Le 25 février à Beauvais (20h30, Théâtre du Beauvaisis) sera créée la dramatique musicale de Catherine Kintzler
Du corps sonore au signe passionné : entretien imaginaire entre d'Alembert et J.-J. Rousseau.
Avec l'Orchestre de l'Oise "Le Concert" sous la direction de Thierry Pélicant, Catherine Manandaza soprano, Daniel Galvez-Vallejo ténor, l'association "Imagine" - les extraits musicaux sont pris
dans Rousseau, Rameau, Pergolèse, Vivaldi, Philidor, Gluck.
Jean-Jacques Rousseau : Eric Perré ; Jean d'Alembert : Eric Péron.
Chorégraphie : Isabelle Dufau
Mise en scène et dramaturgie : Eric Perré.
Cette pièce est issue d'une commande passée à Catherine Kintzler par l'association "Le Comptoir des artistes" qui en assure la production, avec notamment le soutien du Conseil général de l'Oise.
Cinq représentations auront lieu : Beauvais 25 février, Méru 12 mai, Pont Sainte-Maxence 24 juin, Ermenonville 15 septembre, Montmorency 13 octobre.
La revue contient 263 articles
Les plus récents
Sommaire thématique de la Revue
Liste chronologique des articles
Quelques "classiques"
Interventions CK
Varia

******************
Je vous remercie pour cette critique bienveillante d’un article que je me suis efforcé de bien penser dans sa structure et dans son mode d’argumentation. Vous le synthétisez d’ailleurs très pertinemment.
Cependant, je trouve que vous êtes quand même un peu sévère envers Hegel, car il me semble qu’il y a aussi malheureusement beaucoup de préjugés à l’égard de ce philosophe qui a pourtant toujours dit, également, que la fin de l’État était la réalisation de la liberté humaine. La pensée hégélienne m’a surtout éclairé pour comprendre la distinction entre État et société civile, et à partir de celle-ci le sens de la fonction publique ; et ainsi pour éviter une erreur essentielle : la confusion de l’ordre politique avec l’ordre socio-économique. Cela étant, j’ai précisément cherché à montrer que si le fonctionnaire devait servir l’État, il ne devait en aucune manière être asservi aux renoncements de l’État !
C’est pourquoi je pense que notre désaccord éventuel n’est qu’apparent. Et votre objection est intéressante, car elle m’a précisément fait penser à ce Hegel pouvait dire de « la mort de l’art » (du moins l’art dont la vérité réside dans la religion) : « Nous avons beau trouver les images de dieux grecs incomparables, et quelles que soient la dignité et la perfection avec lesquelles sont représentés Dieu le Père, le Christ, la Sainte Vierge, l'admiration que nous éprouvons à la vue de ces statues et images est impuissantes à nous faire plier les genoux » (Esth. I 153). Faut-il dire avec Hegel, mais dans un sens absolument non-hégélien, que l’État aujourd’hui est mort : car qui pourrait encore devant lui fléchir les genoux ?
Réponse de Guy Desbiens reçue par Mezetulle.
*******
Oui, mais le remplacer par quoi ?
Je ne sais pas ce qu’il faut penser de ce que j’évoquais de manière ironique en parlant de la « mort de l’État » et je ne crois pas, au contraire, qu’il faille s’en réjouir. Certes l’État n’est peut-être plus aujourd’hui qu’un instrument de domination, une superstructure disposant d’appareils idéologiques et répressifs, aux mains d’une classe donnant à son intérêt la forme abstraite de l’intérêt universel.
En tout cas, pour revenir à Hegel, il est le premier à distinguer ce qui était confondu dans les philosophes politiques modernes antérieures : à savoir la société civile et l’État. Si maintenant, pour Hegel, l’État est l’universel concret, ce n’est certes pas n’importe quelle forme d’État ! Il s’agit de ce que les grecs appelaient πολιτεία, que l’on traduit mal par « République » et que l’on devrait traduire par « Constitution », et qui correspond à l’État constitutionnel. Aristote l’avait montré pertinemment : à chaque forme légitime de gouvernement, correspond une forme corrompue qui en est la dégénérescence, la tyrannie pour la monarchie, l’oligarchie pour l’aristocratie et la démocratie pour la république !
Maintenant, Kant a très bien posé le problème politique sous la forme d’une célèbre aporie : l'homme est un animal qui a besoin d'un maître… mais où trouvera-t-il ce maître? Dans l'espèce humaine, et ce maître est donc un animal qui a besoin d'un maître (Idée d’une histoire universelle, Prop. VI). A cette aporie correspond d’ailleurs également le problème éducatif : les lumières dépendent de l’éducation et à son tour l’éducation dépend des lumières (Réflexions sur l’éducation, Introduction). Trouver une constitution civile parfaite et de surcroît transformer l’accord à la société pathologiquement extorqué en un tout moral, c’est là pour Kant le problème le plus difficile pour l’humanité…
Alors, faut-il que les rois deviennent philosophes ? Faut-il un bon précepteur ? Faut-il un prince usant de la force et de la ruse ? Faut-il que le pacte d’association devienne un pacte de soumission au souverain ? Faut-il un bon législateur, mais ne faudrait-il pas pour cela « des dieux pour donner des lois aux hommes » ? Faut-il penser que le libre cours de l’insociable sociabilité doit progressivement conduire à l’établissement d’une société administrant universellement le droit ? Faut-il penser que la médiation de l’histoire finit par réaliser la liberté par la négation des négations qu’elle doit surmonter dans son auto-accomplissement ? Faut-il encore croire que la dictature du prolétariat permettra, précisément, ce dépérissement de l’État et l’avènement progressif d’une société sans classe ? J’avoue que la bonne solution dépasse mes compétences de professeur de philosophie.
