Le 25 février à Beauvais (20h30, Théâtre du Beauvaisis) sera créée la dramatique musicale de Catherine Kintzler
Du corps sonore au signe passionné : entretien imaginaire entre d'Alembert et J.-J. Rousseau.
Avec l'Orchestre de l'Oise "Le Concert" sous la direction de Thierry Pélicant, Catherine Manandaza soprano, Daniel Galvez-Vallejo ténor, l'association "Imagine" - les extraits musicaux sont pris
dans Rousseau, Rameau, Pergolèse, Vivaldi, Philidor, Gluck.
Eric Perré : Jean-Jacques Rousseau, Eric Péron : Jean d'Alembert.
Chorégraphie : Isabelle Dufau
Mise en scène et dramaturgie d'Eric Perré.
Cette pièce est issue d'une commande passée à Catherine Kintzler par l'association "Le Comptoir des artistes" qui en assure la production, avec notamment le soutien du Conseil général de l'Oise.
Cinq représentations auront lieu : Beauvais 25 février, Méru 12 mai, Pont Saint- Maxence 24 juin, Ermenonville 15 septembre, Montmorency 13 octobre.
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Interventions CK
Varia

merci pour votre intervention que je trouve pertinente.
J'ai eu deux enfants et différents maternages pour chacun : allaitement partiel jusqu'à 18 mois pour le premier (né en Allemagne, reprise du travail à Berlin vers l'age de 7 mois), et sevrage à 4 mois et demi pour le deuxième (qui refusait le sein après une reprise de travail plus précoce).
Quoi que je partage vos idées, surtout sur le fait de choisir et non pas subir, je trouve qu'allaitement et portage (à tout vent!) peut aussi rimer avec liberté et mobilité. Si l'expression public du maternage n'était pas aussi "tabou" en France, les bébés quand ils sont tout petits sont transportables n'importe où n'importe quand. Pour nous (à Berlin) c'était, cinéma, concerts, festivals, en couple et avec bébé. Il était porté par nous deux et allaité à tout vent au besoin (métro, jardins, rue).
Avec le deuxième, se promener avec ma poudre guigoz et mon thermos n'est pas commode dutout (je le fais quand même). De manière générale on n'aime pas trop voir les bébés dehors le soir (en France on se sent culpabilisé!! mais pas en Allemagne ou j'ai déjà vu des bébés avec parents au cinéma ou en concerts (dont RAPP!!! dans le cadre d'un festival international de poésie).
Donc allaiter, oui. Mais pas rester cloitrée chez soi à 100% pour bébé.
Voilà, je voulais aussi apporter cette touche.
Fouzia
Merci pour ce témoignage. En fait, Elisabeth Badinter ne dit jamais qu'il ne faut pas allaiter ! Ce n'est pas un livre contre l'allaitement. Elle pointe de façon pertinente, me semble-t-il, un maternalisme-naturalisme sectaire qui aboutit à une servitude totale et prolongée des mères ainsi qu'à une éducation plus que permissive plaçant l'enfant dans une position de tyran dont on doit toujours accepter les demandes.
Le "French paradox" de la maternité, comme vous le soulignez, a probablement un côté conventionnel et s'accompagne d'une sorte de "bienséance" quant à la visibilité des bébés en particulier en soirée, mais il semble que cela change, on commence à voir beaucoup plus les bébés un peu partout en France, y compris là où ils auraient été "mal vus" il y a encore quelques années... transports en commun, cafés, restaurants, etc.
Mais il faut penser à leur mettre des bouchons d'oreille pour les emmener au concert "live" ou au cinéma, car le niveau sonore pratiqué dans ces lieux endommage déjà gravement l'audition des adultes !!!
Elisabeth Badinter est toujours passionnante; j'ai commencé à lire son livre. Attention, sur ce point précis de l'allaitement, elle confond beaucoup de choses. Elle mélange de vrais excès (les prescriptions d'un site internet américain) avec les choix de mères françaises (comme moi). Elle considère que le biberon est forcément une libération. Moi qui ai allaité et biberonné quatre enfants, je peux vous dire que le biberon, c'est bien plus fatigant et aliénant. Surtout quand on reprend la vie professionnelle, ce que j'ai fait après chaque congé de maternité. J'ai allaité deux enfants tout en travaillant (pour les deux autres, j'avais sevré très tôt), et je regrette de n'avoir pas allaité plus longtemps. Beaucoup de mères m'ont enviée en me voyant allaiter ("ah, j'ai toujours regretté de n'avoir pas pu allaiter"), manquant dramatiquement d'informations sérieuses.
Un exemple: donner le sein à la demande, quinze fois par jour, c'est indispensable pendant les premiers jours et premières nuits, mais pas à trois mois! L'allaitement n'est pas une génuflexion devant l'impérium de l'enfant; au contraire, cela favorise le repos de la mère, la relation avec le bébé et le "non" au moment où le bambin en a besoin.
