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Communications entre francophones : it's so chic !

En ligne le 18 septembre 2010


Mezetulle vient d'assister à un colloque philosophique international. Langues de travail officielles : anglais et français. En général, dans ces rencontres internationales, l'usage veut que, pour poser des questions aux intervenants, on utilise autant que possible la langue qu'ils ont eux-mêmes choisie pour faire leur exposé. Cela est tout à fait ordinaire, fort logique et on ne s'écarte de cette habitude courtoise que lorsqu'on est soi-même incapable de recourir à la langue utilisée en l'occurrence - auquel cas on s'en explique et s'en excuse.

Aussi l'anecdote qui suit peut laisser rêveur.

 

Après une intervention faite en français par un chercheur issu d'un pays francophone, deux autres chercheurs francophones (tous deux de nationalité française, il n'est pas indifférent de le préciser) et connus de tout l'auditoire lui posent une question... en anglais. A voir leurs frétillements et leurs airs entendus devant le micro, on a tout de suite compris : c'est so chic ! Comme l'intervenant ainsi interrogé est par ailleurs excellent angliciste, il applique la règle de courtoisie dont il n'a pas bénéficié et répond en anglais à ceux qu'il sait francophones, soulignant ainsi que ce chic est en réalité une prescription.

Pour donner un peu plus de sel à la situation, il faut ajouter que la rencontre se tenait à Paris.

Et il y a encore mieux : le sujet de l'intervention et des questions était relatif à la fuite des cerveaux, notamment vers les USA !


No comment...


NB - Catherine Kintzler ne répugne nullement à l'emploi de la langue de Shakespeare, y compris pour la diffusion de ses propres recherches, et accepte avec grand plaisir les invitations aux USA : les lecteurs peuvent le vérifier sur ce blog. Mais lorsqu'elle participe à une rencontre où le français est au nombre des langues de travail, elle s'adresse plutôt en français à ses homologues qui ont choisi cette langue pour s'exprimer (à plus forte raison si ces personnes sont notoirement francophones). Parler français à un(e) francophone, de plus quand on est à Paris, Dakar ou Genève : c'est pas top, ou bien mamie fait de la crispation franchouillarde arrogante?


[Modification du 20 septembre 2010]
Sur le sujet, on lira avec profit l'excellent texte de Laurent Lafforgue (médaille Fields 2002) :
Merci à Pierre-Henri (voir commentaire n°2) d'avoir pensé à le signaler.
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Par Mezetulle
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Commentaires

J'ai un jour entendu un collègue (indien, si je me rappelle bien) commencer son exposé en expliquant qu'il s'exprimerait dans la langue internationale de la science, à savoir l'anglais avec un accent. De fait, lire, écrire, comprendre et parler l'anglais font tellement partie du travail d'un scientifique depuis tant de décennies maintenant qu'il ne viendrait à l'esprit de personne de vouloir paraître « chic » en posant des questions dans cette langue. C'est un peu comme tenter, en 2010, de « frimer » avec un téléphone portable... Il est vrai que cette standardisation sur l'anglais n'est pas le cas des disciplines « littéraires », qui, du moins certaines d'entre elles, fonctionnent beaucoup par revues et colloques français (ou du moins francophones). Pour ma part, je vois un avantage humain à la « mondialisation » de la connaissance : cela fait connaître une partie du monde, notamment les États-Unis, bien mieux que la lecture de la presse française, et cela aide notamment à avoir une vision plus nuancée. Sinon, je vois *une* bonne raison de parler en anglais à un francophone: quand l'audience comprend des personnes qui comprennent l'anglais mais pas le français. J'assiste régulièrement à des exposés donnés en anglais devant une audience majoritairement francophone, en raison de la présence de doctorants ou post-doctorants qui parlent très peu français.
Commentaire n°1 posté par DM le 19/09/2010 à 11h20

Lorsqu'un colloque est tenu dans plusieurs langues officelles, celles-ci sont réputées être comprises de tout l'auditoire. Rien n'empêchait du reste, dans la situation précise que je décris, les débatteurs de formuler leur question dans les deux langues.


Il s'agissait, vous l'avez compris, d'un colloque de sciences dites "humaines". J'y suis moi-même intervenue en anglais lorsque cela m'a semblé justifié. Je décris exactement ce que j'ai vu  - y compris la "frime", bien déplacée comme vous le remarquez à juste titre. En revanche le message était parfaitement clair : certains voient d'un mauvais oeil qu'on parle français à Paris y compris avec des francophones dans une réunion philosophique où le français fait partie des langues officielles. On est fortement invité à s'aligner. Mais sur quoi au juste ? Certainement pas sur l'anglais comme grande langue de culture auquel je tiens à rendre justice.


