Les politiques sont-ils intelligents ?
par
Jean-Michel Muglioni
Jean-Michel Muglioni reprend ici un thème constant de la tradition philosophique : l’inséparabilité de l’affectif et de l’intellectuel. Le développement de
l’intelligence est lié à celui des passions. Dans une société qui a pour seule finalité l’argent, il est inévitable que les meilleurs esprits finissent par ne plus rien comprendre à rien, et que
les cerveaux les plus adulés témoignent d’une sottise dont le plus humble des hommes aurait honte. Cette sottise n’est pas un accident mais révèle la vraie nature de leur
pensée.
Les publicités nous instruisent non sur ce qu’elles vantent mais sur la représentation que leur inventeur a de son public. De même le discours des politiques montre assez bien quelle idée ils ont
de leurs électeurs, et généralement leur mépris du peuple. Mais leur prestation est plus encore révélatrice de leur véritable être, alors même qu’elle est destinée à le cacher. Des amis dont je
ne doute pas de la culture ni même du jugement m’avaient presque fait croire que le directeur du Fonds Monétaire International, depuis lors accusé de viol et d’incapacité à résister à ses
pulsions (comme on dit), était intelligent. Nous avons eu depuis la preuve irréfutable de sa sottise, et d’une sottise incroyable. Qui peut imaginer en effet qu’un homme intelligent abandonne
toute autonomie et se laisse enfermer dans le discours de « communicants » ? Qu’eux-mêmes ne puissent que ravaler la politique au degré zéro n’étonne pas. Mais qu’une fois dans
l’impasse où plusieurs affaires de mœurs l’ont conduit, un homme sensé croie pouvoir s’en sortir comme on restaure l’image d’une marque de lessive, une telle illusion en dit long sur l’état de
son intellect. Rendons grâce aux dieux qui l’ont fait aller en quelques instants du Capitole à la Roche Tarpéienne. Mais que le discours entièrement factice d’un politique ait une vertu
révélatrice ne signifie malheureusement pas la fin du règne des images.
J’ai déjà rappelé dans ce blog qu’il faut avec Platon comparer une certaine rhétorique avec un trompe-l’œil qui fait
passer l’image d’un lit peinte sur un mur pour un lit réel et la fait vendre, alors que tout le monde sait qu’on ne peut s’y étendre. La communication vend des fantômes et nous coupe du réel de
telle sorte que nous ne pouvons plus rien comprendre. Et contrairement à ce que croient trop souvent ceux-là même qui les dénoncent, les fabricants d’images ne sont pas intelligents : de
même que peindre un lit sur un mur ne requiert pas qu’on sache comment fabriquer un bon lit, de même la maîtrise de la communication - de la propagande – ne repose pas sur une compréhension de la
réalité humaine et politique. Le fourbe paraît d’une intelligence supérieure et séduit, mais il n’est pas intelligent ; que son étrange habileté lui permette d’accéder au pouvoir suprême
prouve l’aveuglement de ses complices et non sa clairvoyance.
Ce naufrage de l’intelligence n’est pas un accident. Nous sommes en effet ce que font de nous notre mode de vie, c’est-à-dire d’abord les plaisirs et les peines qui déterminent ce que nous
désirons ou ce que nous craignons, et nos vertus intellectuelles dépendent autant de nos mœurs que nos vertus morales : l’intelligence n’est pas la même selon qu’elle est animée par l’amour
de la vérité ou sert l’avarice. Elle devient sagesse ou fourberie selon la nature de nos passions et d’abord selon la manière de vivre qui nous est imposée dès l’enfance (1). Ainsi, dans un monde
où l’argent est le plus grand des biens, les hommes n’ont pas la même façon d’être et de penser que si autour d’eux la passion dominante est la guerre ou l’industrie : les fils de famille
préfèrent la bourse ou les affaires non seulement au métier des armes mais à l’Académie des sciences ou à la magistrature ; les vocations deviennent rares. Et comme l’accroissement des
richesses est la seule fin de la politique, les esprits les plus déliés sont inévitablement dévoyés. Quand le cours de la bourse est la première information sur tous les médias, quand la
politique se fait ostensiblement à la corbeille, les plus brillants étudiants en mathématiques préfèrent mettre leur talent au service des spéculations financières plutôt que de la recherche, et
l’on ne peut trouver de vrais politiques : les plus habiles, les plus admirés, ne comprennent rien à rien, et plus ils sont naturellement doués, moins ils sont capables de
penser.
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© Jean-Michel Muglioni et Mezetulle, 2011
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Varia

Dramatique musicale de Catherine Kintzler
Du corps sonore au signe passionné : entretien imaginaire entre d'Alembert et J.-J. Rousseau.
Prochaine représentation : 24 juin à Pont Sainte-Maxence (Oise).
Créée le 25 février à Beauvais avec l'Orchestre de l'Oise "Le Concert" sous la direction de Thierry Pélicant, Catherine Manandaza soprano, Daniel Galvez-Vallejo ténor, l'association "Imagine" - les extraits musicaux sont pris dans Rousseau, Rameau, Pergolèse, Vivaldi, Philidor, Gluck.
Jean-Jacques Rousseau : Eric Perré ; Jean d'Alembert : Eric Péron.
Chorégraphie : Isabelle Dufau
Mise en scène et dramaturgie : Eric Perré.
Cette pièce est issue d'une commande passée à Catherine Kintzler par l'association "Le Comptoir des artistes" qui en assure la production, avec notamment le soutien du Conseil général de l'Oise.
Autres représentations : Méru 12 mai, Pont Sainte-Maxence 24 juin, Ermenonville 15 septembre, Montmorency 13 octobre.
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