Véronique
Mais c'est vrai que le livre d'Elisabeth Badinter dérange, et c'est bien l'un de ses intérêts !
Elisabeth Badinter ne mérite pas les quelques polémiques alimentées par les médias lors de la parution de son dernier livre. Avec son mari, elle représente la meilleure part des intellectuels de notre époque. Et c’est une femme, il n’y en a pas tant. Sa lecture en particulier de l’histoire du patriarcat politique ( et religieux) en lien avec le patriarcat familial est magistrale.
Je n’ai malheureusement pas encore lu Le conflit, la femme et la mère et votre article m’en donne envie. Etablit-elle un lien entre ce retour « fanatique » de la « mère naturelle » avec la religion catholique comme vos termes le laissent implicitement entendre ? ( « cette très longue voie lactée confite en dévotion et en génuflexion ») . Il me semblait que ces crispations sur des traditions ou supposées telles étaient plutôt liées à une réaction face à la désacralisation au sein de la société, à un sentiment de menace devant une perte des valeurs, des repères traditionnels…
Chère Mme Kintzler,
Je suis partagé. Je suis pour la liberté des femmes d'avoir les enfants qu'elles veulent ou pas, mais je suis aussi pour la liberté des enfants à naitre de vivre avec tous leurs droits eux aussi.
Badinter est une féministe enragée, et honnêtement chère Mme Kintzler, je vous place bien au dessus d'elle, son niveau d'intellection de ces enjeux est très très bas. Elle caricature totalement la nouvelle tendance pro-maternage.
Certes, il y a de la bêtise partout. Ce n'est pas une raison pour la caricaturer et schématiser les choses. C'est trop facile !
Il y a les droits des adultes, et il y a les droits des enfants. Il me semble que si vous êtes pour l'égalité, vous reconnaîtrez que l'enfant a autant de droits que l'adulte, non ? Or, et vous noterez le lien logique nécessaire suivant, que les (mauvais-es) féministes scotomisent par idéologie (et non par loisible philosophie du droit), c'est que l'enfant (je parle du nourisson, infans) ayant moins de pouvoir que l'adulte, il faut nécessairement que l'adulte se dépouille, dans une certaine mesure, de certains de ces droits, afin que l'enfant puisse jouir des mêmes droits dans une certaine égalité (puisque l'enfant n'a aucun pouvoir pour exercer de ses droits, il doit pouvoir jouir de ses droits - comme celui de recevoir la meilleure nourriture possible - à travers le sacrifice relatif de celui de ses parents ou responsables légaux).
Ainsi donc, je veux suggérer que la défense des droits de tous passe aussi par la défense des droits de l'enfant, ce qui sur le domaine de la maternité peut nécessiter des réductions du droit pour les parents. C'est difficile à entendre mais c'est la pure logique, me semble-t-il ; à vous, prof de philo, de me corriger le cas échéant. Enfin, rappelons que les droits républicains impliquent la vertu républicaine, autrement dit la capacité au sacrifice moral de ses droits individuels au profit d'un droit plus grand et plus noble, au nom du devoir.
Attention à l'individualisme démagogique, quel qu'il soit ! Il y a un droit d'être parent, mais il y a aussi un devoir de parentalité...
Cordialement,
Hussard Noir
http://sites.google.com/site/ecolerepublicaine/home
Je ne partage pas votre avis au sujet du livre d'Elisabeth Badinter. Il faut aller visiter les liens qu'elle indique pour constater à quel degré de servitude et même d'esclavage, au nom du "droit du bébé", les femmes sont ramenées par un discours culpabilisant (être à la disposition constante d'un bébé qu'on encourage à devenir un véritable tyran) et à quel point les hommes finissent par être exclus de cette dyade effarante mère-enfant. Je suis du reste persuadée que personne ne peut y trouver une quelconque liberté : la notion de droit est impertinente dans ce rapport fusionnel et féroce, féroce parce qu'il est promu en modèle et qu'il est fondé sur la culpabilisation. Nulle caricature. Du reste EB ne critique pas l'allaitement en soi : le livre est très clair sur ce point, il s'agit d'une liberté. Mais il faut que cela reste une liberté.
Quant au droit de l'enfant, je crois qu'il est avant tout celui d'être élevé, et non celui d'être fixé à son moment infantile et célébré comme enfant. Il faut songer, au-delà de la demande de l'enfant (rester petit, être satisfait de manière immédiate), à son désir : celui de devenir grand, libre, fort.