Car ce que vous décrivez est bien une standardisation, dont les anglophones se plaignent eux-mêmes car elle appauvrit considérablement leur langue. Je parle de la langue anglo-américaine en tant que grande langue littéraire - celle qui est presque toujours méconnue des intervenants "frimeurs". D'ailleurs il faudrait ici distinguer entre les langues anglaises - car on parle et on écrit un anglais cultivé et littéraire ailleurs qu'au Royaume Uni et aux USA, notamment en Inde, en Australie.... Faut-il se féliciter de la disparition programmée dans les colloques "scientifiques" de l'allemand, de l'italien, du russe, du français - pour ne citer que quelques langues ? Faut-il se féliciter en conséquence de l'affadissement de l'anglais, bien malmené lui aussi par cette pratique niveleuse ? Je ne le crois pas.


Si l'on regarde les choses du point de vue scientifique, il y a de nombreux concepts et de nombreuses propositions qui dans toute leur rigueur ne sont justes et complets que dans leur langue originale et l'ouverture consiste ici, non à raboter les différences, mais à tenter de s'expliquer dans le plus de langues possible afin de pouvoir trouver des traductions raisonnées. Mais cela demande un effort. C'est ce que j'ai essayé de faire à mon modeste niveau dans l'article en anglais que je cite dans la note ci-dessus : traduire "laïcité" par "secularism" est générateur de contresens, il faut donc expliquer avant de proposer une traduction ou un néologisme.

 

L'échange n'est possible précisément que parce que les idées ne sont pas interchangeables, parce qu'elles ne sont pas immédiatement exprimables, parce qu'il n'y a pas correspondance binunivoque entre une langue et une autre. Changer de langue, c'est aussi changer de pensée, c'est changer d'angle d'attaque, c'est opérer un déplacement critique. Se résigner à une seule langue dans les échanges scientifiques, c'est prendre le risque de mettre en place une pensée unique. Je ne plaide donc pas pour le français "langue unique", mais contre l'adoption d'une langue unique particulièrement appauvrie - ce qui pourrait être le cas du français bien évidemment.

 

[Ajouté une heure plus tard après relecture et rumination :]

La question est différente selon les secteurs de recherche. Il est probable que lorsqu'on travaille dans un secteur où la formalisation des concepts et des propositions pertinentes est possible dans une méta-langue, ce n'est pas du tout la même chose que lorsqu'on travaille dans un secteur où on n'a rien d'autre que les langues naturelles : dans ce cas en effet il n'y a pas de méta-langue permettant de produire la concorde sans équivocité et bien au contraire, l'équivocité est un élément productif lui-même. Le colloque dont je parle se situe dans ce secteur : ici la standardisation des langues naturelles a des conséquences directes et profondes sur les contenus de pensée.

Réponse de Mezetulle le 19/09/2010 à 16h06

Laurent Lafforgue avait publié, il y a quelques temps, une mise au point définitive sur la question :

http://www.ihes.fr/~lafforgue/textes/pourlascience.pdf

Il s'agit moins de lutter contre la langue anglaise (qui en vaut bien une autre) que contre la domination d'un langage automatique, passe-partout, qui se limite à quelques slogans et à quelques formules toutes faites.

Commentaire n°2 posté par Pierre-Henri le 20/09/2010 à 14h07

Merci beaucoup. Je trouve ce texte excellent. J'ajoute la référence au bas de mon petit article.

Réponse de Mezetulle le 20/09/2010 à 14h44

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Dramatique musicale de Catherine Kintzler
Du corps sonore au signe passionné : entretien imaginaire entre d'Alembert et J.-J. Rousseau.

 

Prochaine représentation : 24 juin à Pont Sainte-Maxence (Oise).

 

Créée le 25 février à Beauvais avec l'Orchestre de l'Oise "Le Concert" sous la direction de Thierry Pélicant, Catherine Manandaza soprano, Daniel Galvez-Vallejo ténor, l'association "Imagine" - les extraits musicaux sont pris dans Rousseau, Rameau, Pergolèse, Vivaldi, Philidor, Gluck.

Jean-Jacques Rousseau : Eric Perré ; Jean d'Alembert : Eric Péron.

Chorégraphie : Isabelle Dufau

Mise en scène et dramaturgie : Eric Perré.


Cette pièce est issue d'une commande passée à Catherine Kintzler par l'association "Le Comptoir des artistes" qui en assure la production, avec notamment le soutien du Conseil général de l'Oise.

Autres représentations  : Méru 12 mai, Pont Sainte-Maxence 24 juin, Ermenonville 15 septembre, Montmorency 13 octobre.

 

 

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