Bloc-notes actualité
François Fillon aux magistrats : qui doit
« être compris des Français »?
Il n'est pas dans les habitudes du premier ministre de commettre des fautes de grammaire dans ses interventions publiques. Celle qui lui a échappé le 7 février lors de sa
réaction à la colère des magistrats est d'autant plus remarquable et intéressante.
S'agissant de la colère des magistrats, François Fillon déclare en effet :
leur réaction est excessive et je crains qu'elle ne puisse pas être compris [sic] des Français.
La grossière erreur grammaticale consistant à ne pas accorder « compris » (s'agissant de la réaction) fait vraiment couac. La presse écrite ne la reprend pas ce matin, et c'est
tout à fait normal : l'objet de l'information n'est pas d'attirer l'attention sur une petite bévue, mais de souligner et de commenter le sens d'une déclaration. Il faut aller chercher une vidéo
pour entendre le petit dérapage : voir par exemple sur le site de TF1 (32e
seconde et suiv.)
Mezetulle épargnera aussi le premier ministre en ce qui touche la forme. Je n'ai jamais pensé que François Fillon néglige des questions grammaticales aussi élémentaires. Ayant l'occasion de
parler en public bien moins souvent que lui et sur des sujets bien moins graves, je sais combien il est difficile d'être impeccable (1). Ce sont des choses qui arrivent, inévitablement.
Inévitablement, mais pas au hasard, surtout quand la « faute » fait sens. Il suffit en effet d'isoler la dernière partie du propos pour rétablir la grammaticalité, mais avec le
surgissement d'un autre sens dans une proposition infinitive : « Etre compris des Français ». J'avancerai donc plutôt l'hypothèse d'un lapsus.
Etre compris des Français : voilà la question qui peut-être tourmentait le premier ministre. Effectivement, lorsqu'on se rend compte que la présomption d'innocence ne vaut que pour le
personnel politique, lorsqu'on entend le président de la République et le premier ministre désigner ouvertement l'institution judiciaire à la vindicte de l'opinion, on peut craindre que le
pouvoir exécutif tout entier ne soit pas compris des Français. Ou, plus probablement, qu'il ne soit que trop bien compris.
1 - On trouve très probablement des fautes dans nombre d'articles de Mezetulle. Merci aux lecteurs de les signaler lorsqu'ils les rencontrent.
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C'est une faute d'accord de genre que l'on entend très souvent à la radio et à la télé.
Parler de "vindicte" semble excessif. Il faut voir l'ensemble de l'enchaînement des faits avant le meurtre de Laetitia. Beaucoup de Français ne comprennent pas que les peines prononcées ne soient généralement pas appliquées dans leur intégralité.
Oui bien sûr cette faute est très fréquente, mais pas dans la bouche du premier ministre. Du reste je ne la lui reproche nullement, je pense en fait qu'il a commis un lapsus et c'est ce qui m'a semblé intéressant.
D'après ce que j'ai compris, la question ne porte pas en l'occurrence sur une peine qui n'aurait pas été appliquée mais sur deux points.
1° Sur un "suivi" qui aurait été négligé. D'abord, cette accusation considère que la culpabilité d'une personne est certaine alors que la procédure est en cours : c'est grave, il n'appartient qu'aux magistrats de juger de l'existence, du nombre et de la convergence des présomptions et d'orienter une procédure dans tel ou tel sens. Et il importe de rappeler tout de même que pour le moment, on n'a pas de preuve de culpabilité, même si des présomptions fortes pèsent sur quelqu'un ; l'enquête doit suivre son cours. D'autre part, s'agissant de ces "suivis", les magistrats peuvent faire la preuve qu'on les empêche d'effectuer leur travail normalement et cela sur de nombreux dossiers analogues. Comment reprocher à quelqu'un de ne pas effectuer correctement une tâche qu'on l'empêche d'effectuer ?
2° Sur la manière dont l'enquête a été diligentée et menée jusqu'à présent. Il semble bien, dans l'état actuel des informations, qu'un mandat d'arrêt ait été lancé contre la personne sur qui pèsent actuellement les présomptions et que l'autorité judiciaire ait fait son travail.
Accusation envers les juges infondée, déclarations qui font comme si la chose avait été jugée (en réalité déclarations qui jugent la chose à la place de l'institution judiciaire), menaces de sanction déplacées, mépris de la distinction des pouvoirs, et mépris de la présomption d'innocence : ça fait beaucoup aux yeux du droit. Même les procureurs, qui ne brillent généralement pas par leur esprit de résistance au pouvoir exécutif, sont excédés.