Par ailleurs, le droit est universel : un "droit" qui s'exerce au mépris du droit d'autrui n'a rien d'un droit. L'enfant a le droit d'être élevé, nourri, introduit à l'humanité, invité à déployer son excellence. Le droit à être nourri - puisqu'il s'agit plus particulièrement de cela - ne coïncide pas avec un droit à l'allaitement maternel systématique. Pour ma part, je n'ai jamais absorbé une seule goute de lait humain de ma vie et je n'ai jamais pensé à reprocher à ma mère de m'avoir dérobé le précieux trésor de ses mamelles... et je jouis jusqu'à présent d'une excellente santé ! En revanche (et pour rester dans le domaine de la nourriture) je ne remercierai jamais assez mes parents d'avoir éduqué mon goût en me proposant de manière assez ferme des mets que je trouvais déplaisants. Tout comme je ne les remercierai jamais assez d'avoir exigé très tôt la propreté, de m'avoir fait écouter de la musique, d'avoir pris au sérieux l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, d'avoir résisté à des demandes débiles, de m'avoir appris à dire "merci" et "excusez-moi", de m'avoir un peu bousculée vers l'humanisation, y compris en m'administrant parfois quelques gifles (qui ne me faisaient pas mal à la joue, mais qui me faisaient honte) que je n'avais pas volées et que, au fond de moi-même, j'aurais été déçue de ne pas recevoir ! Mais là j'arrête de peur d'être accusée de faire l'éloge de la maltraitance et je renverrai à ce que je considère comme l'un des plus grands textes sur ce sujet : le traité de Locke sur l'éducation.
J'approuve EB lorsqu'elle souligne et dénonce cette régression qui n'a d'autre sens que d'asservir les femmes, de les renvoyer à leur "destination naturelle", et qui, loin de libérer les enfants, est une fabrique de tyrans ("le plus malheureux de tous les hommes"). Le raisonnement sacrificiel me semble très dangereux car générateur de ressentiment, une des passions les pires.
Enfin, la dernière partie du livre (il me semble que vous n'en tenez pas vraiment compte) fait état d'un "paradoxe" très révélateur : c'est précisément dans les pays où la pression sociale en faveur du retour des femmes à la maison, où la culpabilisation des femmes qui ne veulent pas ou qui ne peuvent pas allaiter est la plus forte, que la natalité est en baisse. La question est plutôt celle d'une organisation de la vie sociale, de sa compatibilité avec la maternité : notamment existence de crèches et d'écoles maternelles (je dis bien écoles et non jardins d'enfants).
Chère Mme Kintzler,
Vous reprenez la défense du propos d'EB, mais je me situe à un autre niveau. La tendance majoritaire actuelle au niveau de la parturition, de la maternité et de l'éducation des enfants, n'est pas celle qu'EB cible et critique. Elle monte en épingle une simple et éphémère mode ridicule et caricaturale qui n'a aucune durabilité ni en France ni ailleurs, me semble-t-il. Elle se bat contre des moulins à vent.
Je partage d'ailleurs votre conception de l'éducation, et trouve l'idéologie d'EB en contradiction avec tout ce que vous dites sur le sujet.
Car son propos implique la défense d'une idéologie, et c'est cette idéologie qui me semble contradictoire avec le droit et des parents, et des enfants, et de la communauté républicaine ; ainsi qu'avec la vertu républicaine que j'évoquais.
Par ailleurs, en dépit de tout ce qu'on peut dire, la mode du maternage sacrificiel et les idées d'EB ont un point commun : l'individualisme, qui implique d'un côté comme de l'autre le mépris du bien commun. Je dirais également que d'un côté comme de l'autre, il s'agit de défendre une idéologie peu fondée.
J'aurais donc tendance à renvoyer dos à dos l'individualisme libertaire d'EB et le maternage pseudo-naturaliste et sacrificiel, au profit d'une philosophie humaniste de la vie citoyenne.
HN
J'espère que vous avez raison lorsque vous dites que la tendance maternaliste-naturaliste-sacrificielle est très marginale. Une de mes amies qui a récemment accouché fait état des pressions amicales dont les femmes enceintes font l'objet les encourageant plus que vivement à allaiter.
Je ne vois pas en quoi les thèses soutenues par EB dans ce livre vont à l'encontre de la théorie politique républicaine telle que je la défends sur ce blog et qui s'inspire de la réflexion de Condorcet. La théorie de Condorcet privilégie toujours le droit de l'individu sur celui de n'importe quelle collectivité et il fonde même la notion de bien commun sur la rationalité de l'accord des consentements singuliers. C'est notamment l'un des points sur lesquels il rejette la Constitution montagnarde de 1793, qu'il trouve "religieuse", au péril de sa vie.
Bien entendu je ne confonds pas ici "individualisme" et "égoïsme" : il s'agit bien d'une réflexion sur le droit, dont le fondement est la liberté individuelle et dont l'expression est l'universalisation de cette liberté pour tous - c'est-à-dire pour chacun - et qui comprend de manière irréductible le droit d'être comme ne sont pas les autres, et le droit de vivre séparé comme condition même de l'union républicaine. Si l'on se tourne cette fois du côté de Rousseau, n'oublions pas que l'un des objets principaux du Contrat social est de rendre possible le promeneur solitaire !
Si vous voulez, encore qu'on aurait du mal à faire une République, je pense, avec un agrégat de promeneurs solitaires !
HN
Ceal fonctionnerait comme la république des lettres ! Quel bonheur.