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Rupture avec les marqueurs totalitaires |
Rupture avec le théologico-politique |
Face-à-face Etat / Société civile |
Ternarité Etat / Corps politique / Société civile |
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Démocratie communautaire |
oui (fondation des libertés) |
non |
oui (Société civile > Etat) |
non |
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République laïque |
oui (fondation des libertés) |
oui (principe de laïcité) |
non |
oui (égalité et fraternité républicaines) |
Le 25 février à Beauvais (20h30, Théâtre du Beauvaisis) sera créée la dramatique musicale de Catherine Kintzler
Du corps sonore au signe passionné : entretien imaginaire entre d'Alembert et J.-J. Rousseau.
Avec l'Orchestre de l'Oise "Le Concert" sous la direction de Thierry Pélicant, Catherine Manandaza soprano, Daniel Galvez-Vallejo ténor, l'association "Imagine" - les extraits musicaux sont pris
dans Rousseau, Rameau, Pergolèse, Vivaldi, Philidor, Gluck.
Jean-Jacques Rousseau : Eric Perré ; Jean d'Alembert : Eric Péron.
Chorégraphie : Isabelle Dufau
Mise en scène et dramaturgie : Eric Perré.
Cette pièce est issue d'une commande passée à Catherine Kintzler par l'association "Le Comptoir des artistes" qui en assure la production, avec notamment le soutien du Conseil général de l'Oise.
Cinq représentations auront lieu : Beauvais 25 février, Méru 12 mai, Pont Sainte-Maxence 24 juin, Ermenonville 15 septembre, Montmorency 13 octobre.
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Interventions CK
Varia

Merci pour votre article passionnant:arrivée en France en 1995(d'Allemagne de l'Ouest),Française depuis juin dernier,j'ai beaucoup réfléchi sur ces questions. Je ne partage pourtant pas toutes vos conclusions par rapport aux traits marquants de la République française, symptômes de la présence d'un corps politique selon vous.
1La neutralité du souverain:c'est le point sur lequel je suis plutôt d'accord avec vous. A mon arrivée en France et pendant assez longtemps,j'ai été très impressionnée par la neutralité des institutions publiques et de l'école en particulier(je suis professeur dans un collège depuis plus de 15 ans).
J'ai changé de regard avec la loi de 2004 sur les signes religieux à l'école. Vis à vis des jeunes sikhs portant le turban ou des jeunes musulmanes portant le foulard qui sont exclus du système public, l'institution n'est plus du tout neutre alors que j'avais justement admiré la façon dont la laïcité française a protégé les minorités religieuses contre la confession dominante).
2L'indifférence à l'égard des mœurs des dirigeants:ce que vous dites est convaincant si on compare la France aux États-Unis(et peut-être dans une moindre mesure aux autres pays anglophones)mais beaucoup moins par rapport aux autres pays d'Europe. Pour un Autrichien ou un Allemand l'acharnement sur M Clinton est aussi étonnant que pour un Français. L'homosexualité d'un ministre des affaires étrangères allemand ou d'un maire de Berlin ne pose pas plus de problèmes que celle de Gaudin ou de Delanoë.Et si je connais moins bien l'Italie,je n'ai pas non plus l'impression qu'on y exige des dirigeants des mœurs conformes à une morale de type religieux. Dans ce domaine l'exception semble se trouver beaucoup plus du coté des pays de langue anglaise(et surtout des Etats Unis qui ont d'ailleurs des institutions beaucoup plus laïques que la quasi-totalité des pays européens).
3La passion pour l'égalité:c'est sur ce point que mon désaccord avec vous est important. A mes yeux,la passion pour l'égalité(que je partage totalement)a beaucoup plus avoir avec l'appartenance politique(à des mouvements syndicaux ou de gauche internationaliste dans tous les pays) que avec l'appartenance citoyenne à un corps politique. J'expliquerai mon point de vue par quelques exemples- évidemment le but de mes propos ne pas de dire que la France serait un pays moins égalitaire que l'Allemagne(parce que je compare avec ce que je connais) ou les autres pays européens.
