Football français : célébration de l'inculture et déni de civilisation
Supplique aux rugbymen : restez comme vous êtes !
par Catherine Kintzler
Devant la descente aux Enfers que vrille sous nos yeux l'équipe de France de football, devant cet hymne célébré chaque jour à l'inculture, à la muflerie, à la grossièreté,
au relâchement délibéré du langage et de la conduite, résultat d'années de démission en matière d'éducation, d'agenouillement honteux devant la mentalité de caïd qui s'affiche insolemment, je me
tourne vers vous, joueurs de rugby.
Joueurs de rugby, restez comme vous êtes. Restez des gentlemen. On peut être fier de sa force et de son talent sans être imbu de soi-même. On peut être
élégant sur le terrain comme à la ville. On peut et on doit s'exprimer clairement et distinctement dans la langue commune et retenue que tout le monde comprend, celle de l'analyse, qui peut être
sans concession mais qui n'a rien à voir avec celle de l'invective.
On me dit souvent « Dans quelque temps, ça viendra, les internationaux seront pareils à leurs homologues du foot, ils ne penseront qu'à l'argent, et il y a beaucoup, beaucoup trop
d'argent ».
Mais même s'il en était ainsi, même si les sommes en jeu au rugby atteignaient le niveau de celles qui circulent au foot, on n'est pas obligé, parce qu'on devient riche, d'être grossier et je
m'en foutiste. On n'est pas obligé, parce qu'on devient riche et que les caméras sont braquées sur vous, d'exalter l'incivilité et l'inculture ; on n'est pas obligé de brandir des doigts
d'honneur et de cracher des insultes en jetant l'anathème sur ceux qui se refusent à le faire. On n'est pas obligé, en devenant riche, d'humilier ceux qui gardent un peu de tenue et de dignité,
de les étouffer dans une omerta destinée à protéger un groupe de « potes ». On n'est pas obligé, en parlant à tout bout de champ de « respect », de n'entendre par là que
« le respect qui m'est dû, à moi et aux miens en tout état de cause et quoi que nous fassions ».
Je sais bien que le rugby ne tient pas la route en l'absence d'un minimum de solidarité et de générosité, je sais bien que la distribution des postes y rend hommage à tous les gabarits, à toutes
les habiletés et fait sentir à chacun que sa force et son talent ont tout à gagner de la force et du talent des autres, je sais bien que le rugby reste relativement protégé par sa complexité
même, par le degré de raffinement qu'il exige, pour être compris, de ses supporters.
Mais le rugby, comme tout le reste, n'est pas une île à l'abri de tout. Il n'est pas plus protégé qu'autre chose de la culture de l'inculture ; car l'argent, même répandu outrageusement,
n'explique pas tout. La culture de l'inculture, la célébration de l'incivilité commencent à l'école, elles commencent quand on punit un professeur pour avoir giflé un élève insolent ou brutal,
quand on tolère que la mode soit aux fautes d'orthographe et que l'ignorance devienne une « manière d'être » qu'il ne faut surtout pas « stigmatiser », quand on tolère que les
cancres martyrisent les bons élèves.
Alors commence le règne des petits caïds.
Pour la première fois dans ma vie de supportrice, je souhaiterai demain la défaite de ceux qui ne sont pas dignes de porter le maillot national. Oui, je soutiendrai l'Afrique du Sud contre la
France des caïds à laquelle je refuse mon assentiment. Du reste, je trouverais plus digne que l'équipe de France se retire de cette compétition mondiale (1), qu'elle ne joue pas ce match qui sera
de toute façon honteux : en cas de défaite, honte d'atteindre vraiment le fond du gouffre ; en cas de victoire, honte de voir triompher la mentalité de caïd.
Joueurs de rugby, qui vous affrontez rudement, qui vous « chambrez »
(et même un peu plus que ça) dans les mêlées, qui essuyez parfois vos crampons sur le dos de l'adversaire, mais qui ne discutez jamais une décision, qui ne
rechignez jamais à l'entraînement, qui avez à coeur de vous battre et de gagner ou de perdre dans l'honneur, qui saluez votre public, qui, sur les plateaux tv, ne vous appliquez jamais à cacher
que vous êtes intelligents et souvent cultivés, je vous supplie de ne jamais faire en sorte que vos supporters aient honte de vous et d'eux-mêmes. De vous parce que vous seriez les hérauts de l'inculture. D'eux-mêmes parce qu'ils concluraient qu'ils ont, par leur négligence, encouragé et
élevé étourdiment un déni de civilisation.
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© Catherine Kintzler, 2010
1 - [Note ajoutée 6 heures après publication] Il s'agit là évidemment d'un voeu pieux et abstrait. Car, me dit-on, si une équipe se retire ainsi, cela pénalise la même sélection nationale pour plusieurs années de compétition ; il ne saurait donc être question de détruire l'avenir de jeunes joueurs talentueux qui ont la "gnac" et envie de gagner.
Lire de Jean-Paul Brighelli Footballistiques sur son blog et Mondial pourquoi ce n'est pas rigolo sur Marianne2.fr.
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Dramatique musicale de Catherine Kintzler
Du corps sonore au signe passionné : entretien imaginaire entre d'Alembert et J.-J. Rousseau.
Prochaine représentation : 24 juin à Pont Sainte-Maxence (Oise).
Créée le 25 février à Beauvais avec l'Orchestre de l'Oise "Le Concert" sous la direction de Thierry Pélicant, Catherine Manandaza soprano, Daniel Galvez-Vallejo ténor, l'association "Imagine" - les extraits musicaux sont pris dans Rousseau, Rameau, Pergolèse, Vivaldi, Philidor, Gluck.
Jean-Jacques Rousseau : Eric Perré ; Jean d'Alembert : Eric Péron.
Chorégraphie : Isabelle Dufau
Mise en scène et dramaturgie : Eric Perré.
Cette pièce est issue d'une commande passée à Catherine Kintzler par l'association "Le Comptoir des artistes" qui en assure la production, avec notamment le soutien du Conseil général de l'Oise.
Autres représentations : Méru 12 mai, Pont Sainte-Maxence 24 juin, Ermenonville 15 septembre, Montmorency 13 octobre.
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