Bloc-notes
Studio 21bis : une ontologie de l'urgence
Une "architecture de l'urgence", celle du collectif Studio 21bis, a imaginé de poser des cabanes en carton dans Paris. Et on s'aperçoit que
cette urgence n'est pas réductible à une charité : c'est celle de la pure gratuité, qui se règle non pas sur une demande, mais sur une nécessité absolue - ontologique.
J'écoute parfois France-Inter le matin, goûtant le "Cartier libre" de Caroline Cartier, petit moment souvent poétique, prélevé sur la grisaille - je veux dire
qu'il est fait de grisaille et qu'il fait de la grisaille quelque chose de poétique.
Ce matin, il s'agit de la rediffusion de la chronique du 18 février dernier, qui m'avait échappé, et que je découvre avec une sorte de ravissement croissant.
Le collectif "Studio 21bis" (1) a posé dans Paris des cabanes en carton, fabriquées à partir de matériaux de récupération. Un SDF s'en est approprié une dès le
premier soir en l'aménageant et en lui donnant son propre cachet.
L'un des membres du collectif commente : oui bien sûr, il s'agit d'une "architecture d'urgence". Puis très vite, il donne de la hauteur à ce qui pourrait paraître
un bon sentiment, et précise : "on peut s'en emparer, qu'on en ait besoin ou pas [...] ; le parallèle a été fait avec les tentes du Canal Saint-Martin, mais nous on est d'abord des artistes".
Et il termine magnifiquement : "la cabane, elle est là, elle n'est pas dans une galerie, elle est légitime parce qu'elle est ce qu'elle est et qu'elle n'a rien demandé à personne pour
apparaître".
Un artiste "pose" les choses qu'il fait pour qu'elles existent, même et surtout celles qui peuvent servir à quelque chose. Il les pose là où on ne les attend pas forcément, comme un champigon
pousse et trouve la force de crever le bitume, et son geste est immédiatement reconnu dans la magnificence de sa gratuité, aussi bien par ceux qui s'en emparent que par ceux qui ne s'en emparent
pas.
Cette ontologie de l'urgence surclasse toute charité parce qu'elle ne répond pas simplement à un besoin : elle l'excède, y compris par son côté dérisoire, dans un mouvement de grâce hors-norme
qui reconstitue l'humanité dans un bref et vacillant instant. Elle n'attend aucun "merci" puisque, se donnant absolument en vertu de sa propre nécessité,
elle n'est donnée à personne. Elle ne propose pas seulement un abri de fortune enfermé (et enfermant) dans son utilité : elle élargit l'horizon, libère et
rappelle que la liberté est aussi fragile qu'une cabane en carton.
1 - Le collectif, initialement appelé "21 bis" - comme il en est fait mention dans le Cartier libre du 18 février -, a pris le nom de Studio 21bis et comprend
deux artistes, Romain Demongeot et Laurent Lacotte
Le 25 février à Beauvais (20h30, Théâtre du Beauvaisis) sera créée la dramatique musicale de Catherine Kintzler
Du corps sonore au signe passionné : entretien imaginaire entre d'Alembert et J.-J. Rousseau.
Avec l'Orchestre de l'Oise "Le Concert" sous la direction de Thierry Pélicant, Catherine Manandaza soprano, Daniel Galvez-Vallejo ténor, l'association "Imagine" - les extraits musicaux sont pris
dans Rousseau, Rameau, Pergolèse, Vivaldi, Philidor, Gluck.
Eric Perré : Jean-Jacques Rousseau, Eric Péron : Jean d'Alembert.
Chorégraphie : Isabelle Dufau
Mise en scène et dramaturgie d'Eric Perré.
Cette pièce est issue d'une commande passée à Catherine Kintzler par l'association "Le Comptoir des artistes" qui en assure la production, avec notamment le soutien du Conseil général de l'Oise.
Cinq représentations auront lieu : Beauvais 25 février, Méru 12 mai, Pont Saint- Maxence 24 juin, Ermenonville 15 septembre, Montmorency 13 octobre.
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