A mon arrivée en France j'étais étonnée de l'introduction tardive du RMI ainsi que du fait qu'il ne soit pas accordé sans limite d'age et que ses bénéficiaires n'avaient pas gratuitement accès à l'eau chaude à l'électricité et aux médicaments(comme c'était à l'époque le cas en Allemagne).J'étais également très surprise par l'importance de l'école privée(alors quasiment inexistante en Allemagne),très souvent choisie y compris par des champions de la laïcité(en tant que professeur et parent d'élève en Seine Saint Denis je sais de quoi je parle).
La présence d'un corps politique n'a par ailleurs pas empêché que les Françaises étaient parmi les dernières citoyennes d'Europe à obtenir le droit de vote.
Par contre j'ai été impressionnée par la façon dont la passion pour l'égalité était concrétisée dans mon département par une politique axée sur la justice sociale et la solidarité(gratuité, quotient familial, annulation de dettes); mais ceci était le résultat des choix politiques du parti communiste et non de la présence d'un corps politique,
Et si la République laîque suscitait la passion pour l'égalité au point d'avoir le monopole de la fraternité et la solidarité publique(comme vous semblez le penser si je vous ai bien compris), la France aurait-elle voté pour un président plébiscité par Neuilly-sur-Seine et rejeté par la Seine Saint-Denis?
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L'essentiel de vos critiques porte sur des points qui, dans mon article, n'ont qu'une valeur de symptôme - la neutralité du souverain, l'indifférence à l'égard des moeurs des dirigeants et la passion pour l'égalité.
S'agissant du second point (indifférence aux moeurs), je suis d'accord avec vous. Cette indifférence tolérante est également présente dans des pays européens qui ont choisi la voie de la tolérance et non celle de la laïcité. Je pense notamment aux Pays-Bas, pays qui a légalisé le mariage homosexuel et aussi le droit de mourir dans la dignité.
S'agissant du premier point ( laïcité et neutralité du souverain), je suis un fervent partisan de la loi de 2004. Avant la reculade de Jospin en 1989 face au port du voile islamique à l'école publique, tous les signes d'appartenance religieuse (croix, kippas, etc.) y étaient interdits, de même que les signes d'appartenance politique ou syndicale. La loi de 2004 n'a fait que rétablir cet état de choses en lui donnant force de loi. Quant au terme d'"exclusion" des élèves du système public, il me fait sourire. Aucun élève n'est exclu : à ceux qui refusent de se plier à la loi, on propose toujours un enseignement dans le cadre du CNED qui est partie intégrante du système public. Dans un régime laïque, aucune religion n'est au-dessus de la loi. Le port des signes religieux n'est prohibé que dans les espaces qui participent de l'autorité publique et libre partout ailleurs.
Je n'ai jamais dit que la république laïque s'est construite toute seule : rien ne se fait sans une dynamique, sans luttes, ma conception n'est nullement statique. Le fait qu'il y ait des structures ne signifie pas qu'il y ait des automatismes : une langue vivante est caractérisée par des structures, ce qui ne l'empêche pas d'être vivante !
Je reprends ici l'essentiel de mon propos, qui porte sur les structures. Dans ma conférence, j'ai voulu distinguer les marqueurs de l'Etat totalitaire et ceux de l'Etat de droit (distinction des pouvoirs, circulation de la souveraineté, liberté de conscience et d'opinion). Et dans un second temps j'ai voulu distinguer, à l'intérieur du champ démocratique, deux figures de l'Etat de droit - la démocratie communautaire et la république laïque. Ce qui caractérise l'Etat de droit laïque, c'est une rupture totale avec toute forme de théologico-politique et la constitution d'un corps politique disjoint de la société civile. Ces deux traits sont ignorés par la démocratie communautaire.
Après ce rappel, j'en viens à votre 3e objection : la passion pour l'égalité a été concrétisée par une politique axée sur la justice sociale et la solidarité (gratuité, quotient familial, annulation de dettes...) ; mais cela est le résultat de choix politiques dus au Parti communiste et non de la présence d'un corps politique.
Première remarque. Si nous étions dans un Etat totalitaire, il n'y aurait ni partis de gauche, ni syndicats, ni ONG pour prendre en charge la passion de l'égalité. Ils seraient tout simplement interdits. Le caractère licite du développement des luttes sociales est bien ici un élément institutionnel : ces luttes peuvent se développer de manière non insurrectionnelle à l'abri de l'Etat de droit.
Ma seconde remarque est plus caustique, elle porte sur la "gauche institutionnelle", aussi bien PC que PS.