Mais la question que vous posiez est plus particulièrement celle-ci : à partir de quand un fonctionnaire peut-il désobéir ? La réponse est simple : jamais ! La seule alternative est soumission ou démission. Sauf, néanmoins, dans un cas très particulier : lorsque l’obéissance à la hiérarchie est manifestement contraire aux droits de l’homme. Et il faut, encore une fois, relire Kant et notamment Qu’est-ce que les lumières ? Et pour Kant « l’usage public de notre propre raison doit toujours être libre, et lui seul peut amener les lumières parmi les hommes ; mais son usage privé peut être très sévèrement limité, sans pour cela empêcher sensiblement le progrès des lumières ». L’usage « public » est pour Kant celui du savant qui rend publiques ses réflexions critiques, et l’usage « privé » relève de la fonction ou du poste qui peut nous être confié. On peut méditer d’ailleurs la pertinence, ou l’actualité, d’un exemple donné par Kant : « il serait très dangereux qu’un officier à qui un ordre a été donné par son supérieur, voulût raisonner dans son service sur l’opportunité ou l’utilité de cet ordre ; il doit obéir. Mais si l’on veut être juste, il ne peut lui être défendu, en tant que savant, de faire des remarques sur les fautes en service de guerre et de les soumettre à son public pour qu’il les juge »... J’avoue que notre société démocratique inverse peut-être les valeurs : il n’y a plus de censure privée, mais il y a une censure publique !
Enfin bref, en tant que citoyen, et syndicaliste, je me dois de formuler les critiques les plus fermes de ce qui me semble être les contradictions et les aberrations de la politique éducative de l’État. En tant que fonctionnaire, je dispose aussi du droit de grève. Mais en tant que fonctionnaire, et de surcroît professeur, dans l’exercice de mes missions, je suis soumis à la stricte obligation de neutralité politique, syndicale, idéologique et religieuse ; et je me dois d’appliquer la politique éducative de l’État… La loi c’est la loi, et le fonctionnaire doit lui obéir : heureusement ou malheureusement, on en pensera ce que l’on veut.
Je ne peux achever cette discussion qu’en citant les remarques magistrales, relatives au problème politico-éducatif, du début des Cinq mémoires sur l’instruction publique de Condorcet : « l'instruction publique est un devoir de la société à l'égard des citoyens. Vainement aurait-on déclaré que les hommes ont tous les mêmes droits ; vainement les lois auraient-elles respecté ce premier principe de l'éternelle justice, si l'inégalité dans les facultés morales empêchait le plus grand nombre de jouir de ces droits dans toute leur étendue ».
Tout ce que je lis sur ce blog est très instructif et confirme ce que je pensais sans en avoir de preuves aussi concrètes. aller jusqu'à nier le principe même de la philosophie, ça ne m'étonne pas en fait....ne plus ouvrir la porte, le droit, à la pensée philosophique, n'est-ce pas une pratique observable dans les Institutions ou les Etats totalitaires?
pour de nombreuses raison je scolarise mon enfant à la maison. non ce n'est pas que j'en ai les moyens financiers, mais bien plus, ce choix vient du fait que je préfère préserver sa fraiche et vive intelligence, et son intégrité ( tout cela fut bien mis à mal, justement, par la "Pédagogie" de l'Education Nationale), quitte à manger des cailloux !
l'école publique n'est plus du tout un lieu de savoir ou de connaissance, mais plutôt un lieu d'apauvrissement de l'esprit, un lieu violent où l'on compte bien fabriquer les "golems" de la société futur (et actuelle déjà en faisant pression sur les parents).
tout est pensé, calculé. les élèves en échec scolaire légitimisent et font marcher à grands frais tout un système de l'Etat.
et c'est autant de personnes qui, humiliées dans leur pensées, leur logiques, et très tôt "prises en mains", risqueront moins d'oser vouloir jouir de leurs droits de citoyens libres (des penseurs en moins, un danger en moins, faudrait quand même pas qu'ils nous refassent une révolution un de ces matins, ces gens du peuple...!).
il est bien entendu que toutes les familles plus aisés peuvent...aisément se dispenser de l'Education Nationale, je crois même qu'elles n'envisagent pas un seul instant y "déposer" leurs enfants, ce n'est pas trop dans leurs moeurs.
ces familles se dirigent presque exclusivement vers des écoles privées, qui ne sont pas soumisent aux mêmes pédagogies, et sont, "étrangement", réputées dispenser un meilleur enseignement.
alors il semble évident que "le savoir pour tous" c'en est bien fini....et si ça a existé un jour, ça n'aura pas duré longtemps. heureusement qu'il y a encore des bibliothèques ouvertes à tous.
encore et toujours, et de plus en plus ouvertement, le savoir doit rester entre les mains des "nantis", comme le pouvoir.....c'est toujours la même Histoire qui se répète, seuls les termes et les noms changent (un peu).
ce qu'il y a de plus ecoeurant dans cette "Histoire", c'est tous les faux semblant pour endormir les foules....et en fait, aussi, le plus triste, c'est qu'on ne voit pas pourquoi ils s'en priveraient, puisque ça marche, et que si peu s'en rendent compte. les cerveaux sont déjà endormis.....