte. Je prends donc contact par mél.


Sébastien 12/03/2009 13:27

Je voudrais vous remercier pour cet essai qui m'a donné beaucoup de plaisir. En plus je vois maintenant que je ne suis pas le seul atteint de cette maladie. Mais ce que je trouve encore plus intéressant dans ce que vous dites, c'est qu'il ne s'agit pas seulement d'une question de lecture, mais d'un problème plus large. C'est comme si cette expérience de lecture était un "échantillon concentré" d'une expérience de société, plus large. L'expérience d'une société où il reste quelque chose de public, et où la valeur de chaque chose publique est "augmentée" justement par ce caractère public. C'est très important de dire cela à une époque où tout devient de plus en plus privé.Surtout que ce qui est public est souvent aussi "gratuit". Personnellement, j'ai très probablement pris le gout de la lecture parce que c'était la seule chose que je pouvais faire étant donné la situation financière de mes parents. S'il n'y avait pas eu ces livres publics et gratuits, je ne serais pas en thèse aujourd'hui. (aujourd'hui, je termine mon doctorat et je n'ai encore jamais acheté de livre). Et par cette expérience de la lecture publique, j'ai pris ce goût de la chose publique, qui se retrouve dans différents domaines comme vous le montrez si bien: la laïcité, l'école, la lecture...(malheureusement, les livres privés sont largement un privilège de riches: il faut non seulement l'argent pour les acheter, mais aussi un grand appartement pour les entreposer, une voiture ou un billet de train supplémentaire pour les déménager,etc)

YesWE 09/03/2009 16:19

Je vous remercie pour votre réponse exhaustive et les éclaircissements qu'elle apporte.Je dois avouer que ma réaction n'était pas étrangère à une certaine "humeur". L'expression désignant les gribouilleurs m'avait quelque peu échauffé. Je voyais là une véhémente attaque contre de prétendus souilleurs du patrimoine. Je vois bien maintenant que votre légitime colère face au marquage des livres ne relevait pas d'une quelconque fétichisation de l'objet mais était une attaque en règle contre ces gens - que je déteste également - qui laissent des traces de leur passage sur des livres qui appartiennent à tous (soyez certaine que je comprends votre appel à l'obéissance aux règles des bibliothèques publiques, je suis le premier à me soumettre aux lois par conviction morale).Quant à l'emploi du terme "inégalité" que, dans mon emportement, je fustigeais, il me rappelle maintenant la distinction entre l'égalité qualitative - même lieu, mêmes conditions - et l'égalité quantitative - chacun récolte selon son talent -. Les annotations sur nos propres livres peuvent en effet gâter une certaine fraîcheur de la page. Mais il est également intéressant de constater le chemin parcouru depuis la dernière lecture. Barthes a insisté sur la stérilité de la lecture unique, et la fixation des pensées sur le livre appelé à être relu permet de sentir la satisfaction de la fécondité engendré par la pause et le retour au texte. Chacun sa méthode, comme vous le dites ; pour ma part j'éprouve toujours une certaine frustration à ne pouvoir souligner les passages marquants des livres lus en bibliothèque. Il est toujours possible de les récopier (ou d'en résumer la teneur, ce qui annihile le style, si important même en "sciences humaines") mais certains livres empêchent toute sélection, et devenir copiste demande un certain temps! J'ai beaucoup aimé les figures de vos lecteurs (je devrais dire lectrices, mais j'espère que la lecture dans le boudoir ne fait pas de moi un effeminé!), mais j'aurais fait du lecteur urbain un être nocturne, qui occupe ses nuits d'insomnie à la lecture tourmentée d'un Rétif de la Bretonne, et du lecteur rural l'être diurne qui occupe ses paisibles après-midi à la (re)lecture des grands mythes de tous les siècles dans le fauteuil d'une maison de campagne où filtrent les rayons d'un soleil déclinant.

CK 09/03/2009 23:31


Merci pour cet échange.

Mon horreur de ce que j'appelle le marquage porte effectivement sur le livre mis à disposition du public, ce n'était peut-êre pas assez clair dans l'article.
Et sur la nécessité et le plaisir de la relecture bien sûr c'est l'essence même de toute lecture qui n'est effective qu'au moment du retour, la relecture est constitutive de la lecture. Il y a un
texte de Debord sur la question, je ne sais plus si c'est dans La Société du spectacle ou dans les Commentaires sur la société du spectacle.

Pour les annotations anciennes sur le livre privé... oui vous avez raison elles permettent de mesurer quelque chose, vous voyez l'annotation plutôt comme un dépôt en forme de "brouillon
d'écrivain", alors que je prends peur en présence de ma propre stupidité étalée là dans la marge, et que je n'arrive pas à me débarrasser de l'idée de marquage, même quand c'est sur un de mes
livres, de ma propre main....!

Ma sommaire typologie du lecteur est toute personnelle, et demande des variations et corrections. J'y ajoute volontiers le lecteur nocturne urbain et le lecteur rural des après-midi ensoleillées !