La gauche institutionnelle est dans une position schizophrénique. Elle tente de corriger au niveau régional et local les dégâts qu'elle a causés au niveau gouvernemental et européen. Prenons l'exemple en France du gouvernement Jospin. Suivant les traces de Schröder et de Blair, il s'est fait le défenseur d'une mondialisation néolibérale au niveau européen. Il n'a empêché aucune délocalisation. C'est le gouvernement qui de loin a le plus privatisé. Sarkozy et Merkel inscrivent leurs politiques dans les traces de Schröder et de Jospin. Et le PC a participé à cela.
Si Jaurès pouvait voir cette gauche institutionnelle à l'oeuvre, il se retournerait dans sa tombe, lui qui luttait pour une "République indivisible, démocratique, laïque et sociale".
De façon générale, vous semblez sous-entendre que, à mes yeux, la République est une machine qui pourrait se développer et se perfectionner automatiquement sans l'engagement et le dévouement des forces sociales progressistes. Je dis très exactement le contraire : relisez la seconde partie. Vous verrez que à mes yeux l'Etat de droit est une oeuvre révolutionnaire. Il s'est constitué contre l'Etat totalitaire au cours d'un processus historique consistant en une inversion des marqueurs. Pour être mené à bien, ce processus a nécessité une révolution philosophique suivie d'une révolution politique et juridique : cela n'est pas de tout repos ! Et de même aujourd'hui, il n'y a pas d'acquis définitif : pour se maintenir et pour se perfectionner, l'Etat de droit a encore et toujours besoin de l'engagement et de la passion militante pour la solidarité et pour la justice.
Vos réponses dans l'interview dans "Causeur":
Je suis d'accord avec les réponses de C. kinztler aux questions posées.
Cependant, il me semble que des termes importants de la loi de 1905 sont occultés: La loi de 1905 ne se borne pas à séparer républiques et "cultes". Elle dit comment:
"la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte".
Si les deux dernier verbes sont couramment admis par la plupart des vrais laiques qui luttent pour leur respect, ils sont "oubliés" par CK qui situe les problèmes sur les seuls terrains de la tolérance et de la non-provocation publiques.
Il est vrai qu'il y a de pires "laiques": les nombreux élus "de gauche" qui subventionnent allègrement manifestations "cultuelles/culturelles" , jardins d'éveil, écoles maternelles, primaires privées.
Mais le premier verbe doit aussi retenir notre attention: "ne pas reconnaître" signifie ne pas entrer en relations officielles avec les représentants des "cultes" et surtout ne pas leur accorder une place statutaire dans l'Etat, y compris au niveau des départements et des communes!
CK omet aussi ce "détail" politiquement très concret.
Il faudrait faire apparaitre, en sus de l'intégral énoncé des premiers articles de la loi de 1905, leur sagesse prémonitoire qui anticipe sur le mouvement de dé-religiosisation spontanée des peuples.
Et aussi les efforts désespérés et coûteux des Etats pour promouvoir religions et Eglises au lieu de la raison et de la république.
Apparemment ce commentaire ne s'adresse nullement à l'auteur de l'article sur lequel il a été posté, mais concerne l'entretien entre Catherine Kintzler et Coralie Delaume dans Causeur du 9 novembre 2011, en ligne ici :
http://www.causeur.fr/%C2%AB-le-regime-de-laicite-est-le-mieux-arme-face-aux-pretentions-politiques-des-religions-%C2%BB,13043
Vos objections font comme si un texte nécessairement limité en calibre devait tout traiter et parler de tout ce qui importe à tel ou tel lecteur. On peut toujours trouver à redire sur un texte en objectant tout ce dont il ne parle pas...
S'agissant des points abordés, je me permets simplement de vous renvoyer à d'autres textes que j'ai écrits et où il est expressément question des éléments que vous soulevez, non seulement en ligne sur ce blog (voir au Sommaire, la rubrique "Laïcité", voir aussi la FAQ sur la laïcité), mais aussi dans le livre Qu'est-ce que la laïcité? (Paris, Vrin, 2008).
Et je me permets aussi de vous renvoyer aux textes de Charles Arambourou en ligne sur Mezetulle, dont vous trouverez les références à la même rubrique "Laïcité" du Sommaire