YesWe 08/03/2009 21:33

Bizarrement votre rapport au livre, malgré un mépris affiché pour la perverse passion bibliophile qui se réduit à dépoussiérer de temps à autre quelque Pléiade ou quelque livre rigide au papier jauni, relève d'un certain fétichisme  : l'attachement au contenant (qu'importe le flacon...). L'appropriation, pour ma part, se fait au crayon papier, au quatre-couleurs, au stylo plume. La vierge marge me nargue ; une référence érudite suffit parfois pour me rassurer : je suis en terrain connu. Les autres fois, la ponctuation et le soulignement me viennent en aide pour figurer le malaise. Un livre qui traine chez soi, que l'on retrouve sous le lit, sous une pile de magazines, dans les toilettes (lieux des plus exquises rencontres littéraires) et sur lequel on tombe par hasard nous happe souvent malgré nous dans un ailleurs ; on se retrouve accroupi dans la cuisine ou adossé à un radiateur... Les livres ne sont que des feuillets, des feuilles volantes ; il faudrait les ramasser comme si l'écrivain les avait laissés tomber avant notre passage. L'austère classement des bibliothèques - qui n'est pas sans rappeler les étagères de rapports judiciaires qui hantent les romans de Kafka -, avouez-le, manque un peu de poésie. Où est le plaisir de dégoter la perle rare chez le bouquiniste qui consolide ses étagères avec des dictionnaires ? Bref, je conçois que la lecture en lieu public - je préfère, tant qu'à choisir, celle de la pelouse du parc, du banc du jardin public - puisse procurer un agréable sentiment de - oserai-je le dire ? -  supériorité : ils lisent, tout comme moi, mais leur degré de compréhension et de sensibilité est tellemet inférieur au miens ! (vous parlez de "la plus libre inégalité"!), mais je vous en prie, laissez les livres s'empiler dans les demeures urbaines et rurales, et laissez ceux qui les possèdent les gribouiller frénétiquement. Dieu merci, Montaigne n'avait pas votre idolâtrie pour l'objet-livre ; ses livres étaient siens, et son livre s'est fait en marge de ces feuillets, simples supports de la pensée.  

CK 09/03/2009 09:45


J'ai bien parlé d'une espèce de pathologie ; elle relève peut-être d'une forme de fétichisme, qui inclut le lieu, mais cela disqualifie les jugements de valeur que vous m'attribuez ! Le terme
d'idolâtrie, que vous employez aussi, me semble plus approprié. Elle est plus compliquée que celle que vous m'attribuez puisqu'elle ne porte pas sur l'objet-livre ( pour moi le livre n'est pas
seulement une chose, c'est peut-être une sur-chose!), mais plutot sur un rapport entre le livre, le lieu où il est déployé et l'usage que ce lieu induit. Je termine mon article en disant que je ne
peux pas m'empêcher de retourner à la bibliothèque.

Le terme d'inégalité que vous interprétez comme un jugement de supériorité peut aussi s'interpréter dans l'autre sens. La comparaison avec le concept républicain demande peut-être une explication :
égalité de l'accès puisqu'il s'agit des bibliothèques publiques (comparable à l'égalité des droits), inégalité parfaitement licite des usages.

Je n'ai jamais dit qu'il ne fallait laisser personne accumuler des livres dans des demeures privées (cela ne prive aucune bibliothèque publique de les avoir, et cela ne lèse personne) et se les
approprier avec tous les outils-fétiches que vous énumérez !
J'ai traité de "chien" non la personne qui surligne ou annote son propre livre, mais celle qui traite le livre public (appartenant à la bibliothèque publique) comme si elle en était 
propriétaire et qui se permet d'y laisser volontairement des marques indélébiles d'appropriation privée ; à plus forte raison lorsqu'il s'agit d'une collection patrimoniale, comme l'est celle de la
BnF.

S'agissant du gribouillis et autres surlignages sur un livre qui m'appartient, je me suis posé la question lors de mes propres relectures. Il m'est en effet arrivé, alors que je faisais mes études,
de racheter un exemplaire de la Critique de la raison pure pour échapper à des annotations que j'avais faites quelques mois auparavant et qui faisaient obstacle à une lecture rafraîchie.
Je trouvais ces anciennes annotations tellement stupides que j'ai décidé de ne plus en faire et de réserver mes élucubrations à des notes sur support distinct du livre lui-même. Voyez jusqu'où va
mon idolâtrie non pour le livre comme chose, mais pour la lecture comme effectuation !
Bien entendu, il s'agit là d'une expérience personnelle et je n'en tire aucune norme et il ne m'est jamais venu à l'idée de condamner moralement ceux qui en usent autrement. Mais s'agissant du
livre public, il en va tout autrement et il me semble que ma position est soutenable. En tout cas elle coïncide (sans doute pour des raisons que vous avez le droit de trouver mauvaises, mais on
peut aussi s'arrêter à un feu rouge pour de mauvaises raisons) avec les règlements des bibliothèques publiques.

Vous l'avez bien compris: il s'agit d'un article d'humeur, j'ai voulu parler d'un rapport au livre qui, bien qu'il soit assez répandu, n'est pas autant connu que le rapport d'appropriation privée
(lequel peut être tout autant fétichiste et maladif !).

Et pour finir : vis-à-vis de Montaigne je placerai un portrait de François Ier, qui (si je ne me trompe) institua le dépôt légal.


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